Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Publications similaires

Diversitéisme
Voie du troisième millénaire par delà le libéralisme le socialisme et le monothéisme

Collection Chrétiens Autrement
dirigée par Noël Hi/y Appel aux chrétiens:

Croyons-nous comme avant?
Croyons-nous tout ce qui est affirmé dans les Eglises?

Que disons-nous? Nous sommes nombreux à souhaiter nous exprimer en toute liberté, dans des groupes de réflexion, dans des associations diverses de chrétiens, mais aussi dans des revues et des livres. Beaucoup désirent aussi célébrer leur foi chrétienne dans des cérémonies qui tiennent compte de la culture moderne. Nous proposons à ceux qui le désirent d'écrire leur livre personnel, de participer à des livres collectifs pour dire publiquement une foi chrétienne du XXIe siècle. C'est le but de cette collection, laisser la liberté de parole à tous ces chrétiens en recherche. Noël Hily 12, rue de Recouvrance 45000 Orléans Tel: 02 38 54 13 58

Daniel NGASSIKI

Diversitéisme
Voie du troisième millénaire par delà le libéralisme le socialisme et le monothéisme

L'Harmattan 5-7,rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Hongrie Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

FRANCE

(Ç) L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8159-4 EAN : 9782747581592

Ouverture introductive Un passeport culturel pour le troisième millénaire Le passage au troisième millénaire n'est pas seulement une affaire de calendrier, elle est surtout une affaire de culture générale. Le deuxième millénaire, comme ceux qui l'ont précédé, a été dominé par la pensée unique à travers les libéralisme, darwinisme, socialisme, monothéisme, nazisme, apartheid, antisémitisme, antiféminisme, tribalisme, qui tous conduisent logiquement à la vénération de l'Unique et donc au refus profond de l'Autre, au ciel comme sur terre. Mais voici ce qu'il faut désormais percevoir: cette aube de troisième millénaire est aussi celle d'une transition intellectuelle grandissante vers la pensée pluraliste et la pleine reconnaissance de l'autre, jusqu'à présent mal aimé; l'autre homme, l'autre peuple, l'autre sexe, l'autre génération, l'autre « race », l'autre parti, l'autre opinion, l'autre religion, l'autre culture, l'autre théorie, l'autre prophète, l'autre système idéologique, l'autre profession, l'autre classe sociale, etc. Tous ceux qui sont partisans conscients ou inconscients de la pensée unique dans toutes ses variantes, ne sont pas encore entrés au troisième millénaire, parce qu'ils n'y sont pas culturellement entrés, retenus avant l'embarquement, faute de passeport culturel. Minorités et majorités mal aimées de tous les pays, de toutes les situations, à présent défendez-vous, en portant à la face de l'humanité l'éloge pluridisciplinaire de la diversité comme richesse du monde, levain et levier du développement durable des sociétés soucieuses de leur construction nationale, régionale, continentale ou mondiale. Je pense à l'Amérique, Canada et Etats-Unis. Je pense à

7

l'Union européenne en construction, en quête d'unité dans la variété, aussi bien que de variété dans l'unité. De même l'Union Africaine, tournant le dos à toute forme d'apartheid et ouvrant les bras à la diversité humaine nommée arc-en ciel en Afrique du Sud. Je pense aux grands pays comme la Chine, la Russie, le Japon et le reste de l'Asie avec lui. Je pense aux couleurs du Brésil et aux promesses de l'Amérique latine. Je pense à la composante féminine de l'humanité, souvent placée sous l'ombre de la composante masculine comme si celle-ci pouvait se passer d'elle, et inversement: l'une sans l'autre serait stérile et sans avenir. Les femmes ont beau être les plus nombreuses, chaque société a produit mille artifices culturels pour les mettre à l'écart, alors que sans elles les hommes sont stériles et toute la société biologiquement condamnée à mort. Les prolétaires ont beau construire des ponts, des locomotives et des palais, les conservateurs adeptes du libéralisme ou du darwinisme social les prennent pour des inaptes devant occuper les bas étages. Les patrons sont mal aimés par la gauche extrémiste, alors que manquer d'entrepreneurs dans une société annonce la misère et la pauvreté. Sans eux, c'est comme eux sans les travailleurs, c'est-à-dire une société stérile et pauvre, incapable de fonder l'efficacité collective et d'instaurer la justice sociale, puisque personne ne saura jamais bien partager la pénurie. Seule la diversité sait combattre la pauvreté, en amplifiant l'apport de chaque membre combiné à celui des autres. La plus grande misère est celle de la pensée unique qui ne sait ni réconcilier ses fils entre eux, ni ceux-ci avec leur avenir. Le libéralisme et le socialisme sont des œuvres de la pensée unique entrées en divorce avec le développement durable. Le libéralisme et le socialisme sont dans une phase d'obsolescence irréversible. Ils sont

8

devenus impropres à notre consommation intellectuelle transmillénaire, associée à notre passage du deuxième au troisième millénaire. Toutes les énergies intellectuelles qui leur sont consacrées ne sont investies que dans les combats perdus, parce que les hommes souvent ne savent pas toujours évaluer les gaspillages qu'ils engendrent, surtout quand la politique et la culture s'en mêlent. Le besoin est devenu grand et inévitable d'une nouvelle pensée mondiale de philosophie politique, économique, culturelle et morale digne de notre temps et du temps de nos enfants, à travers le monde. C'est cette philosophie que nous inventons et dévoilons sous le nom de diversitéisme, ou l'éloge fondamental de la diversité comme source de prospérité, dans la marche de l'humanité vers le stade suprême de la démocratie et de l'amour de l'autre comme soi-même et comme lui-même s'aime. Par rapport à ce stade suprême, nous ne sommes actuellement que dans le purgatoire, avec le libéralisme et le socialisme comme boulets attachés à nos pieds droit et gauche, les têtes droguées de pensée unique, cynique et dogmatique, jacassant et priant pour que vienne le « règne de l'Unique» figuré par l'unique Dieu, dans le royaume idéal, au ciel comme sur terre. Dans la logique de la pensée unique qui ne voit qu'un seul modèle idéal pour tous et au dessus de tous les membres d'un groupe, divin ou humain. Il s'agit là du mode de pensée propre aux premier et deuxième millénaires. Au sujet de Dieu, du parti, du sexe civique, de la race, de la tribu, de l'idéologie, de la théorie, de la religion, nous ne faisons que croire que l'unique est la solution idéale et même la seule viable, au ciel comme sur terre. Les adeptes de la pensée unique, quand ils pensent la

9

politique, idéalisent le monopartisme tels les marxistes, et en théologie rêvent de monothéisme dans le même réflexe. Le diversitéisme est l'anti-dote contre toutes les œuvres vulgaires ou sacralisées de la pensée unique caractéristique des millénaires passés; c'est le passeport culturel de passage au troisième millénaire pour permettre à I 'humanité de tourner le dos à la pensée unique. C'est une philosophie destinée à servir de boussole à tous ceux qui, à travers le monde entier, luttent pour le pluralisme et l'humanisme version troisième millénaire, sans exclusive et sans excessive, contre tous les extrémismes. Une troisième philosophie mondiale est donc née, mise en chantier et lancée, pour marquer et prendre acte de l'obsolescence du libéralisme et du socialisme, et tenter de les succéder, avec le concours de tous ceux qui sont vaccinés contre tous les extrémismes. Plus que la troisième voie qu'elle s'affirme être par ailleurs, c'est une refondation globale traçant la voie du troisième millénaire. J'ai trouvé cette possibilité d'un départ, qui s'enrichira chemin faisant. Comme le dit Edgar Morin: «Une théorie n'est pas la connaissance, elle permet la connaissance. Une théorie n'est pas une arrivée. C'est la possibilité d'un départ. Une théorie n'est pas une solution, c'est la possibilité de traiter un problème» (Science avec conscience, 19921). C'est sûr, une théorie n'est pas un train dans la gare d'arrivée, mais dans la gare de départ; ce n'est pas un atterrissage, mais un décollage; ce n'est pas la réalité toute exhaustive et toute crue, mais le produit d'une observation dynamique par satellite, la réalité décrite en la simplifiant, en relevant, idéalisant, modélisant l'essentiel. La théorie doit être plus simple que la réalité, elle doit enseigner la réalité en peu de mots, en fournissant une clé la plus générale possible, ou quelques clés ou lunettes, pour une lecture aisée de la réalité elle-même.

10

Le libéralisme, c'est la lecture de l'économie et de la société à partir d'une clé: la liberté (individuelle); le socialisme, c'est la lecture de l'économie et de la société à partir d'une clé : la solidarité ou la justice sociale (en faveur des prolétaires). Je peux le dire dès à présent, le diversitéisme, c'est la lecture de l'économie, de la société et du monde à partir d'une clé, la diversité enrichissante des membres de la société humaine ou de la nature sous l'angle de la biodiversité. Tout ce qui est succès dans le monde est le fruit de la diversité. La nature chante, danse et évolue au rythme de la diversité, à commencer par celle des atomes, pour ne pas parler de celle des particules élémentaires constitutifs des atomes. L'humanité doit s'en rendre compte et entrer dans la danse, avec le diversitéisme comme chanson, c'est-à-dire comme théorie ou culture générale. Une troisième voie mondiale de philosophie générale (politique, économique, culturelle, morale et même religieuse), comparable au libéralisme, au socialisme et même au monothéisme, peut être inventée. Et surtout elle doit l'être. La question doit préoccuper, du moment que les solutions antérieures ne conviennent plus tout à fait. Au demeurant, nous n'avons pas le droit d'être une génération culturelle sans idéologie à la sauce de notre siècle, sans philosophie convenable, sans valeur ajoutée aux idéologies héritées pratiquement du dix-huitième siècle ou des siècles antérieurs: le libéralisme, le socialisme, le monothéisme et autres ne sont que les idéologies de nos arrière-arrière-grands-parents qui ont eu le mérite de les inventer, sans tomber dans la paresse intellectuelle en matière d'invention doctrinale qui caractérise les générations de notre temps. Notre génération se complait tellement dans la consommation et la vénération des idéologies du passé que certains de nos grands penseurs

Il

enseignent « la fin de l'histoire» idéologique de l'humanité en admettant la victoire éternelle de la vieille idéologie libérale. On oublie que, avant sa débacle actuelle, le socialisme a aussi eu ses instants de gloire mal extrapolés par les adeptes de la pensée unique qui avaient déjà proclamé la fin de I'histoire en lui donnant le sens communiste d'une société indépassable sans classes. La débâcle du socialisme ne marque pas la fin de l'histoire de l'humanité condamnée à se droguer sans fin de libéralisme. Un unique aliment n'est jamais qu'une nourriture trop pauvre pour emporter la satisfaction des hommes, encore moins dans le domaine de la pensée. Une nouvelle philosophie va naître. Une telle philosophie doit s'élever sur une fondation solide, forte de sa cohérence avec la réalité et avec les découvertes anciennes et contemporaines. La diversité de ses membres est bien le fait le plus marquant de toute société humaine aussi bien que de toute l'humanité, aussi bien que de toute la nature. Dans le même temps, le refus intrinsèque de l'autre est le fait caractéristique des pensées dominantes, qu'elles soient de gauche ou de droite, au nord ou au sud, dans les pays développés comme dans les pays en voie de développement. Quel contraste! Quelle béance! Quelle misère de la pensée! Quelle contradiction! Une contradiction qui devrait discréditer les pensées dominantes. Puisque les faits, dont celui de la diversité, ne peuvent être changés, convenons que c'est bien à la pensée de s'ajuster, pour retrouver sa place d'honneur permettant à l'homme de s'élever vers les plus hautes valeurs pouvant lui fournir des solutions à ses préoccupations quotidiennes et pérennes. Or, face à la diversité qui est un fait, les penseurs les plus célèbres de nos sociétés ont investi toutes leurs énergies intellectuelles pour démontrer et nous convaincre de

12

l'importance de la liberté (dans le cadre du libéralisme) ou de la solidarité collective (dans le cadre du socialisme ou de la social-démocratie), sans même s'accorder sur la place respective de ces valeurs qui ne sont en vérité que des désirs culturels et historiques parce que datés (s'agissant de la liberté et de la solidarité, I'histoire regorge de sociétés humaines où ces valeurs n'étaient pas adulées en conscience et n'étaient pas des faits vécus, parfois même niées dans les sociétés esclavagistes ou antiféministes). L'investissement intellectuel concentré sur la liberté et la solidarité fait que tous ceux qui, à travers le monde entier, luttent pour le pluralisme et s'opposent aux pensées uniques justifiant l'exclusion de l'autre sont en manque d'une philosophie pouvant leur permettre de proclamer, au contraire, l'éloge de la diversité comme richesse des nations et comme richesse du monde. Au troisième millénaire pourrait correspondre une troisième voie de la philosophie politique, économique et morale. Le diversitéisme est le nom que nous attribuons à cette troisième voie politique, économique, culturelle et morale qui manque au monde. Après une ouverture par le texte fondateur numéro un qui présente le diversitéisme comme un nouvel humanisme et un nouveau séisme, cet ouvrage, qui n'est qu'un point de départ, fait un détours utile proposant de constater que la plus grande solution à nos maux sociaux, c'est la culture. Notamment la croyance politique générale. L'ouvrage expose ensuite successivement les balises qu'offre le diversitéisme sur les thèmes ci-après: le diversitéisme face au libéralisme et au socialisme; les relations humaines à l'aune diversitéiste; la diversité et l'hypercomplexité des hommes; le diversitéisme face à tous les 13

extrémismes de la pensée unique, dont le monothéisme ; le diversitéisme et le développement économique; le diversitéisme et la mondialisation; le diversitéisme appliqué aux questions usuelles. Ce document comprend en outre, pour se fixer les idées, deux textes fondateurs numéros deux et trois, initialement conçus comme notes de présentation lors des conférencesdébats ou pour servir d'articles séparés pour les publications dans les quotidiens et les revues. Tout en les extrapolant dans de nouvelles directions, les textes introductifs et fondateurs numéros deux et trois résument les idées formulées dans la partie principale de cet ouvrage, parfois avec des rappels et répétitions de définitions pour les besoins d'interventions ou publications initialement conçues indépendantes. Les trois textes fondateurs sont des textes indépendants qui peuvent être lus chacun à son heure. Quoi qu'il en soit, le diversitéisme étant encore à son point de départ ne peut pas déjà se passer de répétition, matrice de tous les modes d'enseignement et de tous les débats lancés en position créative initialement minoritaire. La position minoritaire, obligeant à se répéter par souci d'enseignement, est le statut courant de tous ceux qui tentent d'inventer et de diffuser quelque chose d'assez nouveau par son contenu ou par sa construction (tout beau palais n'est souvent qu'une combinaison éclatante de matériaux parfois déjà connus). Le libéralisme et le socialisme ont beau être vieux de plusieurs siècles, ils continuent de faire les titres d'ouvrages nouveaux. Pascal Salin, l'auteur de Libéralisme (Odile Jacob, 2000), que j'ai eu comme professeur à ParisDauphine, en est très friand. Qui se souvient encore que le mot « socialisme» a mis plus de dix ans avant de devenir d'un emploi courant dans le vocabulaire littéraire, d'après le dictionnaire Larousse de la philosophie, édition 2001, que 14

j'ai acheté pour voir ce qu'on y dirait de diversité, pour constater qu'aucune entrée thématique n'était réservée à ce concept qui sera pourtant, assurément, le plus loué du troisième millénaire. Je laisse le soin à mon éditeur d'en dire un mot à son confrère. La majorité de nos contemporains n'a pas toujours raison, elle qui souvent boude les idées et les présentations neuves. Il faut bien l'accepter, sinon on ne pourrait croire à la raison des précurseurs forcément isolés à leurs débuts. Des marginaux, des minoritaires que nous sommes, bravant tel Galilée les idées convenues, conservatrices et paresseuses. Sans eux on vivrait dans l'uniformité, dans l'erreur, dans la torpeur, dans un constant sentiment de pauvreté et d'ennui intellectuels et matériels. Oui, la diversité est notre salut, et le philosophe est forcément contrebandier des idées et cuisinier des mots d'avenir. Le diversitéisme est notre avenir. L'avenir de toute l'humanité, du nord au sud, sur tous les continents. N'ayons pas peur de le dire très tôt, d'avoir tort aujourd'hui et raison demain. A l'inverse de l'exploit de Karl Marx et des marxistes, dont les succès d'hier et les déboires intellectuels d'aujourd'hui, font perdre à I'humanité tout enthousiasme devant les idées générales. Heureusement que l'humanité ne peut se passer d'idées générales, sans déshonorer l'espèce. Une seule chose pourrait nous infirmer: l'homme est si complexe de nature que lorsqu'il reconnaît une dette, il ne se sentira pas forcément obligé de la payer. La dette de I'humanité est immense, vis à vis de la diversité enrichissante. Les preuves sont pourtant patentes, plus patentes que pour toute autre idée générale faite idéologie politique, économique et culturelle. Le montrer est l'objet de ce livre. You know what is liberalism or conservatism, the first way of political philosophy, praising liberty against social

15

justice. You know what is socialism, the second way of political philosophy, praising social justice, solidarity or welfare state, versus individual liberty. But, sure, many people with Harvard students among them still ignore diversitism, the third way of political philosophy, designed for the third millenium, praising diversity as a complex of liberty and solidarity among a large varied number of people, praising diversity as a real blessing, as a real spring of wealth and welfare. Notice the diversitism book is alreadyavailable in French!.

I Cela n'est pas à traduire dans le texte, par la volonté de l'auteur, mais c'est la version suivante en français qui fait foi: Vous connaissez le libéralisme (en Europe), ou le conservatisme (en Amérique), la première voie de la philosophie politique, vantant la liberté contre la justice sociale. Vous connaissez le socialisme, la seconde voie de la philosophie politique, vantant la justice sociale et la solidarité, contre la liberté individueIle. Mais, c'est certain, beaucoup de gens, parmi lesquels les étudiants de Harvard, ignorent pour un temps encore le diversitéisme, la troisième voie de la philosophie politique, conçue pour le troisième miIlénaire, vantant la diversité comme un complexe de liberté et de solidarité au sein d'une population nombreuse et variée, vantant la diversité comme une vraie bénédiction, comme une réeIle source de richesse et d'épanouissement. Notez que le livre sur le diversitéisme est déjà disponible en français.
16

1 Diversitéisme, nouveau séisme, nouvel humanisme

Texte introductif et fondateur numéro un, dédié aux auditeurs de Radio France Internationale sur tous les continents et à la francophonie militant pour la diversité culturelle. N'allez pas pour autant combattre l'anglais, nous sommes nombreux à aimer cette langue. En cette aube de troisième millénaire, lorsqu'on est un homme de gauche, de centre gauche ou de centre droit, ou même de droite, mais loin des extrêmes, et doublement vacciné contre les méthodes traditionnelles et les prétentions intellectuelles et dogmatiques du libéralisme d'une part, et du socialisme d'autre part, on est aujourd'hui sans boussole philosophique, quel que soit son continent. Bénéficiant de notre totale sympathie, mais manquant de généralité malgré sa consistance, la troisième voie, version anglo-saxonne avec Tony Blair, n'est pas la réponse fondamentale à cette préoccupation. Cette troisième voie-là est un pragmatisme, un réalisme ou un éclectisme flou, sans boussole philosophique, sans visibilité politique s'appuyant sur un concept philosophique ou politique simple, comparable à la liberté qui permet d'expliquer le libéralisme en peu de mots, ou comparable à la solidarité (ou la justice sociale) qui clarifie aisément le socialisme indépendamment de ses variantes. Très clairement, en peu de mots et sans animosité, le libéralisme, c'est l'éloge radical de la liberté, et le socialisme l'éloge fondamental de la solidarité ou de la justice sociale. Et la troisième voie? La réponse est jusqu'à

17

présent confuse et se dilue dans la description exhaustive de la chose, dans le cadre de la définition d'un programme politique qui vise le renouveau de la social-démocratie, sous-titre de l'ouvrage la troisième voie2, publié en 2002 par Anthony Giddens (directeur de la London School of Economies) et Tony Blair (Premier ministre britannique), sous la préface de Jacques Delors, ancien président de la Commission Européenne. Dans cette version, la troisième voie est un programme politique naviguant, sans repère propre, entre le libéralisme et le socialisme, en vue d'adapter la social-démocratie au nouveau contexte de la mondialisation. On ne peut actuellement définir sobrement la troisième voie sans citer ses deux concurrents, ce qui est un comble politique sinon médiatique. Devoir citer son concurrent à chaque apparition, c'est déjà lui attribuer des points et travailler pour lui: l'erreur baptismale de SOS Racisme, par exemple, qui porte le nom de son ennemi, faisant involontairement sa promotion à chaque sortie, faute de nom propre. Les racistes ont au moins pour eux le mot « racisme» comme programme et comme étendard. Sur affiche, SOS Racisme sonne différemment selon ce qu'en en pense. Pour les racistes mis en éveil, cela peut vouloir dire que « Le racisme est en danger, il faut le sauver» ; pour les anti-racistes qu'on invite à la défensive, ce qui n'est pas la meilleure situation2, on veut dire: «Attention, le racisme continue de faire des ravages. » Ceux qui sont dans cette position intellectuelle défensive doivent investir leurs finances et leurs énergies pour expliquer ce qu'est le racisme, puis s'investir à nouveau pour expliquer en quoi le racisme est un danger. Et si l'auditeur n'est pas finisseur, il ne comprendra qu'une partie de la leçon, uniquement ce qu'est le racisme présenté favorablement avant d'être détruit dans le jeu dialectique: le
2 On entend dire que souvent « la meilleure défense, c'est l'attaque ».

18

contraire de ce qu'on voudrait qu'il comprenne dans la partie réservée à la condamnation. La promotion de l'ennemi est assurée. Le marketing le plus élémentaire conseille de donner à son produit un nom et une formule publicitaire autonome, qui ne fasse allusion à celui du concurrent (sauf quand on considère qu'il est le plus fort). Il faut toujours trouver un bon nom pour son parti ou pour son idéologie, pour travailler en position intellectuelle d'attaque ou d'initiative, amplifiant intensivement les formules positives et autonomes du type « Touche pas à mon pote ». La grande force du marxisme lorsqu'il était au zénith fut d'obliger toutes les écoles à se situer par rapport à lui (pour ou contre, c'était déjà reconnaître sa force). Il faut attribuer le mauvais rôle à l'ennemi devant se justifier, non devoir se justifier vis à vis de lui. Mépriser, ridiculiser, démonter, dépasser, c'est parfois tout simplement négliger ou ignorer le « produit» du concurrent et exposer sa propre vision lorsqu'on se sent suffisamment fort: attitude américaine, à l'ONU, par rapport à la position française qu'on n'a pas laissé s'exprimer dans la discussion d'un veto sur la guerre en Irak (2003). Bien sûr, il ne faut pas fuir ou éluder les débats, mais il faut bien se rendre à l'évidence pour constater que la critique d'une idée ne suffit pas, et qu'elle est coûteuse, s'il n'y a rien à vendre à la place. L'ensemble des critiques justifiées n'a jamais constitué une alternative cohérente et convaincante, pouvant permettre de répudier une idéologie dépassée et malsaine. S'agissant de la troisième voie, on hésite bien entre énoncer le libéralisme social ou le socialisme libéral, ou d'indiquer qu'il s'agit d'un nouveau progressisme, sans rien trouver de mieux, finalement, que l'expression « troisième voie », pleine de promesses. Il reste que devant un père et une mère, on n'a pas dit grand-chose en désignant leur

]9

enfant par le « troisième homme », surtout quand cet enfant n'est même pas distinctement nommé et identifié. La confusion et l'absence de lisibilité sont telles que, après avoir analysé la troisième voie version blairiste, un sociologue de la trempe d'Alain Touraine se voit obligé de proposer à la place, dans Comment sortir du libéralisme3,
une « voie 2

_ » pour

le centre gauche. Convenons

que la

méthode d'Alain Touraine et de bien d'autres est une fuite en avant inépuisable puisque l'algèbre la plus simple donne une infinité de solutions dans la détermination des nombres réels compris entre deux et trois inclus. De voie, chacun aurait la sienne comme le trajet d'un grain de fumée allant se perdre dans l'espace. Travaillant sur cette question hors des grands médias et dans les tares de la francophonie en matière de diffusion des idées3, je crois avoir trouvé une solution permettant d'attribuer à la troisième voie un nom propre et un contenu étendu, en lui fournissant par la même occasion une assise claire et pluridisciplinaire. Nous donnons à la troisième voie (version francophone, philosophique et mondiale), le nom de diversitéisme, ou éloge général de la diversité. Il s'agit de cette diversité observée depuis toujours, et vénérée par les biologistes dans presque tous leurs travaux contemporains, les altermondialistes et les écologistes dans leur conception du développement durable et les économistes de toutes tendances dans l'analyse de la spécialisation (ou division du travail) et dans la théorie moderne du portefeuille financier ou boursier, étendues au développement économique que nous concevons comme processus de diversification enrichissante. En effet, il faut
3 Comme les banquiers, la grande presse francophone n'ouvre ses portes qu'à ceux qui sont déjà en position de rente de situation; le capitalrisque en moins.

20

bien percevoir qu'un pays sous-développé n'est qu'un pays sous-diversifié, et inversement, notamment sous l'angle de sa population active et de sa base productive. Ne disposant ni de professionnels ni de produits variés, en grand nombre, un pays ne peut entrer dans le cercle vertueux et la dynamique auto-entretenue du développement. C'était là l'objet de ma conférence de presse à l'hôtel Méridien de Brazzaville, le 25 janvier 2003, sur le thème «Diversitéisme, troisième voie mondiale de philosophie générale, par-delà le libéralisme et le socialisme ». D'une manière générale, la diversité caractérise et désigne une communauté, une union, ou une société (solidaire), d'individus différents. Ce concept réunit par définition les termes de communauté ou société, d'individu, de différent ou libre, et de solidaire, habituellement séparés par les libéraux, les socialistes et leurs philosophes. Par là, la diversité intègre tout à la fois les notions de société ou de solidarité d'une part, d'individu et de droit à la différence ou liberté d'autre part, inextricablement. La diversité, désignant l'union de différences mises en commun, est donc un concept composite d'une valeur morale supérieure, haute et intégrale, comparée à la valeur de la liberté et à celle de la solidarité, partielles prises isolément. Comme le précisent les dictionnaires, le contraire de la diversité, c'est la monotonie, ou l'uniformité. L'éloge de la diversité est au diversitéisme ce que l'éloge de la liberté est au libéralisme, et ce que l'éloge de la

solidarité - ou de la justice sociale - est au socialisme, au
communisme ou à la social-démocratie. En d'autres termes, le libéralisme, c'est l'éloge radical de la liberté; le socialisme l'éloge inaliénable de la solidarité, et le diversitéisme, l'éloge général de la diversité. Si, en toute simplicité, le libéralisme est nommé première voie et se présente comme la thèse fondée sur la liberté individuelle, et

21

le socialisme comme étant la deuxième voie et l'antithèse fixée sur l'obligation de solidarité collective, alors le diversitéisme se présente bien comme la synthèse appropriée par définition et comme la troisième voie mondiale de philosophie générale. Le diversitéisme, c'est la recherche permanente d'une intelligente combinaison de ce qui est différent et varié, pour générer le progrès et la sécurité face aux risques et insuffisances de la solution unique, dans un monde complexe, évoluant en avenir incertain. C'est la généralisation pluridisciplinaire de la pensée qui fait l'éloge radical de la diversité comme source de richesse, de vie ou de survie, de progrès et d'épanouissement individuel et collectif, en s'appuyant sur la liberté individuelle et la solidarité collective, sur le marché et sur l'Etat, et bien plus encore, sur la société civile, puisqu'il ne faut pas oublier les organisations non gouvernementales et non marchandes. Le diversitéisme se situe par-delà le libéralisme et le socialisme, sans exclusive et sans excessive, contre tous les extrémismes. Diversité, j 'honore ton nom, que j'écris en mariant l'encre noire et le papier blanc, sous une ampoule jaune. S'il n'y avait qu'une seule couleur toute misérable dans son uniformité, je serais obligé d'écrire blanc sur blanc, ou noir sur noir, ou jaune sur jaune, de manière illisible, autant dire que je ne pourrais écrire ton nom, le lire et être heureux, en jouissant de toi, dans l'amour de l'autre, de bonne foi et dans le respect de la loi. Diversité, j 'honore ton nom, contre toutes les œuvres qui placent l'unique au firmament, marquant ainsi leur refus de l'autre et donc de toi. Diversité, j 'honore ton nom, comme source de richesse, de vie, de progrès et de prospérité, permettant de tourner le dos à la pauvreté, à la stérilité et à l'uniformité sans espoir de pérennité, de génération en génération. Diversité, j'honore

22

ton nom, comme arche de Noé de l'humanité que toi seule peut sauver face à tous les déluges et menaces de l'environnement changeant, dans l'incertitude radicale de l'avenir. Diversité, j'honore ton nom, par le diversitéisme comme plus belle chanson du monde, partout chantée par la nature elle-même, à la face de l'humanité qui ne peut plus longtemps continuer à faire la sourde oreille. Diversité, je t'installe à la face du monde qui t'appartient sans égal. Tu as fait le monde, et nul ne peut te résister et survivre sans toi et mieux que toi. Lorsque vous dites à vos enfants que la bonne alimentation est une alimentation variée, en faisant tout pour qu'elle soit ainsi dans votre foyer, vous faites du diversitéisme. Lorsque vous dites que l'homme sans la femme est stérile, vous énoncez le diversitéisme, comme monsieur Jourdain la prose sans le savoir. Lorsque vous conseillez à chacun de diversifier son portefeuille boursier quand il en a, ou de ne pas mettre tous ses œufs dans un même panier, de ne pas investir définitivement et complètement tous ses avoirs dans la meilleure action boursière du jour, vous pratiquez le diversitéisme. Lorsque vous voulez non pas une seule profession la meilleure, mais des boulangers, des garagistes, des jardiniers, des fermiers, des médecins, des journalistes, des chimistes, des mathématiciens, des physiciens, des biologistes, des économistes, des avocats, des éditeurs, hommes ou femmes, des banquiers, des professeurs, des curés, des policiers, des humoristes, des philosophes, etc., à votre proximité, vous êtes partisans du diversitéisme dans le domaine professionnel en particulier, et dans le domaine culturel en général. Lorsque vous souhaitez étendre les droits des étrangers, heureux d'en trouver dans votre pays, sans accepter que

23

cette générosité vous coûte votre sécurité, vous faites du diversitéisme, en harmonisant plusieurs principes à la fois. Je conçois que trouver des étrangers variés dans une population donnée est le nouveau signe extérieur de modernité, de prospérité et de séduction internationale, visà-vis du reste du monde et sous le regard du reste du monde. Un pays doté d'une population sans étrangers est aujourd'hui un pays jugé attardé ou méprisé par les autres; attardé par son autarcie; misérable pour ses membres, bien plus que pour les étrangers, comme un jardin sans couleurs, et fait de plantes uniformes. En d'autres termes, l'absence d'étrangers est le signe extérieur de misère autant que d'inhospitalité nationale, et il n'y a pas de quoi s'en féliciter comme succès d'une politique restrictive d'immigration. Aucun pays ne peut recevoir « la misère du monde », mais personne ne veut aller vers la misère d'une nation inhospitalière, prenant la figure d'un sous-développement sévère ou d'un nationalisme primaire. Lorsque l'inceste est interdit, c'est pour faciliter les mariages et autres mélanges dans la diversité et non pas dans l'uniformité familiale fragilisante. Lorsque vous soutenez les homosexuels, sans vouloir que tout le monde le devienne, au risque de rendre le pays stérile, au cas où tous les hommes se mettraient à tourner le dos à toutes les femmes, et les femmes inversement, en même temps, vous avez une attitude diversitéiste, en restant conscient des limites de la liberté individuelle. Si la liberté de chacun était celle de tourner le dos à l'autre, la liberté serait fatale pour toute l'espèce: enfants, comment serions-nous nés? Où l'on voit que la liberté n'est pas suffisante, en l'absence de diversité en œuvre dans la population, se combinant, s'enlaçant en se regardant face à face, dans le partage, pour survivre dans la joie. La liberté individuelle, ou le droit à la différence, n'est viable que lorsqu'elle ne tourne pas le dos à

24

l'autre, c'est-à-dire lorsqu'elle prend l'autre en mariage légal ou non, en choisissant d'embrasser l'autre régulièrement pour évoluer dans l'harmonie. Sans l'autre, pas d'enfant, par exemple, et donc pas de vie laissée en héritage, et dans nos tombes, morts libres ou solidaires, nous aurions tous tort. Sans liberté, mais en présence de diversité, la vie peut continuer (bien médiocrement, mais continuer quand même), puisqu'on enregistre des naissances dans les prisons, ainsi que dans les goulags, dans les viols, dans les régimes esclavagistes, qui sont des situations ignobles de négation de la liberté. Par contre, sans diversité (des sexes et des âges par exemple), la vie ne peut continuer: la diversité est donc bien supérieure à la liberté, et elle est la condition et le chemin de la vie. Sans elle, la liberté serait inopérante et incapable de sauver une société de la disparition en une seule génération. Lorsque vous militez, non pas contre la mondialisation, mais pour une meilleure mondialisation, tournée vers le développement multidimensionnel et durable pour tous, c'est-à-dire un développement économiquement efficace, socialement juste, politiquement pluraliste et fédéraliste, écologiquement sain, culturellement varié, et humainement digne, respectueux de la dignité de tous les hommes dans leur diversité, vous faites du diversitéisme. Quand Nicolas Sarkozy, aux universités d'été 2004 de l'UMP à Avoriaz, constate que la France est multiple dans le sport « et pas dans les élites », puis défend la nécessité d'une « diversité aux plus hauts postes de responsabilité », avant de se sentir obligé d'inscrire cela dans un projet de « refondationdoctrinale» de l'UMP, comme pour tout parti voulant «précéder la société» dans ses idées, il finira par se rendre compte que le diversitéisme est l'idéologie qui lui manque. Ses propos rejoignent d'ailleurs ceux que Jacques Chirac formulait déjà dans son livre de
campagne (Une nouvelle France, 1994) : « Il nous faut une société où chacun accepte et reconnaisse l'autre ». Le combat

25

n'est pas différent pour ceux qui ont initié le projet de la « parité» malgré les réserves que suscite la méthode adoptée. Quand les dirigeants des pays industrialisés subventionnent et protègent leur agriculture pour éviter l'effondrement d'un secteur agricole qui compléte si heureusement l'industrie et les services nécessaires à la puissance de l'économie nationale ou régionale, le diversitéisme est la philosophie qui occupe leur esprit avant la lettre. Quand Denis Sassou Nguesso, Chef d'Etat congolais, adopte pour son pays pétrolier, comme ses pairs dans la même situation, une politique de « diversification de l'économie par la promotion du secteur non pétrolier », cela procède d'une philosophie générale volontariste, ni purement libérale, ni vraiment socialiste, qui a pour fondement implicite l'éloge de la diversité économique. Car c'est la valeur de la diversité comme source de richesse et de sécurité économiques qui fait que la diversification est le chemin incontournable du développement. En effet, le développement ne peut reposer sur un seul produit, fut-il l'or noir, blanc, vert ou jaune. A lui tout seul, malgré sa valeur, le pétrole ne suffit pas. Non seulement il s'agit d'une ressource non renouvelable, mais par ailleurs son prix est instable, ne pouvant servir de socle solide pour un développement prospère et durable. Le diversitéisme apparaît donc comme la vision philosophique implicite et globale de la Nouvelle Espérance (programme politique du gouvernement du Congo). Le diversitéisme est la Nouvelle Espérance en matière philosophique. En vérité, en politique et en économie, la valeur de la diversité est plus fondamentale qu'il n'y paraît: par-delà l'éloge de la liberté dans le cadre du libéralisme et celui de la solidarité dans le cadre du socialisme ou de la social-démocratie, l'éloge de la diversité, si bien nommée arc-en-ciel en Afrique du sud, est le noyau dur qui va désormais éclater sans pareil dans la vision moderne oufuture de la politique version troisième millénaire. La diversité est la richesse et la promesse d'une société en devenir. L'éloge de la diversité, entendue comme unité dans la variété, plutôt que l'unité dans l'uniformité, est au diversitéisme ce que l'éloge de la liberté est au libéralisme et ce qu'est l'éloge

26

de la solidarité au socialisme. Dans le libéralisme, la liberté se conçoit éventuellement sans contrainte d'unité ou de solidarité. Dans le socialisme, la solidarité se conçoit sans garantie intrinsèque de liberté individueIle. Dans le diversitéisme, la liberté et la solidarité sont intimement liées, l'une limitant et enrichissant l'autre, sans préférence obligée, sans exclusive et
sans exceSSIve.

II faut en effet constater et souligner que la diversité est une valeur politique composite, intégrant dans sa définition propre le mariage de l'unité et de la variété; c'est la synthèse de la solidarité, formant l'unité, et de la liberté adossée à la variété. La diversité est en effet le nom et la caractéristique d'une union d'êtres différents, donc à la fois libres et solidaires. En ce sens, le diversitéisme est bien la synthèse doctrinale qui manque à la politique, divisée entre le libéralisme (éloge de la liberté ou de l'efficacité individueIle) et le socialisme (éloge de la solidarité ou de la justice sociale). Nous disons que, en politique et en économie, le libéralisme est la thèse, le socialisme l'antithèse, et le diversitéisme la synthèse, et donc un progrès dans le domaine des idées. Tous les refondateurs doivent se poser les questions suivantes: veulent-ils changer la couleur ou la nature de leur parti? Veulentils changer la qualité ou seulement l'intensité de leurs dogmes? Veulent-ils enrichir ou seulement intensifier leur idéologie initiale? Sous tous les angles, ces questions reviennent à ceci: ils ont à choisir entre le libéralisme, le socialisme et le diversitéisme. S'il faut choisir entre la liberté, la solidarité et la diversité, je choisirais le troisième terme en étant sûr de posséder par là les deux autres. Ainsi donc, quand vous luttez contre l'uniformisation et la pensée unique, et en faveur de la diversité biologique, professionnelle, économique, politique, culturelle, etc., faites-le au nom du diversitéisme. Il n'y a pas de meilleur combat. Généralisez cette façon (diversitéiste) de penser en l'appliquant à la politique, à l'économie, à la biologie, à la physique quantique (hasard et nécessité), à l'écologie 27

(biodiversité), à la culture générale, y compris la religion. Vous pouvez alors mesurer la valeur du diversitéisme. C'est la troisième voie mondiale de philosophie générale, scientifique, économique, politique et culturelle. Non pas contre, non pas entre, mais par-delà le libéralisme et le socialisme, en héritage, comme l'est le fils vis-à-vis du père et de la mère. Le fils pro-créé par les deux parents, n'est pas la moitié de chacun des deux parents, ni leur centre. Il est à la fois doublement combiné, génétiquement différent et nouveau, tourné vers l'avenir et capable de se pencher sur le passé. Le diversitéisme se veut une critique profonde, féconde et en toute connaissance de cause, offrant une alternative solide à toutes les œuvres de la pensée unique que sont: le libéralisme, le socialisme nourri de marxisme, l'eugénisme, le racisme, le nazisme, le tribalisme, l' antiféminisme, le monopartisme, le monothéisme, le déterminisme, qui ont en commun l'éloge de l'unique placé au firmament comme solution idéale, dans les prémices ou dans la dynamique profonde de ces modèles de pensée qui ont pour terme une unique solution idéale sur terre comme ils concoivent l'unique Dieu au ciel. Proclamer le diversitéisme, c'est dire en position forte tout à la fois SOS pensée unique, SOS libéralisme, SOS racisme, SOS darwinisme, SOS collectivisme, SOS étatisme, SOS monopartisme, SOS tribalisme, SOS antiféminisme, SOS ultradéterminisme refusant le hasard et la liberté. C'est le dire en position forte, sans être sur la défensive, sans être obligé de citer les propres ennemis de la pensée pluraliste; en retournant la situation, en prenant de l'initiative, et en les mettant, eux, sur la défensive. Par exemple, comme œuvre de la pensée unique, le libéralisme c'est l'idéologie qui fait du champion de la compétition concurrentielle, le meilleur devant lequel tous

28