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Fonctions et défis du pasteur dans l'Afrique contemporaine

De
182 pages
Le ministère pastoral connaît de profondes crises aujourd'hui en Afrique. L'auteur tente d'identifier les défis, d'élucider les fonctions pastorales et de clarifier les multiples tâches assignées au pasteur à travers l'analyse des textes bibliques. Le but de cet ouvrage est de proposer un parcours biblique qui permette d'entrevoir quelle figure du pasteur le Nouveau Testament met en scène sur la manière d'exercer le ministère pastoral.
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Etudes
Fonctions et défi s du pasteur africafricafricafricaiaiaiainesnesnesnes
Série Religion
dans l’Afrique contemporaine
Le ministère pastoral connaît de profondes crises aujourd’hui en Afrique.
Partout ailleurs, émergent des formes nouvelles de ministères et des
confi gurations religieuses affectées par de nombreuses distorsions : la
quête acharnée de la prospérité, la propension aux titres et aux honneurs,
le déni de formation théologique, l’interprétation biaisée des textes Jimiimi P P P P. . . ZZ
bibliques, etc. En effet, il semble qu’il n’y a jamais eu tant de confusions
autour du statut et de la fonction du pasteur. D’où la nécessité de repenser
le ministère pastoral, à la lumière de l’Évangile, afi n de le rendre plus
pertinent et crédible. Fonctions et défi s
De manière approfondie, l’auteur tente d’identifi er les défi s, d’élucider
les fonctions pastorales et de clarifi er les multiples tâches assignées au du pasteur dans
pasteur à travers l’analyse des textes bibliques. Le but de cet ouvrage est
de proposer un parcours biblique qui permette d’entrevoir quelle fi gure du l’Afrique contemporaine
pasteur le Nouveau Testament met en scène sur la manière d’exercer le
ministère pastoral.
Jimi Zacka est exégète et théologien
centrafricain. Il est docteur en Nouveau
Testament de la Faculté de théologie
protestante de Montpellier (France), où il
a également enseigné comme professeur
associé. Entre autres études récemment
publiées, il est l’auteur de : Possessions
démoniaques et exorcismes dans les
Églises pentecôtistes d’Afrique centrale (Yaoundé, Éditions
CLE, 2010) ; L’Enchantement religieux dans nos Églises
d’Afrique (Paris, Edilivre, 2014).
Illustration de couverture : © shvaista - Fotolia.com
ISBN : 978-2-343-04663-1
17,50 €
Jimi P. Z
Fonctions et défi s du pasteur dans l’Afrique contemporaine


























































Fonctions et défis du pasteur dans
l’Afrique contemporaine



Collection Études africaines
dirigée par Denis Pryen et son équipe

Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection
« Études africaines » fait peau neuve. Elle présentera toujours
les essais généraux qui ont fait son succès, mais se déclinera
désormais également par séries thématiques : droit, économie,
politique, sociologie, etc.

MAKENGO NKUTU (Alphonse), L’essentiel de droit public. Le cas de
la République démocratique du Congo, 2014.
VILLASANTE CERVELLO (Mariella), Le passé colonial et les héritages
actuels en Mauritanie. État des lieux de recherches nouvelles en histoire
et en anthropologie sociale, 2014.
HINNOU (Patrick), Négocier la démocratie au quotidien, 2014.
CIJIKA KAYOMBO (Chrysostome), Quelles stratégies pour une
éducation idéale en Afrique ?, 2014.
OWONO-KOUMA (Augusto), Les essais de Mongo Beti :
développement et indépendance véritable de l’Afrique noire francophone,
2014.
DOUI-WAWAYE (Augustin Jérémie), Repenser la sécurité en
République centrafricaine, 2014.
ELOUGA (Martin) sous la dir. de, Les Tikar du Cameroun central.
Ethnogenèse, culture et relations avec les peuples voisins, 2014.
DIARRA (Mohamed Abdoulay), Profession : marabout en milieu
rural et urbain. L’exemple du Niger, 2014.
TOLNO (Charles-Pascal), Afrique du Sud, Le rendez-vous de la
violence, 2014.
YAO (Koffi Matin), Famille et parentalité en Afrique à l’heure des
mutations sociétales, 2014.

Ces dix derniers titres de la collection sont classés
par ordre chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr
Jimi P. Zacka














Fonctions et défis du pasteur dans
l’Afrique contemporaine
































































































Du même auteur

Le discours de Milet : Langage symbolique et sagesse africaine, (Approches
exégétique et contextualisée des Actes 20. 17-35), Paris,
Edilivreaparis, 2014.
L’Enchantement religieux dans nos Églises d’Afrique : Exorcismes et
syncrétismes, Paris, Edilivre-aparis, 2013.
Possessions démoniaques et exorcismes dans les Églises Pentecôtistes
d’Afrique centrale, (une relecture du « ministère de délivrance » à
partir de l’Évangile de Marc), Yaoundé, CLE, 2010.
















































































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04663-1
EAN : 9782343046631
DEDICACE

À la mémoire de
Rév. Dr Isaac ZOKOUE , qui a rejoint la demeure du Père
Céleste après avoir mené le bon combat de la foi et achevé sa
course pour Jésus (2 Timothée 4, 7)
Et
Tous les Pasteurs centrafricains qui ont été cyniquement
assassinés pendant les douloureuses crises de 2013.
Puisse votre sacrifice ultime inspirer les générations futures dans
leur quête de la vocation pastorale.














Sauf indication contraire, les abréviations bibliques proviennent
de la Nouvelle Bible Segond (NBS).























INTRODUCTION

Touché de plein fouet par de profondes mutations sociales
au cours de ces dernières années, le pastorat en Afrique est mis
à rude épreuve aujourd’hui. Le statut du pasteur est remis en
question par le déficit de légitimité à la fois ecclésiale et sociale.
L’idéal de la vie chrétienne lui-même en est affecté, conduisant
ainsi à une perception biaisée de la vocation de l’Église. Cette
crise comporte, notons-le, deux dimensions imbriquées :
premièrement, même si le pasteur se définit par ce qu’il fait, il
s’interroge encore sur son statut et sa fonction. Toutes les
difficultés auxquelles il se confronte, se présentent à lui comme
obstacles. Ces obstacles viennent de tous côtés et s’imposent sur
plusieurs plans : théologique, social, éthique et identitaire. La
deuxième chose que l’on peut relever, c’est que les valeurs
sociétales évoluent et celle du pasteur est perpétuellement
1remise en question . Même s’il semble être au sein de son
Église un personnage important, il n’a plus la même place dans
2la société qu’autrefois . L’exclusion de l’Église des lieux où se
décide effectivement le destin des hommes a réduit la portée
sociale de son intervention et marginalisé le travail pastoral. Le
poids social et politique de quelques grandes figures
protestantes influentes en Afrique n’a pas élevé non plus le
statut du pasteur. De plus, quelques pasteurs se voient assignés
à l’exercice quotidien d’une fonction dans laquelle ils
reconnaissent difficilement leur mission et leur vocation. Ils
subissent ainsi la pression de nouveaux modes de vie de leurs
fidèles : les devoirs chrétiens sont parfois négligés, vivre la foi a
peu de place dans les préoccupations de la vie quotidienne, la

1 Lire P. L. DUBIED, « Le métier pastoral », Etudes Théologiques et
Religieuses n°4, 1985, p.576.
2 A une époque, la structure religieuse constituait une des dimensions
fondamentales de la société africaine, le pasteur avait sa place : il était une
« autorité religieuse » à côté des autorités civile et militaire. Les autorités
religieuses n’ont plus aujourd’hui qu’un rôle folklorique.
9
vie des fidèles est plus tournée vers la quête de guérison ou du
bien matériel que d’édification spirituelle, leur participation à
l’Église est conditionnée par la manifestation des dons
spirituels. Les vérités de foi fondamentales sont remises en
question.
En définitive, l’évolution de la société a sérieusement
affecté les Églises, qu’elles soient catholiques, évangéliques,
traditionnalistes ou progressistes, structurée de façon collégiale
ou presbytérale. Partout, nous voyons se développer de
nouveaux ministères et de nouvelles formes de pastorat,
assorties de nombreuses distorsions : la primauté de l’«esprit de
3cueillette », l’absence d’une doctrine structurée, le déni de
4formation théologique , etc. C’est dire qu’il n’y a jamais eu tant
de confusions autour de la fonction du pasteur aujourd’hui en
Afrique.
Le signe le plus évident de cette crise est l’écroulement des
structures et des formes traditionnelles du ministère, qui prend
souvent la forme du déclin continu, voire d’une dérive
ecclésiale. Parallèlement, nous assistons à l’émergence d’une
variété de nouvelles formes de pastorat constitué des pasteurs
5 6auto-proclamés et des pasteurs à mi-temps .

3 Avoir l’ « esprit de cueillette » est la propension que peut avoir une
personne, investie du moindre pouvoir pour enfreindre les règles morales et de
droit afin d’assouvir sa volonté irrépressible d’un enrichissement personnel
aussi rapide que possible et sans se soucier de l’intérêt général.
4 Devenir pasteur suppose une solide formation biblique ou théologique.
Malheureusement, dans la plupart d’Églises dites de « réveil » en Afrique,
beaucoup ignorent cet aspect et comptent seulement sur les performances
spirituelles pour séduire les fidèles.
5 Le journal, « Réformateur chrétien » du 12 Janvier 2000 a consacré son
numéro spécial à la question suivante ; « Qui est le pasteur ? ». Dans
l’éditorial, Abdoulaye SANGHO écrit ceci : « L’interrogation (Qui est le
Pasteur) est une question d’actualité, tant la confusion règne dans la bergerie
et plus encore dans le monde qui s’interroge sur ceux qui arborent ce titre sans
se conformer aux principes d’un tel ministère…aujourd’hui, plus que jamais,
il devient difficile de comprendre le terme « pasteur ». Tant il est vrai que le
vocable est attribué à tous ceux qui croient avoir vocation de servir Dieu. S’il
vous arrive de regarder quelques pasteurs, vous découvrirez avec surprise des
professions étranges : pasteur-administrateur, pasteur-enseignant,
pasteur10
Il s’agit clairement d’une crise interne qui requiert un
autoexamen sérieux et un vrai discernement. Les solutions doivent
être trouvées depuis la vie interne des Églises elles-mêmes.
Il y a en outre deux autres écueils qui restreignent la tâche
du pasteur aujourd’hui. Le premier est le fait que beaucoup de
pasteurs mènent une vie sociale très difficile et les Églises
abordent cette question vitale avec une certaine
condescendance. C’est pourquoi, d’ailleurs, confrontés à de
réels problèmes vitaux, beaucoup d’entre eux se sentent frustrés
dans l’exercice de leur ministère et se livrent souvent à d’autres
activités. Le second est, a contrario, l’émergence de nouvelles
figures de ces pasteurs qui, pour se soustraire à cette situation
de précarité, trouvent mieux de se forger une réputation en se
dotant souvent d’un corpus doctrinal axé sur la « théologie de la
7prospérité » qui prône l’idéologie du combat spirituel, la
pratique de la délivrance, la technique de la semence de
8bénédictions . Ainsi, leurs initiatives pastorales, même avec
l’apparence de piété, sont souvent empreintes de recherche
d’intérêts personnels. En conséquence, deux types de pasteurs
se mettent aujourd’hui en concurrence : il y a le
"pasteurlégitimé" pour lequel domine la consécration, l’esprit de
sacrifice et d’abnégation, et le "pasteur-autoproclamé" qui
s’autonomise, s’auto-légitime, s’autoproclame pour exercer un
ministère axé sur la quête du prestige et des biens matériels.

évangéliste, pasteur-comptable, etc. Aussi se décrit-on pasteur sans crier gare,
sans préparation aucune. »
6 Il y a un phénomène récent dans les milieux évangéliques. La plupart des
pasteurs qui y sont, exercent des activités professionnelles parallèles. On les
appelle des « pasteurs à mi-temps ». Car, ils sont partagés entre leur travail et
les activités pastorales.
7 La « théologie de la prospérité » prône trois éléments fondamentaux : la
richesse matérielle, la guérison divine et la foi positive. Cf. D. BOURDANNE,
L’Évangile de la prospérité : Une menace pour l’Église Africaine, Abidjan,
Presses Bibliques Africaines, 1999, p.16.
8 Lire notre livre, J.P. ZACKA, Possessions démoniaques et exorcismes
dans les Eglises Pentecôtistes d’Afrique Centrale, Yaoundé, CLE, 2010 ;
L’enchantement religieux dans nos Eglises d’Afrique, Paris, Edilivre, 2014.
11
Cette crise du ministère, perceptible à des degrés divers dans
les Églises, provient surtout de ces nouvelles configurations
religieuses, mais il est clair que les autres Églises
traditionnalistes subissent elles aussi les mêmes changements.
Elles sont aussi mises à mal aujourd’hui, et pas seulement sous
la pression des mutations sociales, mais aussi par la montée en
puissance de ces nouvelles Églises qui les contraignent
implicitement à reformer leurs structures de communion, de
ministère et de décision. Ces changements, en effet, conduisent
indéniablement à l’exigence de redéfinir la fonction du pasteur.
Car, quelle que soit la dénomination à laquelle ils appartiennent,
nous constatons que les pasteurs sont souvent soumis aux
mêmes tensions, conflits et frustrations.
Au regard de ce tableau sombre, force est de constater que
la fonction et le statut du pasteur sont devenus extrêmement
flous et confus autant dans la conscience du public que chez le
pasteur lui-même. Compétences, expériences et savoir-faire ne
suffisent plus. On exige plutôt qu’il incarne une véritable
éthique non seulement pour l’Église, mais aussi pour le public.
Reconnu comme pasteur, est attendu de lui qu’il valorise sa
fonction et sa personnalité qui le singularisent. En d’autres
termes, ce que le public attend du pasteur africain aujourd’hui,
c’est sans doute la plus grande richesse du ministère pastoral, la
singularité, l’unicité et la vérité dans la manière d’être de celui
qui l’assume. C’est pourquoi, cette crise ne doit pas seulement
être comprise comme un danger ou un défi, mais aussi comme
une occasion favorable de se renouveler, de répondre d’une
manière créative aux attentes de l’Église et du public.
Il apparaît donc urgent de redéfinir aujourd’hui la fonction
et le statut du pasteur à partir des données bibliques afin de
9rendre sensible la pertinence du ministère . Dit autrement,
l’Église devra en effet disposer des pasteurs aux compétences
bien définies et reconnues. Dans cette optique, cet ouvrage doit

9 DUBIED, art.cit., p.577.
12
se donner pour ambition de susciter de nouvelles vocations en
clarifiant les voies de formation et en faisant la promotion de
différents ministères d’Église. Ainsi, loin du fantasme d’un
ministère imaginé et introuvable, cet ouvrage se propose
d’identifier les défis, d’élucider la fonction pastorale, de
clarifier les multiples fonctions regroupées et projetées en une
seule personne : le pasteur.
L’apôtre Paul, dans ses lettres aux différentes communautés
chrétiennes de son époque confrontées aux mêmes défis, par
une démarche à la fois synthétique et dialectique, a
magistralement identifié les attentes et les demandes de ses
contemporains, il les a prises en compte et interprétées
théologiquement, donnant ainsi à l’Église naissante la
possibilité d’y répondre avec efficacité. Nous tenterons une
démarche analogue, quant aux attentes et demandes des Églises
africaines d’aujourd’hui, dans la mesure où il nous sera donné
de les identifier avec perspicacité, de les prendre en compte, et
d’y répondre. Redéfinir le statut et la fonction du pasteur, c’est
aussi reconsidérer les tâches prophétique et sociale dévolues
aux Églises d’Afrique. D’où la question : comment devons-nous
repenser le ministère pastoral afin de répondre aux défis d’une
Afrique en mutations ? Cette question délimite le cadre de cette
étude articulée en quatre chapitres :
Le premier chapitre comporte deux parties. La première
nous invite à une réflexion théologique et biblique sur la
fonction et l’identité du pasteur. En fait, le terme « pasteur » est
englobant et malaisé à définir. On ne peut donc se fonder sur les
titres donnés aux différents responsables d’Église du premier
siècle pour se faire une idée précise du ministère pastoral. Pour
ce faire, la réflexion se concentrera sur trois lignes : Quel profil
10reçoit le pasteur au travers des écrits du NT ? Qui est appelé à
exercer le ministère pastoral ? A quoi tient la valorisation du

10
Tout au long de l’ouvrage, nous utiliserons les abréviations suivantes :
NT = Nouveau Testament ; AT = Ancien Testament
13
terme « pasteur » dans la première chrétienté ? Les réponses sont
en effet à chercher dans le NT. La seconde permettra d’étudier
la composition et les structures des communautés pauliniennes.
Ce qui nous fournira une indication concrète sur leur
compréhension de comment ils concevaient les fonctions et les
statuts de ceux qui annonçaient l’Évangile. Nous nous
interrogerons également sur l’importance du métier de Paul
dans son ministère. Évoquer le travail de Paul apporte ici
l’éclairage sur la cause pour laquelle il a soutenu, lui-même, son
ministère.
Le second chapitre est consacré à l’étude des trois textes de
Paul : 1Co 9.7-18 ; 1Th 5.12-13 ; 1Tm 5.17-21 choisis comme
supports textuels de notre analyse. Deux choses sont à préciser
ici. D’abord, nous souhaitons découvrir ce que Paul dit au sujet
de la pertinence du ministère pastoral. Ensuite, nous tenterons
d’élaborer une perspective permettant de repenser le ministère
pastoral en Afrique.
Au troisième chapitre, nous présentons la situation actuelle
de crise pastorale en Afrique, notamment en Afrique Centrale.
Car, la validité de nos arguments sur les implications pratiques
envisagées dépendra de cet inventaire contextuel.
Le quatrième chapitre va suggérer des implications pratiques
visant à faire des suggestions afin de proposer des pistes au
travers desquelles la fonction et le statut du pasteur pourraient
être repensés.










14
CHAPITRE I

LE MINISTERE PASTORAL DANS LE NOUVEAU TESTAMENT

La question est de toujours, mais elle revêt une importance
nouvelle aujourd’hui où tant de personnes s’interrogent sur leur
place dans la vie en général et dans l’Église en particulier. En
raison de la diversité des ministères, les pasteurs se sont souvent
longuement débattus avec cette question.
Sur ce point, H. d’Espine souligne avec raison que
beaucoup d’incertitudes règnent encore, au sein de l’Église sur
la vraie nature du ministère pastoral et sur la forme
11institutionnelle qu’il doit revêtir . De ce fait, il paraît utile que
le contexte du travail pastoral soit bien défini comme celui
12d’une organisation . Car, tout responsable chrétien doit se
poser la question de savoir où et comment son ministère sert à
la proclamation de l’Évangile. Tout responsable ecclésial doit
aussi s’interroger sur sa manière d’être au service de la vie de
l’Église. D’ailleurs, dans les confessions de foi de la Réforme
au XVI° siècle, les attributions des ministres — qui sont alors
des pasteurs — apparaissent de façon tranchée : ils doivent
prêcher l’Évangile et administrer les sacrements. Il convient de
situer ces déclarations dans le contexte de la lutte contre les
abus dans l’exercice des ministères de l’Église occidentale à la
fin du Moyen Age. Ces abus ont suscité un rappel à l’essentiel
de la tâche des pasteurs qui doit être l’interprétation de
l’Écriture, la proclamation de l’Évangile et l’administration des
sacrements, actes constitutifs de la vie de l’Église.
Dans un certain sens, ces précisions sur les fonctions du
pasteur correspondent à la tendance actuelle d’une

11 H. D’ESPINE, Les Anciens, conducteurs de l’Église, Neuchâtel :
Delachaux et Niestlé, 1944, p.5
12 Cf. DUBIED, art. cit., p. 577.
15
spécialisation toujours plus poussée. Chacun et chacune — non
seulement dans l’Église, mais dans la société contemporaine
tout entière — doit assumer exactement les fonctions précises
qui lui ont été attribuées et pour lesquelles il ou elle a reçu une
formation appropriée. Il semble donc salutaire de rappeler ici la
nature et la spécificité de la fonction ministérielle incombant au
pasteur. Il s’agit ici du travail de réflexion théologique qui doit
inspirer, stimuler et donner du souffle nouveau au ministère
pastoral.
Dans cette section, nous essayerons donc de nous en tenir à
l’étude du NT afin d’étudier l’origine, la nature de la fonction
du terme « ministère pastoral » et ses relations avec les Anciens.

1.1. LE CHAMP SEMANTIQUE DU MINISTERE PASTORAL

1.1.1. Le terme « ministère »

Le terme « ministère » est d’origine latine (ministerium)
dont la forme populaire misterium a donné mistier au x° siècle
puis le mot métier. Dans le NT, le terme correspondant est
13diakonia qui se traduit par service . Cela dit, tous ceux qui sont
en charge ecclésiale, avec différentes spécificités, ne sauraient
14en fin de compte vouloir être autre chose que des serviteurs .
Le ministère ou service du Christ lui-même préfigure ainsi ce
15que devront être les ministères dans son Église . Jésus est le

13 LIDDELL-SCOTT-JONES, A Greek English Lexicon révisé par H. STUART
JONES assisté par R. MCKENZIE, Oxford: Clarendon Press, 1968, p.398.
14 Le mot diakonia (service) utilisé 34 fois s’emploie également pour le
service des tables (Lc 10.40 ; Ac 6.1), pour la collecte (Ac 11.29 ; 12.25 ; Rm
15.31 ; 2Co 8.4 ; 9.1), pour le service des saints (Ac 11.29 ; Ap 2.19), pour
l’annonce de la Parole (2 Tm 4.11 ; Ac 6.4).
15 Les ministères particuliers dans l’église peuvent être classés en quatre
catégories : 1. ministère de fondation de l’Église : apôtre, évangéliste, 2.
ministère d’édification : Prophète, docteur, 3. ministère de direction : anciens
ou évêques, pasteurs, conducteurs (hêgoumenoi), président (proïstamenos), 4.
ministère de diaconie : diacres, diaconesses.
16
serviteur par excellence. Venu pour servir à l’accomplissement
de la volonté du Père, Il devient le Serviteur (diakonos) de tous.
C’est en tant que Serviteur qu’Il donne sa vie : il n’y a plus
grand amour ni plus grand service (Jn 15.13). Ainsi, Il appelle
les disciples qui doivent le suivre et auxquels Il confie une
responsabilité dans la communauté à être au service des frères
(Mc 9.35). « C’est un exemple que je vous ai donné : ce que j’ai
fait pour vous, faites-le vous aussi » (Jn 13.15) ; le lavement des
pieds qui remplace dans l’Évangile de Jean l’institution de la
Cène rapportée par les autres évangiles, est l’illustration la plus
évocatrice de cette volonté de Jésus à l’égard de ses disciples.
Les serviteurs du Christ seront donc des serviteurs inutiles,
comme il est dit dans l’Évangile (Lc 17.10), mais nécessaires à
l’accomplissement de la volonté de Dieu. L’apôtre Paul se
nomme volontiers serviteurs en s’adressant aux Églises en tant
qu’apôtre (Rm 1.1 ; Ph 1.1) : serviteur de Dieu et serviteur des
frères (2Co 4.5). Ainsi, tout chrétien est invité à se reconnaître
dans la condition du serviteur.
Au final, être serviteur signifie se dépenser, être toujours
disponible et prêt à accepter tout ce que l’on pourrait attendre
de soi, d’en faire si possible encore plus que ce qui est
demandé. Celui qui donne de sa force et de son temps sans
compter et parfois sans raison est devenu une figure idéale pour
le serviteur du Christ. Une telle conception du service,
semblet-il, est parfois invivable et irréaliste pour les serviteurs de Dieu
que nous sommes. La vocation pastorale devient ainsi un
fardeau insupportable par rapport auquel on ne ressent toujours
qu’une insuffisance coupable.
Nous devons donc — en accord avec ce que le Christ
luimême a vécu dans l’accomplissement de sa mission divine —
promouvoir une vision du service qui soit respectueuse des dons
et des charismes de chacun. Le pasteur est particulièrement bien
placé pour expérimenter le caractère désintéressé d’une telle
mission. Servir ne signifie pas agir à la place des autres et
17