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Essai d'une théologie de la malédiction en milieu africain

De
238 pages
Comment concilier la ferme croyance à la parole traditionnelle avec la foi en la Parole libératrice de Dieu ? Est-ce que le statut de cette Parole divine peut libérer l'homme de sa peur et de sa peur de la malédiction ? A une époque où le thème de la formation chrétienne est particulièrement d'actualité, l'auteur pose de façon nouvelle cette problématique pour ramener tout le monde à la découverte du véritable statut et de l'intelligence de la parole dans la Bible.
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ESSAI D’UNE THEOLOGIE Stanislas MAWENI MALEBI
DE LA MALEDICTION EN MILIEU AFRICAIN
erStatut de la Parole de Dieu au Concile Vatican II et au 1 synode africain
Comment concilier la ferme croyance à la parole traditionnelle avec la foi
en la Parole libératrice de Dieu ? Est-ce que le statut de cette Parole divine
peut libérer l’homme de sa peur et de sa peur de la malédiction ? ESSAI D’UNE THEOLOGIE
A une époque où le thème de la formation chrétienne est particulièrement
DE LA MALEDICTION EN MILIEU AFRICAINd’actualité, l’auteur pose de façon nouvelle cette problématique pour
ramener tout le monde à la découverte du véritable statut et de l’intelligence
de la parole dans la Bible. Statut de la Parole de Dieu
Le nouveau paradigme, qui se défi nit dans la Parole comme Jésus-Christ erau Concile Vatican II et au 1 synode africainlui-même, se donne à l’Église, selon Vatican II, comme Révélation et
Révélateur d’un Dieu Amour dont le langage est celui de l’amour total.
Dans un monde moderne pris par d’autres visions, le Concile replace et
présente l’homme et le monde à la lumière de la Parole de Dieu, du Verbe
incarné comme source de tout.
Dans sa démarche sur la découverte du nouveau paradigme salutaire,
l’auteur pose la même problématique pour l’Afrique. Dans le souci
d’inculturer la Parole, et à la suite du Concile Vatican II, le Synode des
Evêques d’Afrique tenu à Rome en 1994, considère Jésus-Christ comme
l’unique et défi nitive Parole de Dieu qui libère de toute peur et de la peur
de la malédiction.
Ce livre est très précieux. Nul doute que tous y trouverons le véritable
paradigme libérateur, à travers cette contribution de premier ordre qui
s’offre à nous et à l’Église pour son avancée théologique.
Le professeur Stanislas MAWENI MALEBI est Historien et
Théologien. Il a soutenu sa thèse de doctorat en Théologie à
l’Institut Catholique de Paris en co-tutelle avec l’Université
de Leuven (Belgique).
théologique & spirituelle
ISBN : 978-2-343-00099-2
théologique & spirituelle24,50 €
AFRIQUEAFRIQUE
ESSAI D’UNE THEOLOGIE
Stanislas MAWENI MALEBI
DE LA MALEDICTION EN MILIEU AFRICAIN











ESSAIE D’UNE THEOLOGIE
DE LA MALEDICTION EN MILIEU AFRICAIN

Statut de la Parole de Dieu
er
au Concile Vatican II et au 1 synode africain





















Stanislas MAWENI MALEBI











ESSAIE D’UNE THEOLOGIE
DE LA MALEDICTION EN MILIEU

AFRICAIN

Statut de la Parole de Dieu
erau Concile Vatican II et au 1 synode africain














L’Harmattan


















































© L'Harmattan, 2013
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00099-2
EAN : 9782296343000992

A ma génitrice Odette Mitungu Mbila,
A mes frères et sœurs Maweni et Christelle-Rita- Fleur,
A Luc Saulgeot,
Je dédie ce livre.Sigles et abréviations
Textes conciliaires
AG : Ad Gentes
DV : Dei Verbum
GS: Gaudium et Spes
LG : Lumen Gentium
SC : Sacrosanctum concilium
Périodiques ou dictionnaires
AAS : Acta Apostolicae Sedis
BTA : Bulletin de Théologie Africaine
C.T.I : Commission Théologique Internationale
C.R.A : Centre des recherches Africaines
DC : Documentation catholique
D.T.F : Dictionnaire de Théologie Fondamentale
P.D.Th.C : Petit dictionnaire de théologie catholique
V.T.B : Vocabulaire de Théologie Biblique
Autres sigles et abréviations
CEREAO: Conférence épiscopale régionale de l’Afrique de
l’Ouest francophone
C.E.Z : Conférence Épiscopale du Zaïre
F.C.Th.K : Faculté Catholique Théologique de Kinshasa
L.M.D. : La Maison Dieu
P.U.G. : Presse Universitaire La Grégorienne
P.U.F. : Presses universitaires de France
P.U.Z. : Presse universitaire du Zaïre
SCEAM : Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et
de Madagascar
U.C.A.C : Université catholique de l’Afrique centrale
7Préface
Qu’est-ce qu’une parole ? Qu’entend-t-on par parole de malédiction ?
Sur quoi est-elle fondée ? Comment ceux qui en subissent peuvent-ils
s’en sortir et se sentir pleinement libérés ? Les études qui suivent
essayeront de répondre à ces questions existentielles en faisant
d’abord appel à la Bible comme Parole de Dieu, ensuite, en cette
èmeannée de 50 anniversaire du Concile, il fait appel à Vatican II qui a
compris le statut et l’intelligence de la Parole de Dieu dans l’horizon
de la Révélation divine comme étant une personne, le Logos à
proposer au monde moderne. Il faut dire que Vatican II était une
synthèse de l’enseignement du Magistère ; c’est-à-dire une autorité
doctrinale qui permettait à l’Église, désormais, d’avoir un rapport
optimiste avec le monde à la fois riche et limité, un rapport qui fera
grandir le monde en humanité à la lumière de la Parole de Dieu qui est
Jésus de Nazareth.
Enfin, dans le souci d’inculturer la Parole de Dieu en Afrique,
l’auteur vérifie le statut de sa recevabilité dans ce milieu bien ciblé, en
analysant les travaux du premier Synode africain tenu à Rome en
1994. Car l’enseignement du concile Vatican II sur l’Église
communion a permis aux Églises africaines de se définir comme
Église famille de Dieu. Il s’agit ici d’un concept très fort dans ce
continent de par de tout ce qu’elle comporte comme engagement.
Parlant du Vatican II comme événement providentiel, Mgr Sarr,
archevêque de Dakar, précise ce qui suit : « Cet enseignement sur
l’Église, également conçue comme « peuple de Dieu », a aidé nos
jeunes Églises à mûrir, et à devenir épanouissantes en permettant la
1participation des fidèles à la vie ecclésiale . » Et pour le théologien
congolais Stanislas Maweni Maebi, cette Église d’Afrique ainsi
présentée et comprise, par le Concile Vatican II, a besoin d’un
paradigme basé sur le véritable statut de la Parole.

1 Cf. Mgr SARR, « Un événement providentiel », dans : Faim Développement, n°
268, septembre-octobre 2012, p. 13.
9Stanislas Maweni Malebi nous fait comprendre que la difficulté
majeure d’une réflexion sur la parole, comme lieu de transmission de
l’intelligence, tient à l’ambiguïté sans doute insurmontable de la
parole elle-même, si on ne lui présente point un autre paradigme. La
parole n’est pas d’abord une chose, mais l’expression de celui qui
parle ou qui veut se révéler à travers un type des langages. L’invisible
et le spirituel sont signifiés dans l’expression de la personne qui parle ;
c’est-à-dire qu’ils sont annoncés et manifestés dans la parole. A
travers cette étude dont j’ai eu le réel plaisir de présenter
l’atmosphère, l’auteur souligne deux faits majeurs: le manque de
confiance totale à la Parole de Dieu dont on ne maîtrise pas bien le
statut et la peur de la malédiction. Ces faits, aujourd’hui, en son sens,
commandent de façon pressante l’élaboration d’une théologie de la
malédiction dans le grand champ de la théologie fondamentale où
l’inculturation du Verbe incarné trouve bien sa raison d’être comme
libérateur.
Dans son étude, Stanislas Maweni Malebi note, d’une part, le peu
de crédit que l’homme accorde à la Parole de Dieu qui vient sauver le
monde. De l’autre part, il souligne la croissance de l’incroyance qui
assombrit dans la peur de la malédiction et pense que celle-ci trouve
son origine en Dieu.
Ces deux faits nous invitent à prendre conscience sur le statut de la
Parole; c’est-à-dire sur l’identité même du Verbe de Dieu, cette
parole prononcée par Dieu en vue du salut humain. La découverte du
Logos comme Parole libératrice permet à l’homme à peser exactement
ses forces et ses arguments dans un monde qui ne se paye plus de
mots. Ceci, dit l’apôtre Pierre «dans le but de rendre compte de
l’espérance qui l’habite » (1 P.3). Il ne s’agit plus ici de la parole qui
maudit mais de celle qui bénit parce qu’elle est elle-même
bénédiction. Elle est l’être ou la personne de Jésus de Nazareth qui n’a
fait que bénir. Il convient de noter que tout ce que l’homme juge
comme parole de malédiction dans la Bible, l’auteur par son
herméneutique exégétique, l’élucide comme une logique pédagogique
de Dieu. Celui-ci ne peut jamais maudire sa créature qui est à son
image et à sa ressemblance. L’homme est à l’image même du Christ,
son prototype. Une telle conception éloigne le lecteur de toute
ambiguïté autour de la Parole de Dieu et saisit d’emblée le statut et la
mission de Verbe incarné. Que l’incroyance soit numériquement en
progrès considérable dans le monde jusqu’à l’installation impérative
10de la peur de la malédiction, l’homme a à recourir, grâce à Dei
Verbum et ad Gentes, à la Parole de Dieu comme nouveau paradigme
salutaire qui vérifie sa quiétude, sa paix, mais aussi son attachement à
Jésus-Christ, unique et véritable Verbe éternel du Père.
Vatican II présente l’intelligence de la Parole de Dieu dont la Bible
révèle le statut. Pour le Concile, l’identité de la Parole de Dieu est
sans ambiguïté : Révélateur et Révélation. C’est en elle que l’homme
saisit le dessein salvifique de Dieu. C’est ce que comprennent les
Évêques réunis au Synode africain. Ceux-ci replaceront au sein de
leurs cultures la lumière de la Révélation divine et en saisiront le statut
comme Logos, la parole unique et définitive du Père au monde dans
lequel l’homme expérimente la peur d’être maudit.
Telle serait sans doute l’orientation d’une théologie de la
malédiction par la parole, capable alors de bien juger les vraies et
fausses puissances de la parole. Toute parole aspire à devenir la Bonne
Nouvelle du salut. En ce sens propre, elle aspire à l’action
convertissant. Dès lors, on comprend que l’itinerarium mentis ad
Deus que présente l’auteur n’est part plus de l’ontologie traditionnelle,
celle qui nous faisait croire que la seule voie de libération, la seule
voie d’accès à Dieu était celle de l’homme comme créature. Fondant
son discours théologique sur la Bible d’abord puis sur Vatican II et
l’Assemblée des Évêques d’Afrique à Rome, le théologien met en
évidence la spécificité du mystère de l’incarnation du Verbe et
s’applique à mettre en lumière la primauté absolue de l’amour divin
en éclaircissant la signification et le statut du Logos.
Nous louons ainsi l’effort de l’auteur, en se servant de la méthode
épistémologiquement narratologique, il nous fait découvrir le statut de
la Parole de Dieu en conciliant la foi en la croyance traditionnelle
bantu à la Foi en la Parole libératrice du Dieu Amour qui libère de
toute peur de la malédiction. Même si la foi, selon lui, est un don
infusé dans notre âme directement par Dieu afin de nous permettre de
croire qu’il existe et d’adhérer au Christ et dans le Christ au dessein
salvifique, il faut dire que cette foi nous interpelle et nous interroge.
Face à la peur et à la peur d’être maudit, l’auteur propose à l’homme
d’avoir une confiance absolue en Dieu trine même s’il ne le voit pas.
Il s’agit d’un Dieu qui s’est révélé en Jésus-Christ Libérateur et
Sauveur. Telle est la foi qui anime l’homme, le libère et le transfigure.
Il s’agit ici de croire en Dieu, qui par sa révélation à l’homme Jésus,
épouse la cause de l’homme; c’est-à-dire un Dieu qui met en
11l’homme le sentiment de bienveillance de l’autre, le respect, le souci,
2l’amour de l’autre . Ce mouvement d’amour de l’autre, en tant que
prochain, détruit ipso facto la puissance nuisible de la peur d’être
maudit et fait entrer dans la catégorie de l’amour libérateur dont parle
l’évangéliste Jean : « Quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu »
(1 Jn 4,7). Ceci étant, la foi passe par une référence à l’autre à travers
la Parole de Dieu qui libère de toute herméneutique suscitant la peur
ou la peur de la malédiction.
Pr. KIMBWASA Lambert

2 Cf. J. MOINGT, « La foi, une expérience de questionnement », dans : Les Cahiers
Croire, n° 284, novembre-décembre 2012, p. 7.
12Introduction
A travers six chapitres, nous allons présenter, dans cet ouvrage, la
compréhension de la Parole dans le contexte biblique. Nous
chercherons à bien préciser ce que l’on entend par parole comme
malédiction ou comme bénédiction dans l’Ancien Testament. Une fois
que nous saisissions le statut, sans ambiguïté, de la Parole dans la
Bible, nous verrons sa réception au Concile Vatican II à travers Dei
Verbum et Ad Gentes, mais aussi sa recevabilité au premier Synode
africain, où la majorité des évêques, des théologiens experts étaient
Africains, contrairement à Vatican II dont nous célébrons le
cinquantième anniversaire. Il faut dire qu’à ce Concile bon nombre
d’évêques, représentant les diocèses d’Afrique, n’étaient pas d’origine
africaine. Bien qu’ils étaient missionnaires et semblaient comprendre
la culture africaine, il faut dire qu’ils la comprenaient en se posant la
même problématique qui a fait l’objet de la thèse du P. Tempels :
« L’homme noir a-t-il l’âme ? » Tous ne maîtrisaient pas très bien le
langage proverbial des Africains, surtout des Bantu. Or, Dieu ne se
révèle pas à l’homme de façon abstraite. Il assume les langages, les
3images et les expressions liés aux différentes cultures pour que
l’homme se laisse surprendre par la nouveauté de la parole qu’il
entend et reçoit, une parole toujours dynamique et qui anéantit toute
peur d’être maudit.
A partir de cette recevabilité de la parole, nous expliquerons à notre
peuple qu’elle n’est pas une parole de malédiction. Pour les textes
bibliques, nous procéderons par des questions suivantes : Qui parle ?
Quel est le contenu de son message ? A qui parle-t-il ? Ce procédé
narratologique nous aidera à saisir le statut de la parole qui se donne
dans un contexte biblique mais aussi sa réception dans les Magistères
d’Église. Ainsi, nous chercherons comment concilier la foi en la
parole traditionnelle et la foi en la Parole libératrice du Dieu Amour.
Pour y répondre, l’homme à qui nous proposons un paradigme vital et

3 BENOÎT XVI, Exhortation apostolique, «La parole du Seigneur », préface de Mgr
Pierre-Marie Carré, Paris, Cerf, 2010, p. 167.
13libérateur, est appelé à saisir la théologie de la malédiction dans la
Bible d’abord (AT et NT), puis la peur dans les Écritures Saintes
comme un acte révélateur dans la communicabilité divine, ensuite la
parole comme mystère visant la communication divine et sa
compréhension. Nous verrons aussi la réception de la Parole de Dieu
par le Concile Vatican II et sa recevabilité au premier synode africain.
Elle est saisie comme Logos, la Personne du Christ, parole définitive
du Père au monde dans lequel l’homme expérimente la peur d’être
maudit. Ainsi nous étudierons la théologie de la malédiction dans
l’Ancien Testament pour découvrir le statut de celui qui maudit, s’il
s’avère que la malédiction y existe.
14Chapitre 1
La Théologie de la malédiction
dans l’Ancien Testament
La malédiction est-elle un châtiment de Dieu qui parfois parle
violement dans l’A.T ? L’étude de Benoît XVI, de H. Bloom, de R.
Alter, de X. Léon-Duffour, de B. Sesboüé nous aideront à répondre
dans ce chapitre. La conception de la Parole dans l’expérience
vétérotestamentaire puis l’étude de la violence ou malédiction
déguisée en amour nous permettront de voir si la malédiction est un
châtiment de Dieu qui parle efficacement aux hommes. La Parole de
Dieu révèle inévitablement à l’homme la possibilité de sa liberté s’il
l’écoute et y adhère avec foi : celle-ci devient l’expression de son être
vraiment libéré par la Parole qui donne vie et qui ne maudit pas.
Nous trouvons souvent dans l’Ancien comme dans le Nouveau
Testaments la description de la peur d’être maudit. Elle est perçue
comme un châtiment dans lequel l’homme fait l’expérience d’un Dieu
qui ne parle plus, qui ne communique plus. Toute espérance en lui
devient vaine. Ainsi, dans le souci de saisir l’ambiguïté qui provient
de la parole, nous chercherons à comprendre la parole dans
l’expérience vécue par le peuple de l’Ancienne Alliance avec Yahvé.
Dans cette expérience, l’homme se place face à la parole qui se
présente dans sa double figure : celle qui bénit et qui maudit à la fois.
Ainsi, la parole peut être reçue en même temps dans son horizon de
créativité come une dimension haïssable de la malédiction. L’homme
fait l’expérience de la créativité en comprenant que la parole
prononcée, celle qui vient pour « créer », peut engendrer la peur de la
malédiction. Il s’avère alors nécessaire de connaître ce Dieu qui parle
pour bâtir notre théologie de la Parole issue de son amour. Ce dernier
est manifesté dans l’Ancienne Alliance où Dieu entre en dialogue avec
son peuple. C’est pourquoi, nous étudierons d’abord la conception de
la Parole dans l’expérience du peuple de l’Ancien Testament. C’est là
15que la Parole est comprise comme Parole divine qui se révèle par les
prophètes au cours de l’histoire du salut et qui conduit l’homme à la
foi au Christ comme Verbe incarné, et non à une religion.
I.1. La conception de la parole dans l’expérience
vétérotestamentaire
Quelle est l’expérience vécue par le peuple de l’Ancien Testament
dans sa relation avec Dieu ? Pour mieux répondre à la question de la
malédiction dans ce chapitre, par l’étude de l’Ancien Testament
comme expression achevée par le nouveau, du Dieu qui parle
efficacement aux hommes, nous arriverons à comprendre la vraie
image de Dieu par sa Parole. Parler de Dieu comme Yahvé,
appellation commune et populaire de l’époque, mais aussi dans la
conception populaire actuelle, nous fait comprendre qu’il s’agit d’un
Dieu dont le châtiment a une autre signification que celle donnée par
l’homme à chaque fois qu’il oublie que Dieu ne change pas. Il est le
même hier, aujourd’hui et éternellement. Nous nous appuierons sur un
ensemble d’œuvres littéraires, venant de la tradition chrétienne, qui
parlent de l’Ancien Testament, sans pour autant blesser la sensibilité
juive de nos élèves du Lycée chaque fois que nous utilisons cette
expression pendant le cours de Culture religieuse. Nous utilisons
prudemment cette expression pour découvrir le statut de la parole dans
le monde biblique comme expérience relationnelle à Yahvé. D’où
vient alors cette ambiguïté ? A ce propos, Harold Bloom écrit :
« Quant aux juifs, ils ont rejeté l’expression en raison de tout ce
qu’elle implique et, pour ce qui est de l’histoire littéraire, rien
n’autorise assurément à imaginer que les anciens auteurs hébreux
aient composé leurs récits et leurs poèmes, leurs lois et leurs
généalogies dans l’idée qu’il s’agissait du prélude à un autre
ensemble de textes, écrits dans une autre langue et plusieurs siècles
4après . »
La critique de Bloom Harold s’est inlassablement penchée sur la
manière dont les auteurs s’approprient les œuvres de leurs

4 H. BLOOM, “Before Moses was, I AM, the Original and the Belated Testaments”,
in Notebooks incultural Analysis, I. Durham, N.C., 1984, p. 3.
16prédécesseurs pour les plier à leurs fins. Il en fait l’observation
mordante en parlant du triomphe chrétien sur la Bible hébraïque, d’un
triomphe qui a produit cette œuvre captive qui est l’Ancien
5Testament .
Conscient que le mot Bible, du grec, ta biblia, ‘‘les livres’’, est
davantage une vague classification qu’un titre, nous éviterons toute
polémique dans l’utilisation des textes bibliques, en particulier, ceux
tirés de la Bible juive dont le canon renvoie au choix et à l’ordre des
textes du judaïsme rabbinique. Notre objectif n’est pas un travail
d’exégèse.
I.1.1. L’Ancien Testament, expression achevée par le
nouveau
Les Juifs ont parlé de la Bible hébraïque comme Tanakh, acronyme
6de Torah (Pentateuque), Neviim (Prophètes premiers et derniers ) et
Ketouvim (les écrits divers ou tout le reste) même si cela n’est jamais
qu’une division générique sommaire des livres, comme dit Robert
Alter, dans l’ordre qui est traditionnellement le leur, suivant le canon
juif.
Ainsi, partant de cette précision, nous pouvons à notre tour étudier
ce qu’était la parole dans l’expérience de ce peuple de l’Ancien
Testament avec lequel Dieu a fait alliance. L’Ancien Testament, en
effet, est une appellation qui trouve son origine dans l’idée que
l’Ancien requiert d’être achevé par le Nouveau. Celui-ci est bel et bien
appelé à le supplanter. L’expression elle-même «Nouveau
Testament», qu’il serait plus juste de rendre par «Nouvelle
Alliance » vient de la lettre aux Hébreux qui parle du Christ médiateur
d’une nouvelle Alliance, du Christ qui apporte un changement dans le
culte sacrificiel pour que les rapports des hommes avec Dieu soient
établis sur une base meilleure, celle de la relation personnelle de
chacun avec Dieu, car la nouvelle alliance apporte le pardon des
péchés : « Le Christ a obtenu un ministère d’autant plus élevé que
meilleure est l’alliance dont il est le médiateur et qui est fondée sur de
meilleures promesses » (He 8, 6-13). Ce texte aux Hébreux, qui se

5 Ibidem.
6 Prophètes premiers correspondent aux livres historiques et les Prophètes derniers
désignent Isaïe, Jérémie, Ezékiel et les douze « petits prophètes ».
17réfère à l’alliance de Dieu conclue avec le peuple d’Israël au mont
Sinaï, présente la nouvelle alliance non d’ordre juridique extérieur,
mais comme celle qui s’établit à l’intérieur des âmes, cette alliance où
Jésus remplace les prêtres du peuple de Dieu et qu’avec son
sacerdoce, c’est la relation de l’homme avec Dieu qui change. Elle
devient une relation nouvelle issue d’une nouvelle alliance. Dans le
peuple d’Israël, l’institution des prêtres et du grand prêtre était
tellement liée à l’alliance de Dieu avec son peuple qu’on ne pouvait
pas la remettre en cause sans détruire le lien même qui unissait Israël à
son Dieu. Et cela, personne n’aurait osé le faire. Pourtant, l’auteur de
l’Épître aux Hébreux cite un texte capital du prophète Jérémie,
annonçant une nouvelle alliance entre Dieu et son peuple.
Dans ce texte, Jérémie annonce au peuple la façon dont Dieu le
traite et la façon dont lui, le peuple traite Dieu. C’est cela même que
Jérémie avait dit : « Dieu se ferait connaître aux croyants d’une façon
personnelle, et ce ne serait plus pour eux un devoir que de l’aimer car
ils l’auraient présent à tout moment. » Le peuple connaissait cette
parole de Jérémie, mais il faisait peu attention. N’avait-il pas parlé
pour plus tard, beaucoup plus tard ? Mais ici l’auteur de l’Épître aux
Hébreux dit : « Avec Jésus, nous avons cette nouvelle alliance. » Cette
lettre entend le renouveau de l’existence nationale israélite que signale
le prophète Jérémie, sous l’égide de Dieu, comme le remplacement
d’une alliance « vieillissante » qui est sur le point d’expirer. Jérémie
dit : « Voici venir des jours-Oracle de Yahvé-où je conclurai avec la
maison d’Israël (et la maison de Juda) une nouvelle alliance » (Jr 31,
31). C’est la célèbre prophétie de Jérémie (Jr 31, 31-34). Au cours des
jours sombres dont le peuple juif fait l’expérience, Dieu se révèle et
parle par son prophète. Jérémie annonce la nouvelle et le contenu du
message, l’éternelle Alliance entre Dieu et son peuple : « Je ferai une
alliance. » C’est donc que l’Alliance du Sinaï qui faisait d’Israël le
peuple de Dieu est dépassée ou insuffisante. Comment comprendre
alors ce que dit Jérémie à propos de l’alliance nouvelle ? Dieu serait-il
donc infidèle à sa promesse ? Ne faut-il pas plutôt voir dans cette
expression du prophète Jérémie, l’originalité même de l’Alliance que
Dieu veut établir avec tous les hommes par le ministère d’Israël.
Cette Alliance est celle de l’amour de Dieu car le véritable amour
est toujours neuf. Fidèle, Dieu ne se laisse pas rebuter par l’infidélité de
son peuple qui brise l’alliance du Sinaï. Il ne s’agit plus ici de la
renouveler comme Josué, Samuel, Ezéquias et Josias l’ont fait tant de
18fois. Il ne s’agit pas non plus d’en conclure une autre, du même genre
que la première, pour lier Dieu à une famille ou à une nation de la terre.
Jérémie connaît le secret de la nouvelle alliance, il sait le changement
qui s’est produit en lui quand Yahvé l’a fait prophète. C’est alors qu’il a
découvert la relation intime avec Dieu, une relation toute différente des
attitudes religieuses, pour sincères qu’elles soient. Les chrétiens des
premiers siècles ont fait de l’Ancien Testament le premier tome de leur
Bible. Pour cette raison, ils l’ont appelé «Ancien Testament».
L’adjectif ancien risque de faire croire qu’il est dépassé ou qu’il
constitue une simple préface au véritable écrit chrétien que serait le
« Nouveau Testament ». Il n’en est rien. Tous les deux sont Parole de
Dieu pour les hommes. Mieux vaudrait donc parler des deux
Testaments, l’un ne fonctionne pas sans l’autre. Conscient de cela, nous
chercherons à découvrir Dieu qui parle aux hommes dans la religion de
l’Ancien Testament et comment il parle pour mieux saisir l’effet de sa
parole. C’est toute une expérience de communication que nous avons à
étudier dans cette partie : qui parle, pourquoi parle-t-il ? A qui parle-t-
il ? Qu’est-ce qu’il dit ? Quelles en sont les conséquences ? Mais avant
de répondre à ces questions, nous étudions ici la conception de Dieu
telle qu’elle se présentait dans la religion juive.
I.1.1.1. Dieu dans l’Ancien Testament
C’est le dialogue, non pas le récit, qui caractérise l’événement.
Même si les événements, les histoires sont racontés, ils le sont
toujours à quelqu’un qui est là pour les entendre. C’est ainsi que nous
abordons ici l’étude de la parole qui sort de Dieu pour une
communauté de croyants, celle qui confesse sa foi, reliée à la divinité
toute-puissante. Celle-ci s’identifie par elle à Dieu, Yahvé créateur. La
création, en effet, est le lieu où se développe toute l’histoire de
l’amour divin avec sa créature, que cette communauté de croyants
reconnaît et confesse. Par conséquent, le salut de l’homme est la
7raison de tout . C’est en étant au contact de la parole à écouter, à
méditer, à lire, que l’homme découvre et comprend le sens du salut
qui se révèle et se donne à lui.

7 BENOÎT XVI, La parole du Seigneur, op. cit, p. 22.
19I.1.1.1.1. La religion se distingue de la foi
Il convient de bien séparer ici, grâce à la parole de Dieu, la religion
et la foi en Dieu sans en faire l’historicité. La figure qui traverse la
Bible, depuis le livre de l’Exode, est une figure de foi qui libère le
peuple et non une figure religieuse. L’homme religieux est celui qui
sépare le sacré et le profane. Il veut un Dieu puissant, il fait des
compartiments dans sa vie alors que l’homme de foi est celui qui met
la foi au cœur de toute sa vie, il ne sépare plus, il ne distingue plus le
sacré du le profane. Il ne connait plus du tout la catégorie du sacré
puisqu’il est habité par une expérience de foi. Il y intègre tout ce qui
est profane et ne comprend pas la religion comme une affaire toute
personnelle de l’individu, comme un simple travail de psychologie
dont chacun serait le sujet et l’arbitre.
La religion est le contraire de l’individualisme. Elle poursuit
toujours la communion des hommes avec Dieu et en lui, mais aussi
entre eux. C’est pourquoi nous pouvons dire que tout ce qui dans
l’histoire a porté le nom de religion est devenu, d’une manière ou
d’une autre, une institution humaine marquée par un attachement ou
une conviction indéniable à des pratiques. Ce qui importe ici, ce n’est
pas la religion ou ses pratiques, mais plutôt la foi avec les vérités qui
lui sont proposées: ce qui est nécessaire pour appartenir à la
communauté ecclésiale de foi et parvenir au salut.
Pour ce, l’Écriture et la Tradition et non la religion seulement car
l’Ancien Testament présente la religion hébraïque comme une religion
de la tradition, une religion qui nait, se développe et grandit autour de
la tradition des pères. Un des textes les plus anciens de l’écriture, qui
contient une brève profession de foi d’ailleurs, porte la marque de
cette transmission : « Alors, devant le Seigneur ton Dieu tu prendras la
parole : « Mon père était un Araméen errant »…» (Dt. 26, 5-11). Israël
maintient toujours vivante cette tradition qui demeure ferme et
normative. L’expérience contenue dans cette tradition, le peuple
l’actualise périodiquement en la rendant plus proche de l’histoire du
moment, ainsi elle construit toujours la conscience unitaire et
religieuse d’être peuple du Seigneur. Mais il faut que tout cela se
fonde impérativement sur la parole de Dieu, source de la foi et non sur
une religion qui n’est nullement une finalité mais un moyen.
Le Pape Benoît XVI l’explicite de façon précise en ces termes :
« Dans la traduction grecque de l’Ancien Testament […] on trouve
20une parole du prophète Isaïe -que saint Paul cite aussi- pour montrer
que les voies nouvelles de Dieu étaient déjà annoncées dans l’Ancien
Testament. On pouvait y lire : « Dieu a rendu brève sa Parole, il l’a
8abrégée » (Is 10, 23 ; Rm 9, 28) . » Cette Parole rendue brève, c’est le
Fils lui-même, le Logos éternel du Père qui s’est manifesté et s’est fait
9petit afin que la Parole devienne pour nous saisissable . On comprend
alors la primauté et la priorité de la parole au cœur de l’alliance entre
Dieu et son peuple, destinataire de son dessein.
I.1.1.1.2. La prévalence de la parole dans l’Ancien testament
La religion de l’Ancien Testament est la religion de la parole
10entendue , la religion de la foi en un Dieu Créateur et Tout-Puissant
qui parle mais que l’on ne voit pas et on ne cherche pas à le voir.
Cette prévalence de « l’entendre » sur « le voir » exprime l’un des
traits essentiels de la révélation divine: Dieu parle. Il parle au
prophète et l’envoie parler en son nom. Celui-ci communique les
desseins de Dieu et invite l’homme à l’obéissance de la foi. Il n’y a
pas de foi sans parole donnée. Cette parole de Dieu s’inscrit dans
l’histoire. Ainsi, on remarque que la narrativité biblique inscrit la foi
dans la perspective du philosophe allemand contemporain de Jürgen
Habermas qui parle de « l’éthique de la discussion ». En d’autres
termes, selon lui, la confiance entre les personnes est assurée par une
pratique du dialogue, comme l’explicite bien F. Boyer. Il faut dire
qu’il s’agit ici d’un dialogue sans concession des différends et des
attentes de chacun. Il convient de noter que tout l’Ancien Testament,
comme l’argumente Benoît XVI, se présente déjà comme l’histoire
dans laquelle Dieu communique sa Parole :
« En effet, après avoir conclu une alliance avec Abraham (Gn
15,18) et, par Moïse, avec le peuple d’Israël (Ex 24,8), il se
révéla au peuple qu’il s’était acquis, par des paroles et par des
actions, comme le fit l’expérience des voies de Dieu avec les
hommes, qu’il en acquit une intelligence de jour en jour plus

8 BENOÎT XVI, La Parole du Seigneur, op. cit., p. 26.
9 Cf. BENOÎT XVI, Homélie au cours de la Messe de la Nativité du Seigneur (24
décembre 2006): AAS 99 (2007), p. 12.
10 R. LATOURELLE, Théologie de la Révélation, Bruxelles- Paris, Montréal, 1963,
p. 107.
21profonde et plus claire grâce à Dieu parlant lui-même par la
bouche des prophètes, et qu’il manifesta toujours plus largement
11parmi les nations (Ps 21, 28-29 ; 95, 1-3 ; Is 2, 1-4) .»
On note que dans l’expérience du salut que fait le peuple de
l’Ancienne Alliance, les prophètes ont reçu de Dieu une mission
incontournable et un rôle capital : celui d’ouvrir l’intelligence des
peuples de façon plus profonde et plus claire à la vraie connaissance
de Dieu à travers sa parole. Par cette mission, les prophètes
communiquent l’espérance à celui qui croit et connait Dieu. Le
prophète Jérémie en donne un exemple parmi tant d’autres. Il révèle,
au fondement de l’être divin, un sujet personnel qui se manifeste
librement aux hommes et à la création pour leur communiquer sa vie.
C’est pourquoi Dieu parle afin que cette parole détermine ce que
doit être la vie de celui qui l’entend. On trouve ainsi dans les écrits
prophétiques 240 fois le terme « Parole de Dieu ». Nous ne pouvons
guère oublier sa place et ce qu’elle est dans le Pentateuque : le livre
de l’Exode (24, 3) révèle le décalogue comme parole de Dieu ; dans
le Lévitique, Deutéronome ou Nombres, on trouve souvent la
formule «Ainsi parla Yahvé». Dans les écrits sapientiaux, les
sentences, les propos de la sagesse sont mis en rapport avec les
paroles de Dieu. Dans les livres historiques, les récits nous montrent
comment les personnages se trouvent confrontés avec cette parole :
les prêtres qui consultent, les juges, les rois, les prophètes, le peuple
de Dieu. On peut alors dire que dans l’Ancien Testament, cette
parole recouvre de multiples aspects et se coule dans de multiples
formes littéraires. Cette parole interpelle les hommes par les
prophètes de manière personnelle. Si les hommes ne la pénètrent pas
encore jusqu’à l’intime du mystère, il faut cependant dire qu’ils en
ont déjà, par la parole, une approche et une première saisie. Car Dieu
s’adresse à l’homme et l’interpelle. L’initiative vient donc de Dieu.
Ce n’est pas l’homme qui découvre Dieu: c’est Yahvé qui se
12manifeste à l’homme, quand il veut et parce qu’il veut lui parler du
salut et le sauver.

11 BENOÎT XVI, La Parole du Seigneur, op. cit., p. 25.
12Cf. BENOÎT XVI, La Parole du Seigneur, ibidem.
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