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Au centre de l'âme

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Au centre de l'âme compare les troubles psychologiques des névrosés et les crises traversées par les mystiques catholiques : il en ressort que ces derniers, loin d'être des malades, trouvent l'équilibre psycho-spirituel qui fait défaut au commun des mortels.
Cette analyse comparée permet aussi de distinguer entre sectes et religions, de montrer que toutes les spiritualités ne se valent pas, et confronte les charismes chrétiens avec les pratiques du chamanisme.
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Jean-Michel Cosse
Au centre de l'âme
L'équilibre psycho-spirituel chrétien et sa spécificité par rapport aux autres traditions
© Jean-Michel Cosse, 2017
ISBN numérique : 979-10-262-1059-7
Courriel : contact@librinova.com
Internet :www.librinova.com
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L’auteur
Jean-Michel Cosse est docteur en psychologie (Unive rsité de Franche-Comté), docteur en littérature française (Université de Cal ifornie), et diplômé en sciences de l’information et de la communication (DEA du CELSA, Sorbonne IV). Il a commencé sa carrière d’enseignant aux Etats-Unis. De retour en France, il fut longtemps professeur de civilisation française, d’interculturalisme et de c ommunication interreligieuse dans un Centre universitaire privé américain (AUCP). Jean-Michel Cosse a aussi travaillé pour la Police nationale, pendant dix ans, comme psychologue vacataire, dans le domaine du recrutement. Il est l’auteur d’unTraité de psycho-spiritualité, paru aux Editions Bénédictines en 2010, et de dix émissions/conférences, diffusées sur Radio Maria en 2011.
INTRODUCTION
La sagesse de Dieu est présente en nous. Quand nous renonçons à nos tendances égocentriques, elle apparaît et s’épanouit. Nous de vons apprendre à nous effacer, à la laisser nous posséder, nous inspirer et nous diriger : « Une âme désireuse de la véritable vie de Jésus agit par renoncement perpétuel à son r aisonnement et à son propre jugement :Je suis comme une bête de somme devant toi73, 72). Point d’ego, point (Ps de moi pour elle, ce qui fait venir l’ego de Dieu :Et moi, je suis toujours avec toi28, (Mt 1 20) » .
Afin de coopérer avec l’Amour, nous nous appuierons sur ce que nous en savons, passant ainsi du savoir profane aux connaissances religieuses, et des degrés naturels de la dévotion à ses niveaux surnaturels : « Il faut q uelquefois se servir de la prudence 2 humaine comme d’un escabeau, pour arriver à la prud ence divine. » La psycho-spiritualité étudie et utilise cette gradation. Ell e articule des compétences purement humaines avec des expériences religieuses dont certaines transcendent nos facultés.
D’autre part, à chaque étape de l’élévation spirituelle, la sagesse, pour être réelle et continuer à croître, réclame une union intime de l’ intellect et du cœur. Il faut que l’affectivité guide l’intelligence et que l’intelligence structure l’affectivité. On évite alors les savoirs qui rendent orgueilleux et les sentiments q ui déraillent : « Sans amour, toute science ne serait qu’enflure ; et sans science, l’amour serait égarement. Ainsi s’égaraient ceux dont l’Apôtre dit :Je témoigne qu’ils ont la ferveur, mais non la scie nce (Rm 10, 3 2). » La psycho-spiritualité se caractérise donc par deux associations fondamentales : celle des échelons naturels –profanes ou religieux- et surnaturels de la sagesse ; et celle du savoir et de la charité. Au centre de l’âmed’un point de vue psycho-spirituel, la spé  expose, cificité du christianisme. Le premier volume a un double objectif : démontrer que les mystiques catholiques réussissent à s’équilibrer ; et comparer leurs résu ltats avec ceux des autres traditions, philosophiques ou religieuses. Le second volume présente la sagesse concrète des m ystiques catholiques : on y trouvera une psycho-spiritualité susceptible de nou s éclairer dans nos difficultés et de nous soutenir dans nos espoirs.
I. L’EQUILIBRE PSYCHO-SPIRITUEL
« De la part de Dieu je suis pleine de confiance, i l n’y a que moi de qui je me défis… ».
4 Marie de l’Incarnation
1. Les concupiscences.
Les courants totalitaires, notamment le fascisme, l e stalinisme, le maoïsme, ou encore différentes sectes, ont trouvé, hors de leur s rangs, de nombreux soutiens. Or, beaucoup de ces derniers sont indiscutablement capables de s’informer et de procéder à des analyses. Un tel paradoxe ne saurait s’expliquer par de simples « erreurs ». Sartre, au sujet du système soviétique, du maoïsme ou du terrorisme d’extrême gauche, ne se trompait pas : il s’aveuglait. Pour comprendre cette aberration, il faut mettre à jour les besoins psychologiques qui dissolvent notre objectivité et qui sous-tenden t nos partis pris. L’intellect, généralement, est orienté par des attitudes tendanc ieuses. Nous pensons, notait Freud, « sous l’emprise de préférences profondément enracinées que nous ne faisons que servir 5 à notre insu dans nos spéculations.» Janet reprochait aux philosophes de se déconnecter des faits : leurs théories, constatait- il, restent en deçà d’une démarche « expérimentale ».
Mais de quels a priori fondamentaux sommes-nous ain si prisonniers ? Pascal travaillait à les identifier : « Les 3 concupiscences ont fait trois sectes et les philosophes 6 n’ont fait autre chose que suivre une des trois concupiscences.» Nous sommes partagés 7 entre deux idéaux contraires : le « divertissement » et le « repos » . Et, parfois, nous tentons de les combiner. Nos théorisations subjecti ves reflètent cet écartèlement. Les « philosophes », c’est-à-dire les penseurs qui ne s uivent pas une démarche uniquement expérimentale, exaltent le désir ou le renoncement. Ils sont tiraillés entre, d’une part, la liberté, la sensualité, le progressisme, l’imaginat ion, l’irrationnel, le mouvement, le « dionysiaque », etc., d’autre part, l’ordre, l’aus térité, le conservatisme, le réalisme, la raison, la stabilité, l’ « apollinien », etc.
Nous devons nous interroger sur cette fracture. Selon Freud, il existe chez tout le monde, au moins « à l'état latent », des 8 tendances pathologiques . Janet, de même, n'admettait, entre l'individu dit normal et le malade mental, qu'une différence de degré. La tradition judéo-chrétienne, dénonçant un péché originel, considère notre nature comme gravem ent corrompue et comme devant être redressée. D'après nombre de mythes, éclos dans diverses civilisations, l'humanité, si elle n'avait pas connu, par sa faute, une déchéance , se trouverait en communication 9 directe avec le Ciel . Certes, ces pensées ou cultures, sous maints rappor ts, divergent profondément. Mais leur accord pour déclarer la nature humaine viciée n'en est que plus remarquable. A l'évidence, nous sommes hantés par un sentiment d'i nsatisfaction et de dérèglement. Comment expliquer ce fait ?
Au lieu de nous donner entièrement à l'amour, au désintéressement, nous sommes gravement égocentriques. Nous aspirons à nous compléter. Or, notre quête de plénitude se traduit par deux stratégies contraires : une rec herche d'excitation et une recherche
d'autosuffisance. Pour être complet, nous tentons de nous rehausser ou de nous rendre autonomes. L'égocentrisme a deux faces et celles-ci s'opposent . Chacune est un rejet de l'autre. Mais une tendance rejetée ne disparaît pas. Elle persiste, constituant, par rapport aux phénomènes psychologiques qui la chassent, une réalité distincte, ou même un fait déconnecté : elle forme une autre partie de la conscience, voire un subconscient.
Nous sommes donc divisés en deux tendances antagonistes. Chez les personnes 10 amoindries par des troubles psychologiques, par une maladie, ou par un épuisement facteurs susceptibles de se combiner-, ou encore, c hez celles qui s'enlisent dans l'égocentrisme, cette fracture s'aggrave. Quand un individu est affaibli, il n'a plus la capacité de maintenir son unité, il se délite. Et quand un individu travaille ardemment à se compléter, il intensifie deux rejets opposés, il s'écartèle. Dans l'un et l'autre cas, un clivage préexistant s'accentue.
Pour éviter de se dissocier, le sujet peut tenter d e se rassembler dans une tendance égocentrique, ou de combiner la thèse et l'antithèse : soit il se radicalisera, soit il prétendra définir une nuance, un idéal bipolaire ou un juste milieu. Mais, on ne sort pas de l'égocentrisme en le cultivant. D'une part, avoir u n penchant signifie repousser l’option inverse, non l’éliminer : elle persiste en tant que renversement de ce qui est son retournement. Tout basculement implique des rejets symétriques et une dissociation. D'autre part, vouloir combiner nos concupiscences, c'est s'enfermer dans leur contradiction, non la résoudre ou la dépasser ; c'e st s'évertuer à nier le mal, non s'en libérer. Les tendances égocentriques ne se maintien nent qu'en se contredisant réciproquement, elles n'existent qu'en formant une antinomie, un face à face entre deux déséquilibres inverses.
A priori, les partisans d'une nuance, d’un idéal bipolaire ou d'un juste milieu ne sont pas plus équilibrés que les zélateurs d'un penchant . Zola, dissertant élogieusement sur Flaubert, évoquait un talent « au confluent » du naturalisme et du lyrisme, une « dualité » 11 ou encore une « double nature » . Par ailleurs, au sujet de Chateaubriand, il condamnait ceux qui s'efforcent de ne pas basculer : « ...les fatalités de sa nature le jetaient à cet 12 équilibre, à ce juste milieu du doute où les nature s les mieux douées se rapetissent » . Zola entendait combiner deux penchants, non les cor riger l’un par l’autre. Il voulait associer la thèse et l’antithèse sans s’orienter vers la synthèse. Cette dernière, parfois, est réclamée. Mais ceux qui prétendent unir intimement les concupiscences ne peuvent éviter de basculer. On le constate, par exemple, chez Breton. Il affichait une volonté d’équilibre, 13 plaidant pour une beauté « convulsive », c’est-à-dire « ni dynamique, ni statique » , ou encore, s’exprimant en héraut d’une synthèse à venir : « Je crois à la résolution future de ces deux états en apparence si contradictoires que sont le rêve et la réalité, en une sorte 14 de réalité absolue, de surréalité, si l’on peut ainsi dire. » Mais, d’autre part, il encensait 15 l’imagination, la liberté, le délire, et honnissait « l’attitude réaliste » . Les contraires psychologiques se repoussent mutuellement. Ils se séparent au lieu de se combiner et de se contrebalancer. Par conséquent, que nous décidio ns d’avoir deux versants, ou que nous tentions une fusion, nous penchons. Zola, dupe d’un dédoublement, inclinait de part et d’autre. Breton, en quête de dépassement, restait prisonnier des idéaux de désir et de non-désir, donc ne pouvait prendre position qu’en basculant. L'égocentrisme a deux faces, mais se manifeste sous trois formes. Il est à la fois duel et triple. On comprend, de ce point de vue, qu e Pascal ait pu dénoncer tantôt deux 16 « concupiscences » (l'« agitation » et le « repos » -autrement dit : le besoin d’excitation
17 et le besoin d’autonomie-), tantôt trois (une pseudo-synthèse pouvant être considérée comme une option supplémentaire.) La première épître de Saint Jean nous met en garde contre l’égocentrisme. Trois tendances sont mentionnées : « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la richesse » (2,16). On peut, avec saint August in, considérer que chaque concupiscence vise un seul type d’objet : les « plaisirs charnels », « quelque spectacle » 18 ou une « vaine puissance » . Un fragment de Pascal expose un point de vue 19 apparenté . Mais on peut aussi -et cette interprétation, qui domine chez l’auteur des « Pensées », sera préférée ici- associer chaque concupiscence à une logique plutôt qu’à une cible. La sensualité, la curiosité ou l’orgueil représentent alors respectivement la recherche d’excitation, un mélange de consommation et de distance –en d’autres termes, une approche qui ne se veut ni possession, ni détac hement-, et l’ambition d’être autosuffisant. Dans cette perspective, tout type d’objet est potentiellement exploitable par les trois concupiscences. L’érotisme, par exemple, donne lieu à des passages à l’acte, à des engagements impliquant une retenue, ou à des réserves orgueilleuses.
Ainsi, nous sommes hantés par un conflit, lequel co nditionne nos productions intellectuelles, politiques, esthétiques, religieuses, etc., et nos comportements. Des a priori antagonistes, donc violents, nous structurent, nous motivent et nous meuvent. Nous pensons et agissons en idéologues. La spiritualité consiste à s’extraire des concupiscences, donc de l’égocentrisme. Au lieu de nous déterminer systématiquement en faveur de ce qui est conservateur ou progressiste, répressif ou hédoniste, etc., nous devons chercher, dans chaque circonstance, ce qui est vrai, juste et bon.
Pour se libérer, il faut aimer. L’égocentrisme, en tant qu’opposition binaire, nous condamne à des choix partiaux et à des relations malsaines. La charité nous unifie, nous rend objectifs et pacifie nos rapports. Elle est fa vorable à notre santé mentale et elle assure notre élévation morale. Quand on se détache des concupiscences, quand on se purifie, on devient capable de percevoir et d’embrasser le Bien. On entre dans la vraie contemplation, celle qui conduit à la béatitude :
«Dieu qui est esprit ne peut pas être vu par les yeux du corps, mais seulement par les yeux du cœur et de l’intelligence. Et de même que pour considérer la lumière de ce monde, il faut que les regards du corps soient nets et purs, de même, et à plus forte raison, faut-il q ue les regards de notre cœur et de notre intelligence soie nt entièrement purifiés pour pouvoir contempler le Die uqui habite une lumière inaccessible. C’est dans cette vision de la Divinité que nous trouverons l’accomplissement de tous les désirs et la perfection de la béatitude à laquelle 20 les cœurs purs ont seuls droit. »
«Cette bonne chose qu’est l’obéissance, ce n’est pas seulement envers l’abbé que tous l’exerceront, mais les frères s’obéiront mutuellement, sachant que, par ce tte voie de l’obéissance, ils iront à Dieu. »
Règle de saint Benoit, (71, 1-2)
2. Dominants et dominés.
Travaillés par l’égocentrisme, nous aspirons à nous compléter : nous voudrions nous rehausser ou nous rendre autonomes. Nous nous révélons donc divisés entre une recherche de stimulation et une recherche d’autosuf fisance. Ce sont les deux 21 concupiscences : excitation ou renoncement, désir ou non-désir . Il faut savoir, toutefois, qu’une même attitude peut être motivée par l’une ou par l’autre tendance. Notre tiraillement entre une aspiration à être aiguillonné, guidé, voire à nous soumettre, et une aspiration à ne suivre personne, voire à dominer, r eflète le conflit des concupiscences, mais ces dernières ne se situent pas toujours du même côté. La dépendance peut donner le sentiment d’être mis en mouvement plutôt qu’immo bile –elle est alors synonyme de désir- ; ou d’être passif plutôt qu’actif –elle cor respond donc aussi au non-désir-. L’indépendance, quant à elle, peut renvoyer à une a bsence de stimulation, à une impassibilité –autrement dit, représenter le non-désir- ; ou signifier qu’au lieu d’être mû, on est animé par une volonté propre –auquel cas le désir supplante son contraire-.
Les besoins de dominer et de se laisser dominer ont chacun deux origines possibles : l’une ou l’autre des concupiscences. De plus, ils se combinent. Ils peuvent s’exprimer alternativement chez un même individu et dans un même contexte -par 22 exemple face à un thérapeute . Ils peuvent aussi, pour soulager le tiraillement inhérent à leur cohabitation, se répartir des situations. Le s ujet, selon les personnes ou les 23 circonstances, commande ou obéit, tyrannise ou ramp e . Dans les organisations hiérarchisées, cette répartition bénéficie d’une st ructure propice : aux échelons intermédiaires, ayant des supérieurs et des subordo nnés, on est à la fois dominé et dominant. Janet, à ce propos, cite la position du s ous-officier comme un cas 24 emblématique .
Parfois, dans un groupe, une organisation ou une société, les rapports prennent un tour paradoxal. L’une et l’autre concupiscence déçoivent, fatiguent et dégoûtent. Chacune épuise et s’épuise, donc favorise la montée de son antithèse. Dominer donne envie d’être dominé et être dominé donne envie de dominer. D’où certains renversements. D’une part, il arrive qu’on oppresse ses supérieurs. Les caractéristiques et les stratégies permettant d’y parvenir sont diverses : il s’agira, par exempl e, d’un trait de personnalité, d’une séduction, d’un chantage, d’une délation ou d’une a ttitude moralisatrice. L’instrumentalisation de principes éthiques est un phénomène particulièrement fréquent. Les moralisateurs visent à se placer au-dessus d’autrui. Au fond, ils ne cherchent pas la justice, mais un moyen de dominer leur prochain, et notamment de faire plier -donc d’assujettir- des personnes haut placées. D’autre p art, il arrive qu’on s’aplatisse devant ses subordonnés. On idéalise ceux dont on a la dire ction, on tente, sous prétexte d’humanisme et d’écoute, de suivre leurs désirs, on pratique devant eux des autocritiques humiliantes, etc. La prétention de servir et la ten dance à se rabaisser peuvent relever d’une auto-valorisation déguisée. Mais elles sont également susceptibles d’exprimer une volonté –tout aussi concupiscente, donc intéressée- de s’inférioriser.
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