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CATÉCHISMES EXPRESSION DU CLÉRICALISME ET DU POUVOIR OCCULTE (1870-1890)

De
320 pages
La période 1870-1890 est riche en affrontements. L'Eglise catholique va vivre un moment difficile, lors de la réunion du Concile de Vatican I, où Gallicans et ultramondains se heurtent. Peu à peu, de nouveaux catéchismes sont édités, mentionnant les décisions adoptées relatives au dogme. Les hommes au pouvoir ont fait voter les lois sur l'enseignement primaire laïque et obligatoire, sur la laïcisation des personnels enseignants. De plus, les partisans de la Libre pensée ont critiqué l'infaillibilité pontificale et ont diffusé auprès des adultes des catéchismes laïcs. Deux courants de pensée marquent la morale quotidienne.
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Jeanine BONNEFOY
Catéchismes,
expression du cléricalisme et du pouvoir occulte
(1870 — 1890)
L'Harmattan Italia L'Harmattan L'Harmattan Hongrie
5-7, rue de l'École-Polytechnique Hargita u. 3 Via Bava, 37
1026 Budapest 10214 Torino 75005 Paris
FRANCE HONGRIE ITALIE
C L'Harmattan, 2001
ISBN : 2-7475-1602-4 Collection Religions et Spiritualité
dirigée par Richard Moreau
professeur honoraire à l'Université de Paris XII
Cette collection a débuté par un florilège d'écrits de spiritualité
à travers quinze siècles d'auteurs d'origine comtoise. Il a été suivi
des Instructions, Lettres et Poèmes de saint Colomban, qui vécut
au sixième siècle dans l'actuel diocèse de Besançon, avant
d'achever sa vie à Bobbio, en Italie. Largement ouverte à toutes les
grandes religions et au dialogue inter-religieux, elle aborde
maintenant, sous la plume du docteur Francis Weill, qui s'appuie
sur une forte connaissance de la Bible hébraïque et du Talmud, la
question fondamentale des rapports entre Judaïsme et Chrétienté :
pourquoi existe-t-il des Juifs et des Chrétiens ? Le divorce était-il
inévitable ? Le livre est finalementun livre d'espoir, puisqu'il
s'achève sur l'espérance de relations de paix entre Juifs et
Chrétiens.
Déjà parus
Témoins de l'Évangile, Quinze siècles d'écrits Jean Thiébaud,
Préface de Mgr Lucien Daloz, spirituels d'auteurs comtois.
archevêque de Besançon, 1999.
Jean Thiébaud, présentation de : Saint Coloban : Instructions,
Lettres et Poèmes, suivis d'une notice sur le bienheureux Bernon,
fondateur de Cluny, et d'une méditation de son disciple saint
Préface de Mgr Lucien Daloz, archevêque de Besançon, Odon.
2000.
Juifs et Chrétiens: requiem pour un divorce. Un Dr. Francis Weill,
regard juif sur le schisme judéo-chrétien antique et les relations
judéo-chrétiennes aujourd'hui.
L'Affaire des Chartreux. La première enquête du Paul Dunez,
XXème siècle, 2001. INTRODUCTION
A l'occasion du XXV eale anniversaire de son pontificat, Thiers adresse à
Pie IX une lettre de félicitations saluant "la grandeur de sa foi". Le pape
y répondit en termes courtois : "je vous prie de faire tout ce qui peut
dépendre de vous pour remettre toujours en honneur notre sainte religion
et spécialement pour donner à l'instruction un caractère catholique
éminent. Ce sera un des moyens puissants pour faire opposition à la
Commune, à l'Internationale et à toutes ces institutions destructrices de
la société"'. Cette lettre permet de mesurer l'importance de l'instruction
religieuse à un moment où sont conçus les prémices de l'enseignement
laïc.
L'appel au "caractère catholique" doit servir de rempart aux maux de la
société moderne.
Certes, cette religion a été reconnue en juillet 1801 par convention signée
de Pie VII et Bonaparte, comme "religion de la grande majorité des
Français". Le premier consul nomme les évêques auxquels le pape
accorde l'investiture canonique. Prélats et curés prêtent serment de
fidélité au gouvernement ; en retour, ils perçoivent un traitement. En
1802, une nouvelle répartition des diocèses est opérée, révisée vingt ans
après, sur proposition de Louis XVIII.
Dans ces conditions, le pape doit inviter les évêques légitimes à remettre
leur démission. Le nombre des sièges épiscopaux passe de 158 à 60 (10
métropoles, 50 évêchés). Parmi ceux-ci sont décomptés: 12 anciens
constitutionnels, 16 réfractaires, 32 nouveaux appelés.
Portalis, nouveau ministre des cultes, est chargé de rédiger les articles
organiques publiés en avril 1802, modifiant l'esprit du Concordat. En
France, l'autorisation du gouvernement est requise pour la publication
des actes pontificaux, la tenue des conciles, la réception des décrets des
conciles étrangers, la collation des ordinations. La déclaration gallicane
- Yves CHIRON, Pie DC pape moderne, Bitche, Clovis, 1995, p. 468 note 2, lettre inédite
du 2 juillet 1871. de 16822 doit être enseignée dans tous les séminaires, ce qui porte
atteinte à la doctrine de l'infaillibilité papale - qui sera définie en 1870
par le concile de Vatican I, réuni par Pie IX - mais faisait déjà partie du
dépôt de la Révélation. En 1806, un catéchisme unique pour tous les
diocèses est publié, s'inspirant de celui de Bossuet.
Dès que la pacification concordataire lui permet de revivre, l'Eglise
s'attache à l'éducation des jeunes afin de rechristianiser la société.
Guizot, protestant de confession, libéral de conviction, souhaite établir
un équilibre entre la société civile et les autorités religieuses. En sa
qualité d'historien, il traite dès 1828, de l'état actuel de la civilisation en
France, tenant compte de deux facteurs fondamentaux, l'un scientifique,
l'autre social. Il en indique un troisième "un problème moral qui se
rapporte non plus à la science, non plus à la société, mais au
développement intérieur de chacun de nous, au mérite, à la valeur de
l'homme individuel" 3. Il poursuit son explication qui est marquée d'une
grande ouverture d'esprit : "s'appuyer sur la science pour découvrir la
vérité au profit de la société, la faire tourner au dedans de nous, en
croyances capables de nous inspirer le désintéressement et l'énergie
morale qui sont la force et la dignité de l'homme dans ce monde'.
L'utilité d'une formation intérieure personnelle est clairement exprimée.
Devenu ministre de l'Instruction publique, il soutiendra ce point de vue.
Par la loi du 28 juin 1833, l'instituteur, qu'il soit laïc ou congréganiste,
doit enseigner l'instruction morale et religieuse, selon la confession des
parents. Un discours prononcé en 1851 à la société d'encouragement des
écoles primaires protestantes, traduit ultérieurement sa position : "on le
dit partout et tous les jours et on ne le dit pas, on ne le croit pas assez.
L'instruction n'est rien sans l'éducation", à quoi il faut ajouter aussitôt :
"il n'y a point d'éducation sans religion. L'âme ne se forme et ne se règle
qu'en présence et sous l'emprise du Dieu qui l'a créée et qui la jugera" 5 .
Avec la Révolution de février 1848, l'inverse faillit se produire. Un
projet de loi est déposé le 30 juin par Hippolyte Carnot pour établir un
enseignement primaire obligatoire, gratuit et laïc. Il s'agit d'une
2 Le Conseil d'Etat fut saisi par un recours comme d'abus, en 1865, lorsque Mgr de
Dreux-Brezé et Mgr Mathieu tirent le Syllabus en chaire. La Haute Juridiction s'appuie sur
cette déclaration, charte du Gallicanisme d'Ancien Régime, remise en vigueur par le décret
du 25 février 1810.
3 François GUIZOT, Histoire de la civilisation en France 10° éd., Paris, Didier, 1868, 11,
p. 27.
4 - Ibid. p. 30.
5 Annales du Sénat. 22 novembre 1880, p. 152, cité par Chesnelong.
8 extension de l'enseignement primaire puisqu'une école pouvait être créée
par groupe de 300 habitants. Le clergé manifeste son opposition car
l'enseignement religieux a été exclu. Carnot démissionne le 5 juillet. Son
projet est renvoyé devant une commission. Falloux est chargé d'une
nouvelle rédaction, réintroduisant l'instruction morale et religieuse. Elle
fait suite à la revendication de la liberté d'enseignement formulée par
Lamennais puis Montalembert. Son adoption est obtenue le 15 mars
1850. L'article 36 permet une plus large avancée à l'enseignement privé.
L'enseignement congréganiste est rétabli. Les républicains considèrent
que la reconnaissance d'une école confessionnelle est anachronique. Face
au pouvoir politique, le clergé exprime des positions divergentes. D'une
part, il convient de signaler en cette fin de second Empire, l'intégrisme
ultramontain avec les lignes marquantes de Mgr Gerbet, Mgr Parisis,
Mgr Mabile et bien sûr Mgr Pie. D'autre part, les libéraux ne s'entendent
pas entre eux. Les amis de Mgr Dupanloup et de Montalembert
s'affichent comme les adversaires irréconciliables de Napoléon III. Ils
soutiennent l'idée d'un pouvoir temporel du pape alors que les prélats
regroupés autour de Mgr Darboy, affirment que "les droits de la
conscience moderne... sont suffisamment sauvegardés dans la
constitution impériale"6.
En revanche, pour la question scolaire, les clercs se rallient : "De 1850 à
1875, le total des enfants instruits par le personnel religieux passe de
953.000 à 2.068.000 tandis que le total des élèves des établissements
laïcs passait de 2.369.000 à 2.649.000" 7. L'accroissement du secteur
public étant moins significatif, une réaction apparaît. En 1869, le
programme de Belleville réclame la séparation des Eglises et de l'Etat,
ainsi que l'instruction primaire laïque, gratuite et obligatoire.
La proclamation de la République, le 4 septembre 1870 n'entraîne pas
une rupture totale. Si, lors de la Commune, se manifeste un courant
anticlérical, des éléments conservateurs, représentants de province,
siègent à la nouvelle Assemblée Nationale élue le 8 février 1871 alors
que l'armistice avec la Prusse a été signé quelques jours au préalable. La
charge suprême est confiée à Thiers, le 17 février, en qualité de chef du
pouvoir exécutif. Deux jours plus tard, lorsque le cabinet Dufaure est
constitué, le programme de Belleville n'est pas retenu. Cependant une
Histoire de 1 'Eglise ..., Paris, Bloud et Gay, 6 - Augustin FLICHE - Victor MARTIN, Dir.,
1941-1962, Le Pontificat de Pie IX, p. 131.
7 - Aline COUTROT - François DREYFUS, Les forces religieuses dans la société
Paris, Colin, 1966, p. 15 (coll. U. Science politique). française,
9 commission de l'enseignement est créée le 29 mars, destinée à préparer
un décret rendant l'enseignement primaire obligatoire, gratuit et laïc.
Pour la capitale, un arrêté du 28 avril 1871 invite à mettre fin aux
enseignements congréganistes et à laïciser toutes les écoles encore gérées
par des religieux. Le 28 mai, le mouvement de la Commune est anéanti
au moment où il poursuivait l'achèvement de la laïcisation des écoles
primaires, l'étendant aux grandes villes de province. "Ces faits
s'inscrivent dans un combat engagé dès avant 1789 pour enlever tout
pouvoir culturel à l'Eglise. Les laïcisations de 1870-1871 se nourrissent
des exemples de la République Jacobine - lors des élections pour
renouveler députés et sénateurs - et anticipent sur l'offensive victorieuse
qui sera dirigée par Jules Ferry" 8. En revanche, lorsque le maréchal Mac-
Mahon devient président de la République le 24 mai 1873, l'influence
des catholiques réapparaît. Le duc de Broglie appelé à la vice-présidence
du Conseil prend des mesures soutenues par les conservateurs, c'est-à-
dire marquées par le cléricalisme. Ainsi, pendant la période de l'Ordre
moral, l'Eglise obtient le vote de la loi du 12 juillet 1875 abrogeant le
monopole de l'université.
Après le refus du comte de Chambord, les lois constitutionnelles de
janvier et de juillet 1875 ont été votées. L'Assemblée Nationale se sépare
à la fin de cette année, alors que se dérouleront en janvier et février 1876,
le renouvellement des députés puis des sénateurs. Le renversement de
majorité aux élections de février 1876 met fin à l'union des forces
religieuses et gouvernementales. Seule la présidence de la République et
le Sénat peuvent encore protéger l'ordre catholique. Appelé au terme de
l'année 1876, Jules Simon, malgré la majorité dont il dispose à la
Chambre, ne peut se maintenir au gouvernement. En effet, les
catholiques sont amenés à se pencher sur une question de politique
extérieure qui les touche particulièrement. Suite aux menaces exercées
par Garibaldi, le gouvernement italien a proposé le 13 mars 1871 la loi
des garanties. Le pape jouirait du Vatican, du Latran. Pie IX se considère
comme prisonnier et lance un appel aux Etats européens. Or, certains
évêques d'esprit ultramontain prononcent des déclarations excessives en
matière de défense de la puissance spirituelle. En mai 1877, la gauche
interpelle le gouvernement. Gambetta fait remarquer que l'Eglise est
soumise au Concordat. Le 16 mai, Mac-Mahon contraint Jules Simon à
se démettre, remplacé par de Broglie auquel la confiance n'est pas
ffensive de la laïcisation. 1870-1871, in : Revue de l'Histoire de 8 Germain SICARD, L'o
l'Eglise de France, 1995, t.81, .46.
10 attribuée. Le 22 juin, en accord avec le Sénat, le président de la
République décrète la dissolution de la Chambre. A la faveur des
nouvelles élections, les républicains reprennent le pouvoir, position
renforcée par les élections sénatoriales de janvier 1879. Jules Grevy
arrive au pouvoir. L'Ordre moral a vécu, remplacé par le triomphe du
positivisme, du scientisme républicain et laïc. Les protestants sont
les instances gouvernementales. Différents largement représentés dans
courants marquent cette période : criticisme de Kant, positivisme de
Comte, puis de Littré, personnalisme de Renouvier, évolutionnisme de
sans omettre les influences de Taine et de Renan. Spencer et de Darwin,
Les républicains vont s'attaquer à la puissance catholique, alors que Pie
IX avait dû, depuis plusieurs années, ralentir son activité, compte tenu de
son état de santé et de son âge. Elu en mars 1878, son successeur, Léon
XIII, se montre un subtil négociateur. L'occasion lui est fournie par les
décrets du 29 mars 1880 prescrivant la dispersion des membres des
congrégations masculines non autorisées, et particulièrement de la
Compagnie de Jésus, ensuite par la loi du 28 mars 1882, créant
l'obligation scolaire mais surtout soulignant le caractère laïc de
l'enseignement. Les débats relatifs à cette loi paraissent longs et difficiles
malgré la conviction de Jules Ferry, président du Conseil, qui trouve un
habile contradicteur en la personne du sénateur Chesnelong. Ce dernier
déclare dès le 22 novembre 1880 : "la neutralité religieuse que vous
proclamez n'est qu'une chimère et votre éducation sans Dieu deviendrait
9. Selon ses par la force des choses, une éducation contre Dieu"
remarques, le 3 juin 1881, le Sénat finit par accepter l'amendement de
Jules Simon faisant inscrire dans la loi scolaire les devoirs envers Dieu et
envers la patrie. Cette proposition ne fin pas retenue par l'Assemblée
Nationale mais Ferry promet d'inscrire ces devoirs dans les textes
réglementaires. Ils apparaissent comme compléments à l'idée morale de
l'honnêteté, de la justice, dans les programmes de juillet 1882.
En conséquence, la loi du 28 mars 1882 marque un terme au monopole
de l'enseignement de l'Eglise et surtout modifie le cadre de l'étude du
catéchisme effectuée hors de l'école.
En opposition avec les observations de Chesnelong assurant que cette
matière "est le fond même de l'enseignement doctrinal de nos écoles" 9, le
Président du Conseil rétorque : "pas de suppression, seulement [le
catéchisme] sera enseigné à des heures déterminées par le seul
J.O. , Annales du Sénat, 22.11.1880, p. 154. 9 -
11 fonctionnaire de l'Etat qui ait mission de l'enseigner, par le prêtre que
l'Etat salarie et qui a été investi à cet effet par l'autorité religieuse d'une
compétence particulière" 10. Ferry souligne qu'il y va de la dignité de
conscience du maître, celui-ci ne possédant pas forcément la croyance.
Ce caractère laïque est maintes fois souligné par le fondateur de
l'enseignement primaire public. Ainsi a-t-il déclaré à la Chambre, le 20
décembre 1880 : "il y a cent ans, on a sécularisé le pouvoir civil, il y a
deux cents ans, les plus grands esprits au monde, Descartes et Bacon ont
sécularisé le savoir humain, la philosophie - nous, aujourd'hui, nous
venons suivre cette tradition : nous ne faisons qu'obéir à la logique de ce
grand mouvement commencé il y a plusieurs centaines d'années, en vous
demandant de séculariser l'école"".
Ainsi deux modes de formation coexistent, permettant l'éducation du
futur citoyen dans la vie courante ou, au choix des familles recevant en
annexe une instruction religieuse non officielle. Dans la période de la
seconde moitié du XIXème siècle, cette approche devient
particulièrement intéressante du fait des modifications apportées au
catéchisme, suivant les éditions parues après le concile de Vatican I et les
débats avec le pouvoir temporel. Ces débats seront notés de manière
incidente et trouveront un terme suivant les conseils de Léon XIII qui, le
10 janvier 1890, dans son encyclique Sapientiae Christianae fait
comprendre aux monarchistes qu'attirer r Eglise à un parti ou la vouloir
absolument comme auxiliaire pour vaincre ceux que l'on combat, c'est
abuser de la religion" I2. Un compromis sera même adopté puisque Mgr
Lavigerie, en novembre 1890, exprime lors d'un banquet donné à
l'occasion du mouillage de l'escadre de la Méditerranée, en rade d'Alger,
le souhait du souverain Pontife en faveur d'un ralliement à la
République' 3 .
Après ce bref rappel historique, il convient d'analyser comment, à partir
d'un simple manuel différent suivant chaque diocèse, apparaissent
certaines orientations dans la formation spirituelle des enfants, d'autant
que la personnalité de tel évêque peut également apporter une influence.
de définir ce manuel dont la légitimité a été reconnue par le Il sied alors
- Ibid, p. 159.
- Pierre BARRAL, La laïcité selon Jules Ferry, in : Projet, 1981, décembre, n° 160, p.
1172.
Genève, Paris, 12 - Henri GUILLEMIN, Histoire des catholiques français au Mame siècle,
Montréal, éd. du milieu du monde, 1947, p. 354.
13 - Cime. Jules TOURNIER, Le Cardinal Lavigerie et son action politique. 1863-1892,
Paris, Perrin, 1913, p. 10 (Thèse Lettres).
12 philosophe déiste Jules Simon : "il n'y a jusqu'ici que la religion
chrétienne qui ait eu à la fois la Somme de saint Thomas et un
catéchisme" I4, remarque qui provoque le commentaire de Mgr
Dupanloup : "la religion chrétienne est un ensemble de vérités
dogmatiques et morales, si admirable, si harmonieux, un système si
parfaitement ordonné dans toutes ses parties, qu'elle se prête
merveilleusement à un abrégé méthodique et complet... le livre qui en
offre le résumé se trouve être, en quelques pages, le recueil de la plus
sublime doctrine qui fût jamais" 15. Cette déclaration ne saurait nous
étonner de la part d'un spécialiste de la catéchèse. Mgr Ravinet, évêque
de Troyes, a utilisé dès 1864 l'expression : "il sera comme un mémorial
dont un seul mot suffira pour vous rappeler les divins enseignements" 16.
De tendance différente, mais animé du même zèle, Mgr Mabile, évêque
de Versailles, loue la valeur de ce manuel : "c'est avec ce livre qu'on
prépare, qu'on forme la génération qui s'élève pour remplacer la
génération qui s'éteint... les redoutables problèmes devant lesquels la
philosophie se trouble et pâlit depuis six mille ans, il les résout en
quelques mots de la manière la plus satisfaisante" 17 .
Il sied alors d'examiner le rôle attendu et joué par cette formation qui n'a
pas toujours été livresque. Dans les premiers temps de l'établissement du
christianisme, le catéchisme est l'instruction donnée aux païens, aux
juifs, à tous ceux qui se convertissaient, ainsi qu'aux enfants, avant de les
admettre au nombre des fidèles. Cette préparation se déroule sur une
période de trois ans avant le baptême, délai ramené à deux ans par le
concile d'Elvire (Espagne) tenu au Nème siècle. Près d'un siècle plus
tard, les principes de l'éducation de la foi sont décrits dans les deux
traités de Saint Augustin : Comment catéchiser les simples et De la
Cette initiation sera encore transmise dans les rituels doctrine chrétienne.
baptismaux carolingiens mais il faudra attendre l'apparition de
la l'imprimerie pour constituer un réel début d'instruction religieuse, par
publication de livres pratiques destinés aux prêtres chargés de cette
éducation, secondés théoriquement par les parrains et les marraines. Au
Xfième siècle, s'élaborent deux modèles : l'un pratiqué par Hugues de
Saint Victor, suit une présentation formelle : sept vices, sept vertus, sept
Jules SIMON, La liberté de conscience, Paris, Hachette, 1857, p. 11. -
Le catéchisme chrétien, 7 éd., Paris, Douniol, 1866, p. XVII. 15 Mgr Félix DUPANLOUP,
Mandement à l'occasion de la publication du nouveau 16 Mgr Emmanuel RAVINET,
1864, 15 octobre, p.3. catéchisme,
Lettre concernant le catéchisme, 1868, 25 août, p. 2 (cette lettre 17 Mgr Pierre NUBILE,
annonce l'édition à utiliser à partir du le' novembre 1868).
13 béatitudes, sept sacrements ; l'autre s'oriente vers le dialogue
pédagogique utilisé par Honorius d'Autun. Dès le XIVème siècle,
l'Eglise est consciente d'avoir à jouer un rôle actif face aux familles
souvent ignorantes. Gerson et saint Vincent Ferrier poursuivent cet
objectif. Il ne suffit pas de connaître les prières, il convient d'éduquer le
clergé afin de faire approcher plus profondément la doctrine chrétienne et
la propager. Ainsi du Xillème au XVème siècle, les manuels
comprennent le symbole des Apôtres, le Pater, le Décalogue, les sept
sacrements. Le moyen de pratiquer une bonne confession est également
recherché, ce qui représente un élément nouveau. Tel le "rituel de
Chartres en 1544, subordonne l'accès de la confession de Pâques à des
connaissances et non plus à la récitation mécanique des prières... les
curés en tant que successeurs des disciples, doivent enseigner cinq
principes : ce qu'il y a à croire, à demander, à faire, à fuir, à espérer" 8.
Avec la Réforme, une définition plus précise apparaît ; Martin Luther
écrit en 1529 dans la préface du Grand catéchisme : "catéchisme, mot
qui veut dire instruction pour les enfants". Puis, Calvin entreprend une
approche similaire en faisant éditer en 1537 l'Instruction et confession de
foi dont on use dans 1 'Eglise de Genève, quatre ans plus tard, le
Catéchisme de Genève. A la même période, se signale du côté
catholique, Pierre Doré qui publie : Dialogue instructoire des chrétiens
en la foi, espérance et amour en Dieu (6 éditions entre 1538 et 1545). Ce
Dominicain né à Orléans, "offre le premier exposé sérieux et détaillé de
la doctrine de l'Eglise catholique, en langue française" 19. D'autres
manuels suivent mais la vraie réponse aux propos de Luther est apportée
en Allemagne par le Jésuite Pierre Canisius qui rédige en 1555 pour les
grands élèves des collèges, sous forme de demandes et de réponses, la
somme de la doctrine chrétienne diffusée dans tous les établissements
tenus par la Compagnie de Jésus, ce qui assure son succès ainsi que celui
du Petit catéchisme utilisé jusqu'au XVIIème siècle et même au-delà.
"Avec leur génie pédagogique, les Jésuites font de l'enseignement du
gmndeao. catéchisme, une sorte de spectacle qui attire petits et Ce
savoir-faire ne saurait faire oublier l'oeuvre difficile réalisée : - première
initiative d'un catéchisme universel - le Catéchisme de Trente qui exigea
18 - Nicole LEMAITRE, Le catéchisme avant les catéchismes dans les rituels, in : Aux
origines du catéchisme en France, Tournai, Desclée, 1989, p. 36.
19 Francis HIGMAN, La Réfutation par Pierre Doré du catéchisme de Megander, Ibid., p.
65.
2° - Guy BEDOUELLE, L'influence des catéchismes de Canisius en France, Ibid., p. 75.
14 de nombreuses années de préparation. Les Pères du concile décidèrent
dès 1546 de faire composer en langue latine et en langue vulgaire, un
catéchisme de l'Ecriture destiné à l'enseignement des prêtres. A la
clôture du Concile, en 1563, il n'a pas encore pris forme. Pie IV confie sa
rédaction à une nouvelle commission restreinte, sous la direction de son
neveu Charles Borromée, archevêque de Milan. Finalement, il sera
promulgué sous Pie V, le 14 septembre 1566, sous le titre de Catéchisme
romain?.
Trente ans plus tard, le Cardinal Bellarmin expose dans la Brève doctrine
chrétienne, un abrégé de l'enseignement du Christ et les moyens
d'obtenir le salut de son âme, oeuvre qui fera date car le texte est plus
concret, plus concis que le précédent, mieux adapté à un jeune auditoire.
Il sera traduit en français dès 1601. L'Eglise de France suit
principalement les règles indiquées dans le Catéchisme de Trente et
s'associe à leur application par les décisions du Concile de Besançon de
1571, du Concile de Tours en 1583, et du Concile d'Aix en 1585. Ces
deux dernières mentions sont importantes car le rôle des maîtres y est
précisé : "ceux-ci doivent expliquer à leurs élèves les dimanches et jours
de fête, quelque partie du catéchisme romain ou des livres catholiques,
les articles de foi, les préceptes divins" 22. La mission des catéchistes,
regroupés en confréries de la doctrine chrétienne, formés d'hommes et de
femmes, y est également indiquée. L'exemple a été vraisemblablement
donné par César de Bus (1544-1607) catéchisant les provinces du Sud de
la France. Il fonde avec le Père Romillon, sous le nom de congrégation
de la doctrine chrétienne, un ordre de catéchistes créé sur le modèle de
celui de saint Charles. Il encourage aussi une formation adéquate pour les
jeunes filles, assurée par les Ursulines, congrégation créée en Italie en
1537, et implantée en Avignon trente ans après.
Peu à peu, grâce à la pénétration des sentiments religieux, se dessine un
désir en faveur d'une connaissance plus approfondie des préceptes. Si
aux Etats Généraux d'Orléans en 1560 est indiqué le rôle des curés de
prendre l'initiative de la doctrine chrétienne et d'expliquer le
commencement du catéchisme, une extension est envisagée aux Etats de
Paris en 1614.
La pratique du catéchisme romain suivant le décret du 21 - Voir aussi édition postérieure :
Concile de Trente... Paris, 1625-1630. Trois manières d'instruire sont présentées : sermons,
dialogues, méditations. Destiné aux prêtres, l'ouvrage n'est pas composé par questions et
réponses.
n - E. MANGENOT, Catéchisme, in: D.T.C. t.2, col. 1923.
15 Les évêques ouvrent alors, dans les gros bourgs et les petites villes, des
écoles dont les maîtres doivent être catholiques et de bonnes moeurs.
D'après les statuts synodaux d'Avranches établis en 1682, les curés et les
vicaires sont amenés à prendre soin de l'instruction des enfants, "à leur
apprendre les points fondamentaux de la foi, à expliquer le catéchisme,
mais autant qu'il se peut à lire et à écrire, afin qu'ils soient en état de
chanter les louanges de Dieu" 23. Dans la même période, les prélats font
oeuvre personnelle. En 1618, Richelieu, évêque de Luçon, écrit une
Instruction du chrétien expliquant le Credo, les commandements, le
Pater et l'Ave alors qu'à la fin du siècle, Bossuet, évêque de Meaux, a
établi après trois ans de labeur, en 1687, un catéchisme rédigé suivant
trois niveaux progressifs. Ce souci pédagogique nouveau lui assura le
succès puisque son texte, déjà signalé, a servi de modèle pour le
catéchisme impérial. Par ailleurs, l'abbé Claude Fleury a élaboré en
1679, un Catéchisme historique avec abrégé de l'histoire sainte qui reste
en vigueur au XIXème sièc1e 24. Dans sa préface, il mentionne que la
vraie religion est incompatible avec l'ignorance et que loin d'exclure le
raisonnement et l'étude, elle les appelle, au contraire, avec confiance,
parce qu'elle ne craint point d'être connue.
De nombreuses initiatives interviennent également dans les paroisses.
Ayant le souci de la formation des prêtres, Antoine Bourdoise forme une
communauté d'ecclésiastiques qui offre, en 1612, ses services au curé de
Saint Nicolas du Chardonnet. Il ouvre une école pour faire pénétrer la
religion dans les familles par les enfants. Les catéchismes ont lieu le
dimanche après les vêpres. Les enfants y sont répartis en cinq classes,
ayant chacune une méthode différente. Un même souci anime saint
Vincent de Paul qui fonde en 1624, une réunion de missionnaires chargés
de l'instruction. Ceux-ci pratiquent deux types de catéchismes : l'après-
midi pour les enfants, le soir du haut de la chaire pour les adultes.
Il convient de mentionner aussi un émule de Bourdoise et de saint
Vincent de Paul, Jacques Olier, fondateur du séminaire et de la
Compagnie de Saint Sulpice. Dès 1636, il fait lui-même le catéchisme
dans ses missions. Devenu curé de la paroisse de Saint Sulpice, il établit
en 1642, différents catéchismes le dimanche, action poursuivie par des
prêtres dans d'autres paroisses parisiennes. Dix ans plus tard, il ouvre des
" -Pierre GIOLITTO, Abécédaire et férule. Maîtres et écoliers, de Charlemagne à Jules
Ferry, Paris, éd. Image, 1986, p. 394.
24 abbé FLEURY, Petit catéchisme historique contenant en abrégé l'histoire sainte et la
doctrine chrétienne, nouvelle éd., Tours, Mame, 1852, 108 p.
16 écoles pour les enfants pauvres. Les maîtres sont chargés d'instruire leurs
élèves dans la piété, de leur faire apprendre le catéchisme. Son oeuvre a
perduré car il a fait composer un catéchisme pour la paroisse de Saint
Sulpice, approuvé en 1652, réimprimé en 1665, devenu modèle dans
toute la France. Il utilise une méthode efficiente. Le prêtre interroge les
enfants sur la dernière leçon qu'ils récitent de mémoire. "Puis c'est la
passage de l'Evangile ou de l'histoire Sainte à apprendre lecture d'un
pour la prochaine fois. Après un cantique, c'est le moment de
l'instruction, c'est-à-dire l'explication du texte que les enfants viennent
de réciter"25 .
Il ne faut pas omettre l'initiative de Charles Demia, catéchiste formé au
même séminaire, qui, de retour à Lyon, est chargé en 1664 de visiter les
paroisses de sa région. Il fonde différentes écoles dont les maîtres sont
des prêtres devant faire apprendre en priorité le catéchisme, la lecture et
l'écriture, considérées comme disciplines accessoires. En 1666, il
compose le catéchisme pour les écoles de Lyon (appliqué jusqu'en
1730). Les maîtres d'écoles sont groupés dès 1672, en communauté, sous
le nom de séminaire Saint Charles. Ensuite, cet esprit généreux constitue
une communauté des soeurs de Saint Charles afin de recevoir les jeunes
filles.
Enfin, l'oeuvre de Jean-Baptiste de la Salle mérite d'être signalée. En
1679, il réunit des maîtres qui ne sont ni diacre, ni prêtre et fonde trois
ans plus tard, les Ecoles Chrétiennes. L'institution des Frères des Ecoles
Chrétiennes propose une formation selon un laïcat religieux. Dans un
rapport rédigé en 1690, il présente la situation définie six ans
auparavant : "la communauté des Ecoles Chrétiennes s'engage à tenir des
écoles gratuitement dans les villes seulement, et faire le catéchisme tous
les jours, même les dimanches et fêtes". Un régime particulier est prévu
les pour la formation des enseignants en milieu rural. Il publie en 1703,
Devoirs d'un chrétien envers Dieu et les moyens de pouvoir s'en bien
acquitter, ouvrage dans lequel est constitué un catéchisme pour les
élèves.
Ces différentes éditions marquent une évolution religieuse et sociale.
Afm de lutter contre les idées de la Réforme, l'Eglise s'est employée à
conduire les enfants sur la bonne voie, assistant à l'office divin, récitant
les prières, puis apprenant à lire et à écrire. Au XVIIème siècle, la raison
se laisse compléter par la foi. Un siècle plus tard, sous l'influence des
Paris, le Le mouvement catéchétique de Jules Ferry à Vatican II, 25 - Mary COKE,
Centurion, 1988, p. 43.
17 rationalistes, ces deux notions sont séparées. Les catéchismes marquent
une orientation différente. L'enseignement religieux est dispensé, selon
le cadre diocésain, en utilisant le catéchisme publié par l'évêque à
l'intention des prêtres relevant de son autorité. Ce manuel prend alors
une "structure plus définie ayant éliminé les catéchismes du concile de
Trente, de Bellarmin, de Canisius" 26. Certains exemplaires ont été
rédigés sous le règne de Louis XIV, à Tournai, Coutances, Grenoble,
Meaux... mais d'autres, seulement à partir du deuxième tiers du
XVIIIème tels à Arras, Périgueux, Soissons, Cahors". Ils sont marqués
par le jansénisme ou le combat contre le jansénisme. Au Synode
diocésain de 1707, l'évêque de Besançon ordonne aux prêtres du lieu,
d'annoncer lors du prône, des formules à savoir par tous les chrétiens,
enfants, et adultes car de plus en plus, les parents deviennent catéchistes
de leurs enfants dans la mesure où ils appliquent les préceptes appris. De
plus, quelques positions épiscopales méritent d'être précisées : Mgr
Languet de Villeneuve de Gergy, évêque de Soissons en 1716, connu
comme adversaire du Jansénisme, rédige un catéchisme qui sera utilisé
jusqu'en 1756. Nommé archevêque de Sens en 1731, il rencontre des
différends de la part de son clergé, mais il relève la situation, si bien que
son manuel est enseigné pendant plus de vingt ans. Dans la même
province, à Auxerre, une attitude inverse est signalée. Mgr de Caylus,
favorable aux jansénistes dont il accueille favorablement les derniers
éléments, fait imprimer en 1734 un nouveau catéchisme conforme à ses
idées, source également de débats. Pour le diocèse de Lyon, est donné en
1767 un nouveau catéchisme par Mgr de Montazet 28, objet d'attaques
également, mais il sera suivi à Cambrai en 1814. Tout comme le cardinal
Fesch, primat des Gaules, le réutilisera à la même date avec quelques
corrections.
Le contenu de ces manuels porte toujours sur les mystères du Christ, la
lecture de l'Écriture Sainte, la connaissance des prières. De plus, une
méthode pratique pour appliquer les devoirs est indiquée. Il sied de noter
que la "manière de présenter les dogmes est beaucoup plus succincte,
Les catéchismes enseignés en France au XVILlème siècle,. In : 26 - Jean de VIGUERIE,
Rev. De l'histoire de l'Eglise de France, 1996, Janvier-Juin, p. 86 note 21.
Le catéchisme de la pénitence, nouvelle ed. composée en latin par Rancourt, trad. par 27
Dom Gerberoy, Paris, Josse, 1741, 248 p. + 26 p. Ce manuel composé de demandes et de
réponses se réfère au Concile de Trente et insiste sur la grâce.
28 - Chanoine HUARD, Histoire du catéchisme depuis la naissance de l'Eglise jusqu'au
Concordat, Paris, librairie des catéchismes, 1900, p. 373-374.
18 plus abstraite, ne recourant jamais aux images" 29. Cette remarque est sans
doute basée sur l'explication de la grâce sanctifiante, marque de
l'influence janséniste.
Toutefois, des aspects positifs apparaissent car l'enseignement est mieux
adapté. Les enfants ont appris "à reconnaître les signes de la Véritable
Eglise, à révérer l'autorité du pape... le qualifiant non de premier des
évêques mais de chef visible de l'Eglise"". Malgré les progrès de
l'irréligion au XVIIIème siècle, le cadre mis en place au plan
pédagogique résiste. A la différence de la théologie savante, aucune
réserve sur la suprématie pontificale n'est exprimée, cherchant à la
restreindre par l'autorité des conciles ou par les libertés gallicanes. Le
catéchisme n'aborde pas cette question et enjoint le principe de la fidélité
à Rome.
Les révolutionnaires sont conscients de cette attitude. Sous l'influence
des sociétés de pensée et de la Franc-Maçonnerie, ils visent une
destruction de la royauté et de l'Eglise. Leur action sera mentionnée
ultérieurement. Ici, il suffit de signaler une distinction entre le clergé
séculier et le clergé régulier et dans le premier cas, une séparation entre
le bas et le haut clergé. Malgré certains abus, les liens de la hiérarchie
demeurent solides, grâce à la foi tenace du bas clergé. Afin de combattre
ces derniers bastions, les esprits "éclairés" publient des catéchismes
qu'ils dénomment "civiques" du fait de leur orientation vers la morale
républicaine. La formule fut reprise au XIXème siècle par certains
philosophes et libres penseurs.
A la même époque, émerge l'idée d'un catéchisme de l'Eglise
Universelle demandé en 1849 par Mgr Sibour, permettant d'harmoniser
tous les manuels en vigueur. Un projet sera examiné en janvier 1870 par
les Pères du Concile de Vatican I. Le Cdl Mathieu et Mgr Dupanloup
allèguent le droit particulier des évêques et l'adaptation selon les
conditions locales. La proposition d'un petit catéchisme rédigé en latin
qui serait ensuite traduit dans les langues nationales est adoptée mais pas
promulguée. Les débats sont orientés sur l'examen de l'infaillibilité
pontificale et suspendus en raison de la déclaration de guerre. Toutefois
la mise en place aurait été difficile parce que les représentants de la
minorité plaident pour une multiplicité de catéchismes laissés à
l'initiative des évêques alors que les ultramontains souhaitent un texte
unique.
29 - Jean de VIGUERIE, op. cit., p. 105.
3° - Ibid., p. 108.
19 L'intérêt de ces rapides commentaires porte sur la distinction des
transmissions d'un idéal, qu'il soit religieux ou politique, d'origine
ancienne ou plus récente, transmis par un médiateur unique ou de
multiples théoriciens (Ière partie). En réalité, les divergences
s'expliquent par le fondement spirituel différent de ces deux courants
d'idées (Hème partie). Il ne s'agit pas d'une étude critique mais d'une
présentation analytique de certains éléments contenus dans des manuels
proposés aux enfants, adolescents... voire aux adultes, pendant une
période où des sentiments, des croyances se heurtent parfois de manière
violente mais, où de fermes principes moraux existent.
20 Inn PARTIE :
TRANSMISSION D'UNE VÉRITÉ SUPÉRIEURE
Pour un croyant, la religion, comme l'explique saint Augustin, relie
l'homme à Dieu. Dans le cadre envisagé, il convient d'ajouter l'adjectif
"chrétienne" qui relate l'attachement à la doctrine prêchée par Jésus-
Christ. Trois conditions sont nécessaires pour acquérir la qualité de
chrétien : être baptisé, croire, c'est-à-dire admettre comme vrai tout ce
qui est enseigné par l'Eglise et professer ou pratiquer tout ce que la
doctrine commande. Ces deux dernières prescriptions ont subi une
évolution. Dans l'Eglise des trois premiers siècles, le mot dogmata est
utilisé pour désigner tout ce qui s'impose à la croyance et à la pratique
chrétienne. Au Nème siècle, le substantif dogme commence à signifier
la doctrine même de l'Evangile. Ultérieurement au Concile de Trente, il
désigne une vérité sûre dans l'ordre de la loi. Il prendra au XVIIIème
siècle le sens de formule doctrinale et à partir du Concile de Vatican I, il
correspond à la proclamation par l'Eglise du contenu de la foi. Cette
fonction dogmatique a pour origine l'exigence de la transmission fidèle
aux hommes, du message révélé. Au premier siècle, il s'agit de l'Ecriture
lue ou de la parole de Dieu entendue et rapportée par les Apôtres, puis le
temps passant, par leurs successeurs. Non seulement le respect de cette
parole doit être certain mais encore aucune fantaisie ni improvisation ne
sont admises, ce qui explique la nécessité d'une fixation de règles. Ainsi
les sources de la Révélation sont constituées par l'Ecriture Sainte, c'est-
à-dire la Bible : ensemble de livres inspirés par Dieu et transmis comme
tels à l'Eglise et par la tradition : ensemble de vérités enseignées
oralement par Jésus-Christ ou les apôtres, tels les symboles de la foi, les
définitions des conciles, les écrits des pères ou docteurs de l'Eglise. Les
membres du clergé sont chargés de perpétuer la connaissance de ces
sources (Chapitre I), tout comme d'affermir la foi des fidèles (Chapitre
II).
Toutefois des esprits plus pragmatiques, plus rationalistes ne veulent
accepter ces vérités qui ne peuvent être démontrées de manière tangible. Par souci d'objectivité, leurs arguments doivent être énoncés d'autant
qu'ils proposent un autre cadre de vie, non pas la recherche d'une cité
céleste mais l'organisation d'une société plus humaine. Le culte de l'Etre
Suprême et la nomination des membres du clergé par des électeurs, après
avoir prêté serment de fidélité à la Constitution civile du clergé,
apportent de nouvelles bases. Cependant, l'élection de Pie VII en 1800
amène un revirement complété par l'échec des différents régimes
politiques antérieurs. Les idées anticléricales, bien ancrées dans un
certain milieu social continuent à se manifester dans la seconde moitié du
XIXème siècle sous l'influence de différents théoriciens de notoriété
nationale, dont l'action dangereuse pour l'avenir du chrétien, doit être
endiguée (Chapitre III).
22 CHAPITRE I
ENSEIGNER LA DOCTRINE CHRÉTIENNE
La catéchèse est l'acte ainsi que le contenu d'un enseignement destiné à
faire comprendre aux baptisés la Révélation et les conséquences qui en
découlent pour l'individu croyant.
D'après l'origine étymologique, il s'agit dans une première étape de faire
résonner la parole à l'oreille d'un auditeur qui transmet à son tour le
message reçu. Une chaîne orale se constitue, qui sera ultérieurement
transcrite afm de fixer un cadre sans déformation. Grâce à ce
cheminement, des connaissances et des pratiques rituelles sont
constituées. La seconde étape est alors atteinte par constitution d'une
tradition. Le verbe latin tradere signifie transmettre. Transmettre,
formule utilisée par un prélat s'adressant à son clergé pour encourager
l'instruction religieuse : "la liberté de transmettre intègre cet
enseignement, est pour nous essentielle, et de toutes la plus chère"'.
Cette brève remarque nous amène à constater que "la catéchèse est aussi
ancienne que l'Eglise, que la prédication de la parole de vie depuis le
moment où ceux qui ont été témoins oculaires depuis le commencement
de la vie, de la mort et de la résurrection du Christ, sont devenus ensuite
serviteurs de la Parole" 2.
est-il moins riche à ce sujet que les Sans doute, l'Ancien Testament
Evangiles mais le principe y est porté : "Heureux l'homme que tu
3. Ce dernier substantif reprends, Yahvé et que tu enseignes par ta loi"
doit être compris au sens large de Révélation et de doctrine morale. En
effet, cet enseignement assure la continuité spirituelle du peuple élu
jusqu'à la Révélation évangélique. Il résulte d'un dépôt d'origine divine,
les Tables de la Loi, dont le contenu sera observé par les générations
pour tous les actes de la vie.
Lettres pastorales et mandements, Chartres, Durand, I - Mgr Louis-Eugène REGNAULT,
1873, t.1, p. 418, L.P. 25 janvier 1865.
2 - Guy BEDOUELLE, Un catéchisme pour l'Eglise Universelle dans l'histoire, in :
Sources. Mai-Août 1991, n°3/4, p.143, numéro spécial.
3 - Ps. XCIV,12. Ce verset peut compléter la parole de Yahvé à Moïse au sujet des lois et
coutumes, in : Dt. V,31. Le Christ marquera son indépendance vis-à-vis de la tradition juive. Il est
l'envoyé du Père, il est venu pour accomplir les Écritures et demande aux
disciples de s'affranchir de la Tradition des Anciens et de porter la
Bonne Parole : "Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les
baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit'. Cette mission est
également mentionnée par Marc : Jésus ressuscité dit aux onze disciples :
"Allez dans le monde entier, proclamez l'Evangile à toute la Création" 5.
Quant à Luc, il explicite son Evangile s'appuyant sur la tradition
"d'après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début, témoins
oculaires et serviteurs de la Parole'. Il entend prolonger un
enseignement religieux valable en tant que tel - pour cette raison, ce
verset a déjà été cité. Afin d'atteindre cet objectif, l'Eglise sera
constituée. Les Apôtres disparus, le pape et les évêques deviendront leurs
successeurs pour transmettre le message. Ainsi est formée l'Eglise
enseignante qui doit garder intact le dépôt sacré. Cette distinction est
marquée par Jean : "Paix mes agneaux... Paix mes brebis" 7, s'adressant à
Simon-Pierre qui reçoit la charge d'enseigner et de gouverner tout le
troupeau. Paul, à son tour, rappelle aux Romains : "En effet, tout ce qui a
été écrit dans le passé, le fut pour notre instruction afin que la constance
et la consolation que donnent les Ecritures nous procurent l'espérance" 8 .
Il donne le même conseil à son collaborateur Timothée : "et c'est depuis
ton plus jeune âge que tu connais les saintes lettres — elles sont à même
de te procurer la sagesse qui conduit au Salut par la foi dans le Christ-
Jésus"8. Ce choix de citations a pour but de montrer qu'il existe une
hiérarchie chargée de dispenser la doctrine : pape, évêques qui délèguent
cette mission aux prêtres tout en conservant un contrôle, par exemple, en
autorisant la publication des catéchismes dans leurs diocèses et lors de
leurs visites pastorales.
Par rapport au gouvernement civil, en 1873 Pie IX s'exprime clairement :
"ce n'est point aux rois, ni aux empereurs, ni à aucun souverain qu'il a
adressé ces paroles ; non, c'est à l'Eglise et à ses ministres. C'est à
4 Mt. XXVI11,19.
- Mc. XVI,15.
6 -Lc. 1,2.
7- J. XXI, 16-17.
8- Ibn. XV,4.
9- 2 Tim.II1,4.
24 l'Eglise qu'il a imposé le devoir d'instruire tous les peuples" 10. Cette
déclaration apporte une conclusion aux dix dernières années qui ont été
sources de malaise. — Par sa critique acerbe, la publication de la Vie de
Jésus par Renan en 1863 fait scandale. Pour lutter contre les méfaits de la
civilisation moderne, le pape publie à la fin de l'année suivante,
l'encyclique Quanta Cura et le Syllabus ou catalogue des "erreurs
monstrueuses" dont la teneur est mal accueillie puisqu'y sont dénoncés
aussi bien le panthéisme, le naturalisme, le rationalisme que le socialisme
et le communisme. Pour apaiser les esprits, Mgr Dupanloup va
commenter ces documents en distinguant "la thèse, le principe immuable
dans sa rigueur auquel l'enseignement reste inflexiblement attaché et
l'hypothèse qui est la concession imposée ou conseillée dans la conduite
par les circonstances"' I. L'anticléricalisme se manifeste contre les
menées ultramontaines et le monopole enseignant de l'Eglise. Au même
moment, paraît le Christianisme libéral rédigé par Ferdinand Buisson qui
s'attaque à l'enseignement dogmatique : la foi du catéchisme n'apparaît
que "comme un système de Création humaine qui peut être excellent
mais que personne n'a le droit de regarder ou de faire regarder comme
divin, comme infaillible ou indispensable, comme essentiel au
christianisme et nécessaire au Salut" I2. Un idéal laïque est proposé en
substitution. L'auteur achève l'ouvrage par cette déclaration : "C'est en-
dehors de l'Eglise, que le grand progrès chrétien se continue... la vraie
mission de l'Eglise Chrétienne ici-bas : montrer le chemin à
l'humanité" 13. L'opposition se manifeste encore sous la plume de Jean
Macé, fondateur de la Ligue en novembre 1866, prétendant "qu'il s'agit
l'Egiise14. seulement de renvoyer l'enseignement confessionnel à Mgr
Dupanloup réagit à nouveau : "sous prétexte de Ligue de
l'Enseignement, on transforme la secte des Francs-Maçons en
La notion de laïcité dans le droit de l'Eglise Catholique et 10 - Jean-Baptiste TROTABAS ,
Paris, L.G.D.J., 1961. (Bibliothèque de droit public. 38) p. 79, de l'Etat républicain,
allocution au Cercle littéraire allemand. 12.1.1873.
Il - Jean-Baptiste TROTABAS, op. cit., p. 56, Ce commentaire paraît le 26 janvier 1863,
sous le titre de La Convention du 15 septembre et l'Encyclique du 8 décembre 1864.
Pierre ZIND, L'enseignement religieux dans l'instruction primaire publique en France 12 -
de 1850 à 1873, Lyon, centre d'histoire du catholicisme, 1971, p. 279 (coll. Centre
d'histoire... Lyon 11.5).
Ibid., p. 281, note 45. 12
La ligue française de l'Enseignement, Toulouse, 1980, 2 t., 14 - Marie-Bernadette BEDRY,
p. 501.
25 instituteurs" 15. Cette remarque correspond à un besoin de réponse de
l'Eglise souvent attaquée. En effet, à Genève, un congrès de
révolutionnaires anarchistes entendait Bakounine, Arago et Quinet,
annoncer la fin du christianisme et l'association internationale des
travailleurs dont c'était la première réunion (1866), écoutait Karl Marx,
lui proposer pour but la fin de la religion "opium du peuple" 16. En
riposte, Pie IX annonce en juin 1867, la réunion d'un concile
oecuménique. La même année, Victor Duruy rend obligatoire, par la loi
du 10 avril, la Création des écoles publiques de filles pour toute
commune d'au moins 500 habitants, "si elle n'en est pas dispensée par le
Conseil départemental en vertu de l'article 15 de la loi du 15 mars 1850.
L'article 17 institue un contrôle : sont soumises à l'inspection, comme
les écoles publiques, les écoles libres qui tiennent lieu d'écoles
publiques, aux termes du hlene paragraphe de l'article 36 de la loi de 1850
ou qui reçoivent une subvention de la commune, du département et de
l'Etat. Une riposte se traduit de la part du clergé, soulignant la volonté de
"substituer peu à peu un enseignement humanitaire et civil à
l'enseignement chrétien, d'essayer de tenir dans leurs mains la direction
de toutes les écoles, d'y introduire leurs livres, leurs méthodes, leur
inspection officielle" 17. C'est une alerte. Il convient de savoir que "le
18 . tiers des nouvelles écoles publiques de filles était confié à des sceurs"
En fait, l'enseignement du catéchisme n'est pas éteint comme l'admet un
instituteur sur une période de vingt ans environ, dans une commune
rurale 19.
Une fois le contexte politico-religieux examiné, il convient d'analyser
comment un prélat, particulièrement attentif à cet enseignement, a
cherché à collaborer avec les membres de l'enseignement public. Mgr
Dupanloup a maintes fois souhaité l'organisation d'un enseignement
destiné aux jeunes filles afin de bien remplir leur futur rôle de mère de
famille, alors que l'homme de Lettres et sénateur, Sainte-Beuve poursuit
l'attaque en mai 1868: "tout ce qui, en matière d'éducation des femmes
Les alarmes de l'épiscopat justifiées par les faits, 2"` ed., 13 Mgr Félix DUPANLOUP,
Paris, Douniol, 1868, p.55.
L'Eglise des révolutions, t.1. , en face des 16 - Daniel ROPS (Henry PETIOT, dit),
nouveaux destins, Paris, Fayard, 1960. p.537.
Mgr Louis-Eugène REGNAULT, op. cit., p. 494, L.P. 3 janvier 1868. 17 -
Histoire de l'enseignement en France, Les grandes étapes 1789-1964, 18 . Félix PONTEIL,
Paris, Sirey, 1966, p.257.
Paris, ed. Christian, 1993, CRUBELLIER, L'école républicaine. 1870-1940, 19 Maurice
p.97 (coll. Vivre l'histoire).
26 n'est pas dans la main du clergé a son anathème" 20. Pour rester dans un
cadre serein, l'étude porte sur des recommandations.
1 : Conseils prodigués par Mgr Dupanloup.
L'évêque d'Orléans considère comme un devoir sacré la participation des
parents à l'instruction religieuse de leurs enfants, et comme une charge
primordiale l'initiation par l'instituteur afin de leur apprendre le respect
des institutions, l'amour de la patrie et de la famille. "L'instituteur est un
second père dont la vocation n'est pas supérieure assurément à la
vocation du premier mais dont le dévouement est plus généreux, peut-
être parce qu'il est plus libre et plus désintéressé" 21 . Le prélat donne des
conseils de mesure aux parents qui doivent faire preuve d'une bonne
collaboration : "à tout prix, il faut éviter que, par votre faute,
[l'instituteur] élève des prétentions rivales et exerce des influences
opposées"22. Il poursuit son analyse : "il faut avoir, à l'endroit de
l'instituteur, toutes les attentions qu'il mérite et dont il vous saura gré". Il
donne une définition très honorable des activités exercées : "l'instituteur
est celui qui place, qui institue un enfant dans la vie, qui développe ses
facultés"23 . Ce dernier doit être respecté car il exerce une magistrature
sociale qui exige au départ une grande conscience morale. Ainsi, compte
tenu d'une situation délicate, il convient de ne pas le froisser. La même
attitude est conseillée aux prêtres qui doivent se montrer très prudents
puisque par la loi du 15 mars 1850, l'enseignement religieux est devenu
obligatoire dans les écoles communales. Le règlement du 17 août 1851,
qui reprend les règlements départementaux antérieurs, en fixe le contenu
et détermine le rôle de l'enseignant. Ainsi les maîtres sont devenus des
auxiliaires pour la récitation quotidienne du catéchisme et des prières :
"je voudrais d'une part, élever les pensées des instituteurs laïques à la
sublimité sainte de leurs fonctions et de l'autre encourager le
dévouement de ceux qui consacrent leur caractère sacerdotal à élever la
jeunesse'. Une coopération est nécessaire : "sans parler de la guerre
2° - René REMOND, L'anticléricalisme en France de 1815 à nos jours, Paris, Fayard,
1976, p. 166.
ed. , Paris, Douniol, 1866, t.2, p. 313. 21 - Mgr Félix DUPANLOUP, De l'éducation, 7à»
Même si cette remarque est rédigée avant 1870, l'auteur en fera un principe.
- Mgr Félix DUPANLOUP, L.P., 31 octobre 1864, p. 75. 22
op. cit., t. 2, p. 538. 23 - De l'éducation,
24 - Ibid., p. 317.
27 sourde qu'un instituteur mécontent peut faire au curé de la paroisse ; si
un homme qui est du matin au soir avec les enfants, laisse à tous les
instants percer sa mauvaise humeur contre le curé, s'il n'adopte qu'à son
corps défendant les bonnes mesures proposées par lui, les enfants peu à
peu et à leur insu, s'imbibent des prétentions et des soi-disants griefs du
maître avec lequel ils vivent et tout est perdu" 25. En effet, la loi précitée
dont Mgr Dupanloup est en partie l'instigateur, a accordé la liberté de
l'enseignement sous contrôle de l'Etat pour apprécier la valeur
pédagogique. Les instituteurs nommés par le conseil municipal exercent
sous la surveillance du maire et du prêtre. Par ailleurs, le droit
d'enseigner étant reconnu aux associations, les congrégations y
participent26. Ainsi, à Provins, Melle Verrine, effectuant la formation
d'institutrices, a créé une société civile des Dames Célestines, reconnue
dès 1853, comme congrégation religieuse. La fondatrice sous le nom de
Soeur Marie-Chantal continue cette mission d'enseignement jusqu'à sa
mort en 187727. Cette application a pu être exercée dans un nombre
important d'écoles primaires, pendant une vingtaine d'années, malgré la
réserve de la loi 1867. La lettre précitée indique les nuances à apporter :
"je pense qu'avec une fermeté nécessaire, tempérée par beaucoup de
bienveillance et en prenant l'heure convenable, on peut amener [les
instituteurs] à remplir ce devoir" 28, c'est-à-dire, conduire les enfants aux
offices. Comme la loi Falloux confère aux prêtres le droit d'aller dans les
écoles se rendre compte de l'assiduité et des résultats de la récitation,
l'évêque d'Orléans encourage vivement le clergé de son diocèse à ce
contrôle : "ce droit vous impose un grand devoir car ici, on doit faire tout
ce qu'on peut et j'ajoute qu'en n'allant jamais dans les écoles surveiller
l'étude et la récitation du catéchisme — et il y a des curés qui n'y mettent
jamais le pied — vous vous priveriez d'une de vos plus précieuses
ressources, de votre moyen d'action peut être le plus puissant pour
l'instruction religieuse des enfants"29. A ce sujet, le vicaire général est
chargé de la surveillance du bon déroulement des catéchismes. Lui-
même, lors de ses visites pastorales, adresse un rapport à l'Inspecteur
d'Académie pour signaler les instituteurs les plus zélés. Il entend
maintenir un lien avec les instituteurs en place, parce qu'il sait qu'un
" - Ibid., p. 76.
26 - Des écoles normales fonctionnent dans les années 1830 mais la qualification
pédagogique pour les deux sexes sera requise en 1879.
- Semaine religieuse du diocèse de Meaux, 1877, 4 août, p. 374.
- Mgr Félix DUPANLOUP, LP., 31 octobre 1864, p. 79. 26
" - Ibid., Mandement 29 septembre 1864, p. 507.
28 grand danger les menace, sous la pression de différentes actions menées
par les loges maçonniques. Jusqu'en 1870, le prélat n'a eu qu'à se louer
des instituteurs. "La plupart d'entre eux se soumettent à toutes les
exigences du règlement départemental et suivent même le conseil qui
leur enjoint de prêcher l'exemple"". En 1868, des instituteurs sont
signalés à Montargis, faisant leurs Pâques. Le substantif "instituteur"
marque un générique. Toutefois, pour les écoles de filles, une préférence
semble donnée aux religieuses enseignantes dans la mesure où elles
manifestent conscience professionnelle, compétence et disponibilité.
Les années soixante-dix marquent un revirement. Les élections
législatives de février 1871, dans le Loiret, assurent le triomphe de la
gauche, même si Mgr Dupanloup est élu. Une chute de la pratique
religieuse est constatée dans le diocèse d'Orléans et même au plan
national, sans doute liée aux événements politiques intérieurs et à la
guerre. Pour cette raison, le prélat réagit vivement. Dans sa brochure :
Etude sur la Franc-Maçonnerie, il reprend des citations extraites de la
presse maçonnique, entre 1867 et 1872, prônant une morale
"indépendante", adjectif qui signifie en-dehors de toute hypothèse
religieuse : "c'est dans les Loges que s'est élaborée, c'est des Loges
qu'est sortie cette chimère impie qu'ils ont intitulé la morale
31 . Lors de la indépendante, et qui n'est qu'une forme de l'athéisme"
Orient de Paris, les orateurs se réunion de la Loge, Les amis de l'Ordre,
sont montrés partisans d'une éducation libre, laïque, indépendante de
. Cette allégation choque l'étroitesse de l'enseignement religieux" 32
nécessairement les esprits cléricaux. Afin de ne pas provoquer de heurt
complet, il est alors conseillé aux membres de l'enseignement, non pas
d'expliquer le dogme, mais seulement d'aider à la compréhension de la
lettre du catéchisme. Dans l'ensemble, les instituteurs effectuent cette
tâche car ils sont portés par l'opinion qui ne conçoit pas encore une
éducation publique privée de référence religieuse, notamment dans le
milieu rural. Cette attitude subissant de plus importantes pressions
variera dans les quelques années suivantes.
Le rôle coordonnateur de Mgr Dupanloup pour étendre une méthode
d'enseignement religieux, pour motiver ses prêtres est une affaire bien
Le diocèse d'Orléans sous l'épiscopat de Mgr Dupanloup., 3° - Christiane MARCILHACY,
1849-1878., Paris, Pion, 1962, p. 256 (coll. Histoire de mentalités).
Paris, Douniol, 1875, p. 32. Etude sur la Franc-Maçonnerie, - Mgr Félix DUPANLOUP,
L'année de la publication correspond à la date du vote des lois constitutionnelles, résultat
d'un compromis peu apprécié par les républicains.
32 . Ibid., p. 33.
29 connue. Mais établir des relations avec les enseignants l'est moins.
Devenu sénateur inamovible en 1875, il s'intéresse à la politique mais
ses démarches ne sont pas toujours comprises. Il doit faire face à
l'hostilité de la droite parce qu'il est libéral alors qu'il est considéré
comme réactionnaire par la gauche. A partir de 1876, il se fait seconder
par un coadjuteur, Mgr Coullié, et, malade, il disparaît en octobre 1878.
Il a pu connaître, malgré lui, la phrase devenue célèbre, prononcée par
Gambetta, en mai 1877: "le cléricalisme, voilà l'ennemi" déclaration qui
est aux origines de la crise du 16 mai. Mac-Mahon exige alors la
démission de Jules Simon, président du Conseil. Son successeur se
nomme de Broglie. La Chambre est dissoute. Gambetta réagit. A son
tour, Mac-Mahon démissionne, remplacé au début de l'année 1879 par
Jules Grevy qui, avec l'aide de Paul Bert et de Jules Ferry, élabore la
réforme scolaire d'orientation laïque — l'adjectif laïque marque la
nouvelle clef de voûte.
2 : Actions menées par les prélats, 1878-1881.
Une circulaire ministérielle de l'été 1878 attribue aux conseils
municipaux le droit d'exprimer leur choix pour l'ouverture d'une école
laïque alors que la loi Falloux permettait la transformation d'une école
congréganiste en ce type d'établissement, seulement au fur et à mesure
des vacances d'emploi. Le conseil municipal de Paris, au début de
l'année 1879, s'appuie sur ce texte pour transformer les écoles relevant
de son cadre administratif. Si à Meaux, Mgr Allou, d'après la circulaire
du 15 décembre 1879 recommande à ses prêtres "de vivre en harmonie
avec les instituteurs" 33, cette laïcisation officieuse est pressentie de
mauvais augure par maints membres du clergé. Mgr Besson, à Nîmes,
met en garde son clergé : "le temps n'est pas loin peut être, où le
catéchisme sera banni de l'école publique et relégué dans la sacristie...
les maîtres devenus les esclaves des lois athées qu'on médite de nous
imposer, les parents trop indifférents déjà à l'instruction religieuse de
leurs enfants et que l'esprit révolutionnaire s'achèvera de pervertir" 34
L'Archevêque de Sens, Mgr Bernadou montre une attitude plus prudente
mais peut-être est-ce dû au désir de ne pas affronter le citoyen d'Auxerre,
Paul Bert, député républicain de l'Yonne depuis 1872, spécialiste des
33 - Mgr Auguste ALLOU, Lettre au clergé, 25 janvier 1880, p. 6.
34 Semaine religieuse du diocèse de Nîmes, 23 novembre 1879, n° 40, p. 469.
30 questions de l'enseignement ? II prévoit une situation délicate, sans
vouloir trop alarmer les parents ni froisser les enseignants à qui il
s'adresse : "si un jour, ce qu'à Dieu ne plaise, il ne vous était plus
possible de leur accorder ce concours [au prêtre] selon l'étendue de vos
désirs, prêtez-le lui du moins autant que vous le pourrez. Nous saurons
faire toujours la part des circonstances et toujours nous rendrons
hommage à votre bonne volonté" 35.
Le comportement le plus combatif se présente sous la plume de Mgr
Regnault. L'évêque de Chartres a dû écrire, en juillet 1878, à Agenor
Bardoux, ministre de l'Instruction publique et des cultes 36, au sujet du
remplacement des Frères des Écoles Chrétiennes à Nogent le Rotrou par
un instituteur laïque. — Rappelons que ceux-ci avaient, depuis 1703, pour
tâche principale l'enseignement du catéchisme, priorité reconnue par
Benoît XIII en 1725, encore effective pendant le XIXème siècle. — Son
argumentation est fort intéressante à noter : "jusqu'en 1871, les lois et
décrets (15 mars 1850, décret 9 mars 1852, loi du 14 juin 1854)
réservaient aux préfets le droit de choisir les instituteurs communaux
parmi les instituteurs laïques et parmi les membres des associations
religieuses vouées à l'enseignement ; ils interdisaient en même temps
aux conseils municipaux d'exprimer le voeu de la transformation d'une
école congréganiste en école laïque, à moins de démission ou révocation
du religieux directeur. A-t-il suffit d'une simple circulaire de M. Jules
Simon alors ministre, pour modifier si profondément cette législation ? 37
Le prélat signale que l'arbitraire a été instauré par la nouvelle
municipalité alors que la population est satisfaite des services rendus par
les Frères. Il rédige une circulaire à son clergé pour le mettre au fait — et
prévenir les parents : "on ne demande pas seulement l'établissement
d'écoles laïques ce que la loi autorise et qui paraît juste, puisqu'au
moment de la formation d'une école, il est parfaitement libre à une
commune de choisir une institution à une autre mais, actuellement c'est
la destruction des écoles congréganistes déjà établies que l'on
. Il doit renouveler ses avertissements, en 1879, année fertile poursuit"38
en événements politiques à examiner rapidement. Après avoir souligné
les mérites des instituteurs préparant au catéchisme, il pose la question :
"mais ne seront-ils pas compromis ? Bientôt les livres, les programmes
" - L.P., 2 juillet 1880, p. 7.
Cette double dénomination existe du 17 mai 1877 au 4 février 1879. 36 -
Mgr Louis-Eugène REGNAULT, op. cit. t.3, 1889, p. 60, le 4 juillet 1878. 37
- Ibid., p. 58, le 18 juillet 1878.
31 seront dans le sens d'un indifférentisme complet car c'est bien là le plan
dressé d'avance" 39. A la fin de l'année, Mgr Regnault doit s'adresser de
nouveau au ministre des Cultes au sujet de l'administration des fabriques
car la décision s'y rapportant lui rappelle l'action déjà engagée pour
l'enseignement : "il n'est guère facile de formuler un appel, le préfet a
prononcé, son arrêté est maintenu, c'est le régime du bon plaisir...
Demain, ce sera l'application progressive des lois organiques. Elles ont
été portées... par l'autorité civile mais elles ne font pas partie du
Concordat. Jamais le chef de l'Eglise ni le clergé n'y ont donné leur
assentiment. Si on exigeait l'application de ces lois, ce serait une
nouvelle persécution'40. Cette remarque sévère reflète le climat de la
nouvelle décennie dont les "chantres" proposent une morale
"indépendante" et des dogmes sans Dieu. "Des dogmes que la conscience
se fait à elle-même et dont elle change comme on change de vêtement.
Des préceptes sans sanction, c'est-à-dire des préceptes de
l'accomplissement desquels on n'a à rendre compte qu'à soi-même" 41 .
Pour sa part, l'évêque d'Orléans, Mgr Coullié déclare, face à la situation
présente : "pas de défaillances, pas de provocations". Il conseille à son
clergé d'entreprendre une prédication puissante. "Dans ces tristes jours,
elle est même pour un grand nombre d'hommes la seule qui parvienne
jusqu'à eux, puisque la plupart ne viennent plus que très rarement nous
entendre... que faire puisque l'on nous fuit et que l'on ferme les
oreilles ? Il faut que le zèle des âmes nous dévore" manifestant "le plus
grand zèle pour l'instruction religieuse de la jeunesse : le catéchisme" 42 .
Dans ce contexte difficile, Mgr Lelong souligne le rôle à jouer par
l'instituteur congréganiste ou laïque, en premier lieu par l'exemple de sa
conduite. "Loin d'accepter le sophisme à la mode et de dire que la
religion ne doit pas franchir le seuil de l'école, nous prétendons que
l'instituteur n'est pas vraiment ce qu'il doit être si son influence ne
43 . s'étend pas, bienfaisante et féconde, sur toutes les facultés de l'enfant"
Certes, dans la pratique courante, entre 1878 et 1888, les prières et le
39 - Ibid., p. 101, L.P., 25 novembre 1879.
- Ibid., p. 105.
discours... aux petits séminaires d'Orléans, 26 Al - abbé LAROCHE, Dieu dans l'école,
de Mgr juillet 1880, Orléans, impr. Colas, 1880, p. 27, ce titre devance les préoccupations
Régnier, Mgr Mounier, Mgr Duquesnay exprimées en 1882 par l'intitulé "l'école sans
Dieu".
42 - Annales religieuses et littéraires du diocèse et de la ville d'Orléans, 8 janvier 1881, pp.
3-6.
- Mgr Etienne-Antoine LELONG. L.P., 15 octobre 1880, n° 31, p. 21.
32 catéchisme sont encore admis dans un certain nombre d'écoles mais un
autre idéal est mis en place, dans un cadre officiel. Au lendemain de son
élection, le président Grévy nomme Waddington à la présidence du
Conseil. Jules Ferry est appelé au ministère de l'Instruction publique. Au
cours de la séance des 26 et 27 juin 1879, lors de la discussion de la loi
sur la collation des grades et les congrégations non autorisées, le Vosgien
a expliqué : "l'enseignement public ne saurait être congréganiste sans
que l'Etat subisse en contrecoup la tutelle d'une autorité étrangère'.
Est-ce le véritable motif ? En réalité, moins virulent que Paul Bert, il juge
que les confessions religieuses sont appelées à disparaître mais il
n'adopte pas l'anticléricalisme extrême d'une partie des opportunistes et
des radicaux. Il assure que la neutralité philosophique sera respectée.
Malgré les remarques de Mgr Freppel, l'article let est voté le 23
décembre 1880 et l'ensemble du projet, le lendemain. Le débat est
ensuite porté au Sénat le 25 mai 1881. Chesnelong, sénateur inamovible,
explique la position de l'Eglise soulignant que l'enseignement moral
proposé va conduire à Pathéisme 45. Cette remarque est fondée sur le
rapport de Paul Bert qui rend toutes les matières de l'enseignement
primaire obligatoires et place en tête l'instruction morale et civique. Le
duc de Broglie souhaite revenir sur l'article 1 pour introduire la mention :
"instruction morale et religieuse". Cet amendement est repoussé par
Ferry.
Le point primordial du projet de loi, la gratuité, est adopté en première
lecture, promulgué le lendemain, le 14 juin ; pour le reste, le projet
revient en deuxième lecture le ler juillet. Chesnelong tente de faire passer
un amendement relatif à l'enseignement religieux mais en vain. Le Sénat
adopte le projet de loi le 12 juillet, et le transmet au Palais Bourbon pour
une nouvelle délibération. Le 23 juillet 1881, le principe de l'instruction
obligatoire est reconnu, mais aucune mention de l'enseignement
religieux n'est portée.
Paul Bert sollicite l'urgence. Le 25 juillet 1881 les députés adoptent les
articles un par un, puis l'ensemble du projet. Des élections législatives se
déroulent les 21 et 29 août, apportant le succès aux républicains. Jules
Ferry, président du Conseil et ministre de l'Instruction Publique depuis le
L'influence du positivisme dans l'oeuvre scolaire de Jules Ferry, 44 - Louis LEGRAND,
Thèse Lettres dactyl, Strasbourg, 1958, p. 122.
L'application du décret du 29 mars 1880 expulsant les membres des congrégations non 45
autorisées, provoque des réactions : l'archevêque de Paris soutient en particulier les
Jésuites.
33 25 septembre 1881 va conduire l'action du gouvernement jusqu'au 14
novembre, Paul Bert devenant alors ministre de l'Instruction Publique.
Les élections sénatoriales du 8 janvier 1882 marquent à nouveau un
succès républicain. Dans ce gouvernement, Ferry reprend le ministère de
l'Instruction Publique. Jules Simon tente de réintroduire la référence à
Dieu. Son amendement est encore repoussé. L'article ler est adopté le 13
mars, l'ensemble de la loi le 23 mars et sa promulgation effectuée le 28
mars, mentionnant le caractère obligatoire et neutre de l'enseignement.
3 : Réactions face à l'enseignement laïque 1882 — 1890.
La loi nouvelle n'indique pas les devoirs envers Dieu mais le Conseil
Supérieur de l'Instruction publique les inscrit dans les programmes des
écoles primaires, au niveau du cours moyen. L'arrêté du 27 juillet 1882
indique : "l'enseignement moral laïque se distingue de l'enseignement
religieux sans le contredire ; l'instituteur ne se substitue ni au prêtre, ni
au père de famille ; il joint ses efforts aux leurs pour faire de chaque
enfant un honnête homme'. La mention de ces devoirs sera reportée
dans l'arrêté du 18 janvier 1887 pour disparaître par l'arrêté du 23 février
1923.
Dans le contexte analysé, l'enseignement religieux devient une matière
facultative dispensée par les ministres du culte en-dehors de la classe.
Les enfants vaquent un jour par semaine pour laisser aux parents la
possibilité de les faire instruire religieusement. Dans ces conditions,
l'Histoire Sainte est supprimée. Seule est enseignée l'histoire de France.
Cette modification ne vient pas sans heurt ainsi que le mentionne Le
Monde : "les curés, lors même que l'entrée des classes leur est fermée,
n'ont-ils pas l'obligation de s'enquérir de la manière dont l'enseignement
y est donné aux enfants de leur paroisse et le devoir de signaler et
d'interdire les écoles où comme cela arrive dès à présent la libre pensée
est proposée, la religion outragée, Jésus-Christ tourné en dérision 7' 47 .
Six ecclésiastiques de haut rang adressent le le` juin 1882 des
observations aux sénateurs et députés parce qu'ils constatent une dérive
des lois concordataires, une limitation du droit accordé à l'évêque
d'ouvrir des écoles ecclésiastiques, une possibilité de changement de
desservant sans motif sérieux. Les difficultés d'instruction religieuse
- J.O., 2 août 1882, p. 4169.
47 - Monde, 25 mars 1882.
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