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Essai sur Thérèse Martin

De
156 pages
Cet essai sur Thérèse Martin est un travail de recherche, un effort « méthodologique » pour tenter une approche nouvelle du personnage de Sainte Thérèse, dans sa dimension humaine et spirituelle. Trois points ont retenu essentiellement l’attention de l’auteur : l’importance des facteurs psychologiques et sociaux dans la personnalité de Thérèse Martin ; l’analyse de la spiritualité copernicienne dans la perspective d’une théologie de l’Amour, chez sainte Thérèse ; et enfin, la capacité proprement explosive du message thérésien à bousculer les schémas culturels de son temps pour préfigurer les nôtres, et comment la Sainte de Lisieux représente la permanence et le rayonnement de la vie mystique.
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ESSAI SUR THÉRÈSE MARTIN

Liminaire

Ce livre est né d'une exigence intérieure. TI n'est pas une énième biographie, destinée à retracer l'itinéraire chronologique d'une vie brève, celle d'une jeune provinciale, religieuse dans un Carmel normand à la fin du XIXème siècle. TIn'est pas non plus l'histoire d'une carmélite appelée Thérèse de l'Enfant-Jésus, car, quelqu'importante qu'ait été l'expérience carmélitaine pour Thérèse, celle-ci a été moniale moins longtemps qu'elle n'a été dans le monde où, de son propre aveu, elle a aspiré très tôt à la vie religieuse! . Cet ouvrage a plutôt pour but de cerner la personnalité de Thérèse Martin, de la mettre en situation dans son environnement familial, dans son époque, de la regarder penser et vivre à travers son caractère et ses aptitudes et, ce faisant, de découvrir ce qui, en elle, pour emprunter les mots de

Gide est "unique et irremplaçable".

C'est au sein de cette

riche personnalité, tout au long de son parcours individuel et social que va se dessiner un chemin de sainteté appelé à devenir en quelque sorte exemplaire pour le monde d'aujourd'hui. Cet ouvrage se propose dans cette perspective, d'ouvrir ou de rouvrir quelques pistes à notre réflexion, d'abord celle du message thérésien dans ce qu'il a de délicieusement neuf et libérateur et puis, ce qui est essentiel, celui de son actualité dans l'Eglise et dans le monde contemporain.

!

Cf. Cerf Ms A p. 160.

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Nous essaierons ainsi d'établir, à partir des écrits de Thérèse sur quels aspects des grands problèmes actuels: le temps, la vie, la souffrance, la foi, l'amour, l'Eglise, porte le renouvellement thérésien, ce renouvellement contribuant à une acclimatation culturelle du message chrétien dans nos sociétés. En effet, les évolutions socio-culturelles ayant été extrêmement rapides au cours du XXème siècle, il est devenu aujourd'hui indispensable de penser le contenu de la foi en tenant compte des grilles interprétatives de notre temps. Car la foi s'incarne dans une culture et la foi chrétienne, par sa nature est plus qu'une autre incarnée. Mais il se trouve que ce qu'on appelle l'accélération de l'histoire et la précipitation des changements sociaux, ne nous permettent pas toujours de dire la foi dans les modes et les moules de pensée, dans les stéréotypes et les catégories d'aujourd'hui. Or, Thérèse touche à notre siècle et sur ce point si délicat de l'''inculturation'' qui n'est pas uniquement le propre des jeunes chrétientés, sur ce point nous verrons ce que, au seuil de notre modernité, elle peut apporter, en découvrant des horizons nouveaux, éclairant par là même les démarches fondamentales d'une vie de foi, hic et nunc. Mais, en même temps, en cette fin de millénaire où cette jeune sainte commence à être considérée comme théologienne de l'amour, pour le monde, peut-être faut-il définitivement s0l1ir des limites hagiographiques de son personnage pour reconnaître plus nettement en elle la nouveauté avec laquelle elle exprime comme signes des temps la permanence et le rayonnement de la vie mystique.

Avis au lecteur

Nous voudrions, dès à présent, signaler au lecteur les difficultés rencontrées dans l'approche et l'étude des manuscrits de Sainte Thérèse. On pourrait presque écrire une histoire de ces manuscrits, histoire complexe de remaniements divers, de variantes (c'est un euphémisme) dans la formulation (environ 7000), de mise en scène dans la présentation, le tout souvent sans référence précise ni au temps, ni au lieu, ni au moment, autant d'obstacles pour le chercheur en quête d'exactitude et d'authenticité. Ces variations s'expliquent en partie par le fait qu'un an jour pour jour, après la mort de Thérèse, paraît l'Histoire d'une âme qui utilise en les retouchant ce que nous appelons aujourd'hui les manuscrits A B CI auxquels s'ajoute
1 L'œuvre thérésienne comprend essentiellement 3 manuscrits autobiographiques: Le Manuscrit A, écrit à partir de 1895, à la demande de la sœur de Thérèse, Pauline Martin, en religion Mère Agnès de Jésus qui fut Prieure du Carmel durant le triennat 1893-1896. Ce manuscrit présente l'intérêt majeur pour nous, de nous renseigner sur la vie spirituelle de Thérèse depuis l'enfance et en même temps de constituer la chronique d'une famille de la bourgeoisie française au XIXème siècle. Le Manuscrit B est en fait le contenu d'une longue lettre à une autre de ses sœurs, Marie, en religion Marie du Sacré-Cœur. Thérèse y développe sa vision théologique et spirituelle de la sainteté. Nous sommes en septembre 1896. Le Manuscrit C a été rédigé avec, semble-t-il de plus en plus, pour Thérèse, la certitude qu'il serait un jour publié et il a été écrit à partir de juin 1896, à la demande de Mèr;,)Marie de Gonzague, Prieure du Carmel à partir de mars 1896. Ce manuscrit nous renseigne sur la "petite voie",

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un long chapitre (chapitre XII) plus édifiant que strictement biographique. Suit une sorte de stock de réflexions thérésiennes intitulé: Conseils et souvenirs. Ce regroupement artificiel correspond visiblement à une intention hagiographique mais n'obéit en aucun cas à une logique de la vérité historique, laquelle devrait commencer par le respect des dates ou, sinon des dates elles-mêmes, au moins d'une chronologie sommaire. Or, différents passages sont introduits par un jour, mais lequel? Etait-ce en 1895, ou au début de la maladie de Thérèse ou plus tard? L'Histoire d'une âme contient également des Lettres et des Poésies soumises au même type de corrections, les Poésies étant retouchées pour des raisons principalement de prosodie. Quant aux lettres, publiées explicitement par fragments, le contenu ne s'en retrouve donc pas toujours le même dans l'œuvre complète désormais à notre disposition : parfois ces lettres portent la date d'une année sans autre précision: or, étant donné le caractère pénible de la vie au Carmel, notamment en hiver, on peut penser qu'il n'est pas indifférent pour nous de lire une lettre du 25 janvier ou du 15juin. Prenons un exemple: à la page 347 de l' Histoire d'une âmel une lettre est datée 1890. Or, cette lettre porte une date précise: le 3 septembre 1890; elle est adressée à Mère Agnès de Jésus, disons pour simplifier Pauline Martin et il s'agit de la lettre 114 pp 419-420 de l'édition du Cerf 1992 à laquelle nous nous référons dans cet ouvrage. Toute une partie du texte a été omise et la portion qui en reste, tout à fait remaniée, l'est comme toujours ou presque, au bénéfice de l'inexactitude: exemple capital tout de même: le texte rapporté par Pauline et publié sous l'autorité de Mère Marie de Gonzague dans l' Histoire d'une âme2 est le suigrâce à l'enseignement donné aux novices; il aborde le grand problème des tentations contre la foi, dans la période la plus achevée et la plus pathétique de la vie de la sainte. 1 Histoire d'une time, édition de 1925, sortie des Presses de l'Imprimerie Saint-Paul à Bar-le-Duc (Meuse), comme la première édition de 1898. 2 On peut regretter que ces modifications malencontreuses et généralisées émanent du Carmel de Lisieux et soient l'œuvre essentiellement de Pauline Martin, perfectionniste et puriste en matière littéraire autant que soucieuse d'édification morale et religieuse. Mais il y a également les

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vant: "Jésus ne regarde pas au temps car il est éternel" tandis que Thérèse a écrit tellement plus clairement et simplement: "Jésus ne regarde pas au temps puisqu'il n'yen a plus au Ciel" et elle ajoute "Il ne dDit regarder qu'à l'amour". Philosophiquement parlant, quelle erreur dans le texte repris par Pauline: en effet, ce n'est pas parce que Jésus est éternel que le temps n'est plus une référence objective, mais c'est sans doute parce que le temps est une perspective liée à notre condition humaine d'intelligibilité du réel, position qui pourrait être assez proche nous semble-t-il, de la théorie kantienne du temps phénoménaL Ce n'est pas tout: la suite du texte transmis par Pauline est celle-ci: "Je ne désire pas l'amour sensible, pourvu qu'il soit sensible pour Jésus, cela me suffit". Or le texte de Thérèse est tout autre :"Je ne demande pas de l'amour sensible mais seulement "senti" de Jésus". Indépendamment de la confusion entre désirer et demander et de l'omission du partitif: de (l'amour sensible), nous analysons ce contresens au chapitre 4. Le reste de la lettre, comme nous l'avons signalé, a disparu. Le texte ne porte pas de signature alors que Thérèse a signé: le petit grain de sable. La mutilation ou le remaniement des manuscrits thérésiens prouve que ni Pauline, ni Mère Marie de Gonzague n'avaient soupçonné la profondeur philosophique et théologique de ces pages inspirées qu'il fallait en conséquence livrer telles qu'elles avaient été rédigées. Quoi qu'il en soit d'ailleurs, nous avons ici l'exemple de ce que peuvent devenir des documents authentiques entre les mains du profane qui n'a rien compris au problème de la vérité historique, ni à la déontologie du chercheur. Il faut dire qu'à la fin du XIXème siècle, la méthode historique ne s'imposait pas avec les exigences d'aujourd'hui pour tous. Encore l'historien peut-il se tenir pour satisfait quand il est capable, sur le plan événementiel, de faire coïncider une date et un fait ou un événement. Mais l'historien des idées se trouve constamment désarçonné par l'adoption de
difficultés créées par l'intervention de Mère Marie de Gonzague, Prieure du Carmel au moment de l'examen pour la publication, des manuscrits thérésiens. Pour de plus amples renseignements, cf. éd Cerf Oeuvres complètes in Introduction aux manuscrits autobiographiques.

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concepts différents de ceux figurant dans les manuscrits sans compter les omissions mises sans doute au compte des détails: exemple: lorsque Thérèse parle de sa passion du savoir, on peut s'étonner, dans l'Histoire d'une âme que ne figurent pas les disciplines qui l'intéressaient. Or, dans le manuscrit A, ces disciplines sont précisément citées: la science et l'histoire. Et il est là aussi capital d'apprendre que l'intérêt pour les sciences soit si vif: on s'explique beaucoup mieux ainsi les tentations scientistes de Thérèse, tentations qui lui ont paru vraiment insurmontables. Pour faire à nouveau allusion aux "variantes", remarquons qu'elles trahissent souvent, à la faveur d'une expression plus recherchée, le style du XIXème siècle, en ce qu'il a de plus caduc de nos jours. Ce style se charge aussi de préciosité, s'encombre de formules de convenances et, pis encore, confère au propos un certain ton d'infatuation. Sur le plan du vocabulaire, on s'aperçoit que les variantes défigurent presque toutes le caractère propre du mot ou de l'expression. Par exemple, s'agissant de la manière dont Thérèse aurait parlé de la Vierge, Pauline écrit, pour Thérèse: "Comme j'aurais bien parlé d'elle". Or ce n'est pas ce qui figure dans les derniers entretiens. Thérèse y dit seulement ceci: "Que j'aurais donc bien voulu être prêtre pour prêcher sur la Sainte Vierge"l . Le style de Thérèse est beaucoup plus direct: elle n'emploie pas les termes utilisés par sa sœur: exemple: Sa Grandeur en parlant de l'évêque de Bayeux. TIy a aussi quelques indications dans les logia qui nous sont parvenus, que nous trouvons un peu ridicules, par exemple en en-tête du Carnet jaune la mention: Très intime. TIva de soi que les saintes paroles de Thérèse, notées d'ailleurs au fur et à mesure, appartiennent aujourd'hui à l'histoire et non à ceux et celles qui furent ses proches en son temps. Le plus souvent, du reste, ces conversations avaient un caractère tout autre qu'intime, auquel cas elles n'auraient intéressé personne. Assurément, dira-t-on, pourquoi ces remarques puisqu'il existe une édition des œuvres complètes: le Tatum, (notre référence) qui restitue
1 Cerf DE p 1102.

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le texte original des manuscrits autant que faire se peut. Mais l'auteur du présent ouvrage a choisi de prendre tout d'abord ses références dans l'Histoire d'une âme, dans une édition en usage dans sa famille. Il est piquant d'y lire sous la plume de Mgr Thomas, évêque de Bayeux et Lisieux, les propos suivants concernant les fameuses "variantes" : "Ces changements (il s'agit, affirme Mgr Thomas de quelques suppressions et retouches), ces changements donc, ne sont ni fréquents! ni considérables et n'intéressent d'ailleurs ni la vérité substantielle du récit, ni le fond de la doctrine". Il aura fallu trois quarts de siècle pour voir plus clair dans l' œuvre proprement thérésienne. Cela dit, l'édition de l' Histoire d'une âme, dont nous parlons, est extrêmement agréable à consulter: le texte est aéré, l'impression parfaite, les chapitres bien délimités et l'effet image d'EpinaI à la fois symbolique et édifiante, garanti. Pour ce faire, le manuscrit B n'est pas à sa vraie place. Tout cela, les spécialistes de Sainte Thérèse le savent, mais il est intéressant pour tous les autres, de montrer comment au XIXème et même au XXème siècle à ses débuts, on peut fabriquer une image hagiographique, correspondant à l'imaginaire collectif de la sainteté, relevant les traits les plus capables d'être retenus par les lecteurs et correspondant à leur attente: "Papa, mon nom est écrit

dans le ciel"

I.

Le portrait d'ailleurs de Sainte Thérèse le

plus répandu et, dit-on, le plus fidèle, est celui de Thérèse aux roses, le plus artificiel de tous selon notre goût actuel. L'intérêt donc de se reporter en premier lieu à l'édition du début du siècle est précisément d'observer quels éléments essentiels du message thérésien ont été remarqués et transmis. De ce point de vue, la division en chapitres et le recueil de souvenirs sont une entreprise intéressante. Cette reconstruction du personnage de la sainte et de sa mission sont riches d'enseignement à commencer par celuici : Pauline parle désormais de "notre petite sainte" : on passe ainsi de l'historicité à l'hagiographie. La rédaction première de l'Histoire d'une âme peut en effet nous renseigner sur la façon dont sa famille et son entourage au Carmel, percevaient la sainteté de Thérèse, qu'en tant que
I Cerf Ms A p 97.

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témoins, ils furent sollicités de faire connaître. Comment dès lors, éviter les clichés contre lesquels Thérèse n'a cessé de mettre en garde dans les derniers mois de sa vie. "Au Carmel, il ne faut pas faire de fausse monnaie pour acheter des âmes. Et souvent les belles paroles qu'on écrit et les belles paroles qu'on reçoit sont un échange de fausse
. . m_ '!nale "1.

A la lecture de ce qui précède, on comprendra que, consulter les sources, c'est parfois manier de la dynamite. D'autant que ces sources, dans l'état actuel du Totum, sont nombreuses mais se présentent un peu à l'état brut de stock, le souci ayant été, semble-t-il, l'exhaustivité, bien que le Totum ne comprenne pas l'édition de l'Histoire d'une âme de 1898, ni le synopse des Derniers Entretiens. Mais si les documents y sont tout de même importants et fiables, ils y sont tous présentés sur le même plan; par exemple, les lettres publiées paraissent parfois tout à fait anodines quand elles ont été écrites par Thérèse enfant. Mais à vrai dire, abondance de biens ne nuit jamais. N'empêche que ce "monument" est à la fois imposant et compact, ce qui se comprend toutefois, dans la mesure où comme nous l'avons déjà remarqué, rien dans une vie ni dans une œuvre, ne doit être considéré comme négligeable. Ce qui manifestement l'était pour Pauline, ne l'avait pas été pour sa sœur Thérèse. Nous naviguons donc au milieu des écueils: il faut par suite, être particulièrement vigilant sur la nature des documents utilisés. L'historien y voit une raison d'honnêteté intellectuelle; le philosophe et le sociologue y craignent de rater le rendez-vous avec la vérité. La vérité, disait le Cardinal Ratzinger au cours d'un Colloque à l'Académie des Sciences morales et politiques à Paris, janvier 1995. "Ln vérité doit philosopher dans l'obéissance à lafoi". Cette quête qui fut celle de Thérèse et que nous faisons nôtre, nous avons essayé de la mener en fonction des documents les mieux établis qui sont à notre disposition. Mais il nous semble qu'il y a encore du chemin à parcourir pour obtenir une édition courante, à la fois
I Cerf DE p 1031.

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attractive, claire et surtout authentique des sources dont nous disposons. Le souci de la vérité dans la Parole dite et écrite est à souligner comme une préoccupation et un devoir majeurs dans la poursuite des études thérésiennes. Nous ajouterons à ces quelques remarques, une indication d'ordre méthodologique: nous avons en effet adopté dans cet ouvrage une perspective essentiellement analytique qui se fonde sur la démarche intellectuelle de Thérèse dont nous montrerons, au fIl des chapitres, qu'elle est celle du chercheur. Il ne faudra donc pas s'étonner de retrouver à plusieurs reprises le thème de la souffrance, par exemple, et celui de la Mission. Car il s'agit de suivre l'itinéraire thérésien dans toutes les directions qu'il emprunte à mesure que la réflexion de Thérèse se développe et s'approfondit. Mais il faut également tenir compte en abordant ces grands thèmes, de la dimension prospective qui en projette la fulgurance dans le monde présent. Nous tenterons ainsi de faire apparaître tour à tour à travers la découverte des trésors thérésiens, les différentes facettes d'un même cristal dont on ne découvre qu'in fine la transparence et l'éclat définitifs.

Chapitre I

Thérèse Martin et l'enracinement culturel de la sainteté

Une réflexion aujourd'hui, sur le phénomène de la sainteté, conduit à mettre en évidence le rôle majeur de l'enracinement culturel du saint. En ce temps d'éclatement des structures traditionnelles comme la famille, en ce temps d'individualisme, l'analyse sociologique des racines culturelles, apparaît primordiale, même pour un phénomène aussi personnel, singulier que celui de la sainteté. Tout d'abord, nous remarquerons qu'il n'existe pas de saint qui ne soit d'aucun temps ni d'aucun pays. Comment, en effet, dire autrement que Saint François d'Assise, Sainte Thérèse d' Avila, le saint curé d'Ars, ou bien encore Carthage au temps de Saint Augustin, le siècle de Saint Louis. Le saint est donc, d'une part, enraciné en un temps et en un lieu déterminé mais il peut aussi comme Saint Augustin ou Saint Louis, devenir la figure culturelle d'une époque et d'une société données. Sainte Thérèse de Lisieux n'échappe pas à cette loi implicite. C'est à Lisieux qu'elle a passé presque toute sa vie, au cœur du Pays d'Auge, dans la région bocagère de la Normandie. Le pays d'Auge, écrivait récemment Marcel Jullian dans Le Méridional, "Le pays d'Auge sent la

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