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Hadewijch d'Anvers, béguine et mystique

De
201 pages
A partir d'un extrait du livre de l'Exode, la 1ère partie de l'ouvrage incite à tendre à la purification de l'âme puisqu'elle a été créée à l'image de Dieu (Genèse 1,26). C'est une invitation à lire la Bible. Dans la seconde partie, l'auteur nous fait redécouvrir Hadewijch d'Anvers, béguine, laïque, écrivain et mystique, issue du mouvement béguinal flamand (XIIIe siècle) : les groupements de vie évangélique d'alors, nos modernes charismatiques.
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Hadewijch d’Anvers, béguine et mystique
Le Pavement de saphir

André Gozier
Moine bénédictin

Hadewijch d’Anvers, béguine et mystique
Le Pavement de saphir

L’Harmattan

Du même auteur, publications récentes Le regard intérieur. Dom Augustin Guillerand et la spiritualité de la Chartreuse. La Correrie de la Grande Chartreuse, 1991 et 2007. Prier 15 jours avec Maître Eckhart. Nouvelle Cité, 1992 et 2008. Prier 15 jours avec Saint Benoît. Nouvelle Cité, 2001. Prier 15 jours avec Thomas Merton. Nouvelle Cité, 1997. Le Christ de François Mauriac. C.L.D., 2001. De la vie à la Vie. Jalons pour une lectio divina. Soceval, 2003. La Croix : folie de Dieu. Soceval, 2005. Célébration de l’Ineffable. Soceval, 2006. Un éveilleur spirituel : Henri Le Saux. Soceval, 2004. Henri Le Saux, un moine chrétien à l’écoute des Upanishads. Edition Arfuyen, 2008. Le père Henri Le Saux, le christianisme à la rencontre de l’hindouisme. Centurion, 1989 et 2008 – Arsis Cheminements Ed. Pseudo-Denys : la théologie mystique – Lettres. « Les Pères dans la foi ». Migne – Brepols, 1991 et 2008.

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-11232-2 EAN : 9782296112322

Pour la première partie du livre du Père André Gozier « Le Pavement de Saphir » J’accorde volontiers la permission de publier « Cum permissu superiorum » le 14 octobre 2009. + f.Pierre Massein
Administrateur de l’Abbaye Sainte Marie de Paris

Pour la deuxième partie du livre « Le Pavement de Saphir »
Nihil Obstat Paris, le 17 juin 1991 G. Tilliette Imprimi potest Paris, le 30 août 1991 f. René Joubert o.s.b. Abbé de Sainte-Marie Imprimatur Paris, le 24 juin 1991 M. M. Vidal, v.e.

Moïse monta, accompagné d’Aaron, de Nadab, d’Abihu et de soixante dix des anciens d’Israël. Ils contemplèrent le Dieu d’Israël ; sous ses pieds s’étendait comme un pavement de saphir semblable par sa pureté au ciel lui-même… Ils purent contempler Dieu. Ils mangèrent et ils burent.

Exode 24,9-11

Réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur, qui est Esprit.

2 Co. 3,18

INTRODUCTION
Etre le miroir de Dieu : comment y parvenir ? Nous donnerons d’abord quelques jalons pour purifier et polir la surface avec une douzaine de commentaires de la Parole de Dieu après avoir exhorté à la lire. Puis nous entrerons dans « la réflexion dans le miroir » avec une dizaine de commentaires de l’œuvre de Hadewijch d’Anvers1 vers 1250, béguine, contemplative pure, éclairée par Saint Augustin (354-430), Evagre (345-399), Saint Bernard (1090-1153), appartenant à un mouvement laïc peu connu. Elle mourut vers 1260-1269. C’est elle qui va nous guider vers « à l’image et la ressemblance de Dieu » (Genèse 1, 26), nous aider à tendre notre esprit vers la transformation dans le miroir de Dieu, afin de devenir, ne serait-ce qu’un temps soit peu comme « le pavement de saphir » (Exode 24,10), « le lieu de Dieu », qui nous permettra de contempler la lumière, ce qui se réalisera petit à petit par l’oraison pratiquée avec fidélité. Il est bien clair que ces pages peuvent se lire à différents niveaux de compréhension. « Dans ta lumière nous voyons la lumière » (Ps 36, 10). Comme un miroir, l’âme doit être simple et pure. Donc tout effacée, tout unie de façon à refléter le plus parfaitement possible l’image de Dieu. Elle doit surtout effacer tout concept, éliminer toute image, faire mourir toute représentation, trouver Dieu au-delà d’elle-même et des formules qu’elle a pu inventer, fixer son attention sur la présence de Dieu au plus pur d’elle-même, acquérir une grande liberté intérieure. Alors, l’âme est éblouie de la réalité de Dieu qui se reflète dans le miroir nu de son mental vierge. Elle prend connaissance du Verbe divin conçu au plus profond d’elle-même. Elle rayonne ; elle

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La première édition de cette 2e partie a été publiée sous le titre : Béguine, écrivain et mystique, Ed. Nouvelle Cité, 1994.

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est féconde. Les soucis, les divagations de l’esprit sont comme des nuages qui passent dans son ciel intérieur. Elle se redit les paroles qui l’ont attirée à l’oraison : je suis près de toi, je suis en toi, je suis à toi. Affronter ce tête-à-tête avec Dieu, ce cœur-à-cœur avec le Maître lui fera découvrir « le toujours nouveau » de l’unique trésor : posséder Dieu, se perdre en Lui. Le saisir dans son désert, dans son propre fond qui n’est rien d’autre que le sein du Père, le lieu de toute fécondité. Au sommet de l’esprit dépouillé d’images, le regard de l’âme est libre, c’est-à-dire disponible pour répondre à l’appel de Dieu, qui sourd du plus loin de son être. L’âme goûte la solitude immense où Dieu se possède. L’esprit retrouve peu à peu la nature du miroir ; la limpidité de son essence lui permet de recevoir toute la beauté de la face du Père, mais c’est à condition qu’il demeure calme, net, attiré à sa mystérieuse profondeur. Tout est là, car l’âme ne découvrira le fond pur de sa propre essence que si elle sait garder la paix. L’œuvre essentielle à laquelle se voue l’âme d’oraison, c’est cette naissance intérieure du Verbe divin, conçu au plus profond d’elle-même. Qu’elle soit fidèle à cette grâce suprême ! Si l’âme tire sa joie de ce que Dieu est, elle sera contente de Dieu, mais à la condition sine qua non de cesser d’enchaîner des idées afin que puisse surgir la vie divine. C’est une manière de célébrer le mystère pascal. Alors, si elle cultive toujours plus la solitude avec Dieu, l’âme est pour Dieu une voie libre et, en retour, Dieu est pour elle la voie libre qui la mène vers le fond de l’être divin, l’éternel amour. L’âme devient ce qu’elle doit être. Ce n’est pas seulement un appel à la participation à la vie trinitaire, mais un appel à être uni à l’unité, à prendre sa joie à ce que Dieu est, à le laisser jouir de lui-même. Quelques actes renouvelés sur la respiration suffiront pour entretenir « l’attention amoureuse de Dieu », si chère à Saint Jean de la Croix.

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L’âme, miroir essentiel de l’être divin, réduite à ce calme pur, trouvera l’unité de Dieu. C’est là seulement où Il se repose et jouit de lui-même. C’est là seulement où elle se reposera et jouira de luimême. Cette découverte de l’unité entraîne une nouvelle joie, relance le désir dans l’espace incommensurable de la divinité. Elle se perd alors dans la simplicité de l’essence. Aucun quiétisme dans cet itinéraire puisqu’il est le résultat de l’effort de l’âme propulsée par la grâce pour descendre « dans son centre, qui est Dieu ». (Saint Jean de la Croix. Vive flamme 1,12).

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1ère partie PURIFICATION DU MIROIR

L’homme à la recherche de l’unité de sa vie
«Faisons l’homme à notre image » (Genèse 1,26)
Le 20 août 1153, parmi les larmes et les prières de ses fils spirituels, Bernard de Clairvaux, qui avait tant peiné, tant souffert, tant aimé le seul Amour, quittait ce monde. Malgré les siècles qui nous séparent, le décalage culturel, les changements de société, il peut nous adresser une parole, car un saint, un docteur de l’Eglise, un abbé a toujours quelque chose à dire. Quelle parole ? J’en choisis une parmi beaucoup d’autres. Laquelle ? L’unification de notre être, car la psychanalyse nous invite à poser le problème. De quoi s’agit-il ? D’une harmonisation avec Dieu, les hommes, le monde, soimême. D’où une pacification avec notre inconscient, car l’homme n’est pas unifié, mais en conflit permanent avec soi-même. Comment la réaliser cette harmonie et pourquoi la réaliser ? Parce que « Jésus est et qu’il est crucifié ». C’est Lui le grand unificateur de notre vie et nous devons la réaliser pour exister authentiquement et, surtout, pour être tout entiers à Lui.

Mais comment la réaliser ?

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C’est toute la vie spirituelle, c’est toute la démarche d’intériorité. Pourquoi es-tu venu ici ? L’appel de Dieu est « un don et un mystère » a écrit Jean-Paul II dans « Vita consecrata ». Oui, c’est un cadeau fait à chacun de nous et un mystère car « pourquoi moi ? ». Ayant pris conscience de cette grâce – et nous la pénétrons plus ou moins profondément avec le temps – nous avons à « chercher vraiment Dieu ». Cette recherche est le plus grand des dons. Le thème du « chercher-trouver » court, me semble-t-il, à travers l’œuvre de l’Abbé de Clairvaux. Par exemple, il écrit : « partant de sa propre expérience, l’âme saisit le comportement de Dieu et elle, qui aime, ne doute pas d’être aimée ». (sur le Cantique des Cantiques 69,7). Cette recherche mutuelle de l’Esprit créateur et de l’esprit créé s’identifie à l’articulation de la grâce et de la liberté, autre grand thème de Bernard. Séparée de la grâce, la liberté est perdue et l’unification de notre être, de notre vie, est manquée. C’est dans la Bible que nous lisons et relisons notre vie, par la parole de Dieu que nous pouvons réaliser l’accord des deux volontés divine et humaine. Comment ? par l’exercice du désir, c’est-à-dire par la prière, c’est-à-dire par l’amour. Alors, le grand souhait de Bernard, à savoir : « former l’homme intérieur » se concrétise et nous sortons de l’exil, de la région de la dissemblance, nous entrons dans notre vraie patrie. Le retour au cœur nous ramène à notre volonté profonde. L’âme se saisit et se pense « dans sa source pure », le lieu de l’ultime. On retrouve, ici la formule de Grégoire le Grand appliquée à Saint Benoît : « il habita avec soi-même ». Notre soi, c’est-à-dire la région la plus profonde de notre âme, l’esprit, s’unit avec le Soi de Dieu. Or, « Celui qui s’unit au Seigneur ne fait plus qu’un seul esprit avec Lui », nous dit Saint Paul.(1 Co. 6,17) Mais comme pour la Règle bénédictine, le premier degré de cette expérience est l’humilité dont le Christ, bien sûr, est le grand exemple. Aussi, Bernard insiste-il beaucoup sur la pauvreté, qui a constitué la venue de Dieu sur la terre. C’est là que l’on découvre

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l’être même de Dieu. Pour Bernard, l’Ascension n’est pas la revanche de la gloire sur l’humanité, mais comme il le dit : « Dieu monte en s’abaissant en un seul et même mouvement ». Il ne conçoit pas l’incarnation comme une parenthèse, mais comme la révélation de la gloire. S’il a attaqué les premiers théologiens de la scolastique, Abélard par exemple, de nos jours il attaquerait les théologiens de la Kénose, c’est-à-dire ceux qui mettent l’accent sur l’abaissement du Sauveur. Pour Bernard, Dieu n’est jamais aussi Dieu que quand il se fait homme et, depuis l’incarnation, Dieu n’est pas sans l’homme, aussi il n’est pas tout lui sans nous, selon Saint Paul. Quelle bonne nouvelle à se rappeler.

Que faut-il retenir aussi de cette réflexion sur Saint Bernard ? Que nous sommes trop souvent, moines ou laïcs, dans l’extériorité, à la surface de nous-même, donc en exil. On s’en est allé loin, très loin souvent. La dispersion doit être combattue pour retrouver le chemin du cœur, s’ouvrir à l’action de Dieu, c’est-àdire retrouver la vérité de son être et donc son unité. Essayons. Ayons au moins ce désir.

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Pourquoi je t’aime Ô Marie ?
« Qui est celle-ci qui surgit comme l’aurore ? » Cantique 6,10.
C’est à chacun de répondre à cette question de Thérèse de Lisieux. Jadis, à l’abbaye de La Source, à l’entrée du réfectoire, il y avait un dessin exécuté par un moine représentant un visage, seulement esquissé, mais très pur. Etait-ce celui du Christ ou de Marie ? A cette question, l’artiste répondait « l’un et l’autre ».

Selon moi, ce visage n’était autre que celui du Christ transparaissant dans le visage de la Vierge. Et il citait un livre que les Français ne lisent pas, mais que lui, père Beurrier, moine très effacé, mais très cultivé, connaissait bien. Il s’agit de « La divine comédie » de Dante dans la partie consacrée au « Paradis », chant 32, où il est dit à l’auteur : « Son visage – celui de Marie – est celui qui ressemble le plus à son fils et son éclat peut seulement te disposer à voir le Christ ». A travers les traits physiques, il s’agit bien sûr d’aller audelà jusqu’aux traits spirituels, et de les découvrir.

Marie, venue de Dieu, co-extensive à toute l’histoire, à toute l’aventure humaine, conduit à Dieu toute sa création, dans un grand moment de retour. Pourquoi ? Parce qu’elle est mère. A l’apôtre Jean, le Christ n’a-t-il pas dit sur la croix : « voici ta mère » ?

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Et n’est-elle pas aussi la femme revêtue du soleil de l’Apocalypse ? En effet, elle peut dire à chacun de nous : « en moi, c’est Dieu qui vous attend ». Car une mère sait discerner dans le regard de son enfant ses aspirations les plus profondes, informulées, mais réelles. Elle peut dire à chacun de nous : « Je suis l’attrait de l’universelle présence, son sourire », car elle n’est le symbole biblique et liturgique de la sagesse que pour exalter la maternité spirituelle, et en élargir l’idée jusqu’à une sorte de maternité cosmique. Mère du verbe incarné, donc de l’Eglise, de l’humanité, du monde. Mère cosmique. Oui. Elle est la forme de l’Eglise, la forme de l’humanité, la forme de toute création, Pourquoi ? Parce qu’elle est l’arche d’alliance véritable. De plus, elle est associée de près à l’œuvre personnelle et universalisante de son fils. Comprendre cette association, c’est universaliser Notre Dame et c’est comprendre combien elle est véritablement singulière : Virgo singularis, c’est-à-dire sans égale, comme nous chantions jadis dans l’hymne si belle, si pure de l’Ave Maria Stella, 8ème siècle. Inséparable de son fils donc, d’où une place essentielle et son rôle dans la construction du corps mystique. Elle pourrait dire encore : entre Dieu et les hommes, je suis le milieu translucide. C’est moi qui ai attiré le Verbe sur terre et c’est moi qui séduit la terre pour la donner à mon Fils. Comme toute femme, mais au plan spirituel et non physique, j’attire par ma beauté, mon charme divin. Et j’éveille en chacun un secret de

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pureté. Pour m’atteindre, il faut me poursuivre jusque dans le Christ. Arrivée là, je me dérobe, je m’évanouis. Mais même alors invisible, je demeure comme milieu, comme ventre où se noue l’union avec mon Fils. Marie, c’est un niveau de conscience, dans un plan de conscience dans la recherche de l’union à Dieu de la plus humble à la plus haute union, car elle conduit au Christ. Elle monte de l’inconscient de l’humanité, « belle comme la lune, brillante comme le soleil » (Cant. 6,10). C’est pourquoi, elle est la perle du cosmos, car c’est en contemplant dans sa pensée éternelle la Sainte Vierge, le Christ et l’Eglise, que Dieu a donné son approbation absolue à la création entière en proclamant : « c’est très bon » (Gen. 1,31). Et « Yahvé m’a créée au début de ses desseins », dit le Livre des Proverbes (8,22), et encore « Je mettrai mes délices à fréquenter les enfants des hommes » (Pro. 8,31. Marie est pure réceptivité à la libre grâce d’en Haut, modèle de l’humanité dans sa relation envers Dieu, car la source, c’est le Christ. Mais la nappe d’eau, le point où elle affleure, c’est Marie, car pour reprendre une expression du père Kolbe, elle est « la personnification de la miséricorde divine ». Elle coule, faible d’abord, mais plus loin dans nos vies, elle réapparaît. Elle est discrète jusqu’à notre mort. Elle nous apprend à tenir l’unique parole de Dieu dans nos bras, « la méditant dans nos cœurs » comme elle, car c’est une parole silencieuse. Il y en a qui la pénètre mieux que les autres, mais c’est toujours progressivement. Et il y a celle qui la pénètre infiniment. Elle est ce pourquoi elle enfante et nous enveloppe : la maternité divine. Cet enveloppement par la Parole conduit à un déploiement de la parole en nous, qui nous fait enfants de Dieu. C’est alors qu’elle nous découvre – Ô joie ! – ce que nous sommes réellement c’est-à-dire ce que Dieu projetait pour nous en nous créant enfants de Dieu, et nous ne pouvons être enfants de

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