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Gérard LeroyÀ la rencontre des Pères de l’Église
L ’ ex t raordinaire histoire
des quatre premiers siècles chrétiens À la rencontre
Lorsqu’en l’an 64 s’abat la persécution de Néron sur les premiers chrétiens,
leur crédo est encore loin d’être fxé. des Pères de l’Église
L’irruption des chrétiens dans l’Empire bouleverse la pensée gréco-romaine.
Le mot qui revient le plus souvent dans les conversations, c’est le mot logos L ’ ex t raordinaire histoire
qui, pour les chrétiens, est venu habiter parmi les hommes. Inouï, irrecevable.
L’empereur Marc Aurèle le fera savoir aux chrétiens en condamnant Justin des quatre premiers siècles chrétiens
de Rome à la pendaison « en raison, dira l’empereur, de cette insupportable
déviation dans le monde des idées ».
Car les idées bouillonnent dans tout ce petit monde méditerranéen, plus
prompt à disserter de l’engendré qu’à s’informer du cours du change.
On ne cesse de s’interroger, voire s’opposer, à propos de ce Christos.
Il faudra bien se décider et sortir de ce cocktail de credo difusés par tous les
mouvements qui s’écartent de la foi apostolique. C’est ce que visera l’empereur
Constantin en convoquant les Pères des Églises orientales et occidentales au
Concile de Nicée en 325.
C’est tout cet enchevêtrement d’hypothèse s, de critiques, d’intrusions
politiques qu’explicite cet ouvrage bien documenté.
On sera sensible au style alerte et précis de l’auteur qui sait nous captiver en
nous racontant cette histoire fondamentale du christianisme… et de notre
civilisation.
Gérard LEROY, ancien professeur de philosophie morale, est
théologien, spécialiste de science et de théologie des religions.
Il fut pendant huit ans Secrétaire Général de la Conférence
Mondiale des Religions pour la Paix (section française).
Illustration de couverture :
325 est l’année qui marque pour le Vatican le rattachement
de Constantin, ici célébré en l’an mil dans une mosaïque
byzantine, au christianisme : fn du christianisme dit
primitif.
ISBN : 978-2-343-04539-9
26 e
À la rencontre des Pères de l’Église
Gérard Leroy
L’ extraordinaire histoire des quatre premiers siècles chrétiens










À la rencontre
des Pères de l’Église

L’extraordinaire histoire
des quatre premiers siècles chrétiens

Collection Religions et Spiritualité
dirigée par Gilles-Marie Moreau et André Thayse,
Professeur émérite à l’Université catholique de Louvain.

La collection Religions et Spiritualité rassemble divers
types d’ouvrages : des études et des débats sur les grandes
questions fondamentales qui se posent à l’homme, des
biographies, des textes inédits ou des réimpressions de livres
anciens ou méconnus.
La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au
dialogue interreligieux.

Derniers titres parus :
François Orfeuil, Approches de la Bible : un orthodoxe lit des
textes. Préface de l’archiprêtre Jean Breck, 2014.
Anne-Claire Moreau, Peuples, guerres et religions dans
l’Amérique du Nord coloniale, 2014.
Francis Weill, Dictionnaire alphabétique des versets des douze
derniers prophètes (2 vol.), 2014.
Bruno Florentin, La révélation de Dieu et de sa dispensation
dans l’évangile de Jean, 2014.
Emmanuel Pisani, o.p., Le dialogue islamo-chrétien à
l’épreuve, 2014.
Philippe Beitia, Le culte local des Papes dans l’Église
catholique, 2014.
Ataa Denkha, L’imaginaire du paradis et le monde de l’au-delà
dans le christianisme et dans l’islam. Préface de François
Boespflug, 2014.
Fr. Etienne Goutagny (moine de Notre-Dame de Cîteaux), La
manne du désert : petit dictionnaire des noms communs
bibliques à la lumière des Pères du désert, 2014.


Gérrard LERROY





À la rencontre
des Pères de l’Église

L’extraordinaire histoire
des quatre premiers siècles chrétiens











Du même auteur

Dieu est un droit de l'homme, Préface de Claude Geffré,
Cerf, 1988
A vos marques, Guide pratique de la mise en condition
physique, Préface de Bernard Kouchner, Éd. Trédaniel,
1992
Guide pratique du Paris religieux, en collaboration,
Parigramme, 1994
Bassins de jardins, Éd. Denoël, 1995
Le salut au-delà des frontières, Préface de Claude Geffré,
Éd. Salvator, 2002
Christianisme, Dictionnaire des temps, des lieux et des
figures, Éd du Seuil, 2009, en collaboration
Vingt histoires bibliques racontées à Pierre et à ses
parents, Préface de Mgr Alain Planet, Éd. Presses
littéraires, 2010
Des matriarches, et de quelques prophètes de l’Ancien
Testament, Éd. L’Harmattan, 2013






© L'HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04539-9
EAN : 9782343045399








Cet ouvrage sur les Pères de l'Église que je propose
doit beaucoup à un certain nombre d'experts,
en particulier Guillaume Bady que je remercie.








Pour mes filles Marie et Edwige

et pour mes amis des Églises du Moyen-Orient
Suzanne, de Damas, Élias, de Lattaquié,
et Florin, de Bucarest


Sommaire

INTRODUCTION À L’HISTOIRE ................................ 13

LES PÈRES APOSTOLIQUES ....................................... 29

LA GNOSE ...................................................................... 51

L’ÉGLISE DE LYON ...................................................... 63

LE PASSAGE AU IIIe SIÈCLE ...................................... 71

LES PÈRES APOLOGÉTIQUES .................................... 79

QUE LISENT LES PÈRES ? ......................................... 107

DE DIOCLÉTIEN À CONSTANTIN LE GRAND
Le christianisme devient religion d’état ........................ 113

ARIANISME ET NICÉE
Le problème théologique ................................................ 125

CONCLUSION
sur l’éclairage apporté par les Pères
du Concile sur le mystère du Christ ............................... 139

LA PLACE ET L’INFLUENCE
D’EUSÈBE DE CÉSARÉE ........................................... 145

LA CHRÉTIENTÉ
AU MOYEN-ORIENT
ET EN ÉGYPTE AU IVe SIÈCLE ................................ 155


11 LE RAYONNEMENT
DE LA CAPPADOCE ................................................... 179

D’ANTIOCHE À CONSTANTINOPLE ...................... 203

L’ÉVEIL DE LA GAULE ............................................. 211

AUGUSTIN,
PREMIER PHARE DE L’OCCIDENT ......................... 225



Notes auxquelles renvoie le texte .................................. 245
Carte du parcours patristique suivi ............................... 257
Index des noms propres ................................................. 259

12




INTRODUCTION
À L’HISTOIRE





Trouverez-vous au détour des rues ou tout simplement
au cœur de nos mondanités, nos amis couturière,
carrossier, médecin ou carreleur, s’interroger sur les
qualités de Dieu ?

C’est pourtant bien ce à quoi on avait coutume
d’assister à Constantinople au cours des quatre premiers
siècles. C’est ce que nous apprend Grégoire de Nysse qui
jouera un grand rôle au concile de Constantinople de 381
(1). Grégoire de Nysse raconte que « tous les lieux de la
ville sont remplis de tels propos... Si tu demandes au
changeur le cours de la monnaie, il te répond par une
dissertation sur l’Engendré, l’Inengendré... Je ne sais de
quel nom il faut nommer ce mal, de la frénésie ou de la
rage ». Aujourd’hui rencontrez-vous souvent des gens
dans la rue qui s’attardent sur la place de l’Esprit dans la
Trinité ou sur la virginité de Marie ?
Pourtant, au terme des quatre premiers conciles comme
après Vatican II, c’est bien la même foi qui anime les
chrétiens. C’est cela que nous allons regarder. Nous allons
nous pencher sur un peu d’histoire de la pensée chrétienne,
sur sa littérature primitive qui restitue les discussions
théologiques de ces auteurs chrétiens dont le travail a
fondé les formulations propres à la foi proclamée
aujourd’hui. La patrologie s’intéresse à la vie des écrivains
ecclésiastiques anciens et à leurs écrits. La doctrine des
Pères étant une théologie il est naturel qu’on parle à ce
propos de théologie patristique, ou plus simplement de
patristique. La patristique étudie la compréhension qu’a
eue l’Église de la Révélation divine aux premiers siècles
de son histoire, à travers la pensée des Pères à l’occasion
15 des premières grandes hérésies qui ont été au centre des
réflexions des premiers grands conciles œcuméniques. La
patristique se donne pour objet l’étude de la prise de
conscience intellectuelle de la perception du donné
Révélé. Attendu que la conscience n'est pas un récipient
où s’emboîtent nos perceptions, mais une visée (la visée
intentionnelle), qui est donneuse de sens, quel sens allait
être donné à cet Événement révélé ?
Cette perception a été réalisée en premier par ceux
qu’on appelle « Pères ». Ce mot est la traduction de
πατήρ, pater, mot d’enfant au vocatif πάππας, que le latin
transcrit par pappa ou papa.

Ce que c’est qu’être « Père de l’Église »
Déjà, dans la Bible, puis dans le christianisme primitif,
le terme de « père » désignait le maître qui enseigne un
disciple, lequel était appelé « fils de celui qui enseigne ».
C’est ce que nous apprend Irénée dans son œuvre intitulée
« Contre les hérésies » (2). Sous ce nom on désigne des
penseurs de la première heure chrétienne dont
l’enseignement, qui développe celui des apôtres, a été
reconnu par l’Église.
Le Père a fonction d’enseigner. La fonction
d’enseignement était réservée, dans les premiers temps, à
l’évêque. C’est à lui que sera accordé le nom de Père.
« Voici le docteur de l’Asie, le père des chrétiens », crie la
foule au procès de Polycarpe, évêque de Smyrne, le jour
de son martyre (vers 155 pour les uns, 167 pour d’autres).
Le rôle des Pères se rattache finalement à l’autorité
qu’ils détiennent dans l’Église, non en raison de leur
valeur personnelle, mais dans la mesure où ils transmettent
le contenu authentique de la foi de l’Église.

16 Au Ve siècle, l’appellation « Les Pères » désigne les
évêques considérés comme les témoins reconnus de la
tradition de l’Église. On finira par donner le titre de
« Père » à des écrivains d’Église qui réunissent des
caractéristiques précises :
- ils appartiennent aux premiers siècles chrétiens,
- ils manifestent une sainteté de vie,
- leur enseignement est orthodoxe, en accord avec la
doctrine des Conciles, donc avec l’Église,
- leur témoignage enfin devra être approuvé par
l’Église, à partir du Concile d’Éphèse en 431.
D’autres auteurs reconnus pour la valeur de leur
témoignage et de leur doctrine recevront par la suite le
titre de « docteur », ainsi Thomas d’Aquin, Catherine de
Sienne ou Thérèse d’Avila.


Qui sont-ils ?
On les classe en trois périodes de l’histoire.

a) Première période : couverte par les Pères
anténicéens, dits aussi « apostoliques », car ils ont connu les
apôtres. Parmi eux on trouve Clément de Rome († 101),
Ignace d'Antioche († entre 105 et 135), Polycarpe de
Smyrne († entre 155 et 167).
Au IIe siècle on a ensuite affaire à ceux qu’on appelle
les Pères apologistes, comme Justin de Rome († 165). Ils
n’ont pas connu les apôtres mais ils se donnent pour
mission de défendre le christianisme devant leurs
contemporains, ainsi que de confondre les hérésies. Ce fut
le terrain de bataille de saint Hippolyte de Rome († 235) et
de saint Irénée de Lyon (140-208), disciple de Polycarpe,
lequel avait connu saint Jean l’évangéliste.
17 Au IIIe siècle on assiste à un véritable
approfondissement de la pensée chrétienne autour de
l’école d’Alexandrie, avec Clément d’Alexandrie (on perd
sa trace vers 202), Origène († 254), de culture grecque, et
Tertullien († après 220), Cyprien de Carthage († 258) et
Lactance († v. 325) chez les Latins.

b) La deuxième période s’ouvre avec le Concile de
Nicée. C’est la période dite de « l’âge d’or de la
patristique », qui va de 325 jusqu’au Concile de
Chalcédoine en 451. Cette période est marquée par ceux
qui ont combattu l’arianisme, comme Cyrille de Jérusalem
(† 387), Athanase d’Alexandrie († 373), Hilaire de Poitiers
(† 367), Ambroise de Milan († 394). Retenons aussi les
pères importants de Cappadoce que sont Basile de Césarée
(† 379), Grégoire de Nysse († 394) son frère, Grégoire de
Nazianze († 390), et enfin le patriarche de Constantinople
Jean Chrysostome († 407).
Les Pères grecs sont représentés, entre autres, par
Cyrille d’Alexandrie (†444), les latins par Jérôme († 420),
Augustin d’Hippone († 430), les syriens par Éphrem (†
379), ou Théodore de Mopsueste († 428).

c) La troisième période part de 451, après le Concile de
Chalcédoine, qui clôt les grands débats théologiques
autour de la personne du Christ. On retiendra le moine
byzantin Maxime le Confesseur († 662), Jean Damascène
(† 749), Grégoire le Grand († 604) chez les Latins.

Tous ces gens ont puisé dans la Parole de Dieu
l’approfondissement de la connaissance du Christ. Les
Pères de l’Église ont engendré dans la foi toutes les
générations futures de croyants. En quelque sorte nous
sommes leurs enfants.
18 La distance qui nous sépare des Pères de l’Église se
compte en milliers d’années. Deux milliers. Pourtant, cette
distance peut être franchie. C’est ce que je vous propose
de tenter ensemble, d’aller à la rencontre de ces aînés dans
la foi et découvrir qu’ils sont nos frères en même temps
que nos pères.
Depuis les événements de Pâques de grandes questions
traversent les esprits. Ces questions, vous les connaissez :
le Christ, tellement homme, pouvait-il être autre chose
qu’un homme ? Mais aussi tellement autre, singulier,
déroutant, extraordinaire, pouvait-il n’être qu’un homme ?
Le Christ était-il vraiment Dieu ? Ou fallait-il lui
reconnaître un statut intermédiaire entre Dieu et
l’homme ?
La querelle sur la divinité du Christ est lancée. Une
partie de bras de fer va s’amorcer entre l’arianisme et le
christianisme au bord de la déstabilisation. Autant dire
qu’il y a du pain sur la planche pour l’Église de cette
époque, en regard des convictions qui fusent de toutes
parts, des ariens (3), des donatistes (4), des docètes (5),
des nestoriens (6), des monophysites (7). On comprend
que ce travail ait réclamé du temps.
Mais ce que devra subir en premier l’Église naissante,
ce sont les persécutions que leur infligent les romains
imprégnés de stoïcisme et qui ne supportent pas toutes ces
nouveautés qui renversent cul par-dessus tête les
convictions et les préjugés qu’entretient la sensibilité
culturelle gréco-romaine.

Il convient de rappeler que le monde grec dont Rome
hérite était fondamentalement un monde aristocratique,
hiérarchisé, donnant aux meilleurs les meilleures places
dans la cité, et aux moins bons le reste, souvent
l’esclavage. Or, le christianisme propage l’idée que les
hommes sont égaux en dignité — idée inouïe à l’époque.
19 La notion d’égale dignité de tous les êtres humains fait son
apparition dans un monde gréco-romain où il y a « ceux
qui sont faits pour commander et ceux qui sont faits pour
obéir », ce que déclarait Aristote. Le fondement de la
souveraineté réside dans la hiérarchie des talents. Alors
que pour les chrétiens, ce qui compte n’est pas le talent
duquel on trouve sa place dans la hiérarchie, mais l’usage
qu’on fait de ce talent.
Dès lors que la vertu réside non plus dans les talents
mais dans l’usage qu’on en fait, dans un monde où nous
sommes tous à égale dignité, alors il va de soi que tous les
hommes, d’un point de vue moral, se valent.
Ce que prêche le christianisme casse la hiérarchie
aristocratique entre les premiers de la classe dans la cité et
les moins doués, entre maîtres et esclaves. Les hommes
sont frères, qu’ils soient riches ou démunis, intelligents ou
simplets, doués ou pas, ça n’a plus d’importance. Voilà la
visée universaliste de la morale chrétienne.
Si l’idée d’humanité n’est pas nouvelle, le
christianisme lui apporte une connotation éthique. Chacun
dispose du libre arbitre, de la liberté d’entreprendre, de
choisir, de décider. Cette idée devient fondement de la
morale. Pour la première fois dans l’histoire de
l’humanité, c’est la liberté qui devient le fondement de la
morale (8).
Enfin à propos de la question du salut, l’originalité du
christianisme repose sur la promesse que les hommes vont
être sauvés non seulement par une personne, mais qu’ils
seront sauvés en tant que personnes. La nouveauté du
christianisme réside dans la personnalisation du salut.
Le christianisme va rompre radicalement avec les
philosophies de cette époque (9). Au destin implacable
auquel se fiaient les Anciens, fait place la sagesse
bienveillante d’une personne qui aime les hommes. Le
coup de génie du christianisme, pour le dire comme
20 Chateaubriand, ce qui le distingue de toutes les autres
religions, c’est l’Incarnation. Dieu s’est fait homme. À
travers tous les schismes et toutes les hérésies, l’Église n'a
pas cessé de s’attacher à ce point essentiel. Dieu ne peut
pas être connu mais Jésus peut être aimé. L’impossible
savoir s’est transmué en amour. C’est ainsi que l’amour va
devenir la clef du salut.
Tout cela n’est pas du tout du goût des Romains. Aussi
vont-ils tenter de contenir et d’empêcher la propagation de
la foi chrétienne. Par la persécution. Les premières
persécutions commencent par celle de Néron. Elle est
attestée par Tacite, sénateur romain né v. 58 et mort v.
120.

Néron aimait les flatteries. Sénèque, ce philosophe et
homme d’État romain né à Cordoue en 4 av. JC, ne se
retenait pas de flatter Néron, lequel aimait afficher la
royauté solaire que lui prêtait ce dernier à des fins de
propagande (10). Il raffolait par ailleurs de se produire en
Apollon aurige (conducteur de char), archer et joueur de
cithare, les trois attributs du dieu-Soleil. Ces mascarades
livraient un peu le degré de sagesse de leurs acteurs. Ainsi,
Commode, au IIe siècle, ce fils de Marc-Aurèle, fêlé, cruel
et mégalo, qui se déguise en Hercule et combat comme
gladiateur, comme le montre son buste à Rome.
La première persécution de Néron se déroule en 63-64.
Voici ce qu’en rapporte Tacite, dans les Annales datant de
112-114, couvrant la vie des quatre Empereurs Tibère,
Caligula, Claude, Néron (de 14 à 68) :
« Mais aucun moyen humain, ni largesses impériales,
ni cérémonies expiatoires ne faisaient taire le cri public
qui accusait Néron d’avoir ordonné l’incendie. Pour
apaiser ces rumeurs, il offrit d’autres coupables, et fit
souffrir les tortures les plus raffinées à une classe
d’hommes détestés pour leurs abominations et que le
21 vulgaire appelait « chrétiens ». Ce nom leur vient de
Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le
procurateur Pontius Pilatus. Réprimée un instant, cette
exécrable superstition débordait de nouveau,
nonseulement dans la Judée, où elle avait sa source, mais
dans Rome même, où tout ce que le monde enferme
d’infamies et d’horreurs afflue et trouve des partisans.
On saisit d’abord ceux qui avouaient leur secte ; et, sur
leurs révélations, une infinité d’autres, qui furent bien
moins convaincus d’incendie que de haine pour le genre
humain. On fit de leurs supplices un divertissement : les
uns, couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par
des chiens ; d’autres mouraient sur des croix, ou bien ils
étaient enduits de matières inflammables, et, quand le
jour cessait de luire, on les brûlait en place de
flambeaux. Néron prêtait ses jardins pour ce spectacle, et
donnait en même temps des jeux au Cirque, où tantôt il
se mêlait au peuple en habit de cocher, et tantôt
conduisait un char. Aussi, quoique ces hommes fussent
coupables et eussent mérité les dernières rigueurs, les
cœurs s’ouvraient à la compassion, en pensant que ce
n’était pas au bien public, mais à la cruauté d’un seul,
qu’ils étaient immolés.»

Annales, XV, 44, Trad. Jean-Louis Burnouf, 1859, coll.
Garnier Flammarion/Littérature étrangère, 1999, trad. En
ligne.

L’épître de Clément de Rome aux Corinthiens fournit
quelques détails sur cette persécution dirigée par Néron
contre les chrétiens en 64. L’épître de Clément affirme
qu’un très grand nombre de chrétiens sont morts en masse,
« réunis en tas ». Le récit de Tacite est clair : les jardins de
Néron avaient été illuminés le soir par des flambeaux
vivants de chrétiens, revêtus sans doute d’une tunique
imbibée d’huile, de poix et de résine.
22 Subissant de « monstrueux outrages » (11), de
malheureuses chrétiennes ont été victimes de l’usage qui
s’était introduit de faire jouer des rôles mythologiques aux
condamnés dans l’amphithéâtre. Ces représentations
dramatiques se terminaient par la mort, au naturel, de
l’acteur. On leur faisait jouer le rôle des Danaïdes
traversant les divers supplices du Tartare pour mourir
lentement, ou celui de Tantale qui endure aux Enfers,
comme le raconte Homère, consumé d'une soif brûlante,
au milieu d'un cours d'eau frais qui sans cesse se dérobe à
ses lèvres desséchées. Par dizaines elles étaient traînées
dans l’arène avec le costume des filles cruelles de Danaüs,
condamnées par Jupiter à remplir éternellement dans le
Tartare un tonneau percé.
On a fait jouer à d’autres malheureuses, de la façon
que fut torturée Blandine à Lyon, le rôle de Dircé que dans
la mythologie grecque ses fils attachèrent à la queue d'un
taureau indompté, qui l'emporta sur des rochers où elle fut
mise en pièces.
Le mouvement chrétien ne cessait pas de s’accroître
cependant, et posait problème à l’Empereur. À leur
propos, Trajan, Empereur de 98 à 117, a envoyé ses
directives à ses gouverneurs de province. Originaire du
sud de l’Espagne, Trajan est le premier empereur issu
d’une province et non de Rome. Ce fut un grand chef de
guerre, conquérant de la Dacie (Roumanie d’aujourd’hui)
riche en mines d’or. Son Empire s'étend des sources de
l’Euphrate (sud-ouest de la Turquie), jusqu'à l'est de l’Iran,
traversé par la route de la soie qui relie l’empire romain à
l’Empire Han de Chine.
Le règne de Trajan (98-117) marque l'apogée
territoriale de l’empire romain. Voici, à propos des
chrétiens, ses directives adressés à Pline le Jeune, neveu
du naturaliste romain Pline l’Ancien, et gouverneur d’une
province d'Asie mineure :
23 « Vous avez, mon très cher Pline, suivi la voie que
vous deviez dans l'instruction du procès des chrétiens qui
vous ont été déférés ». Et Trajan, prudent, commence par
ordonner qu’on ne punisse que ceux qui sont convaincus,
autrement dit ceux qui confirment l’accusation dont ils
sont l’objet. En revanche : « s'ils sont accusés et
convaincus, il les faut punir. Si pourtant l'accusé nie
qu'il soit chrétien, et qu'il le prouve par sa conduite, je
veux dire en invoquant les dieux, il faut pardonner à son
repentir, de quelque soupçon qu'il ait été auparavant
chargé. »

Lettres, X, 97, Bibliothèque latine-française n° 30.
Traduction par L. de Sacy et J. Pierrot, Paris, Classiques
Garnier, 1920, traduit du latin par L. de Sacy (1850).


Les premières lettres chrétiennes
Les Pères de l’Église se veulent d’abord les
continuateurs des apôtres. Ils fondent des églises un peu
partout, au cours de longs voyages qu’ils accomplissent en
vertu de la mission qui leur a été confiée par le Seigneur le
jour de Pentecôte : « allez, enseignez... »
Et ils entretiennent une correspondance avec chacune
de ces églises (12). Ainsi la lettre que Clément (†101),
troisième successeur de Pierre à Rome, écrit aux
Corinthiens. Cette lettre a été envoyée peut-être même
avant les derniers ouvrages du Nouveau Testament
puisque les spécialistes datent la rédaction de la lettre de
Clément de 96. Or on sait que l’apôtre Jean était à ce
moment-là à Éphèse et que certains de ses écrits ne sont
pas encore rédigés (exemple : la séquence de « la femme
adultère » dans l’Évangile, qu’on date des environs de l’an
110).

24 Voici un extrait de la Lettre de Clément, adressée aux
Corinthiens :
« Remarquons, bien-aimés, comment le Maître nous
manifeste sans cesse la résurrection à venir, dont il a
donné les prémices dans le Seigneur Jésus-Christ en le
ressuscitant d’entre les morts. Considérons, bien-aimés,
la résurrection qui s’opère aux temps fixés. Le jour et la
nuit nous font voir une résurrection. La nuit se couche,
le jour se lève ; le jour s’en va, la nuit survient. Prenons
les fruits. Comment se font les semailles et de quelle
manière ? Le semeur sort ; il jette en terre chacune de
ses semences. Celles-ci, tombant en terre, sèches et nues,
se désagrègent ; puis, à partir de cette désagrégation
même, la magnifique providence du Maître les fait
ressusciter, et d’une seule semence sortent de multiples
graines qui croissent et portent du fruit. »

Lettre de Clément aux Corinthiens 24, trad. A. Jaubert,
Sources chrétiennes, 167, Cerf, Paris 2000, p. 143.

Le premier Vade mecum envoyé par les missionnaires a
été un document rassemblant la Doctrine des apôtres,
accompagnée de prescriptions liturgiques, qu’on a appelée
la Didachè. La Didachè est ni plus ni moins que
« l´enseignement des Apôtres », rédigée vers la fin du
premier siècle. On y trouve les premières indications
concernant le baptême, le jeûne, la prière, l’eucharistie, les
directives liturgiques relatives à la réunion dominicale et
la prière Marana tha, expression araméenne qu’on traduit
par « Viens Seigneur (Jésus) ».

Les grandes lignes du contexte historique

Rappelons brièvement le contexte historique dans
lequel ont prêché les Pères de l’Église, depuis les débuts
de la patristique.
25 Du point de vue géographique, tout, du Rhône à la
vallée de l’Indus, est placé sous l’autorité de Rome qui
occupe tous les pays autour de la Méditerranée.
À la naissance de Jésus c’est Auguste, fils adoptif de
César, qui se trouve à la tête de l’Empire, jusqu’en 14.
C’est sous Tibère, le successeur d’Auguste, que Jésus
mourra. Du point de vue politique on a assisté à une
mutation. De dictature personnelle sous César, le
gouvernement républicain qui régit Rome devient
progressivement, avec Octave, futur Auguste, une
monarchie absolue. Du point de vue religieux, les
Romains, très religieux, vouent un culte à l’empereur.
Rome elle-même est déifiée.
Cette situation n’est guère favorable aux relations
qu’ont entre eux les Juifs et les Romains. Pilate,
procurateur de 26 à 36 (sous Hérode Antipas), fait tout
pour irriter les juifs. Il introduit à Jérusalem des étendards
impériaux, il accroche aux murs du Temple des boucliers à
l’effigie de l’empereur. Voulant construire un aqueduc
pour amener l’eau en ville, il réquisitionne les fonds
déposés par les juifs dans le trésor du Temple. Tout ce que
Pilate entreprend attise la haine des juifs. Devenu si
impopulaire, Caligula le rappelle à Rome et le condamne à
choisir entre l’exil et le suicide.

Les Romains ménagent la susceptibilité des juifs, assez
soupe au lait, et préfèrent résider à Césarée que Hérode le
Grand s’en est allé fonder, en Samarie, au bord de la mer,
plutôt qu’à Jérusalem, toujours agitée par des querelles à
tout propos. Césarée est l’ancienne Sébaste, nommée ainsi
en l’honneur de César Auguste
Les Hérodiens s’inquiétaient de tout messianisme.
Hérode le Grand a fait assassiner son épouse et plusieurs
de ses enfants. C’est lui qui est responsable du massacre
des innocents. Hérode Agrippa I déclencha à Pâques 43,
une persécution dont Jacques, frère de Jean, fut la victime.
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Un pour Un
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