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Disputes et conflits du christianisme

De
252 pages
De l'an 28 à la fin du Moyen-Age, les victimes qui périrent au nom de leurs convictions religieuses ne sont pas dénombrables. Paradoxe et scandale, les héritiers spirituels des premiers martyrs chrétiens se sont mués en bourreaux à l'encontre de soi-disant hérétiques, coupables d'interpréter différemment un message doctrinal complexe dont les mystères sont une source inépuisable de controverses théologiques. Des querelles de préséance aboutirent à la rupture entre l'Eglise latine et celle de Byzance, rupture que les croisades allaient aggraver...
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DISPUTES ET CONFLITS DU CHRISTIANISME
DANS L'EMPIRE ROMAIN ET L'OCCIDENT MÉDIÉVAL

Religions et Spiritualité Collection dirigée par Richard Moreau
La collection Religions et Spiritualité rassemble divers types d'ouvrages: des études et des débats sur les grandes questions fondamentales qui se posent à I'homme, des biographies, des textes inédits ou des réimpressions de livres anciens ou méconnus. La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au dialogue inter-religieux. Dernières parutions Bruno BÉRARD, Introduction à une métaphysique des mystères chrétiens, 2005. Camille BUSSON, Essai impertinent sur I 'Histoire de la Bretagne méridionale, 2005. Erich PRZYWARA (Trad. de l'allemand par Philibert Secretan), ... Et tout sera renouvelé. Quatre sermons sur I 'Occcident suivi de Luther en ses ultimes conséquenses, 2005. Jean-Dominique PAOLINI, D'Aphrodite à Jésus. Chroniques chypriotes,2005. André THA YSE, A l'écoute de l'origine, 2004. Etienne GOUTAGNY, Cisterciens en Dombes, 2004 Mgr Lucien DALOZ, Chrétiens dans une Europe en construction, 2004. Philibert SECRET AN, Chemins de la pensée, 2004. Athanase BOUCHARD, Un prêtre, un clocher, pour la vie: l'abbé Pierre Cucherousset, 2004. Michel COVIN, Questions naïves au christianisme, 2004. Vincent FEROLDI (dir.), Chrétiens et musulmans en dialogue: Les identités en devenir, 2003. Karékine BEKDJIAN, Baptême, mariage et rituel funéraire dans l'église arménienne apostolique, 2003. Albert KHAZINEDJIAN, La pratique religieuse dans l'église arménienne apostolique, 2003. Philippe CASPAR, L'embryon au IIème siècle, 2003. Jean BAlLENGER, Biologie et religion chrétienne, 2003. Ferdinand de HEDOUVILLE, Relations sur mon séjour en exil et l'exode des religieux jusqu'en Russie, par un novice de Valsainte, de 1797 à 1800,2003.

Jean-Paul~oreau

DISPUTES ET CONFLITS DU CHRISTIANISME
DANS L'EMPIRE ROMAIN ET L'OCCIDENT MÉDIÉVAL

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

L'Harmattan

Italia

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

@L'Hannatian,2005 ISBN: 2-7475-8716-9 EAN : 9782747587167

Ce que la science conteste à la religion, ce n'est pas le droit d'être, c'est le droit de dogmatiser sur la nature des choses.

Emile Durkheim Les formes élémentaires de la vie religieuse (1912)

A tous ceux qui se reconnaissent dans
les Béatitudes d'imposer et qui n'ont jamais tenté

leurs

idées par la violence

Avant-propos
Quand Homo sapiens a émergé du cercle restreint des Hominidés, il n'était guère présentable malgré sa bipédie parfaite en station verticale et la complexité de ses circonvolutions cérébrales. Ses formes archaïques toutefois se sont affmées au cours des millénaires et ont donné naissance à cette forme moderne que nous présente le fossile d'un très vieil habitant de Dordogne, baptisé Cro-Magnon, que nous croiserions aujourd'hui sans étonnement. Pour défmir cet homme moderne, les paléoanthropologues font appel à des critères zoologiques d'ordre anatomique, biologique et génétique. Mais ces critères zoologiques n'appréhendent pas les caractéristiques qui permettent de définir un être humain. Il n'est pas possible de préciser à quel moment les Homo sapiens ont acquis la plénitude du statut de la personne humaine, cet être pensant qui a conscience de soi et des autres, des êtres et des choses, de sa vie et de sa mort, qui a la capacité d'innover, d'inventer, d'anticiper, d'accéder à l'abstraction, d'accumuler et de transmettre des connaissances, qui cultive des valeurs spirituelles, morales ou éthiques et qui, par sa culture, s'est affranchi des contraintes sélectives de l'environnement. D'aucuns pourraient croire, en lisant ce catalogue, qu'une bonne fée s'est penchée sur le berceau du petit sapiens. Las ! Être pensant, I'homme a des idées. Être imaginatif, il a des croyances. Et il tient tellement à ses idées et à ses croyances qu'il voudrait que tout le monde les partage, quitte à les imposer par la force. C'est alors que tout se gâte. Non seulement l'homme est capable de sacrifier sa vie pour défendre 7

ses idées et ses croyances mais il est aussi capable de sacrifier la vie des autres. La synthèse la plus funeste de ces deux positions est réalisée par le suicide du kamikaze qui sacrifie sa vie pour détruire celle des autres. Tout au long de l'histoire de l'humanité, des conflits sanglants ont illustré cette triste constatation. Et pourtant cette humanité n'a pas manqué de représentants qui ont prêché en faveur de la paix, de la concorde, de l'entente, de la tolérance, de la compassion, de l'amour entre les hommes. Parmi ceux-ci, Jésus de Nazareth nous a encouragés à nous aimer les uns les autres et ses disciples à travers les âges sont supposés avoir mis en œuvre cette recommandation. Il n'en n'a rien été. Le christianisme a donné naissance à des Eglises engoncées dans un aveuglement dogmatique et convaincues d'être les seules à détenir la Vérité. Avec le recul du temps, il nous est facile de juger. Il faut se garder toutefois de jouer les procureurs. En effet d'une part, comme la Science, qui s'appuie sur des faits, l'Ethique, qui s'appuie sur des valeurs, a varié dans le temps et dans l'espace, d'autre part, fondamentalement, la nature humaine est irrationnelle et la passion l'emporte le plus souvent sur la raison en dépit de Périclès, Aristote, Descartes et autres Auguste Comte. L'histoire événementielle des disputes et des conflits religieux des quinze premiers siècles du christianisme ne peut s'exposer selon la seule logique chronologique. Des motifs variés de divergence et de dissidence ont généré simultanément, dans des lieux différents, des actions parallèles qui très souvent ont impliqué les mêmes acteurs. C'est le cas par exemple des croisades contre l'islam, des actions contre l'hérésie cathare et des luttes qui ont opposé les papes et les empereurs. En abordant chaque nouveau thème, il est nécessaire d'effectuer des retours en arrière pour replacer les événements dans leur contexte géopolitique. En fin d'ouvrage, une chronologie simplifiée des papes et des faits marquants de cette période ainsi qu'une chronologie des empereurs romains germaniques devraient permettre de mieux appréhender le contexte des événements. Un glossaire vient ensuite utilement compléter ces données. 8

1 Premières disputes, Premières , . persecutIons

Dès le berceau, la religion chrétienne est non seulement attaquée de l'extérieur mais elle doit aussi faire face à des querelles intestines. Elle va affronter sa religion mère, le judaïsme, l'Empire romain et sa religion officielle et enfm, dans ses propres rangs, les chrétiens judaïsants.

Le contexte politique en Palestine au temps de Jésus
Après les conquêtes assyrienne, babylonienne, perse et macédonienne, il faut attendre la révolte des Maccabées contre les souverains séleucides en 141 avant J.-C. pour que la Palestine retrouve, pour un temps, son indépendance avec la dynastie asmonéenne (129-63 av. J.-C.). En 64 av. J.-C., le général romain Pompée transforme la Syrie en province romaine et l'année suivante il s'empare de Jérusalem. La royauté n'est concédée à aucun des prétendants juifs. En 37 av. J.-C., Hérode 1er le Grand est nommé roi de Judée par les Romains qui le considèrent comme un allié. Hérode est né en Palestine de parents arabes. Son père Antipater avait été nommé procurateur de Judée en 47 av. J.-C. par César. Pour se créer des héritière du trône asmonéen. Dans le même esprit, il pratique les 9

droits à la succession, Hérode 1er épouse Mariammé, une

rites du judaïsme et en 20 av. J.-C. entreprend la construction d'un temple somptueux. Mais les juifs le détestent lui reprochant ses origines étrangères, sa servilité à l'égard de Rome, ses sympathies pour l'hellénisme païen et son despotisme. Il est concevable que, peu de temps avant sa mort, se soient déroulées des opérations de recensement. Selon l'Evangile de Luc (TI, 1-7) c'est à cette occasion que Jésus serait né à Bethléem où son père Joseph, de la maison de David, devait se faire inscrire. Le départ de l'ère chrétienne résulte d'une erreur de calcul de Denis le Petit (Dionysus exiguus), moine de la av. J.-C. Selon l'Evangile de Matthieu (TI, 16) Hérode 1er, craignant pour son trône, aurait essayé d'éliminer l'enfant Jésus en faisant tuer tous les nourrissons mâles de la région de Bethléem. Cet épisode est connu sous le nom de « massacre des Innocents ». Peu avant sa mort en 4 av. J.-C., Hérode 1er décide que son royaume sera partagé entre ses trois fils. L'aîné, Achélaos, se rend à Rome pour défendre ses droits en même temps qu'une délégation juive qui réclame l'abolition de la royauté. L'empereur Auguste leur donne satisfaction. Achélaos sera ethnarque de Judée et de Samarie, Antipas tétrarque de Galilée et Philippe tétrarque de territoires à l'est du Jourdain. Tous trois sont vassaux de Rome et soumis au gouverneur de Syrie. En l'an 6, Achélaos est destitué. La Judée et la Samarie sont placées sous l'autorité d'un procurateur romain relevant du gouverneur de Syrie. Son frère Antipas, tétrarque de Galilée, prend alors le nom dynastique d'Hérode. II répudie la fille du roi des Nabatéens et épouse Hérodiade, sa propre nièce divorcée de son demi-frère Philippe. Jean le Baptiste élève de telles protestations qu'Hérode Antipas le fait jeter en prison. Jean le Baptiste est un cousin de Jésus qui, en l'an 28 de notre ère, est parti vivre en ermite en Galilée et baptise dans les eaux du Jourdain, constituant ainsi un groupe de croyants disposés à l'attente du Messie. Après avoir baptisé Jésus, il met fm à sa mission. Jésus lui reconnaît son rôle de messager du Messie. Selon Matthieu (XIV, 3-11) et Marc (VI, 17-28), corroborés par 10
bibliothèque du pape Jean 1er (523-526). Jésus est né entre 6 et 4

ASIE MINEURE

SYRIE

Damas

o

ARABIE

la Palestine au temps de Jésus

Il

Flavius Josèphe dans «Les Antiquités juives », Hérode Antipas fait décapiter Jean le Baptiste à la demande de son épouse Hérodiade, laquelle manipule sa fille Salomé. Ainsi Jean le Baptiste ou saint Jean-Baptiste, chrétien avant la lettre, tombe victime de l'arbitraire d'un chef politique qui défie la morale religieuse de ses administrés. Deux années plus tard, c'est à dire en 30 (Luc xxm, 7-15), Ponce-Pilate, procurateur romain de Judée, adresse Jésus le Galiléen à son autorité de tutelle, Hérode Antipas, tétrarque de Galilée.

Les conflits des chrétiens avec le judaïsme
Jésus que l'on appelle Christ (Matthieu I, 16), équivalent grec du mot Messie, est la première victime du judaïsme. Certes il est condamné et exécuté par les Romains mais uniquement pour des motifs d'ordre public. Ce sont des juifs qui l'ont arrêté, qui l'ont accusé de blasphème et qui l'ont livré au procurateur romain Ponce-Pilate. Ce dernier aurait préféré s'en laver les mams. Les reproches de certains juifs et particulièrement des pharisiens à l'encontre de Jésus sont de deux ordres. Premièrement, Jésus dénonce l'hypocrisie, la casuistique formaliste, le juridisme avec lesquels les pharisiens appliquent les commandements de la Loi. De fait les docteurs de la Loi ont accumulé 613 commandements positifs, 365 interdictions et 248 prescriptions diverses. Jésus rejette cette conception qui réduit la Loi au prescrit et à l'interdit. Pour Jésus le choix est entre faire le bien et faire le mal. Pour lui, il faut accorder la primauté aux dispositions du cœur et de l'esprit et la Loi se résume dans un double commandement: aimer Dieu et aimer son prochain. Deuxièmement les autorités juives reprochent à Jésus sa fréquentation des pécheurs et des publicains, ces juifs collecteurs d'impôts romains. De fait Jésus conçoit Dieu comme un père miséricordieux qui accorde son pardon à toutes ses créatures et il affirme: Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs. 12

Après Jésus, ce sont ses disciples qui subissent la vindicte des autorités judaïques. Quarante jours après la crucifixion de Jésus, les apôtres, jusqu'alors terrorisés, vont se mettre à prêcher pour témoigner de la Résurrection de Jésus-Christ. Pierre et Jean vont être emprisonnés pour avoir bravé l'interdit de prédication du Sanhédrin, le tribunal religieux. Leur condamnation à mort est évitée grâce à l'intervention de Gamaliel, un docteur de la Loi à la pensée libérale, ouverte sur la philosophie grecque, qui déclare: Si c'est des hommes que vient leur entreprise, elle disparaîtra d'elle-même,. si c'est de Dieu, vous ne pourrez pas lafaire disparaître. Des juifs convertis, c'est-à-dire ayant foi en Jésus-Christ, sont baptisés et se regroupent au sein d'une communauté. Pierre, premier témoin du Christ ressuscité, occupe une place prépondérante dans cette pré-Eglise judéo-chrétienne. En effet ces convertis baptisés continuent de pratiquer la religion juive n'y trouvant rien de contradictoire avec leur foi nouvelle. En 34, la nouvelle Eglise va connaître son premier martyr, Etienne. Ce n'est pas un des douze apôtres mais un disciple consacré diacre par l'imposition des mains. Accusé de tenir des propos hostiles au Temple et à la Loi, il est condamné par le Sanhédrin à la lapidation et mis à mort. Saül de Tarse, élève de Gamaliel, assiste au supplice qu'il approuve (Actes VI, 8-15 et VII, 54-60). En même temps, beaucoup de fidèles de JésusChrist sont maltraités. Un grand nombre, en particulier ceux de culture grecque dits hellénistes, s'enfuient et vont s'établir en Syrie et en Asie Mineure en particulier à Damas et à Antioche où vont naître de nouvelles communautés judéo-chrétiennes hors de Palestine. En 36, sur la route de Damas, Saül de Tarse, juif helléniste violent persécuteur des chrétiens, se sent soudain enveloppé d'une lumière et entend une voix lui dire: Saül, pourquoi me persécuter? ...Je suis Jésus ... que tu persécutes. Conduit à Damas seloD les recommandations de la voix, il se convertit et reçoit le baptême (Actes IX, 1-19). Il prendra bientôt le nom romanisé de Paul et sera considéré comme le treizième apôtre car il a vu le Christ ressuscité et il a reçu de lui mission de prêcher l'Evangile. Selon certains neurobiologistes, les 13

hallucinations visuelles et auditives seraient liées à une épilepsie du lobe temporal droit provoquée par des stress divers (Patrick Jean-Baptiste in La biologie de Dieu). Il est évident que les travaux en cours et leurs premières conclusions doivent être accueillis avec circonspection en attendant de plus amples confmnations. En 44, pour complaire aux juifs, Hérode Agrippa 1eT,roi de Palestine et petit-fils d'Hérode 1eT le Grand, pourchasse les chrétiens. L'apôtre Jacques le Majeur, frère de Jean l'évangéliste, est décapité sur ordre du grand prêtre Anan en raison de son opposition au nationalisme zélote. Il est le premier martyr des douze apôtres. Les juifs, en effet, sont scandalisés non pas tant par l'annonce que Jésus est le Messie attendu mais parce que les prédications des chrétiens d'une part dévalorisent la Loi juive et d'autre part envisagent l'égalité entre juifs et païens ce qui revient à contester aux juifs leur statut de peuple élu de Dieu. Pierre est contraint de quitter Jérusalem et l'apôtre Jacques le Mineur, l'un des frères de Jésus (Matt. XIII, 55), prend alors la tête de l'Eglise de Jérusalem.

Les persécutions romaines du premier siècle
Jésus est né sous le règne de l'empereur Auguste (-31 à + 14). Il a prêché et a été crucifié sous Tibère (14-37). L'empereur fou Caligula (37-41), fils de Germanicus et d'Agrippine l'âmée, inaugure une politique antisémite dont témoignent en 38 les pogroms d'Alexandrie et d'Antioche. Caligula est assassiné en 41 par sa garde prétorienne qui met son oncle Claude sur le trône. Au début de son règne, Claude (4154) se montre plus tolérant vis-à-vis des juifs. En 48, il fait exécuter son épouse, la dévergondée Messaline. Leur fils Britannicus est le successeur pressenti. Mais bientôt Claude épouse sa nièce, Agrippine la jeune, fille de Germanicus et d'Agrippine l'aînée, sœur de Caligula. Sa nouvelle épouse lui fait adopter son fils Néron issu d'un premier lit. Néron s'empresse de faire empoisonner Britannicus. Dans ce contexte, 14

en 49, un édit de Claude chasse les «juifs)} de Rome car selon Suétone, l'auteur de Vies des douze Césars (69-125) : ils entretiennent l'agitation sous l'impulsion d'un certain Chrestos. En 54, Agrippine la jeune fait empoisonner son mari Claude et met son fils Néron sur le trône impérial. C'est un personnage faible, peureux et cruel. Pendant les premières années de son règne, son précepteur Sénèque (14-65) contrebalance ses pulsions névropathiques. En 59, ne supportant plus sa mère, ilIa fait assassiner et, en 62, il renvoie Sénèque. Il tombe alors sous l'influence de son âme damnée, Tigellin, gouverneur du palais. En 64, une grande partie de Rome est détruite par un incendie fortuit mais qui facilite les projets d'urbanisme de Néron. Pour calmer l'opinion qui l'accuse d'avoir fait mettre le feu, Néron impute ce crime aux chrétiens, objets de ragots malveillants et calomnieux du peuple romain. Les chrétiens sont massivement arrêtés et cruellement suppliciés dans les arènes. Dans ses Annales (XV, 44) Tacite écrit ceci en 116 : On ne se contenta pas de les faire périr: on se fit un jeu de les revêtir de peaux de bêtes pour qu'ils fussent déchirés par les dents des chiens,. ou bien ils étaient attachés à des croix, enduits de matières inflammables et, quand le jour avait fui, ils éclairaient les ténèbres comme des torches. D'après les dernières découvertes archéologiques, on peut supposer, qu'à cette occasion, l'apôtre Pierre a bel et bien subi le martyre. La tradition le considère comme le premier évêque de Rome. Sa dépouille mortelle aurait été inhumée dans la plaine du Vatican. Clet ou Anaclet (79 ?-89 ?), second successeur de Pierre, aurait fait élever une chapelle sur son tombeau. En 324, sous Constantin, cette modeste chapelle sera remplacée par une basilique. Après Pierre, Paul de Tarse qui en avait appelé à l'empereur, bénéficia, en tant que citoyen romain, de la faveur d'une décapitation. En dépit de tous ces martyrs, il ne semble pas que Néron ait jamais publié une loi générale contre la religion chrétienne. En 66, Néron doit faire face à une insurrection juive en Palestine. Il charge le général Vespasien de mater la révolte. Vespasien s'empare de la Galilée et fait prisonnier son gouverneur Flavius Josèphe (38-100), général juif et historien 15

auteur de La Guerre des Juifs et de Antiquités judaïques. En raison de ses folies dispendieuses, Néron est abandonné de tous. En 62, il répudie sa femme Octavie, fille de Claude et de Messaline, l'exile et la pousse au suicide. De même en 65, il accule Sénèque au suicide et dans un accès de folie meurtrière tue sa seconde épouse Poppée, à coups de pied, avant de la diviniser. En 68, le sénat le déclare ennemi public; Néron se suicide. En 69, l'armée porte au pouvoir Vespasien qui confie à son fils Titus le soin de mener à terme les opérations de Palestine. Après plusieurs mois de siège, Jérusalem est prise en 70 et détruite. Le Temple est incendié. Les forteresses tombent dont la dernière Massada en 73. Sans distinction, les juifs et les judéochrétiens sont exécutés en masse en Palestine et en Syrie. Le Sanhédrin et la fonction de grand prêtre sont supprimés. Les survivants juifs se regroupent à Jamnia autour de docteurs de la Loi d'obédience pharisienne qui seuls vont alors diriger le judaïsme.

Les querelles intestines du judéo-christianisme
A l'origine, les premiers chrétiens de Jérusalem continuent de pratiquer la religion juive mais déjà Etienne professe que l'enseignement de Jésus doit l'emporter sur la Loi juive. Peu après la lapidation d'Etienne, Pierre baptise à Césarée le centurion romain Cornelius ainsi que des membres de sa famille. Les croyants circoncis sont scandalisés. Ils reprochent à Pierre d'être entré chez des incirconcis et d'avoir mangé avec eux (Actes XI, 3). Il est un fait que, dans le monde romain et en particulier en Asie Mineure, des païens, lassés de leurs multiples dieux, s'intéressent au monothéisme judaïque. Les chrétiens leur font découvrir Jésus-Christ, homme et Dieu que l'on peut rejoindre sans passer par le judaïsme. En 41, par l'entremise de Barnabé, Paul rencontre Pierre et Jacques le Mineur à Jérusalem mais Paul doit s'enfuir devant l'hostilité des judéo-chrétiens qui se souviennent de son passé de persécuteur. Paul est envoyé en mission à Antioche avec 16

Barnabé. Leurs prédications en Asie Mineure et en Grèce entraînent la conversion de nombreux païens. Celle du proconsul romain de Chypre, Sergius Paulus, incite Saül de Tarse à prendre le nom de Paul. Ainsi naissent dans ces régions de la Méditerranée orientale des petites communautés chrétiennes dont certaines n'ont aucun lien avec la synagogue. Ces communautés vont s'organiser sous la houlette des Anciens comme dans le judaïsme. A leur tête se trouve un épiscope assisté de diacres (Philippiens I, 1). La question qui se pose pour les judéo-chrétiens observant la Loi est de savoir s'ils peuvent vivre avec les chrétiens non circoncis et partager avec eux des repas en consommant des viandes d'animaux non sacrifiés dans les règles. Les païens doivent-ils se faire juifs avant de recevoir le baptême chrétien? Barnabé et Paul décident de soumettre cette question à l'Eglise de Jérusalem. En 49, se tient une réunion qui sera dénommée a posteriori concile de Jérusalem. Paul et Barnabé rencontrent Jacques le Mineur, Pierre et les Anciens. Les judéo-chrétiens ex-pharisiens soutiennent qu'il faut circoncire les païens. Jacques, responsable après Pierre de l'Eglise de Jérusalem et par le fait de tout le mouvement chrétien, clôt les débats avec prudence: Je suis d'avis de ne pas accumuler les obstacles devant ceux des païens qui se tournent vers Dieu. Ecrivons-leur de s'abstenir de l'idolâtrie, de l'immoralité, de la viande étouffée et du sang (Actes, XV, 19-20). Ce sont là des interdits sans commandements positifs ce qui permet d'éviter de prescrire la circoncision. De même, la question de la fréquentation des pagano-chrétiens n'est pas abordée. Après le concile, Pierre vient à Antioche et partage des repas
avec des pagano-chrétiens,repas pour manger mais aussi pour prier en mémoire de la dernière Cène de Jésus et de ses apôtres. Mais l'Eglise de Jérusalem, inspirée par Jacques, envoie des messagers qui reprochent à Pierre sa fréquentation des paganochrétiens. Pierre fait marche arrière au grand dam de Paul qui l'interpelle en public: Si toi qui es juif tu vis à la manière des païens, comment peux-tu contraindre les païens à se comporter comme des juifs ? ... Nous savons que l'homme n'est pas justifié

17

par les œuvres de la Loi mais seulement par la foi de JésusChrist (Galates II, 14-16). Barnabé, qui a suivi Pierre dans sa querelle, se sépare de Paul. Par contre les hellénistes, anciens partisans d'Etienne, tout en se proclamant juifs, n'en abandonnent pas moins l'observance des commandements de la Thora. Paul, à l'intention des judaïsants, rappelle d'une part que: l'Ecriture, prévoyant que Dieu justifierait les païens par la foi, a annoncé d'avance à Abraham cette bonne nouvelle et d'autre part que la promesse faite par Dieu à Abraham n'est pas abrogée par la Loi venue 430 ans plus tard (Galates ill, 8 et 17). En dépit du zèle de Paul, l'Eglise chrétienne judaïsante va maintenir une autorité jalouse sur les communautés de Méditerranée orientale. Il faut souligner que cette divergence d'opinions n'a pas dépassé le stade verbal et n'a entraîné ni violence physique ni homicide. Toutefois c'est un massacre qui a mis fin à cette divergence d'opinions. En effet, après la chute de Jérusalem en 70 et les massacres des juifs et des judéochrétiens par les Romains, les fidèles de Jésus-Christ ont été expulsés du judaïsme par les docteurs de la Loi pharisiens réfugiés à Jamnia. Cette prise de position radicale va faciliter, avant la fm du premier siècle, la réconciliation des judéochrétiens et des pagano-chrétiens, en conformité avec les thèses défendues par Paul.

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2
Les grandes persécutions et les premières hérésies

L'Eglise chrétienne, à la fm du premier siècle, s'est affranchie de la tutelle du judaïsme. Cependant elle va devoir affronter deux types de conflits, d'une part les persécutions de l'Empire romain et d'autre part les premières hérésies, le gnosticisme chrétien et l'arianisme

Les persécutions de l'Empire romain
Les autorités romaines ont constamment louvoyé entre tolérance et répression. La pomme de discorde est le refus des chrétiens de sacrifier aux dieux en général et à l'empereur-dieu en particulier. Les chrétiens, qui proclament que toute autorité vient de Dieu, ne peuvent en effet admettre la déification d'un souverain. Pour les Romains, ce qui prime en défmitive, sur un fond de désaccord religieux, c'est l'aspect politique, l'insoumission religieuse devenant une insubordination devant l'autorité impériale. Les persécutions seront relativement peu nombreuses mais très violentes. Après la persécution de Néron, les chrétiens sont condamnés à se dissimuler et à expliquer leur religion pour combattre les rumeurs dont ils sont l'objet (haine 19

du genre humain, meurtres rituels, incestes...). Pendant le règne des Antonins (Trajan, Hadrien, Antonin, Marc-Aurèle et Commode), de 96 à 192, le calme semble revenu. Vers 112, Pline le Jeune, gouverneur de Bithynie en Asie Mineure, écrit à l'empereur qu'il est à peu près impossible de faire abjurer les chrétiens. Trajan lui répond: S'ils refusent d'abjurer il faut les condamner. Mais il importe de ne pas tenir compte des dénonciations anonymes. Ces consignes imprécises sont différemment interprétées par les gouverneurs des provinces romaines. Il n'est pas question d'exécuter des chrétiens mais de les contraindre à accomplir un acte symbolique contraire à leur foi. Sous Hadrien (117-138), les chrétiens vivent sous une menace permanente mais en réalité ils sont tolérés. Sous MarcAurèle (161-180), disciple actif du stoïcisme, apparaît le premier texte réellement anti-chrétien mais l'attaque est relativement modérée. Au mo siècle, le christianisme se répand massivement tandis que l'Empire est confronté à des troubles intérieurs et à des menaces aux frontières. Les légions et la garde prétorienne exercent des pouvoirs politiques démesurés. Les chrétiens sont accusés d'être de mauvais citoyens. En 202, Septime Sévère interdit aux chrétiens tout prosélytisme. La persécution sévit en Egypte et dans la province d'Afrique. Dès son avènement en 250, l'empereur Dèce impose à tout citoyen de sacrifier aux dieux tutélaires pour le salut de l'Empire. Cependant les autorités ferment souvent les yeux ou délivrent de faux certificats aux contrevenants chrétiens. Mais nombreux sont les chrétiens réfractaires qui sont emprisonnés, torturés et exécutés. Dioclétien (284-305) remet les dieux romains à l'honneur et lui-même adopte l'épithète de Jovius c'est-à-dire de Jupiter. Après une période de partage du pouvoir, il va bientôt régner en maître et réformer le vieil Empire d'une main de fer. En ces temps de troubles, les Romains, après l'athéisme élégant de la période grecque, découvrent un certain sens de la piété. L'empereur a besoin des croyances pour assurer l'unité de l'Empire. Les prêtres haruspices, héritiers de la religion étrusque et garants du mos majorum (coutume des ancêtres) sont des opposants irréductibles au christianisme. L'empereur a ses 20

haruspices attitrés ainsi que chaque cité de l'Empire. Ce qui persiste de la religion étrusque dans la religion romaine entre en concurrence avec le christianisme. La religion des haruspices est une religion révélée par un prophète, Tagès, être d'origine divine. Ses paroles ont été recueillies et les livres sacrés étrusques (livres de l'haruspicine, des foudres et des rites) sont bien antérieurs à la Bible. En 303, débute la dernière et la plus terrible des persécutions. L'armée est épurée: les officiers et les soldats qui refusent de sacrifier aux dieux sont renvoyés. Un second édit vient interdire le culte chrétien. Les livres et les vases sacrés sont saisis, les églises détruites. Puis les arrestations, les tortures et les mises à mort se multiplient en Italie, en Orient, en Afrique. En 305, Dioclétien abdique en faveur de Galère, son adjoint pour l'Orient. Galère, fils d'une prêtresse païenne, poursuit la persécution. Au total en quatre ans des milliers de morts de toutes classes sociales vont s'accumuler dont les noms nous sont connus. En 306, la Tétrarchie (deux augustes et deux césars se partageant l'Orient et l'Occident) vacille à la mort de Constance, auguste d'Occident. Sept candidats empereurs sont en lice. La persécution s'essouffle. En 311, Galère signe un édit de tolérance. Progressivement, Constantin, fils de Constance et général de l'armée de (Grande) Bretagne, proclamé empereur par ses soldats en 306, va s'emparer du pouvoir. En 313, il écrase l'armée de son rival Maxence au pont Milvius, sous les murs de Rome. L'histoire rapporte qu'un symbole chrétien (ln hoc signo vinees: par ce signe tu vaincras) avait été peint sur les boucliers des soldats de Constantin qui aurait eu une vision. Ce qui est certain c'est que Constantin devient le seul empereur d'Occident et qu'il n'est pas hostile aux chrétiens. En 313, l'édit de Milan leur accorde la liberté de culte. Bientôt le clergé chrétien bénéficie d'aides financières. En 315, des symboles chrétiens apparaissent sur les monnaies. En 325, l'Eglise chrétienne obtient un statut juridique officiel au même titre que les collèges sacerdotaux païens. L'année suivante, l'Eglise est autorisée à recevoir des legs. Constantin se fera baptiser sur son lit de mort en 337 mais ce sera par un évêque hérétique arien. 21

L'Empire est alors partagé entre ses deux fils, Constant en Occident et Constance TI en Orient. La mort de Constant, victime d'un usurpateur, permet à Constance de réunifier l'Empire. Constance II, premier empereur byzantin, va avoir tendance à persécuter le paganisme mais en fait il se montre plus dur envers les chrétiens orthodoxes car il est un partisan fanatique de l'arianisme. Son successeur Julien veut rétablir le paganisme. Il favorise outrageusement les païens et obtient de nombreuses apostasies ce qui inquiète les chrétiens qui le surnomment Julien l'Apostat. Après 18 mois de règne, son décès en 363, au cours d'une escarmouche contre les Perses, marque le terme des persécutions romaines contre les chrétiens. En 392, l'empereur Théodose 1er déclare le christianisme religion officielle.

Le fondement des premières hérésies
Au cours des trois premiers siècles de nombreuses interprétations divergentes des Ecritures sont apparues, favorisées par la dispersion des communautés chrétiennes, la fragilité théologique des premiers évêques, et enfm les imprécisions d'un message doctrinal complexe qui fait la part belle aux mystères, sources inépuisables de controverses théologiques. Selon Fichte, les conciles engendrés par les mystères, sont des machines à fabriquer du dogmatique par décrets soit une vérité mise aux voix et non une vérité qui s'impose de soi. En outre, dans l'Occident chrétien, ces querelles interviennent dans le cadre d'une culture qui s'est donnée deux pôles antithétiques, la foi et la raison qui ne sont jamais conciliées que provisoirement pour s'opposer ensuite plus violemment. Les monothéismes juif et musulman ne soulèvent pas les querelles théologiques du monothéisme chrétien dont le Dieu unique est un Dieu en trois personnes: Dieu le Père, créateur de l'Univers, Jésus son fils, Christ Rédempteur, homme-Dieu né d'une vierge humaine qui l'a conçu par l'opération de l'Esprit-Saint, troisième personne de la Trinité chrétienne, qui 22

revêt la forme d'une colombe. Ce mystère de la Trinité, qui défie les esprits rationalistes, donne lieu, dès le début du christianisme, à des interprétations différentes cataloguées d'hérésies par ceux qui prétendent détenir« la Vérité ». Le mot Trinité ne figure pas dans les Ecritures. Il apparaît seulement en 180 après J.-C. sous la plume de Théophile d'Antioche.

Le gnosticisme chrétien
Le gnosticisme chrétien est une hérésie pratiquement contemporaine des débuts du christianisme. La gnose se défmit comme une connaissance salvatrice qui n'est révélée qu'aux seuls initiés. Elle révèle à l'homme le secret de sa descente icibas (génération) et de son retour à l'origine (régénération). La gnose correspond à une tendance ésotérique du judaïsme tardif et à une hellénisation du christianisme. C'est au départ un moyen de réconcilier les thèmes chrétiens, la tradition judaïque et la raison grecque. Selon certains penseurs, les racines philosophiques du gnosticisme seraient le scandale de la raison devant le mal. Parmi les chefs d'écoles gnostiques il faut citer, au premier siècle, Simon le Magicien et, au second, Saturninus à Antioche, Basilide à Alexandrie et Valentin à Rome. Les écrits gnostiques nous sont connus par des traductions en copte. Ce sont des évangiles apocryphes où le Christ révèle à un privilégié un enseignement secret ainsi que des apocalypses et des récits fondés sur l'idée d'une tradition secrète confiée par le Christ aux apôtres. Pour les sectes gnostiques, un Dieu transcendant et bon (identifié au Dieu révélé par Jésus-Christ) est le principe d'un monde intelligible opposé au monde sensible, œuvre du Dieu créateur, puissance mauvaise, (identifié au Dieu de l'Ancien Testament). Le Dieu transcendant, prenant en pitié les âmes des élus ou initiés, envoie le Sauveur Jésus-Christ qui révèle à ces âmes leur origine transcendante et les secrets du voyage céleste permettant à l'âme de remonter à l'origine. Jésus est bien le prophète annoncé par Moïse et choisi par Dieu mais c'est un homme et non le Fils de Dieu. 23

Les pères de l'Eglise, exégètes et théologiens (Irénée de Lyon au premier siècle, Clément d'Alexandrie au second) ont combattu activement le gnosticisme qui ruine toute morale. Le gnostique en effet se considère comme sauvé par nature car il émane d'un monde transcendant où il doit retourner. Le salut n'est donc pas le résultat d'un effort moral ou d'un effet de la grâce divine. Peu à peu le gnosticisme a été refoulé aux frontières du monde chrétien, ce qui explique sans doute qu'il ait disparu progressivement sans affrontement.

L'arianisme
L'arianisme fut une hérésie beaucoup plus difficile à combattre. Les continuelles interventions de l'Etat, jointes aux rivalités et aux haines personnelles, vont exagérément compliquer une spéculation doctrinale qui va déboucher sur une crise de l'Eglise. Cette hérésie est une réaction à la théorie développée au In° siècle par Sabellius, le sabellianisme, qui tendait à absorber la personne du Fils dans celle du Père, ce qui revenait à nier la Trinité. Vers 320, Arius, un prêtre d'Alexandrie plus philosophe que théologien, prêche que les personnes divines au sein de la Trinité ne sont pas égales. La marque absolue de la divinité est d'être non seulement incréée mais aussi inengendrée. Seule la personne du Père répond à cette définition. Le Fils de Dieu engendré n'est donc pas pleinement Dieu. Il est postérieur et inférieur à Dieu. Arius tend donc vers un monothéisme strict. C'est en fait une tentative plus philosophique que théologique d'expliquer le mystère de l'Incarnation dans le cadre de la pensée philosophique grecque. L'évêque d'Alexandrie réunit un synode régional qui discute et rejette les thèses d'Arius. Arius excommunié s'exile en Asie Mineure où deux synodes locaux appuient ses thèses tandis que de nombreux évêques d'Orient s'y opposent. La controverse quitte bientôt le domaine théologique interépiscopal. En effet l'empereur païen Constantin se considère, de par sa fonction, comme une autorité religieuse. De plus, au moment où il vient de réunifier l'Empire avec sa victoire sur Lucinius en 324, il 24

estime que l'Eglise doit l'aider dans cette tâche et non être un facteur de division. En 325, il convoque le premier concile œcuménique de l'histoire à Nicée, ville du nord-ouest de l'Anatolie, proche de Nicomédie où réside l'empereur avant la consécration de Constantinople. Tous les évêques sont convoqués par une lettre personnelle de l'empereur. Arius est là, soutenu par un petit groupe d'évêques. Pour 300 évêques d'Orient, on compte seulement quatre évêques d'Occident. Beaucoup d'évêques sont indécis. Au terme des débats, le concile impose comme dogme de foi le Credo de Nicée soit la croyance en Jésus-Christ, Fils de Dieu, engendré mais non créé, consubstantiel au Père c'est-à-dire de même nature que le Père. Le terme grec pour consubstantiel est homoousios. Ce terme ne figure pas dans les Ecritures et son sens n'est pas clair. Suspect d'implication trop matérielle (deux bijoux d'or sont de même substance) il n'était pas jusque là utilisé en Orient. Par contre depuis Tertullien, le premier père de l'Eglise de langue latine (v.155-v.222), l'Occident était familier d'une expression équivalente: le Père et le Fils sont d'une seule et même substance. En dépit de l'excommunication d'Arius, le conflit entre nicéens et ariens va perdurer. Les théologiens vont s'efforcer de trouver des compromis évitant le terme de consubstantiel (homoousios) ce qui, en fait, est un rejet du dogme nicéen. Entre 355 et 359, des évêques, conseillers ecclésiastiques attachés au palais de l'empereur Constance TI(337-361), fils de Constantin, affmnent l'unicité du Père et la subordination du Fils. Un second parti entend affirmer l'unicité de substance tout en distinguant les trois personnes divines. Enfm un autre parti se contente d'affmner une similitude non défmie des trois personnes. L'empereur, privilégiant l'apaisement, soutient ce dernier parti et favorise la publication, le 23 mai 359, d'une profession de foi défmissant le Fils comme semblable (homoios) au Père mais sans préciser que cette similitude s'attache à la substance. Cette prise de position est plus politique que dogmatique. Dans la foulée, suite à des manœuvres habiles, ce credo du 23 mai 359 (ou homéisme) est ratifié par deux conciles parallèles, celui de Rimini en Italie 25