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À Rome et en Italie

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174 pages

Rome, samedi soir, 9 novembre 1889.

ENFIN, me voici à Rome ! Et quand je cherche à rendre ma première impression, je ne trouve pas de mot adéquat. Peut-être n’y en a-t-il point, parce que, à vrai dire, cette impression est indéfinissable ; ou plutôt je la crois multiple, et au lieu d’un mot il en faudrait vingt.

Rien de mélancolique comme l’abord de la Ville Eternelle, quand on vient de Civita-Vecchia. On avance à travers les maigres collines et les vallons dénudés de la campagne romaine ; la voie est bordée de grands joncs qui émergent des marais ; de ci de là, quelques touffes de bois vert, quelques troupeaux de bœufs et de moutons ; peu de vie d’ailleurs et peu d’animation, rien qui fasse pressentir la grande ville.

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Jean-Marie Buathier
À Rome et en Italie
Impressions d'un pèlerin
AVANT-PROPOS
Au mois de novembre 1889, j’eus l’honneur d’accompa gner à Rome mon évêque, Monseigneur Luçon. C’était mon premier pèlerinage dans la Ville Eternelle. Il avait pour moi, non seulement le charme des prémices, mais encore le mystérieux attrait de l’inconnu. Aussi chaque soir, à la veillée, j’aimais à me reposer de mes courses en retraçant les souvenirs et les impressions du jour : simples notes d’ailleurs, notes rapides, jetées à la hâte sur un carnet en guise dememento,sans l’ombre d’un souci littéraire. Si humbles qu’elles fussent, on me demanda, à mon r etour, de les publier dans le Bulletin de la Garde d’Honneur,en m’assurant qu’elles y recevraient bon accueil. L’esprit est enclin à croire ce qui le flatte : je me laissai persuader. On me demande aujourd’hui de les réunir en brochure : je ne résiste pas davantage, et je les offre de nouveau au grand public dans leur simple costume de voyage, sans luxe, mais aussi sans apprêt. Je ne me fais d’ailleurs aucune illusion sur la val eur de ces pages et sur leur importance. Petites fleurs cueillies aux champs d’Italie, elles n’ont d’autre parure que leur sincérité. Le bouquet est des plus modestes ; il n’a du moins rien d’artificiel. Qu’on ne cherche point ici des renseignements techniques, suivis et complets comme dans un Guide :je ne parle que de ce que j’ai vu, et je n’ai point tout vu ; j’écris mes impressions, et ces impressions personnelles risque nt de n’être pas celles de tout le monde. Aussi bien, tel horizon et tel monument n’ap paraissent pas à chacun sous le même aspect ; bien plus, le même œil ne les voit pa s constamment sous le même jour. C’est que l’âme a sa part, sa grande part dans nos impressions, —ce qui faisait dire à Amiel le mot bien connu :«Un paysage est un état d’âme. » Or, dans ces notes j’ai mis mon âme plus que ma mém oire, mes sentiments plus que mes souvenirs:toute leur valeur, si elles en ont une, vient de là. Je me trompe : elle vient aussi du sujet lui-même. Rome est une ville à laquelle nul n’est indifférent ; elle a un tel attrait que son nom seul captive ; on peut en parler toujours sans lasser jamais. Prenez donc ce petit livre, cher lecteur. A défaut d’autre mérite, il aura sûrement celui de vous entretenir de ce que vous aimez, de la Ville Eternelle, du Vatican, du Pape, puis des principaux sanctuaires de l’Italie, notamment d’Assise, de Lorette et de Padoue. St-Trivier-de-Courtes, le 24 octobre 1891, en la fête de l’Archange Raphaël,patron des voyageurs.
I
ARRIVÉE A ROME — LE SÉMINAIRE FRANÇAIS SAINT-* JEAN-DE-LATRAN — LE VATICAN
Rome, samedi soir, 9 novembre 1889. ENFIN, me voici à Rome ! Et quand je cherche à rendre ma première impression, je ne trouve pas de mot adéquat. Peut-être n’y en a-t-il point, parce que, à vrai dire, cette impression est indéfinissable ; ou plutôt je la cro is multiple, et au lieu d’un mot il en faudrait vingt. Rien de mélancolique comme l’abord de la Ville Eter nelle, quand on vient de Civita-Vecchia. On avance à travers les maigres collines e t les vallons dénudés de la campagne romaine ; la voie est bordée de grands joncs qui émergent des marais ; de ci de là, quelques touffes de bois vert, quelques troupeaux de bœufs et de moutons ; peu de vie d’ailleurs et peu d’animation, rien qui fasse pressentir la grande ville. Tout à coup, dans un lointain qui se rapproche rapidement, apparaissent les dômes, les flèches, les blanches maisons et les murailles jaunies. Voici la coupole de Saint-Pierre, voici la tour de Sainte-Marie-Majeure, et là, tout près, Saint-Pa ul-hors-les-Murs, avec son étrange aspect d’usine ou de caserne, mais dont l’intérieur, dit-on, est splendide. Nous longeons les remparts, ces rempartsmoyen-âge,un peu délabrés, qui ressemblent presque à des ruines ; mais j’aime ces ruines, elles entourent la cité de la vie !... Et sur tout cela un soleil de feu ! Il était midi ; pas un nuage au fir mament et 20 degrés de chaleur. Coin ment se croire en novembre ? Adieu, frimas de Saint -Trivier ! Adieu, brouillards de la Bresse ! Nous sommes au pays où « fleurit l’oranger ! » Oui, mais j’étais harassé par mes trente heures ini nterrompues de chemin de fer. Bonnes heures, cependant ! Elles m’ont fait appréci er une fois de plus le charme si distingué et l’amabilité si délicate de notre Evêqu e ! Mes deux autres compagnons de route s’étaient mis à l’unisson du prélat, si bien que moi, enfant gâté de la troupe, je n’avais qu’à jouir... Tout de même, trente heures, c’est trop d’un coup ! Heureusement, nous voici installésmirum in modum,séminaire français. Le au Procureur, le bon Père Brichet, m’a casé dans une jolie chambrette, avec fauteuil et lit, table et commode, Madone et bénitier, sans compter un brin de fioritures italiennes le long des murs et au plafond. C’est gracieux, voire même coquet, sans exagération, du reste. A peine arrivés, on nous conduit au réfectoire où nous trouvons.... comment dirai-je ? la fleur même de la patrie française, le cardinal-a rchevêque de Reims, les évêques d’Agen et de Verdun, et une dizaine de prêtres français. N’est-ce pas une délégation de ce que la France a de meilleur ? Après dîner, Monseigneur nous invite à l’accompagner à Saint-Jean-de-Latran, puis au Vatican. C’est donc la ville entière que nous traversons deux fois. Dieu sait si j’avais les yeux ouverts ! Ce premier coup-d’œil est néanmoins trop rapide pour que j’en parle ce soir. — A plus tard, après mieux informé. Saint-Jean-de-Latran ! Ah ! je lui garderai bon souvenir ! C’est lui quia donné le branle à mon admiration jusque là contenue. Et même, pour un peu, il s’y serait mêlé un tantinet de rêverie. C’est qu’il y a là, surtout à l’extérieur, je ne sais quel mélange de grandeur et de tristesse. La grandeur est dans le monument, dan s cette façade robuste et harmonieuse, surmontée de statues colossales. La tr istesse est plutôt dans le cadre,
dans l’horizon fuyant vers la campagne jusqu’aux mo nts Sabins, peut-être aussi dans cette longue place nue et noire qui se prolonge jus qu’à Sainte-Croix-de-Jérusalem, et que borde à gauche la ligne grisâtre d’un vieil acqueduc. Oui, en vérité, si j’en avais eu le temps, je me serais assis là sur quelque pierre, et, la tête au vent, j’aurais rêvé : j’aurais rêvé de la Rome d’autrefois, de sa gloire et de ses luttes, de ses martyrs et de ses Pontifes, des événements innombrables qui ont eu pour théâtre ce sol que je foule..... Mais foin des rêves ! Il s’agit bien de cela ! Nous entrons, et la féerie de la réalité vaut mieux que les vagabondages d’une imagination bressane ; d’autant plus qu’à ce moment se réunissaient, pour ravir l’âme, tous les enchant ements à la fois. Pèlerins heureux, nous tombions en pleine fête, en pleine dédicace de l’église, et aussi en pleine.... chapelle Sixtine. Quelles vêpres et quelle musique ! Tous les registres des sentiments religieux résonnaient l’un après l’autre, du plus f ort au plus suave : c’était puissant et doux ; parfois c’était immense comme des ondes sans fin. Il me semblait entendre la grande voix des croyances éternelles, alternant avec la voix plus tendre de la prière et de l’amour : Dieu était loué superbement. Puis, cette voûte d’or et d’azur, ce parvis de mosaïque, ces colonnes de porphyre et de vert antique, ces vivantes statues taillées dans le marbre, n’est-ce point un coin du paradis ? C’en est du moins le vestibule, puisque c ette basilique est la cathédrale du Pape, l’église épiscopale de Rome, par conséquent la première de toutes les églises du monde. Dans l’ordre hiérarchique, elle a le pas mêm e sur Saint-Pierre, comme nous l’avons la au front de sa façade :Sacro sancta Lateranensis Ecclesia omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput. Il fallut s’éloigner, mais, Dieu merci, avec espoir de retour. De nouveau, nous traversons Rome dans toute sa longueur. Voici au passage le Colisée, le Forum, le Tibre, le pont et le fort Saint-Ange, voici Saint-Pierre, voici le Vatican ! Mais il est cinq heures, l’Ave Maria sonne ses portes : nous neà toutes les églises, et Saint-Pierre ferme pouvons saluer que du dehors le tombeau des Apôtres. Même au dehors le spectacle n’est pas banal. La nuit descend lente et limpide : sur un ciel encore bleu où perlent les premières étoiles, se détache la gigantesque coupole avec sa croix d’or ; la grande place est presque déserte ; la colonnade s’emplit d’ombre et devient mystérieuse, tandis que, là-haut, deux ou trois feux s’allument aux fenêtres du Vatican. Ah ! cette maison du Pape, c’est bien la m aison de la lumière ! Les ténèbres peuvent envelopper le monde, il y a là un flambeau qui ne s’éteint pas :Lumen in cœlo! Nous franchissons la porte de bronze ; les gardes s uisses présentent les armes à Monseigneur et nous montons lascala Pia, le bel escalier construit par Pie IX. J’eus un tressaillement à la pensée que j’étais chez le Pape . Nous ne devions point le voir cependant ; l’Evêque de Belley venait simplement fa ire visite au Majordome de Sa Sainteté, Mgr della Volpe ; mais entrer pour la première fois dans la demeure du Père de famille est chose si douce au cœur de l’enfant ! Vraiment je me trouvais bien sous ce toit paternel, j’étais heureux d’être l’hôte de Léon XIII, et quelque chose me disait tout bas que l’atmosphère elle-même était une atmosphère de bénédictions. Bref, il y a huit heures à peine que je suis à Rome, et déjà mon esprit est plein de ses merveilles, mon cœur plein de ses tendresses ! Que sera-ce dans dix jours ?
II
L’ÉGLISE DUGesùBÉATIFICATION DU V. PÈRE PERBOYRE LA PRISON MAMERTINE
* * *
Rome, dimanche soir, 10 novembre 1889.
Un pour Un
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