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Dieu au risque de la religion

De
186 pages
Est-il possible qu'une religion laisse vraiment Dieu être Dieu et lui rende de la sorte un culte en esprit et en vérité ? Il n'est pas certain, au vu de l'histoire, que ce soit possible. Mais, toujours au vu de l'histoire et pour l'histoire, n'est-ce pas nécessaire ? La foi pourrait-elle totalement se passer de ce lieu d'immanence et d'incarnation historiques qu'est la religion, même si elle en est une instance critique permanente ?
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Elie Barnavi • Marie-Françoise Baslez • Benoît Bourgine • René de Ceccatty • Ralph Dekoninck • Geneviève Fabry • Joseph Famerée • Camille Focant • Gilbert Gérard • Paul Scolas • Jean-Paul Willaime
_IntellectIon_23_
Dieu au risque de la religion
BENOîT BOurgiNE, JOsEph FamEréE ET PauL SCOLas (sOus La dir. dE)
Dieu au risque de la religion
Sous la direction de BENOÎT BOURGINE, JOSEPH FAMERÉE ET PAUL SCOLAS
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Dans la même collection : 1. Pierre Collart,Les abuseurs sexuels d’enfants et la norme sociale,2005. 2. Mohamed Nachi et Matthieu de Nanteuil,Éloge du compromis. Pour une nouvelle pratique démocratique, 2006. 3. Lieven Vandekerckhove,Le tatouage. Sociogenèse des normes esthé-tiques, 2006. 4. Marco Martiniello, Andrea Rea et Felice Dassetto (éds.),Immigra-tion et intégration en Belgique francophone. État des savoirs, 2007. 5. Francis Rousseaux,Classer ou collectionner ? Réconcilier scientifiques et collectionneurs, 2007. e 6. Paul Ghils,Les théories du langage auXXsiècle. De la biologie à la dia-logique, 2007. 7. Didier Vrancken et Laurence Thomsin (dir.),Le social à l’épreuve des parcours de vie, 2008. 8. Pierre Collart (dir.),Rencontre avec les différences. Entre sexes, sciences et culture, 2009. 9. Jean-Louis Dufays, Michel Lisse et Christophe Meurée,Théorie de la lit-térature. Une introduction, 2009. 10. Caroline Sägesser et Jean-Philippe Schreiber,Le financement publicdes religions et de la laïcité en Belgique, 2010. 11. Ariel Mendez (dir.),Processus. Concepts et méthode pour l’analyse tem-porelle en sciences sociales, 2010. 12. Dominique Deprins,Parier sur l’incertitude, à paraître. 13. Luc Albarello,Société réflexive et pratiques de recherche, 2010. 14. Paul Servais (dir.),L’évaluation de la recherche en sciences humaines et sociales. Regards de chercheurs, 2011. 15. Jean-Luc Brackelaire, Anne-Christine Frankard, Christophe Janssen, Sophie Tortolano (dir.),Objet transitionnel et objetlien. Regards croisés, 2011. 16. François Morvan,Vers une réponse juridique au totalitarisme, 2012. 17. Anne Meyer-Heine (sous la dir. d’),Maladie d’Alzheimer. Évolution des dispositifs, évolution des métiers, quelles politiques publiques ?, 2012. 18. Paul Ghils,Le langage est-il logique ? De la raison universelle à la diver-sité des cultures, 2012. 19. Véronique Meuriot,Une histoire des concepts des séries temporelles, 2012. 20. Jean-Louis Dufays et Paul Servais (dir.),Publier en sciences humaines, 2013. 21. Jean-Luc Brackelaire, Marcela Cornejo et Jean Kinable (dir.),Violence politique et traumatisme. Processus d’élaboration et de création, 2013. 22. Anne Meyer-Heine (sous la dir. d’),Éthique, droit et maladie d’Alzhei-mer, 2014. 23. Benoît Bourgine, Joseph Famerée et Paul Scolas (dir.),Dieu au risque de la religion, 2014.
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Dieu au risque de la religion
Sous la direction de BENOÎT BOURGINE, JOSEPH FAMERÉE ET PAUL SCOLAS
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©ACADEMIA-L’HARMATTAN s.a. Grand’Place 29 B1348 LouvainlaNeuve
ISBN : 9782806101716
Tous droits de reproduction ou d’adaptation par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
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Sommaire
Avant-propos Joseph Famerée 1 La problématique Paul Scolas 2 La religion : affaire de l’homme, affaire de Dieu ?  Perspectives hégéliennes Gilbert Gérard
3 Religions meurtrières Élie Barnavi 4 Dieu au risque de la religion comme art  et de l’art comme religion Ralph Dekoninck 5 Foi et religion dans le Nouveau Testament Camille Focant
6 Les conditions sociales et culturelles du religieux  dans l’ultramodernité contemporaine Jean-Paul Willaime
7 Les charismatiques et l’autorité établie dans  les communautés chrétiennes des trois premiers siècles Marie-Françoise Baslez
8 La mystique, une contestation de la religion ?  Jouissance et beauté dans leCantique spirituel de Jean de la Croix Geneviève Fabry
9 La spiritualité et l’irrévérence. Un christianisme sans  religion. Résonances littéraires René de Ceccatty
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Dieux au risque de la religion
10 Le risque de la religion oule paridelalibertéBenoît Bourgine
Index des noms de personnes
Liste des auteurs
Table des matières
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Avant-propos
Avant-propos
Joseph Famerée
Dieu au risque de la religion ? N’assistons-nous pas à un nouveau « retour du religieux » au sein du christianisme, et plus particulièrement du catholicisme ? Les catégories « sacrales », typiques du « religieux » (sacré, sacerdoce, sacrifice…) et souvent solidaires d’une sacralisation indue du culte, de la loi et du pouvoir religieux, n’y font-elles pas leur retour en force ? Est-ce compatible avec l’Évangile, si critique à l’égard de toute sacralisation ou absolutisation de réalités religieuses (temple, sacrifice, sacerdoce aaronique, sabbat…) du fait qu’elle constitue un écran entre Dieu, l’unique Absolu, et les humains ? « L’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. (…) L’heure vient, – et maintenant elle est là – 1 où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité » (Jn 4, 21.23).
Si Dieu vient lui-même à l’homme, la religion ne perd-elle pas son statut d’accès privilégié à Dieu ? Si la religion est le lieu où l’homme peut s’ouvrir à Dieu, n’est-elle pas aussi le lieu où il peut enfermer Dieu et prétendre mettre la main sur lui ? Anthropologiquement, faut-il d’ailleurs tenir que l’homonécessairement est religiosus2 toujours et partout ? Si la religion est un fait très répandu et d’une 3 signification très riche dans l’humanité jusqu’à présent , il n’en est pas moins vrai qu’il y a toujours eu des individus agnostiques, voire « athées », ou « libertins », indifférents aux préoccupations proprement 4 religieuses , et ces indifférents sont de plus en plus nombreux en
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Traduction TOB, 1972. Voir, par exemple, Julien Ries,L’« homo religiosus » et son expérience du sacré. Introduction à une nouvelle anthropologie religieuse, Paris, Cerf, coll. « Patrimoines. Histoire des religions », 2009. Voir François Boespflug, « Une notion sur la sellette : “la religion” », Revue théologique de Louvain, 36 (2005), p. 476-507. De Lucrèce à certains contemporains « sceptiques » de Pascal, à l’inten-tion desquels précisément il écrit sesPensées (nombreux fragments sur
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notre temps. Ceux-ci devraient-ils nécessairement passer par une religion ou des formes religieuses pour pouvoir accueillir l’Évangile et accéder au Dieu de Jésus-Christ ? Les païens n’ont-ils pas été dispensés de certains signes religieux du judaïsme pour adhérer à la 5 Bonne Nouvelle de grâce en Christ ?
Simultanément, la foi chrétienne, dès lors qu’elle se vit dans l’histoire et qu’elle se vit collectivement, peut-elle échapper aux lois de l’incarnation effective, et donc à certaines formes religieuses d’expression et d’institutionnalisation, à charge, cependant, à cette foi, au nom même de la nouveauté évangélique du Règne de Dieu et de l’agapèqui la caractérise, de se montrer vigilante vis-à-vis de toute réalité religieuse qui entraverait la liberté chrétienne dans l’Esprit ou, pire, tendrait à idolâtrer ce qui n’est pas Dieu ?
Tel est le paradoxe au cœur de notre thématique : Dieu risque gros dans la religion, mais il ne peut sans doute pas ne pas en prendre le risque, le risque de la liberté humaine et d’une de ses plus hautes 6 possibilités, quelle que puisse être par ailleurs son ambiguïté .
e 7 La question de ce XI Colloque Gesché , dont les actes sont ici publiés, est donc éminemment théologique, sans être exclusivement chrétienne. Aussi, comme à l’accoutumée, doit-elle être abordée de manière pluridisciplinaire. C’est un théologien, Paul Scolas (UCL), qui campe avec vivacité la problématique : est-il possible qu’une religion laisse vraiment Dieu être Dieu et lui rende de la sorte un culte en esprit et en vérité ? Il n’est pas certain, au vu de l’histoire, que ce soit possible. Mais, toujours au vu de l’histoire et pour l’histoire, n’est-ce pas nécessaire ? La foi peut-elle d’ailleurs totalement se passer de ce lieu d’immanence qu’est la religion, même si elle en est une instance critique permanente ? En s’inspirant de Hegel, le philosophe Gilbert Gérard (UCL) tient que Dieu ne peut pas ne pas prendre le risque de mise à distance avec lui-même que représente la religion, par une
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le « divertissement »), pour m’en tenir à l’Antiquité romaine et à l’aube des temps modernes. Ac 15, 5-21 ; Ga 3, 23-29 ; Ep 2, 11-22. Voir la réflexion nuancée et ample de Michel Fédou, « Les religions et l’humanisme séculier. Enjeux pour la mission chrétienne »,Revue théo-logique de Louvain, 43 (2012), p. 321-340. Ce colloque, intitulé « Dieu au risque de la religion », s’est déroulé les 3 et 4 novembre 2011 à l’Université catholique de Louvain (UCL, Lou-vain-la-Neuve, Belgique). Pour les colloques précédents, voir https://www.uclouvain.be/355407.html.
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Avant-propos
nécessité interne à son être : Dieu, ni plus ni moins, en vient ainsi à confier son propre destin, celui de sa divinité même, à l’homme, quels que soient les risques d’égarement de celui-ci, car le risque serait bien plus désastreux pour l’authentique divinité de Dieu de le figer dans une transcendance aussi lointaine que vaine, qui ne saurait correspondre à cette religion accomplie de la modernité qu’est, aux yeux de Hegel, le christianisme. L’historien Élie Barnavi (Université de Tel Aviv) questionne néanmoins sans complaisance la potentialité meurtrière des religions en tant que productrices d’un système idéologique légitimant l’action politique radicale, et donc la violence. En historien de l’art, Ralph Dekoninck (UCL) montre qu’à la fois l’esthète et le croyant sont invités à s’interroger aussi sur l’art comme refuge du sacré et sur les religions comme lieu d’expression et d’expérience esthétiques permettant de réanimer en permanence une foi anémiée par toute forme d’institutionnalisation excessive de la religion. L’exégète Camille Focant (UCL), pour sa part, démontre rigoureusement que le christia-nisme originel postule, et de manière centrale, la subversion du religieux ; il l’illustre à partir de Marc et de Paul tout spécialement. De façon originale, Jean-Paul Willaime, sociologue des religions (EPHE, Paris), retourne le titre du colloque en « La religion au risque de Dieu », celui-ci se portant plutôt bien dans l’ultramodernité contem-poraine, tandis que la religion peine à trouver les formes culturelles et sociales pour y exprimer Dieu. C’est en historienne des religions que Marie-Françoise Baslez (Sorbonne, Paris) étudie le courant e e charismatique dans le christianisme des II et III siècles, qu’on ne saurait réduire à quelques figures d’itinérants radicaux et marginaux, combattus comme un danger par l’Église établie et finalement éliminés e au nom de la religion : jusqu’au IV siècle, au moins, des charismatiques sont actifs dans certaines communautés, sans récuser pour autant l’institution ni les médiations qu’elle impose. D’un point de vue littéraire et philologique, Geneviève Fabry (UCL) explore jouissance et beauté dans leCantique spirituel de Jean de la Croix, y détectant l’« épaisseur » des expressions mystiques qui transgressent et contestent, sans le rejeter, le langage religieux officiel. Vient ensuite le témoignage personnel, pudique et « irrévérencieux », d’un écrivain et critique littéraire, René de Ceccatty (Paris) : que peut être une spiritualité, un christianisme devenu sans religion ? Quelles en sont les résonances littéraires, de Pasolini à Leopardi ou Bianciotti ? « Qui suis-je sinon le rêve d’un autre en moi ? » Enfin, Benoît Bourgine (UCL), en théologien, s’efforce de clarifier certains enjeux du différend séculaire entre christianisme et religion : le Dieu biblique se révèle en prenant le
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