Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,90 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Approche critique des représentations de l'Islam contemporain

De
144 pages
L'imaginaire collectif véhicule tant d'archétypes sur l'Islam qu'il est utile de se pencher sur l'étude de cette religion, en remontant aux sources. C'est cette démarche que propose cet ouvrage qui aborde les questions du terrorisme, du port du voile, du mariage inter-religieux, du rapport ancestral de l'islam au judaïsme et à la chrétienté, et de la rigueur normative du discours religieux.
Voir plus Voir moins

Approche

critique des représentations l'Islatn contetnporain

de

Histoire et Perspectives Méditerranéennes Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud
Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les éditions L'Harmattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde méditerranéen des origines à nos jours. Déjà parus Taoufil( SODAMI, Aménageurs de villes et territoires d'habitants: un siècle dans le Sud algérien, 2003 Paul SEBAG, Une histoire des révolutions du royaume de Tunis au XVllème siècle, 2003. Pierre-Alain CLAISSE, Les Gnawa marocains de tradition loyaliste, 2003 Patrick KESSEL, Le peuple algérien et la guerre, 2003. Philippe CARDELLA, Notes de voyage à Chypre -Opuscule, 2003. Cécile MERCIER, Les pieds-noirs et lPexode de 1962 à travers la presse française, 2003. Faïza JIBLINE, Proverbes et locutions proverbiales en usage à Marrakech, arabe-français, 2003. André WILMOTS, De Bourguiba à Ben Ali, 2003. Abderahmen MODMEN, Les français musulmans en Vaucluse, 2003. David Raphael ZIVIE, La guerre d'Algérie vue par Francis De Tarr (1960, 1961-1962),2003. Sadek NEAIMI, L'Islam au siècle des Lumières. Image de la civilisation islamique chez les philosophes français du XVlllème siècle, 2003. Jean-François MARTIN, Histoire de la Tunisie contemporaine, 2003. David MENDELSON (coord.), La culture francophone en Israël, tome 1 et II, 2002. Chantal MOLINES, Algérie: les dérapages du journal télévisé en France (1988-1995), 2002. Samya El MECRA, Le nationalisme tunisien scission et conflits 1934-1944,2002. Farid KHIARI, Vivre et mourir en Alger, 2002. Rouria ALAMI M'CHICHI, Genre et politique au Maroc, 2002.

MOURAD

FABER

Approche

critique des représentations l'!slatn contetnporain

de

"Si dans une bataille un homme vainquait mille hommes, il aurait une moindre victoire que celui qui se vainc lui-même" Léonard de Vinci

L'orgueilleux ne revêt l'humilité que pour mieux jeter l'anathème.

à Régine

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Du MÊME AUTEUR

Introduction à la lecture du Coran, le contexte et l'histoire des versets, Editions PUBLISUD, Paris, novo 1998, 289 p., Préface du Prof. Bruno ETIENNE.

« L'exégèse wahhabite du Coran », La Vanguardia du 7 mars 2002, Dossier «Débat: Islam, politique et religion », Dir. Prof. J. Antich, Trad. José Maria Puig de la Bellacasa.

«Islam, théologie et mémoire collective », in Islam de France nOS, mai 1999, Ed. AI-Bouraq/Memoralis - Liban.

er rebelle à la libre critique? , Dir. G. Hennebelle, 1 trimestre 2001, Ed.

«L'islam

est-il antisémite?

», in Panoramiques

nOSO: L'islam est-il

Cor let/Marianne.

«La paix des peuples ou la paix des instances? », in Panoramiques nOS9: Israël-Palestine: des utopies ou le cauchemar, Dir. G. Hennebelle, 2002, Ed. Corlet/Marianne.

(Ç) L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-5707-3 EAN : 9782747557078

TABLE

A vant propos

9

Chapitre 1

Le Il septembre

13

Chapitre 2

La religion-politique

29

Chapitre 3

L'islam et lejudaïsme

35

Chapitre 4

Le voile islamique

69

Chapitre 5

Le mariage inter-religieux

79

Chapitre 6

Jésus en Islam

99

Chapitre 7

Le Code et le Fond

123

Références citées

143

Avant

propos

Sporadiquement ou en continu, le discours et l'imagerie médiatiques, relayés en tâche de fond par l'escalade d'événements souvent tragiques, renvoient le public français vers des interrogations récurrentes sur l'islam. L'islam, ce voisin si proche et familier que l'on voudrait l'accrocher parmi les tableaux de la mémoire collective, est si surprenant, choquant et inintelligible parfois qu'il en apparaît totalement exogène et inquiétant. Religion d'abord et civilisation ensuite ou religion civilisatrice, l'Islam, parmi les courants qui façonnent l'Europe après l'avoir fascinée un temps, est aussi pardevers lui l'enfant mal aimé qui veut rappeler son existence, tantôt de manière éclairée, tantôt de manière maladroite et ostentatoire. Récemment, avec la conclusion de la procédure délicate d'institution d'un consistoire, achevée par M. Sarkozy et initiée par M. Chevènement, l'Islam se confie au soin de la République, en partenaire à part entière sur les questions du culte qui le concerne. Néanmoins, les déclarations qui ont fusé de part et d'autre ne laisse pas sans penser qu'il ne s'agit que du premier épisode d'une longue série d'atermoiements, et que les problèmes sont loin d'être résolus. De chaque chose anodine peut surgir le tout religieux et susciter de nouvelles considérations d'ordre éthiques ou politiques, invitant les médias comme les édiles à se prononcer sur des questions dont les arcanes échappent souvent à leur appréhension. Liés par l'exigence d'informer pour les uns, et d'administrer pour les autres, ils sont portés ensemble à identifier les épiphénomènes sociaux, davantage à travers leur imaginaire collectif que par un examen attentif et approfondi des items qui s'exposent à eux. Il y a donc un réel besoin de donner de l'information à l'information, notamment quand il s'agit de problématiques de l'ordre du religieux. C'est en cela qu'une approche critique structurée et non partisane peut contribuer à fournir des outils de réflexion objective. Traitant de questions religieuses, les articles et analyses proposés dans cet ouvrage n'ont guère la prétention d'asséner des vérités intangibles, et laissent libre à chacun le choix de ses certitudes dans le respect de ses convictions et de sa foi. N'étant ni estampillé d'une des prestigieuses universités musulmanes, ni inféodé à aucun impératif

théologien, je ne saurais prétendre donner à cette réflexion un quelconque caractère de leçon de théologie. Bien au contraire, c'est dégagé des ornières conventionnelles, et animé par la fermeté d'une foi libre autant que par un souci d'impartialité, que j'ai entrepris d'échafauder chaque analyse. Et c'est donc tout naturellement que je conçois chaque conclusion personnelle avancée comme réfutable, moyennant des arguments convaincants, respectant en cela même l'esprit du débat contradictoire. Ce travail est en soi une illustration d'une réappropriation personnelle et légitime du discours religieux, et peut porter le lecteur à faire le point sur sa propre vision de l'islam et du rapport de l'islam avec le monde. Au fur et à mesure que sont échafaudés les raisonnements, le lecteur peut redécouvrir ses propres convictions et revisiter ses lieux de doute et de certitude. Les dossiers traités ici invitent à mesurer la portée insoupçonnée de leurs retombées sur toute une culture et ses arcanes. J'adopte volontiers le principe selon lequel ce n'est guère en éludant les questions susceptibles de l'incommoder qu'une religion s'honore ou gagne en crédibilité. C'est au contraire dans l'enrichissement et l'ouverture de l'étude et du débat, traditionnellement dévoués à une thématique piétiste et apologétique, que les musulmans et nonmusulmans intéressés par l'islam contribueront à une meilleure connaissance de cette religion, notamment par la conscience partagée et impartiale des ressources historique, scripturaire et traditionnelle sur lesquelles l'Islam a édifié ses arcanes et sa culture. Au-delà du religieux il yale spirituel et l'existentiel. En régentant le spirituel et le temporel, l'Islam civilisateur et culturel a fait des choix qui ont profondément marqué les sociétés musulmanes. Aujourd'hui, confronté à la mondialisation et y réagissant à sa manière, exposé autant à la frustration de la méconnaissance de sa culture par les acteurs de ce nouveau monde qui ne dit pas son nom, qu'au dévoiement de nombre de ses croyants en quête d'une solution au-delà des réalités infligées par son propre héritage, l'Islam continue de chercher sa voie dans les méandres de l'histoire. En France en particulier, les faits sociaux donnent régulièrement l'opportunité pour des leaders charismatiques d'occuper le terrain en prêchant le social au nom du religieux. Cette forme de récupération, serait plutôt dommageable si elle occultait l'expression intellectuelle musulmane en subordonnant l'analyse critique des questions

10

religieuses et l'exégèse à l'impératif politique, munautaire.

identitaire et com-

Néanmoins, à faire de la surenchère sur le risque communautariste musulman et l'orchestrer à des fins politiciennes ou médiatiques, c'est faire l'impasse sur la réalité d'un monde très divisé qui a rarement su trouver son unité, et où les avis sont très partagés. C'est aussi commettre l'injustice de qualifier de communautariste une mémoire sociale dès qu'elle transpire l'islam, tout en restant impassible devant les manifestations d'autres cultures tacitement considérées comme plus tolérables. Là où le communautarisme devient dangereux et figure autre chose que du folklore, de la solidarité ou la chaleur d'une mémoire collective, c'est lorsqu'il franchit la limite du droit à la conscience spirituelle privée ou du bénéfice de la liberté d'expression, et qu'il adopte une démarche procédurière contre ses contradicteurs, usant parfois des instruments de la déontologie républicaine pour déplacer le débat d'idées vers le registre du Droit public, censurant désormais ce qu'il considère lui-même comme une censure. Si certains des dossiers examinés ici ont déjà été éprouvés par l'exposition au débat public, à la fois pour en mesurer l'impact et pour en évaluer la recevabilité, c'est néanmoins en quête d'un point de vue existentiel sur ces questions que je poursuis la réflexion. Comment sensibiliser à la relativité des interprétations et des lectures du Coran selon les champs sémantiques ou les ordres mentaux dans lesquels elles s'inscrivent? Il est évident qu'une démarche à vocation apologétique se cantonnera dans les limites d'une glose jurisprudentielle codifiée, même si les versets normatifs ne représentent qu'une infime partie du Coran (tout au plus 150 versets sur un total de plus de 6230 versets), tandis qu'une approche exégétique plus libre subordonnera le Code au Fond et à la trame historique, donc existentielle. De même, il reste évident que pour nombre de croyants il ne saurait y avoir de contenu temporel à la Parole divine sans un corpus législatif perçu non comme un épiphénomène circonstanciel, voire géographiquement contenu, mais bien comme la charpente de tout l'édifice de la foi. Autrement dit, nombreux sont ceux qui, s'ils étaient privés de la Loi, ne comprendraient plus l'objet de leur foi.

Il

Chapitre

1

Le 11 septembre
Introduction

Le Il septembre est encore trop proche dans les mémoires. La récente campagne américaine lancée en Irak et annoncée avec une fermeté surprenante par le caractère élémentaire de l'argumentaire qui l'a accompagnée, dévoile clairement à quel point le Il septembre peut devenir quasiment providentiel, et se prêter à tous les usages de démagogie politique annonçant le renouveau du néocolonialisme. La tension régnant alors autour de ce sujet ne le rendait pas aisé à traiter d'autant plus que l'imbroglio politique dans lequel s'inscrivaient ces événements, entourés de fausses déclarations et de silences ambigus, laissait planer le doute sur plusieurs questions. Depuis la date du Il septembre, sur fond de suspense anticipant la riposte américaine dont il est encore difficile de mesurer l'impact sur le monde et sur une région de la planète déjà meurtrie par tant d'années de guerre et par tant de misère, nous avons vu défiler, comme un message en boucle, des interventions sur le petit écran qui font apparaître alternativement d'un côté les talibans et de l'autre des musulmans de France. Pour être complaisant avec les premiers, il faudrait vraiment manquer de sens commun ou avoir une conception plus que dégénérée de l'islam, et quant aux seconds, il faudrait souffrir d'amnésie pour se satisfaire de la réplique, sincère au demeurant mais creuse, qui consiste à avancer simplement que l'islam est une religion de paix étrangère à tous les méfaits du terrorisme. On sera même tenté çà et là de surenchérir sur le verset 32 de la sourate 5 (AI-Ma'idah) du Coran: «Quiconque tuerait une personne non coupable d'un meurtre ou d'une corruption sur la terre, c'est comme s'il avait tué tous les Hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c'est comme s'il faisait don de la vie à tous les Hommes». Mais pense-t-on raisonnablement qu'un tel argument suffira à combler le fossé d'incompréhension à l'égard de l'islam, creusé par l'indifférence, l'ignorance ou le dédain occidental d'une part, et par les méfaits de certaines idéologies musulmanes chaotiques d'autre part. A ce discours de déculpabilisation, d'ailleurs tout à fait compréhensible, se joint sur la pointe des pieds un discours d'édiles,

se voulant plus rationaliste, qui distingue le bon du mauvais islam dans le souci d'éviter d'envenimer la situation, tout en laissant contradictoirement entretenir la paranoïa par des médias débridés friands d'émotionnel et de sensationnel, et qui se font dirait-on un malin plaisir à réveiller la bête ancestrale. N'allons-nous pas enfin distinguer au moins deux culpabilités ou plutôt deux impénitences: Premièrement, celle d'une politique ambigüe aux tragiques conséquences que les Etats Unis ont menée depuis longtemps et qui n'est qu'un passable secret de polichinelle (ceux qui s'interrogeraient encore sur cette question pourraient par exemple découvrir les ouvrages de Noam Chomsky, linguiste américain, professeur au Massachusetts Institute, ou les productions de Michael Moore sur un registre différent mais aux effets identiques pour ne citer que les plus connus) ; et deuxièmement, celle d'une certaine théologie qui a nourri tacitement des générations de musulmans. C'est sur cette théologie que les musulmans qui ont eu l'occasion de s'exprimer en public pour étayer la position officielle de l'islam, s'il en fut, devraient s'interroger, mais sur laquelle ils ne se sont quasiment pas interrogés, et certainement pas de manière assez claire. Laissons le soin à nos frères américains endeuillés de tenter de comprendre leur propre drame, de tenter de dépasser les effets pour découvrir la cause, et ne débarrassons pas notre conscience aussi facilement en faisant reporter sur l'Amérique ou l'Occident tout le poids des péchés du monde. De même, n'instrumentalisons pas le conflit Israélo-Palestinien en nous entretenant dans un esprit de « victimisation » de l'islam qui nous dédouanerait par procuration de toute introspection mentale et culturelle. Si tout était si simple, s'il suffisait de dire que l'islam est pacifiste pour qu'il le fût, alors comment des jeunes musulmans en sont-ils arrivés là ? En quoi ont-ils trouvé la ressource mystique qui les a dévoyés au point qu'ils choisissent à la fleur de l'âge de se donner la mort en entraînant avec eux tant d'autres vies dans une hécatombe où ni le bien ni la vertu n'a le droit de figurer? S'il suffisait d'une déclaration d'intention pour que l'islam apparaisse sous son meilleur jour, alors pourquoi tant de factions musulmanes entretiennent-elles un esprit de rivalité et de revanche sur tout ce qu'elles ont jugé profane? Et quelle que fût la manipulation et d'où qu'elle vienne, comment le terrorisme peut-il se réclamer de l'islam s'il n'existait pas une lecture du Coran bien enracinée qui voudrait précipiter une Apocalypse en promettant

14