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Eglises d'Occident face aux exportations d'armes (1973-1978)

136 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 64
EAN13 : 9782296234147
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ISBN: 2-85802-096-5

DES ÉGLISES D'OCCIDENT FACE AUX EXPORT A TIONS D'ARMES (1973-1978)

Textes de Commissions nationqles Justice et Paix et de Conseils nat~onaux d'Eglises (France, Grande-Bretagne et Etats-Unis) recueillis et présentés par Madeleine Barot et Pierre Toulat.

Librairie - Éditions L'Harmattan 18, rue des Quatre-Vents 75006 PARIS

AVERTISSEMENT
Le recueil de textes que nous présentons a une histoire. 1973 : publication, en France, d'une note commune (catholiques et protestants) sur le commerce des armes. Ce texte est traduit en anglais par la section britannique de Pax Christi et diffusé en Grande-Bretagne. A partir de 1974, sur l'initiative du groupe œcuménique français, des contacts sont pris, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, en vue d'une publication commune de textes élaborés sur ce sujet. 1975-1977 : en Grande-Bretagne, la, commission Justice et Paix et le Conseil britannique des Eglises publient deux documents distincts, traduits et diffusés en français. 1978 : aux États-Unis, le Conseil des Églises du Christ et la commission Justice et Paix, à leur tour, publient deux études. Pourquoi avoir limité ce travail aux textes en provenance de ces pays? D'abord en raison de l'importance de leurs exportations d'armes. De plus, la collaboration entre des organismes d'Eglise, catholiques et protestants, de trois pays représentait une exPérience nouvelle. Il convenait de la limiter, au moins dans un premier temps. En France, cinq ans après la note qui a été au point de départ de ce travail, fallait-il rédiger un nouveau document? L'essentiel ayant été exprimé en 1973, une simple note additionnelle - qui n'est pas sans importance - est jointe, dans ce livre, au document initial. L'origine et l'autorité des différents documents publiés sont indiquées en chaque cas. La traduction des deux documents britanniques et du document américain de Justice et Paix a été assurée pm les rédacteurs de la Documentation Catholique, que nous remercions pour leur collaboration efficace. Les titres de chaque chapitre ont été ajoutés par nous pour faciliter la lecture du recueil. Nous esPérons que cette expérience de travail œcuménique et internationale ne s'arrêtera pas là. Pierre TOULA T secrétaire de la Commission française Justice et Paix 71, rue Notre-Damedes-Champs 75006 PARIS Madeleine BARaT secrétaire de la Commission sociale, économique et internationale de la Fédération protestante de France 47, rue de Clichy 75009 PARIS

Introduction

Au cours des dernières années, le commerce des armes s'est largement développé. Nombreux sont les pays producteurs et fournisseurs d'armements. Mais le marché est dominé par quatre d'entre eux, qui avec la République Fédérale d' ~llemagne, réalisent environ 90 % des exportations: les Etats-Unis, l'U.R.S.S., la France et la GrandeBretagne. Ces chiffres concernent les armes de type classique. Cette expression désigne les armes qui sont eqlployées sur les champs de bataille, par opposition aux armes nucléaires, qui relèvent d'autres stratégies. Les guerres qui se déroulent depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale sont faites avec ces armes-là. Des centaines de milliers d'êtres humains sont tués avec des mitrailleuses et des canons, des bombes et du napalm, à l'aide d'avions, de navires, de chars et de missiles, toutes armes classiq\J~s. C'est dire leur importance, qui ne semble pas diminuer-- au fur et à mesure que se développent les armes nucléaires. Voilà pourquoj plusieurs Eglises, en France, en GrandeBretagne et aux Etats-Unis, ont jugé nécessaire d'exprimer publiquement le trouble qu'elles ressentaient face à cette extension du commerce des armes, à la fois signe et moyen de la course aux armements. 5

En avril 1973, l'Episcopat français et la Fédération pro-

testante de France signent conjointement une « Note de
réflexion sur le commerce des armes». L'alerte ainsi donnée dans un pays va bientôt l'être aussi en GrandeBretagne et aux Etats-Unis. Au début de 1976, la commission Justice et Paix d'Angleterre et du Pays de Galles publie, à son tour, un document intitulé « Les chrétiens et le commerce des armes». En avril 1977, le Conseil britannique des Eglises - la plupart des Eglises issues de la Réforme en sont membres et l'Eglise catholique romaine y est en observateur - approuve, pour étude et action, le texte d'une brochure intitulée « La vente et la livraison d'armes conventionnelles». La commission anglaise Justice et Paix «;n recommande la lecture aux catholiques. Les Eglises des Etats-Unis, pour leur part, expriment leur pensée en deux documents, publiés en 1978: « Le marché militaire, l'exportation d'armes, perspective chrétienne», document g'étude du Conseil National des Eglises du Christ aux Etats-Unis, et « Politiques d'exportation d'armes - choix éthiques», document du J3ureau de Justice et Paix de la conférence catholique des Etats-Unis. Ces différents documents sont présentés ci-après. Ils émanent d'instances responsables des Églises, catholique et protestantes. Bien d'autres textes - messages, déclarations, études - en provenance de groupes et de mouvements chrétiens montreraient combien le témoignage exprimé dans les textes plus officiels s'enracine dans le sentiment profond de nombreux chrétiens. Les chrétiens, en effet - en cela, d'ailleurs, il ne sont pas les seuls - ne peuvent se résigner au commerce des armes comme à une fatalité. C'est surtout vrai lorsqu'ils sont citoyens d'un pays qui porte, dans ce commerce, la responsabilité de producteur et de vendeur. Ils ressentent le scandale d'une organisation économique orientée, avec la haute productivité et l'ingéniosité commerciale des entreprises modernes, vers la diffusion d'instruments de mort. Ils redoutent de voir ce scandale s'étendre encore: avec les difficultés actuelles de l'économie mondiale, tous les pays industrialisés sont tentés d'utiliser au maximum leurs capacités d'exportation, et notamment celle de leurs industries d'armement. Sous des formes diverses, cette analyse revient 6

dans chacun des documents et débouche sur une mise en garde pressante. Les Eglises indiquent d'où leur vient le devoir d'alerter les peuples. Elles invitent les croyants à prendre en considération l'exigence qui doit être la leur, orientée vers la transformation du monde, en raison de l'espérance du Royaume. Elles parlent de l'amour du prochain, qui conduit à le respecter et non à le tuer. De ces considérations, il ressort non une ligne de conduite caractérisée qui s' imposerait d'une manière uniforme, mais plutôt un appel à la conscience et des perspectives à long terme. Même s'il en résulte un certain sentiment d'impuissance quant à l'action à entreprendre, cela ne doit pas nous conduire à abandonner le monde à une course aux armements non contrôlée. Elle reste un fait à expliquer et à mettre en échec par tous les moyens possibles. Le commerce des armes n'est qu'une manifestation, entre beaucoup d'autres, des enchaînements de violence qui plongent leurs racines dans l' histoire et qui dominent le monde. Dans cet environnement, une collectivité nationale qui veut préserver son autonomie ne peut se passer d'un système de, défense; et ce système ne peut inspirer confiance à l'Etat qui l'organise que dans la mesure où il reçoit ses armes de sources d'approvisionnement sûres, ou, du moins, politiquement neutres. A partir de ce point, naissent les déterminismes qui expliquent l'existenèe d'un commerce des armes et l'appétit apparemment insatiable des nations pour les armements. L'industrie d'armement d'un pays moyen pèserait sur celui-ci d'un poids économique écrasant s'il lui était interdit d'exporter, et les pays trop faibles pour avoir une industrie propre perdraient toute indépendance politique s'ils ne pouvaient choisir leurs fournisseurs d'armes sur des marchés relativement ouverts. Ainsi, le commerce international des armes contribue à l'indépendance des nations en créant une diversité de sources d'approvisionnement à travers le monde. En termes de stratégie de défense et de réflexion politique, ces arguments sont difficiles à réfuter. Mais un lecteur d'Evangile peut se sentir légitimement appelé à une vocation de non-violence intégrale, en dépit des risques. Des groupes, en adoptant cette position, indiquent en quel sens 7

chercher des solutions radicalement nouvelles pour la vie en société. L'étude d'alternatives possibles met en valeur les ressources d'une population civile dûment entraînée et mobilisée en vue d'une résistance et d'une défense non violentes. Néanmoins, il reste qu'une institution ecclésiale n'est jamais i1)sensible à la difficulté de prêcher la nonviolence à un Etat qui, s'il l'écoute, risque d'être écrasé. A ce jour, sauf dans le cas de certaines Sociétés religieuses ou Eglises pacifistes - les Quakers, les Mennonites, l'Eglise des Frères - aucun document officiel d'Eglise n'a encore prôné, pour une communauté nationale, cette attitude radicale. Les conclusions prudentes des documents présentés montrent la difficulté de ces questions. Cependant, leur modération ne doit pas diminuer leur caractère d'urgence. Ces questions appellent des réponses. Il est essentiel d'y consacrer énergie et temps, ce qui est certainement possible. C'est le désir de reconnaître ces différents éléments qui explique l'impression d'hésitation donnée par ces documents. Cependant, tout sentiment d'impuissance ou de résignation à une fatalité est repoussé. Ce serait comme une capitulation devant les déterminismes de violence qui dominent actuellement le monde. Il faut donc poursuivre l'analyse sous tous les aspects, assez longtemps et assez profondément pour apercevoir la possibilité de dépasser ces déterminismes et de concevoir des alternatives pour la sécurité nationale et internationale. Il faut aussi persévérer, malgré les déceptions, dans la pratique des négociations, sans lesquelles il n'est pas d'issue raisonnable aux conflits. Les Eglises existent pour témoigner que, dans les situations les plus difficiles, il y a encore une espérance pour l'homme. C'est pourquoi elles doivent faire tout ce qui leur est possible, dans la ligne de leur mission spécifique, pour la réalisation, inlassablement poursuivie, de la confrontation et du dialogue. Le monde sauvé par Jésus-Christ est promis, en définitive, à un avenir de renouvellement qui en fera un monde de concorde et de paix. De cette affirmation absolue de notre foi découlent des questions que nous ne sommes pas en droit d'éluder: dans quelle direction une action doit-elle être engagée pour faire écho à la promesse reçue? à quelles 8

conditions les sociétés évolutives dans lesquelles nous vivons peuvent-elles être orientées vers la recherche d'un projet politique qui serait compatible avec la paix? Ces affirmations et ces questions sont à la base des documents qui suivent.
Claude GRUSON Président de la Commission sociale économique et internationale de la Fédération protestante de France Jacques MENAGER Archevêque de Reims Président de la Commission française Justice et Paix

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Michael ROSE Président du Département des Affaires Internationales du Conseil Britannique des Eglises

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Joseph Francis CLEARY Evêque auxiliaire de Birmingham Président de la Commission Justice et Paix d'Angleterre

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H. Lamar GIBBLE Président du groupe de travail pour les affaires internationales du Conseil Nation~ des Églises du Christ aux Etats-Unis

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Edouard DOHERTY Conseiller de la Commission Justice et Paix de la Conférence catholique des États-Unis 9

FRANCE
Note commune de l'Épiscopat français et de la Fédération protestante de France: 1973 et 1978

L'engrenage

L'Assemblée générale de la FédÙation protestante de France, réunie à Grenoble en novembre 1969, vote à l'unanimité le vœu suivant: rrSur la fourniture, par la France, d'armements à l'étranger, l'Assemblée générale de la Fédération protestante de France charge la commission des affaires internationales, si possible en commun avec la commission catholique Justice et Paix, de constituer un dossier et d'en assurer la diffusion. Il En octobre 1970, l'Assemblée plénière de l'épiscopat français, à l'issue de ses travaux, publie un communiqué: r~La course aux armements se poursuit et s'amplifie. Les Etats y investissent d'immenses ressources qui seraient mieux utilisées au développement des peuples défavorisés. Ils créent ainsi, dans leurs propres pays, de dangereux déséquilibres. Le commerce des armes dans lequel ils sont entraînés risque de devenir un commerce de mort. Les nations - et d'abord la nôtre - ont le devoir d'assurer leur sécurité et de construire la paix par d'autres voies que celles de la terreur. I) Cette préoccupation commune est à l'origine de la rrnote de réflexion sur le commerce des armes I). Un groupe œcuménique (catholiques et protestants) a travaillé à l'élaboration de ce document, à partir de janvier 1972. Le document a été signé conjointement par le Conseil permanent de l'éPiscopat français et par le Conseil de la Fédération protestante de France. Il a été rendu public le 13 avril 1973.

La note commune, que nous proposons aujourd'hui à la réflexion de tous, est publiée dans le temps de Pâques, quand le Seigneur dit et montre au monde sa victoire, humble et glorieuse, sur la fatalité, la dispersion, le déses12

poir. Elle paraît au moment où, avec la fin de la guerre au Vietnam, l'un des plus longs brasiers mondiaux de la guerre s'apaise, mais où aussi les producteurs d'armements se jettent de manière intensive à la recherche de nouveaux débouchés. C'est le moment où les nations et, parmi elles, la France, sont appelées à s'appuyer sur la force et la liberté que Dieu donne, pour tenter de changer le cours fatal des choses. En toute région du monde actuel, quand la guerre n'est pas ouverte, la paix,ne se maintient qu'armée. Pour assurer leur sécurité, les Etats entretiennent et améliorent sans cesse leur potentiel militaire. Ils dépensent, à cette fin, chaque année, plus de mille milliards de francs actuels, soit douze fois plus que l'aide totale aux pays en voie de développement: une fois et demie la valeur de tout ce qui est produit en France pendant une année. On en arrive à cette constatation paradoxale et terrible: I'humanité a plus dépensé pour ses armements de 1945 à 1973, période sans conflits globaux déclarés, que de 1900 à 1945, malgré les deux guerres mondiales. Il y a là un défi à la raison, à l'amour et à l'espérance. Cependant, notre monde, résigné à l'équilibre de l'intimidation, à la surenchère technologique et aussi à une concurrence dure et profitable au niveau du commerce international des armes, ne paraît pas décidé à relever ce défi. Le commerce des armes, qui s'inscrit au cœur des politiques de. surarmement, est devenu peu à peu une tolérance, une évidence et une habitude. 1. L'espérance d'un monde renouvelé

Beaucoup sont tentés de considérer le commerce des armes sinon comme normal, du moins comme fatal. C'est un point de vue auquel ne peut se placer quiconque écoute Jésus-Christ: les chrétiens savent que le monde, affecté par le péché, risque, lorsqu'il est livré à lui-même, de sombrer dans la violence mortelle; mais leur foi dans la Résurrection signifie que, pour eux, l'histoire de ce monde a un Maître qui la conduit vers un avenir tout différent du présent, un avenir de fraternité et de paix, un avenir dans lequel - pour reprendre les mots du vieux prophète d'Israël - les hommes forgeront de leurs lances des serpes. 13