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En feuilletant l'Evangile

De
162 pages
"Voilà des commentaires d'Evangile qui n'endorment pas ! Ils sont porteurs de vie et chargés de l'expérience des femmes et des hommes de ce temps.
Le ministère en paroisse, en ACO (Action catholique ouvrière) et en JOC (jeunesse ouvrière chrétienne) offre un lieu de relations humaines extrêmement riche. C'est une école de vie qui donne des couleurs à l'Evangile et une liberté de ton pour exprimer le message de Jésus. "
Jacques Gaillot, évêque de Partenia.
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En feuilletant
ou
L'Évangile

l'Évangile

selon ma grand-mère

www.librairieharmattan.com harmattan l@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ~ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9487-4 EAN : 9782747594875

Bernard

NICOLAS

,

En feuilletant
,

l'Evangile ou

L'Evangile selon ma grand-mère

Préface de Monseigneur

Gaillot

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
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L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

Université

Cheminements Spirituels Collection dirigée par Noël Hily
Toutes réflexions théologiques, spirituelles, Toutes expériences mystiques, religieuses, qu'elles se situent au sein ou hors des grandes religions méritent d'être connues. C'est pourquoi nous favorisons leur édition dans cette collection « Cheminements Spirituels» chez l'Harmattan. Vous pouvez nous envoyer vos écrits, même les plus personnels. Nous vous répondrons. Noël Hily 12, rue de Recouvrance 45000 Orléans Tel:023854l358

Déjà parus:
BERNABEU A. BOMBLED J.P. CONTE A. M. DESURVIRE. DUROC R. GALLO J.G. GARBAR F. GENTOU A. HARRIS J.P. LECLERCQ P. KIRCHNER D. ROCHECOURT G. SANTANER P. M-A. SCIAMMA P. Laissons les en/emts grandir Quand la modernité raconte le salut.... L'ivre de vie Dire vrai ou Dieu entre rascisme et religions Réflexions - La raison et la foi
La fin de l 'histoire ou la Sagesse chrétienne

Chasser le mal Invités à vivre
Ste Bernadette Un Dieu vivant Pour un monde vivant Dieu, Créateur ou biblique

La cigale
Qui est Croyant?

ODieu et l 'homme - Méditations

Préface
Paroles de vie
Voilà des commentaires d'Évangile qui n'endonnent pas! Ils sont porteurs de vie et chargés de l'expérience des femmes et des hommes de ce temps. Le ministère en paroisse, en ACO (action catholique ouvrière) et en JOC (jeunesse ouvrière chrétienne) offie un lieu de relations humaines extrêmement riche. C'est une école de vie qui donne des couleurs à l'Évangile et une liberté de ton pour exprimer le message de Jésus. Car nous n'avons jamais fini de comprendre l'Évangile et d'en découvrir les richesses. Il ne suffit pas de répéter les paroles de Jésus. Il s'agit d'en déchiffier le sens à partir de nos situations vécues. C'est un risque à prendre. Nous avons la responsabilité de donner corps aux paroles de Jésus en puisant dans nos ressources humaines, notre imagination, notre façon de penser. Le travail de Bernard Nicolas donnera envie à des chrétiens de con:&onterleur vie à l'Évangile. Une femme me disait un jour : « Quand l'Évangile est proclamé dans une église et que le prêtre commence son sennon, je me fais intérieurement le mien: voilà le sennon que je ferais si je pouvais en taire un. » Cette femme aurait certainement avantage à écouter ce que dit le prêtre; mais en même temps, elle souligne son désir d'exprimer ce qu'elle aurait envie de dire à partir de sa propre expérience. D'où l'intérêt d'écouter comment l'Évangile parle à chacun et chacune d'entre nous. La parole de Dieu a des résonances multiples et inattendues en nous. D'où l'intérêt d'un partage. Au temps de Jésus, ceux que la société délaisse se sont réjouis de son message. Ils l'ont accueilli. La Bonne Nouvelle a été annoncée aux pauvres. Jésus a porté l'espérance des pauvres. Aujourd'hui, qui porte l'espérance des pauvres?
Jacques Gaillot Évêque de Partenia

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Chapitre 1

C'EST BON, LA VIE!

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Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement tourné vers Dieu. Toutfut par lui, et rien de ce qui fut nefut sans lui. En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes, et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise. Il Y eut un homme, envoyé de Dieu; son nom était Jean. Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui. Il n'était pas la lumière mais il devait tendre témoignage à la lumière. Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme. Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l'a pas reconnu. Il est venu dans son propre bien et les siens ne l'ont pas accueilli. Mais à ceux qui l'ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu. Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu. Et le Verbe fut chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père.

Jean lui rend témoignage et proclame: « Voici celui dont j'ai dit: après moi vient un homme qui m'a devancé, parce que, avant moi, il était. De sa plénitude en effet, tous, nous avons reçu, et grâce sur grâce. » Si la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. Personne n'a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l'a dévoilé.

Jean 1,1-18

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LA VIE, LA LUMIERE, LE FILS UNIQUE.
Il est beau ce texte. Il faut le lire comme un poème, à haute voix. Il faudrait le chanter. C'est Jean qui chante dans son coeur sajoie, sa foi, devant Jésus, son ami, son maître. Celui auquel il a donné sa Foi, sa Vie. Ce Jésus de Nazareth, c'est la Lumière de sa vie... c'est la lumière du monde, c'est la lumière pour tout homme. Cet enfant de Bethléem, ce Jésus avec 'lequel il a marché sur les routes de Palestine, Celui qu'il a vu cloué sur la Croix, Celui qu'il sait vivant depuis qu'il a vu le tombeau vide... oui, Celui-là, Jésus: Il est Dieu, il vient de Dieu, il est le Verbe, la Parole de Dieu qui crée la vie. Pour Jean, mais aussi pour tout disciple, il est La Lumière dans nos ténèbres, il est Celui qui nous donne la vie, La Vie des enfants de Dieu. Oui, par Lui, Jean sait et nous dit: nous sommes Nés de Dieu. En Jésus, Jean a vu la Gloire de Dieu, il a vu Dieu, car Le Verbe, La Parole de Dieu s'est fait chair, homme. Dieu, Celui que personne ne pouvait voir sans mourir, Jean l'a vu en Jésus. Et il nous dit: « Tournez-vous vers Lui; il est la Paix, La Lumière. »
Devant la Crèche, sachons, lentement relire ce beau texte. Il nous aidera à découvrir Dieu qui vient ILLUMINER nos vies.

* * *
Alors paraît Jésus, venu de Galilée jusqu'au Jourdain auprès de Jean pour se faire baptiser par lui. Jean voulut ,yy opposer: « C'est moi, disait-il, qui ai besoin d'être baptisé par toi, et c'est toi qui viens à moi! » Mais Jésus lui répliqua: « Laisse faire maintenant: c'est ainsi qu'il nous convient d'accomplir toute justice. » Alors, il le laisse faire. Dè,y qu'il fut baptisé, Jésus sortit de l'eau. Voici que les cieux s'ouvrirent et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici qu'une voix venant des cieux disait: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu'il m'a plu de choisir. » Matthieu 3,13-17

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TOUS A LA pisciNE

!

Le Baptiste annonçait l'arrivée du Jour du Seigneur, La colère de Dieu. On allait voir ce qu'on allait voir: l'Envoyé de Dieu, le Messie allait mettre de l'ordre dans ce monde mal foutu. Alors paraît Jésus, venu de Galilée... Et voilà que, le Messie, celui qui vient pour Le Jour du Seigneur, c'est CE JÉSUS, le GALILÉEN. Justement, il vient de ce pays, carrefour des païens. Cette Galilée verdoyante ouverte sur ce monde... ce monde mal foutu. Jésus ne sort pas des bureaux du Vatican, mais du milieu des hommes, en chair et en os. Les païens, ça le connaît: il en a déjà vus et il n'en est pas mort (c'est les grands prêtres qui le condamneront). Des gens du milieu populaire, ordinaire..., il sait qui ils sont, c'était ses copains. Alors, quand Jean le Baptiste annonce que le Messie est là, Jésus arrive au triple galop et, pour réaliser le Salut, l'Oeuvre bénéfique de Dieu (pour accomplir toute justice), le voilà qu'il plonge à poil avec tous les pécheurs, dans les eaux du Jourdain. Une vraie partouse de païens (Seigneur, si ma grand-mère avait vu ça, la pauv' femme I). Ah ! mes amis, quelle joie pour Jésus d'avoir enfm le feu vert pour libérer, en paroles et en actes, le message d'Amour, de réconciliation, de sainteté de son Père, à tout ce monde qui en a tant besoin. Parce que le Père est bien d'accord avec Jésus et l'Esprit vient confinner Jésus dans sa partouse. Ah ! vous tous les bons apôtres qui condamnez sans appelles hommes de ce monde! Vous tous qui proclamez que ce monde est pourri, que Satan tient dans ses mains l'humanité de notre temps! Ah ! vous tous qui voulez rétablir l'Ordre, la Morale, la Vérité! Vous tous qui possédez tant de certitudes! Vous tous qui voulez nous faire. croire que vous avez reçu mission de Dieu pour rétablir le véritable Royaume de Dieu, allez donc au diable... ou plutôt, allez donc vivre au milieu des hommes, nos frères. Oui, allez partouser avec Jésus au milieu de ce monde: vous découvrirez que c'est bien sympathique et que c'est là que l'on reçoit l'Esprit et que l'on découvre l'Amour du Père. * * *
Il Y eut des noces à Cana de Galilée, et la mère de Jésus y était. Jésus fut aussi invité à ces noces, ainsi que ses disciples. Or, il n Ji avait plus de vin, car le vin des noces était épuisé. La mère de Jésus lui dit: « Ils n'ont plus de vin. » Jésus lui dit: « Que me veux-tu, femme? Mon heure n'est pas encore arrivée. »Sa mère dit aux servants: « Tout ce qu'il vous dira,faites-le. » Or il Y avait là six jarres de pierre, destinées aux purifications des Juifs, et contenant chacune deux ou trois mesures. Jésus leur dit: Remplissez d'eau ces jarres. » Ils les remplirent jusqu'au bord Rieur dit: « Puisez maintenant et portez-en au maître du repas. »Ils lui en portèrent. Lorsque le maître du repas

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eut goûté l'eau changée en vin - et il ne savait pas d'où il venait, tandis que les servants le savaient, eux qui avaient puisé l'eau le maître du repas appelle le marié et lui dit: « Tout homme sert d'abord le bon vin, et quand les gens sont ivres, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant! » Tel fut le premier des signes de Jésus, il l'accomplit à Cana de Galilée et il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui. Après quoi il descendit à Capharnaüm, lui, ainsi que sa mère et ses frères et ses disciples, et ils n y demeurèrent que peu de jours. Jean 2,1-12 (La Bible de Jérusalem avec notes de lecture)

-

QUAND JÉSUS FAiT LA NOCE. .. iL ASSUME !
Oh ! Pour ça, il y avait de l'ambiance! On avait fait connaissance. On avait chanté, dansé, raconté des histoires. Au bout de la table où étaient Jésus et ses disciples, ça rigolait bien.. .et on refaisait le monde! Ils se faisaient même repérer par quelques-uns et quelques-unes qui caquetaient à part: « C'est le Jésus de la Marie et du Joseph. Il a quitté la maison. Il prêche. C'est un disciple du Baptiste... La pôvre Marie! Regardez-les. Il ferait mieux de travailler et de ne pas se faire remarquer comme ça. Ah ! Ces jeunes! )}On avait même tiré la jarretière de la mariée. Les jeunes s'étaient éclatés. Les vieux essayaient de se souvenir de leurs plaisirs de jeunesse. Mais voilà, on réclamait à boire: O.A.S. (On a soif) qu'ils disaient en tapant sur la table... et il n'y avait plus de vin ! Marie avait vu... non pas qu'elle se mêlait de ce qui ne la regardait pas, mais comme une femme attentive, elle se souciait que tout se passe bien pour ces deux jeunes amoureux qui l'avaient invitée. Oui, Marie, comme Mère et comme Femme, avait VII: « Us n'ont plus de vin.» Et une noce sans vin, c'est plus une noce. Et elle va le dire à Jésus: Il peut faire quelque chose. Femme que me veux-tu? Mon Heure n'est pas encore arrivée. Pour Jésus, Marie n'est pas seulement sa mère, elle est aussi La Femme, La NouveJle Eve, l'Église: celle qui va enfanter une nouvelle génération. Marie, c'est l'Église, celle qui a le souci du bonheur des hommes, de leur réussite. Mais chaque chose en son temps: Mon Heure n'est pas venue... et cependant: Remplissez d'eau ces jarres. Jésus donnera du vin pour la noce. Ce n'est peut-être pas son Heure à Lui, Jésus, mais c'est l'heure pour cette noce. Alors Jésus devancera son Heure. Jésus se met à l'heure des hommes. Oui, cette heure, ce temps du Royaume. Marie dans sa confiance force Jésus à devancer son Heure. C'est l'Église, les disciples qui ont à devancer l'Heure de Dieu. lis le font en célébrant l'eucharistie. Jusqu'à ce qu'Il revienne. 13

Ils le font quand, comme Marie, ils voient les besoins des hommes. J'aime cette Église qui se soucie du bonheur matériel des hommes. Oui, quand les chrétiens s'activent à ce que les hommes vivent bien, vivent mieux, vivent heureux, dans la dignité et le respect... ils devancent l'Heure de Dieu. Ils font comme Marie, comme Jésus: chacun à son rang.
Et ce sacré Royaume, c'est que les hommes soient heureux, qu'ils fassent la noce, la rete: c'est là aussi qu'il se construit. Jésus, ce jour-là, à Cana, a changé tout près de 700 litres d'eau en 700 litres de bon vin... non pas pour dire la messe mais pour faire la noce. N'en déplaise à tous les grincheux du monde, ça doit vouloir dire quelque chose! Et je comprends qu'on ait traité Jésus de glouton et d'ivrogne (Luc 7,34). Mais Lui au moins, Ille faisait en public et avec ses frères et pour leur bonheur. .. et pour la joie de son Père.

Puis il descendit à Capharnaüm... et ils n'y demeurèrent que peu de jours... le temps de se remettre de la noce. * * * Alors les disciples de Jean s'approchèrent de Jésus en disant: «Pourquoi nous et les pharisiens jeûnons-nous et tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » Et Jésus leur dit: « Les compagnons de l'époux peuvent-ils mener le deuil tant que l'époux est avec eux ? Mais viendront des jours où J'époux leur sera enlevé: et alors ilsjeûneront. » Personne ne rajoute une pièce de drap neuf à un vieux vêtement; car le morceau rapporté tire sur le vêtement et la déchirure s'aggrave. On ne met pas non plus du vin nouveau dans des outres vieil/es.. autrement les outres éclatent, le vin se répand et les outres sont perdues. Mais on met du vin nouveau dans des outres neuves, et l'un et l'autre se conservent. Matthieu 9,14-19

ADIEU LE JEÛNE... C'EST LE TEMPS DE LA BOUM !
Il n'a vraiment pas de chance, Jésus! Il sort d'un repas de fête avec Matthieu le pécheur qu'il vient d'appeler et beaucoup d'autres. Ils ont fait la fête du pardon, de la Réconciliation: c'était bon, ça sentait bon le Royaume du Père. Là, il s'était déjà fait apostropher par les pharisiens qui s'étonnaient de son attitude: faire la rete avec les gens du peuple! Et Jésus leur a dit: « C'est la miséricorde que je veux. » Et juste en sortant du méchoui chez Matthieu, le 14

voilà nez à nez avec les disciples du Baptiste qui, eux, jeûnent. Pourquoi tes disciples ne jeûnent pas? C'est la question vache quand on sort d'une fiesta où il y a eu de l'ambiance. Jésus était content; il avait dû réconcilier pas mal de gens avec la foi, avec Dieu son Père. Il avait l'impression d'avoir travaillé pour le Royaume: oui, n était content! Et puis voilà que des enquiquineurs viennent à Lui. Et le jetîne ! Tu sais, c'est un peu comme lorsque tu as rencontré des gens loin de l'Église. Tu as parlé avec eux, tu as préparé un décès, tu as partagé la vie. Tu as même parlé de ta Foi, du bon Dieu. Y a des jours comme ça. Ça arrive aux chrétiens ordinaires: relais, catéchistes> animateurs d'aumônerie, engagés dans des mouvements apostoliques, caritatifs, associations. On a l'impression pour une fois d'avoir été un peu signe d'Évangile et on n'est pas trop mécontent de soi! Et puis, tout dans ta joie, il yale bon chrétien, le vrai, le pur qui se place devant toi et te scie les pattes parce que tu as bousculé les rites, parce que tu as osé une Parole de vie, de miséricorde, parce que... parce que... tu vois le genre! Et là, tu te retrouves le cul par terre. Tu croyais avoir fait un petit bout de chemin avec quelqu'un, avoir été un peu visage de Jésus, visage d'Évangile... et puis, M. ! Il yale Saint d'en face qui te tiche tout par terre. Oui, ce jour-là, c'est ça qu'a vécu Jésus. Alors, comme il était de bon poil, il a répondu avec humour aux disciples de Jean qui jeûnent. Mais, mes braves, vous êtes en retard de quelques chapitres d'Évangile. Le jeûne: moi, je connais. J'ai jeûné 40 jours au désert. Mais c'était hier, pour préparer la fête de la Réconciliation. Et aujourd'hui la Réconciliation, elle se vit avec Moi: c'est maintenant le temps des noces. On jeûne avant, après c'est la fête. Aujourd'hui, avec le Christ, nous sommes dans les temps nouveaux. Le vieux vin, il est temps de le boire pour faire de la place pour le vin nouveau, pour l'Évangile des temps nouveaux. Alors, jeûne, prie, sois un champion de vertus, va voir la Sainte Vierge là où tu veux, va voir le Père Machin qui est mieux que tous les autres... mais fiche-nous la paix! Oui, laisse-nous faire notre petit boulot humblement, simplement. Laisse-nous être à l'occasion Visage du Christ, Visage d'Évangile qui apporte vie, joie, paix, réconciliation, Espérance. Laisse-nous vivre au milieu des hommes et des femmes de ce monde, pécheurs ou pas... je n'en sais rien... mais sûrement appelés par Dieu à devenir ses Fils et ses Filles. Nous ne sommes pas des saints... on n'a pas besoin de toi pour nous le dire... on veut simplement être des petits serviteurs de Jésus. Celui qu'on aime, celui pour lequel on vit... mais ça, c'est dans notre coeur que ça se passe... et ça ne te regarde pas ! Seigneur, fais de nous des chrétiens ordinaires qui comptent sur toi, qui essaient de vivre de Toi au coeur de ce monde, là où l'Église nous appelle, là où l'Évangile est à vivre. Et si un jour on est Visage d'Évangile, alors, Merci Seigneur... mais ça, c'est toi qui le sais. 15

Et si faire Carême, c'était devenir non pas des Saints mais des Chrétiens ordinaires. Tel Jésus qui fut d'abord un homme parmi les hommes. * * *
Deux jours plus tard, Jésus quitta la Samarie et regagna la Galilée. Il avait en effet attesté lui-même qu'un prophète n'est pas honoré dans sa propre patrie. Cependant, lorsqu'il arriva en Galilée, les Galiléens lui firent bon accueil: ils étaient allés à Jérusalem pour la fête, eux aussi, et ils avaient pu voir tout ce que Jésus avait fait. Jésus revint donc à Cana de Galilée où il avait fait du vin avec de l'eau. il y avait un officier royal dont le fils était malade à Capharnaüm. Ayant entendu dire que Jésus arrivait de Judée en Galilée, il vint le trouver et le priai de descendre guérir son fils qui se mourait. Jésus lui dit : « Si vous ne voyez signes et prodiges, vous ne croirez donc jamais!» L'officier lui dit: « Seigneur, descends avant que mon enfant ne meure! »Jésus lui dit: « Va, ton fils vit. » Cet homme crut à la parole que Jésus lui avait dite et il se mit en route. Tandis qu'il descendait, ses serviteurs vinrent à sa rencontre et dirent: « Ton enfant vit! »il leur demanda à quelle heure il s'était trouvé mieux et ils répondirent: « C'est hier, à la septième heure, que la fièvre l'a quitté. » Le père constata que c'était à cette heure même que Jésus lui avait dit: « Tonfils vit! » Dès lors il crut, lui et toute sa maisonnée. Telfut le second signe que Jésus accomplit lorsqu'il revint de Judée en Galilée. Jean 4,43-54

APRES LA FÊTE DE L'AMOUR, LA FÊTE DE LA VIE.
Jésus revenait de Jérusalem, il avait passé par la Samarie et regagnait la Galilée. Ah ! Il l'aimait cette Galilée: là au moins, on pouvait tout simplement être un homme et un croyant si on en avait envie. La Judée, avec Jérusalem et tous ses religieux coincés, tatillons, tristes à en mourir (malgré leurs sourires de faux jetons), épiant le moindre faux pas, mais aussi arrogants, méprisants... comme tous ces intégristes, traditionalistes verts, gris, ensoutanés, romanisés du col. Bref, Jésus là n'était pas à l'aise. « Ce n'est pas le genre de la maison, disait la grand-mère. » La Samarie: oui, pas mal. En tout cas, mieux que la Judée. Mais, il fallait toujours débattre pour savoir qui avait le vrai Bon Dieu: celui de Samarie ou de Jérusalem. Et c'est fatiguant de toujours débattre. Même qu'un jour, Jésus 16

avait dit à une femme de Samarie: « Écoute ma belle: Samarie ou Jérusalem? Là n'est pas le problème. Dieu, Il est au coeur de ta vie. Si tu as un coeur bon, alors tu as le vrai Dieu. Si tu as le coeur noir, orgueilleux, faux... alors tu n'as pas Dieu en toi. Va et prie Dieu dans l'Esprit et la vérité de ta vie. » Mais la Galilée! Ah! Oui, il l'aimait. C'est en Galilée qu'il s'était fait remarquer pour la première fois au cours d'une noce, à Cana, là où il était de nouveau. Oui, dans cette Galilée, on pouvait faire la fête, fêter l'amour, l'amour tout simple d'un homme et d'une femme, et s'en réjouir... et en même temps être le Fils de Dieu. Là, Jésus pouvait chanter, danser, trinquer et être aussi un homme de Dieu. « C'est là que, pour la première fois, ses disciples crurent en lui, quand il avait changé l'eau en vin.» Il avait donné un sens spirituel à la fête des hommes, à l'amour hwnain. Et dans cette Galilée, on rencontrait des hommes et des femmes de toutes catégories, opinions, cultures: on l'appelait "le carrefour des nations". Chacun pouvait s'exprimer, dire qui il était... et Jésus aimait ça : la liberté d'opinion, de conscience, la tolérance chez ses frères en humanité. Et c'est là qu'on lui demande de faire un miracle. Ah ! Non, vous n'allez pas recommencer! Un peu de tranquillité! Mais, il s'agit d'un fils et d'un père. Certes, c'était un officier royal, mais il y a des moments où les grades, le rang, les honneurs s'écroulent.,. cet homme est, devant Jésus, d'abord un père qui a un fIls qui se meurt. Et Jésus, une fois encore, se laisse faire: « va, ton fils vit. » Au fond, n'est-il pas venu de chez son Père pour cela: pour donner la vie. « Et puis, aurait dit ma grand-mère, il reste quelques jarres de bon vin de la noce de Cana: il faut bien trouver une bonne occasion pour les boire, et faire encore la fête. » Voilà une bonne raison de se réjouir: un fils qui retrouve la vie. Et je crois bien que le père, le fils et les serviteurs de l'officier sont revenus de Capharnaüm à Cana et on a recommencé la fête: la tête de la vie. Luc 23,46 (La Bible de Jérusalem avec notes de lecture)

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PÈRE...
Comment Jésus a-t-il bien pu vivre ces derniers moments de sa vie sur terre? Pour lui, comme pour tous ceux qui l'entouraient, amis ou ennemis, tout semblait fmi. Même le Père se tait. « Père, pourquoi m'as-tu abandonné? » Non! Je refuse de croire que Jésus a fait semblant de se croire abandonné. Jésus n'était pas un fantôme d'homme. C'est trop facile de dire: « Il savait qu'il ressusciterait. » C'est se moquer du sérieux de l'Incarnation: Jésus, venu de Dieu, est un vrai homme et il a vraiment été abandonné de tous et son Père s'est tu au moment le plus critique. Mais pire, ce serait se moquer de notre Foi, ou avoir une Foi au rabais, une Foi facile, une Foi qui évacue les vraies questions. Et j'avoue que ce cri de Jésus, sur la croix, abandonné de tous, coupé du Père, est pour moi le cri de la vraie Foi. C'est facile d'avoir la foi quand tout va bien, quand on voit des signes éclatants dans le ciel et sur la terre; mais quand on n'a pas le goût de la prière, quand l'injustice, le mal, les catastrophes s'amoncellent? C'est facile de croire en la vie quand on est jeune, qu'on pète de santé, qu'on réussit à l'école, au boulot; mais quand on vieillit, quand on souffre, quand on rate sur tous les tableaux? C'est facile de croire en l'amour quand on a une famille unie, quand on a son copain ou sa copine, quand le soir on a quelqu'un auprès de soi, avec qui on se sent bien, avec qui on peut tout partager; mais quand on est né dans une famille mal foutue, quand on est seul, anonyme, que le soir on se retrouve comme un con devant la télé? Alors, ce cri de Jésus sur la croix, ça me fait réfléchir. Malgré l'absence de son Père, Il fait confiance à ce Père. Malgré sa misère, sa détresse, Il fait confiance: sa propre vie, la vie d'un homme, ça ne se détruit pas comme ça ; il fait confiance en la Vie, en Sa Vie. Mais, si Jésus en est là en ce moment, c'est parce que toute sa vie, il l'a bâtie sur la confiance. Sur les routes de Palestine, il a fait confiance aux hommes, aux femmes, aux enfants qu'il a rencontrés. Il leur a donné à tous confiance: que de fois, on trouve ces petites phrases dans l'Évangile: « Confiance! Va en paix! Avance! Relève-toi! N'aie pas peur! » Et, de son Père, il n'a jamais douté non plus. Toujours, il était en relation filiale avec Lui. Sa vie d'homme, de Fils, Jésus l'a bâtie sur la confiance. Alors, dans ce moment critique, il reste dans la même ligne, il fait toujours confiance. Ce qui nous bousille, nous, c'est que trop souvent nous voulons bâtir nos vies sur la méfiance, le doute, le soupçon. On se méfie du voisin, on doute de la bonne volonté de celui-ci, on soupçonne l'autre d'un tas de choses. Alors, comment voulez-vous, quand il arrive un pépin, qu'on fasse confiance en la vie, en l'autre, en Dieu? Jésus a pu recevoir sa vie du Père, au matin de Pâques, parce qu'II l'a confiée à son Père tout au long de sa vie et jusqu'au dernier moment. La vie, nous aussi, nous pouvons la recevoir des autres, de Dieu, dans la mesure où nous la livrons, en toute confiance, aux autres, à Dieu lui-même. 18