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Histoire de la messe

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189 pages

Les premiers prêtres marchands de choses saintes. — Mercantilisme chez les paiens. — Trafiquants établis dans le temple de Salomon. — Jésus chasse les marchands du Temple. — Origine du mot messe. — Rien de précis sur la liturgie des premiers apôtres. — Les premiers chrétiens à l’état de société secrète. — Quelques détails dans les épîtres de Saint-Paul. — La Cène, l’Eucharistie et la tradition. — Hymne énigmatique attribué à Jésus. — Récit des évangélistes.

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Jean-Mamert Cayla

Histoire de la messe

J - M. CAYLA

*
**

Les questions religieuses sont à l’ordre du jour. L’Histoire de la Messe obtiendra donc le succès de La Fin du Papisme. On y retrouvera les mêmes qualités.

Une notice biographique de J.-M. Cayla figure en tête du 21e volume de notre collection.

Nous n’avons à y ajouter que de nouveaux remerciements pour notre dévoué collaborateur.

Voici, relativement au culte catholique, quelques dates intéressantes à méditer.

L’introduction de l’eau bénite ne date que de l’an 1-20 ; la pénitence ne fut introduite qu’en 157 ; les moines ne vinrent qu’en 348 ; la messe latine, 391 ; les dernières huiles, 550 ; le Purgatoire, 593 ; l’invocation de Marie et des saints, 715 ; le baise-pied du pape, 809 ; la canonisation des saints et la béatification des Bienheureux, 993 ; les cloches, 1000 ; le célibat des prêtres, 1015 ; les indulgences, 1119 ; les dispenses, 1200 ; l’élévation de l’hostie, 1200 ; l’inquisition, 1204 ; la confession orale, 1515 ; l’immaculée conception, 1860 ; l’infaillibilité, 1870.

Nous ne nous attaquons pas à la religion. Encore une fois, nous voulons toutes les libertés, y compris celle d’aller à la messe. C’est aux exploiteurs de superstitions, aux mauvais dévôts, aux spéculateurs de sacristies, que nous avons déclaré la guerre.

 

VICTOR POUPIN.

CHAPITRE PREMIER

Les premiers prêtres marchands de choses saintes. — Mercantilisme chez les paiens. — Trafiquants établis dans le temple de Salomon. — Jésus chasse les marchands du Temple. — Origine du mot messe. — Rien de précis sur la liturgie des premiers apôtres. — Les premiers chrétiens à l’état de société secrète. — Quelques détails dans les épîtres de Saint-Paul. — La Cène, l’Eucharistie et la tradition. — Hymne énigmatique attribué à Jésus. — Récit des évangélistes. — Après la mort de Jésus on célébra secrètement les saints mystères : pourquoi ? — Les agapes et la liturgie. — Premières cérémonies publiques. — Premières liturgies apocryphes. — Modestie, simplicité des premiers chrétiens. — Réponse du diacre Laurent. — Alliance de l’Eglise avec les Césars. — Le Christianisme emprunte aux païens le luxe de leurs cérémonies. — Comment le Christianisme détruisit le paganisme. — Curieux détails dans le seizième livre du Code Théodosien. — Les évêques persécuteurs. — Magnificence des costumes du clergé. — Les prières pour les morts tarifées. — Commencement du commerce des messes. — Liturgie grecque et Liturgie romaine. — A quelle époque le mot messe fut généralement adopté. — Premières usurpations des papes.

Le premier homme qui eut l’idée de s’établir intermédiaire entre la Divinité et ses semblables, c’est-à-dire le premier prêtre, préleva un tribut sur la foi religieuse ou plutôt sur la crédulité de ceux qui l’acceptèrent comme leur représentant auprès de Brahma, de Whisnou, d’Ormuz, d’Astarté, la grande déesse des Assyriens, de Jéhovah, le dieu de Moyse, de Jupiter, de Saturne, de Vénus, de Vesta, et enfin, chez les Chrétiens, du Père Eternel, du Christ, de la Vierge et des Saints.

Oui, les prêtres de toutes les religions furent marchands, trafiquants, banquiers de la dévotion, exploitant tour à tour les appâts des félicités célestes, et la peur des tourments de l’enfer. Sur les bords du Gange et de l’Indus, comme sur les rives de l’Euphrate, du Jourdain et du Tibre, le sacerdoce ouvrit boutique de choses dites sacrées, s’empara non-seulement du prestige religieux, mais encore de l’autorité politique, prit possession des meilleures terres, s’assura d’immenses revenus et fit souvent trembler les rois sur leurs trônes.

L’histoire du paganisme nous montre les prêtres orgueilleux, cupides, envieux de tout progrès, de toute civilisation. Même à Jérusalem, cette cité sainte du Peuple de Dieu, le sacerdoce fut marchand de choses saintes, et Jéhovah tout comme Jupiter, roi de l’Olympe, et Mercure, dieu des voleurs, servit de prétexte à l’exploitation du mercantilisme le plus effréné.

Ouvrons l’évangile de Saint Matthieu, chapitre 46. Qu’y trouvons-nous ? Jésus de Nazareth entrant dans le Temple bâti par Salomon, en l’honneur du vrai dieu, pour en chasser les marchands qui ont envahi la maison primitivement consacrée à la prière.

« Jésus, dit Saint Matthieu, chassa ceux qui vendaient et qui achetaient, renversa les tables des changeurs, et les bancs de ceux qui vendaient des colombes. »

Dans ses Commentaires sur les Evangiles, Dom Calmet dit que le parvis du Temple était envahi par des trafiquants qui vendaient des colombes, des veaux, des bœufs, du pain, du vin, du sel, etc.

Les marchands de bœufs s’entendaient avec les prêtres qui, sous prétexte de purifier les animaux, avaient établi des boucheries dans le Temple où ils égorgeaient les bœufs, les veaux, les moutons pour le compte des détaillants, qu’ils approvisionnaient tous les jours. Il est certain que les prêtres juifs étaient à la fois sacrificateurs et bouchers ; cette double profession leur donnait double bénéfice ; en effet, les animaux qu’on offrait pour être immolés au Seigneur, passaient presque toujours aux consommateurs qui les achetaient avec d’autant plus d’empressement que la viande était de premier choix. Sur l’autel du Seigneur, on n’offrait guère que le sang et les entrailles des victimes, et il en était de même chez les Païens, dont les dieux devaient se contenter des intestins et de la graisse, parce que les prêtres n’en auraient, pas trouvé le débit.

Du reste, Saint Jérôme dit que les prêtres juifs étaient si avides de gain, qu’ils faisaient vendre les animaux, les fruits, les légumes offerts à Dieu. Ces mêmes prêtres protégeaient les banquiers et usuriers qui tenaient boutiques ouvertes dans le Temple, et se trouvaient ainsi à portée des étrangers, soit pour le change des monnaies, s’oit pour des prêts à des taux usuraires ; ils donnaient aux prêtres la moitié ou le quart de leurs bénéfices, et on les laissait trafiquer impunément dans le sanctuaire.

Jésus, qui venait de faire son entrée triomphale dans Jérusalem, profita de l’enthousiasme et de l’appui du peuple pour frapper un grand coup. Il chassa tous les marchands du Temple, et tous les trafiquants, bien qu’ils se sentissent appuyés par les prêtres, prirent la fuite, devant le docteur Nazaréen, parce que la foule approuvait cet acte de justice, et leur aurait fait un très-mauvais parti s’ils avaient essayé de résister.

Nous sommes entré dans ces détails pour prouver que le mercantilisme religieux date de l’origine même du sacerdoce. Jésus chassa les marchands du Temple de Jérusalem, aux applaudissements du peuple qui entrevoyait dans le jeune réformateur l’avénement d’un monde nouveau. Et pourtant, la religion qu’on allait fonder avec les doctrines et prédications recueillies par ses disciples, devait elle-même servir bientôt à la cupidité des prêtres chrétiens, marchands non pas de tourterelles et de colombes, mais de prières, marchands de messes, d’absolutions, d’indulgences, etc.

Les étymologistes et commentateurs de l’Ancien et du Nouveau Testament ne sont pas d’accord sur l’origine du mot messe.

Les uns le font dériver du mot hébreu missah, qui se trouve dans le Deuteronome et signifie oblation volontaire ; mais ce mot ne fut adopté ni par les Syriens, ni par les Grecs qui furent les premiers en communication avec les apôtres, et il ne se trouve dans aucun écrit des trois premiers siècles du Christianisme.

D’ailleurs, on ne sait rien de précis sur la liturgie adoptée et suivie par les apôtres. Les évangélistes eux-mêmes n’ont pas marqué comment Jésus avait béni le pain et rendu grâces, pendant la Cène où il réunit ses disciples, la veille de sa mort. Les premiers livres écrits sur le Nouveau Testament ne contiennent, à cet égard, aucun renseignement sérieux.

Tout porte à croire que les apôtres ne rédigèrent aucun règlement, concernant les cérémonies de la religion nouvelle ; ils se dispersèrent après l’ascension du Christ, dit la tradition, et allèrent annoncer l’Evangile dans les contrées les plus éloignées ; il existait certainement une liturgie ; mais elle était tenue secrète pour plusieurs motifs : d’abord, les premiers chrétiens, même la plupart des apôtres, étaient de basse extraction et par conséquent peu instruits : très-probablement ils ne savaient pas écrire, et ceux qui savaient, s’abstenaient soigneusement de livrer les secrets de la religion nouvelle.

De plus, les chrétiens, persécutés, traqués par les païens qui voyaient en eux des ennemis de leur ordre social, vécurent, pour ainsi dire, à l’état permanent de société secrète ; cela est si vrai que, dans les cérémonies du sacrifice, les catéchumènes, les néophytes étaient invités à sortir de l’assemblée, où il ne restait absolument que les initiés ; cette pratique n’est pas sans quelque rapport avec l’origine et les premiers temps de la Franc-Maçonnerie.

Dans son Epitre aux Corinthiens, Saint Paul tance les fidèles de cette ville d’avoir gardé les régles qui n’étaient pas écrites, mais confiées à la mémoire des prêtres. Les autres apôtres expliquaient aussi de vive voix.

Donc, on ne sait rien de certain sur la liturgie de la messe pendant les deux premiers siècles.

Il est de tradition, c’est même un article de foi chrétienne, que l’institution de l’Eucharistie ou la messe date de la Cène dans laquelle Jésus fit ses adieux à ses disciples.

Si nous étions théologien nous pourrions entrer ici dans des détails et appréciations sur cette origine affirmée par. le plus grand nombre, contestée par quelques-uns, mais nous nous bornerons sagement au rôle de modeste historien.

On a prétendu que dans ce repas mystique, Jésus composa un hymne nouveau dont nous trouvons des fragment dans les Commentaires de Dom Calmet sur la Bible (évangile de Saint Matthieu). Le savant commentateur dit que cette pièce venait de certains livres Priscillianistes et qu’elle ne fut jamais reçue par l’Eglise ! Voici les fragments qui figurent dans une lettre de Saint Augustin à Cérétius.

 

« Hymne du Seigneur qu’il apprit à ses disciples par ce qui est écrit :

Et ayant chanté un hymne, il alla à la montagne.

 

Voici ce chant qui ne figure pas dans le canon des Ecritures :

 

Je veux délier et être délié ;

Je veux sauver et être sauvé ;

Je veux engendrer, et je veux être engendré ;

Je veux chanter, dansez tous de joie ;

Je veux pleurer, frappez-vous tous dans la douleur ;

Je veux orner, et je veux être orné ;

Je suis la lampe pour vous qui me voyez ;

Je suis la porte, pour vous qui y frappez ;

Vous qui voyez ce que je suis ;

Ne dites point ce que je fais ;

J’ai joué tout cela dans ce discours ;

Et je n’ai pas du tout été joué. »

 

Ce cantique, attribué au Christ par Saint Augustin, est évidemment énigmatique : c’est ce qui le faisait le plus estimer des Priscillianistes. Saint Augustin dit qu’il n’y a rien de bon dans cette pièce : ce père de l’Eglise n’a pas donné le cantique en entier, probablement parce qu’il y trouvait des idées peu conformes aux croyances et pratiques du Christianisme.

Cependant, Saint Matthieu dit (chapitre 26, verset 30) :

 

« Et avant chanté le cantique d’actions de grâces, ils allèrent à la montagne des Oliviers. »

 

Quel était ce cantique ? Etait-ce celui que les Juifs chantaient à la fin de chaque repas, pour rendre grâces à Dieu, pratique recommandée par l’Ecclésiaste ? (chap. 32, verset 171).

Cela n’est pas probable, car Jésus étant venu pour proclamer la loi nouvelle, dut se garder de recourir aux anciennes traditions du judaïsme ; cependant, comme il appartenait à la secte des Esséniens, fidèles observateurs du cérémonial de la Bible, peut-être le cantique dont nous citons quelques strophes faisait-il partie du rituel judaïque. Il prouverait, toutefois, que la rénovation chrétienne fut, dans ses commencements, une pâle copie des traditions religieuses conservées dans les archives du Temple, et que la Cène ne fut qu’une imitation des repas des Juifs, repas suivis de prières, d’actions de grâces et de cantiques.

D’ailleurs, les Juifs espéraient trouver des festins continuels dans le royaume du Messie.

Saint Luc dit (chap. 22, verset 19) :

 

« Je vous prépare un royaume, comme mon père me l’a préparé, afin que vous buviez et que vous mangiez sur ma table dans mon royaume. »

 

Les pères de l’église et les commentateurs disent que Jésus entendait cela dans un sens spirituel. Mais, qui sait si ses disciples n’attachaient pas à ces paroles une signification matérielle ?

Jésus étant demeuré sur le mont des Oliviers pendant toute la journée du jeudi, n’entra dans Jérusalem que sur le soir et après que Pierre et Jean, qui avaient été chargés de préparer toutes choses, eurent rempli leur mission.

Saint Marc (chap. 14, verset 18) dit que Jésus était couché à table avec ses disciples ; il y avait des lits rangés autour de trois côtés de la table qui était carrée et oblongue. La partie d’en bas était libre, afin qu’on put servir et desservir.

La place d’honneur était en haut, au milieu : les conviés étaient couchés ou appuyés sur le coude, ayant les pieds en dehors, et celui qui était au-dessous avait la tête à peu près vers le sein de celui qui était au-dessus. Voilà pourquoi il est dit que Saint Jean a reposé sa tête sur le sein de Jésus ! Il était à la droite ou à la gauche du Sauveur, et par conséquent la tête sur son sein, et se trouvait ainsi à portée de l’interroger en secret.

Tels sont les principaux détails historiques du dernier repas de Jésus avec ses disciples. Nous laissons de côté, bien entendu, tout ce qui tient particulièrement au dogme et articles dits de foi.

Immédiatement après la mort de Jésus, la liturgie et les offices commencèrent avec la hiérarchie établie en faveur de Pierre. D’ailleurs, Jésus n’avait pas célébré la dernière Cène avec ses apôtres, sans une certaine solennité.

En effet, il est dit qu’il fit préparer, d’abord, une grande salle tapissée de riches tentures et que de nombreuses lampes furent disposées dans la salle.

Il est dit aussi que Jésus commença par une ablution ou lavement des pieds de ses disciples. Pour procéder à cette ablution, il quitta une partie de ses vêtements, attacha sa robe autour de ses reins avec un linge, et purifia alternativement tous ses disciples auxquels il recommanda de pratiquer à l’avenir, les uns envers les autres, la charité dont il venait de leur donner l’exemple. Lorsqu’ils eurent soupé, Jésus prit alternativement le pain et le vin ; il les bénit ; rompit le pain et fit circuler le vin à tous ses apôtres, ainsi que nous venons de le dire.

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