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Intellectuels et Musulmans

De
98 pages
Tel qu'il a été ouvert, le débat sur l'identité nationale a dérivé vers une interrogation sur la présence musulmane et sur la compatibilité de l'Islam avec les valeurs républicaines. En disant comment ils conçoivent l'avenir et l'évolution de l'islam en situation de minorité, les intervenants aident à "casser" l'image d'un islam monolithique et porteur d'affrontements. Une grande diversité caractérise la "mouvance musulmane" et elle est à l'image du reste de la société : diversité des analyses et des choix individuels.
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Intellectuels et Musulmans

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13147-7 EAN : 97822961314177

Robert Bistolfi

Ouvrage dirigé par

Intellectuels et Musulmans
Regards sur l’identité nationale

L’Harmattan

Les Cahiers de Confluences Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud Ils constituent le prolongement de la revue Confluences Méditerranée
Déjà parus dans cette collection : • Méditerranée, l’impossible mur, de Bernard Ravenel (1995) • Algérie, les islamistes à l’assaut du pouvoir, d’Amine Touati (1995) • Israéliens-Palestiniens, la longue marche vers la paix, de Doris Bensimon (1995) • Les cultures du Maghreb, sous la direction de Maria-Angels Roque (1996) • Le partenariat euro-méditerranéen après la Conférence de Barcelone, de Bichara Khader (1997) • Regarde, voici Tanger, de Boubkeur El-Kouche (1997) • Jérusalem, Ville ouverte, sous la direction de Régine Dhoquois-Cohen, Shlomo Elbaz et Georges Hintlian • La République de la Macédoine, nouvelle venue dans le concert européen, sous la direction de Christophe Chiclet et Bernard Lory (1998) • L’Europe et la Méditerranée, stratégies politiques et culturelles (XIXe et XXe siècles), sous la direction de Gilbert Meynier (1999) • Le guêpier kosovar, sous la direction de Christophe Chiclet et Bernard Ravenel (2000) • Méditerranée, défis et enjeux, de Paul Balta (2000) • Palestiniens et Israéliens, le moment de vérité, sous la direction de Jean-Paul Chagnollaud, Régine Dhoquois-Cohen et Bernard Ravenel (2000) • La Tunisie de Ben Ali : la société contre le régime, sous la direction d’Olfa Lamloum et de Bernard Ravenel (2002) • Chroniques d’un pacifiste israélien, d’Uri Avnery (2002) • Les langues de la Méditerranée, sous la direction de Robert Bistolfi (2002) • La Méditerranée des Juifs, exodes et enracinements, sous la direction de Paul Balta, Catherine Dana, Régine Dhoquois-Cohen (2003) • Sport et politique en Méditerranée, sous la direction de Christophe Chiclet et Kolë Gjeloshaj (2004) • La sous-représentation des Français d’origine étrangère, sous la direction de Adda Bekkouche (2005) • Chrétiens d’Orient, sous la direction de Pierre Blanc (2008)

AVANT-PROPOS
Robert Bistolfi Membre du Comité de rédaction de Confluences Méditerranée

Il n’est pas illégitime, dans une nation républicaine, de s’interroger sur les raisons du vivre ensemble et sur la solidité d’un pacte qui doit toujours être renouvelé. Mais le moment, les conditions et les objectifs de cette interrogation sont essentiels. Tel qu’il a été engagé, le débat qui a été ouvert en France n’était pas clair. La suspicion a pesé sur les raisons de son lancement. Immédiatement liée, ne serait-ce qu’en raison du ministère qui a piloté l’entreprise, la question de l’immigration a conduit à un brouillage supplémentaire. Très vite, et bien que ses promoteurs se soient défendus de tout amalgame, le débat a glissé vers une interrogation sur la présence musulmane dans la société française et sur la compatibilité des valeurs de l’islam avec celles de la République. Largement traitées par les médias, diverses « affaires » (des « minarets suisses » à la « burqa ») ont contribué à cette polarisation sur la « question de l’islam ». Toutes ces données sont connues. Libérés par le débat sur l’identité nationale, les propos outranciers sur l’islam ont dit des inquiétudes qu’il ne faut pas écarter sans plus. La crise actuelle est multiple : économique, sociale et politique ; et elle touche aussi aux valeurs. Elle induit le repli, la fermeture et le rejet : si cela n’ôte rien à leur caractère nauséabond, les propos anti-musulmans traduisent aussi, sinon d’abord, un mal-être de la société qui est plus général, et un doute sur son aptitude à gérer de manière apaisée le couple « Unité-Diversité ». Dans ce climat anxiogène que des événements internationaux alimentent aussi, un islam devenu deuxième religion de France nourrit la crainte d’une démarche agressive et d’une volonté de conquête. Tel fait-divers sur-médiatisé ou telle demande d’« accommodement raisonnable » vient conforter les peurs et empêcher de percevoir comment, dans les faits, les comportements et les aspirations – dans une même couche sociale – sont proches et pour l’essentiel indépendants de la culture religieuse. Combien,
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s’agissant de l’immense majorité des musulmans, l’incompatibilité prétendue de leurs croyances avec les valeurs de la République relève d’une méconnaissance des faits et d’un a priori idéologique. Ce qui est dangereux, dans cette mécanique de la méfiance, c’est qu’elle construit l’islam comme un corps rigide, corseté de dogmatisme, et tous les musulmans comme un ensemble humain homogène, animé par une vision uniforme de la société, soudé par une dangereuse volonté d’affirmation collective. Outre qu’elle est contraire aux faits, qu’elle empêche une perception éclairée des dynamiques qui sont réellement à l’œuvre, cette « essentialisation » de l’islam et des musulmans est dangereuse en ce qu’elle fortifie une islamophobie qui ne craint plus, à droite, et parfois à gauche, de s’exprimer. Elle consolide l’idée d’un clivage fondamental, irréductible, entre la composante culturelle musulmane de la société française et un ensemble de valeurs « hexagonales » façonnées par les siècles. Sur ce point, un ancien ancrage chrétien, les apports des Lumières, la laïcité comme acquis institutionnel sont prioritairement mis en avant. Si les trois volets sont indéniablement constitutifs de notre histoire culturelle et politique, ils n’ont pas abouti pour autant à un bloc figé qui interdirait toute évolution et tout enrichissement du socle sociétal. Il faut partir des faits : plusieurs enquêtes socioculturelles montrent que la réalité n’avalise pas les inquiétudes et le pessimisme ambiants. S’il n’y avait pas les graves problèmes sociaux de la période, si les politiques n’apparaissaient pas sans prise sur une crise qui est loin d’avoir développé tous ses effets déstabilisateurs, l’épouvantail musulman agité comme dérivatif perdrait sans doute spontanément de son efficacité. Mais la crise perdure, et le mal est là qui appelle des contre-feux. Le phénomène n’est d’ailleurs pas seulement français comme le montre, dans plusieurs pays de l’Union européenne, une extrême droite qui capitalise toutes les peurs sociales en agitant le fantasme d’une islamisation rampante. Rendre audible la parole libre d’intellectuels et d’intellectuelles musulmanes disant comment ils – et elles – conçoivent l’avenir des musulmans en France, ainsi que l’évolution de l’islam en situation de minorité : cet objectif s’inscrit dans la recherche des contre-feux évoqués. Il est urgent en effet de « casser » la perception d’un islam monolithique et lourd d’affrontements. Les auteurs réunis l’ont été en raison de leur participation active aux débats qui traversent la société, et aussi en fonction de la différence de leurs perceptions
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et options : on constatera que la palette des sensibilités est large. Les spécificités institutionnelles et idéologiques de la situation française ayant été soulignées, il importait de mettre en évidence, face à elles, la diversité qui caractérise la « mouvance musulmane » et qui est à l’image du reste de la société : diversité des analyses et des choix individuels. Les intellectuels musulmans sont de plus en plus présents dans le débat d’ensemble sur l’avenir de la société française, et certains d’entre eux ont un engagement militant. « Intellectuel musulman » : le qualificatif n’est en rien réducteur à la seule étiquette « musulmane » : c’est en tant qu’intellectuels autonomes qu’ils ont été sollicités. Certains d’entre eux ont une démarche dont l’assise religieuse est première, mais d’autres sont simplement de « filiation musulmane » sur le plan culturel, sans engagement religieux. La diversité des choix et des parcours met en évidence la dynamique des questionnements qui est à l’œuvre. Il apparaît qu’elle est beaucoup plus riche et encourageante que ce qu’affirment les discours tablant sur la peur. L’exigence d’écoute doit croître : elle manque trop souvent de confiance face à des prises de position dérangeantes parce que porteuses, pour les plus rigoureuses d’entre elles, d’interpellations souvent justifiées face à un corps de valeurs assises, insuffisamment interrogées et n’incitant plus, de ce fait, à une rencontre confiante avec l’autre, – un autre qui est aussi, déjà, une partie de nous-mêmes.

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LES MUSULMANS DANS LA RÉPUBLIQUE Un passé et un avenir en partage
Ghaleb Bencheikh
Président de la Conférence mondiale des musulmans pour la paix ; Auteur de : La laïcité au regard du Coran, Presses de la Renaissance

Le débat sur l’identité nationale a été l’occasion malheureuse de libérer une parole raciste et désinhiber une attitude xénophobe. Outre que nous croyons qu’il ne relève pas des prérogatives de l’administration d’en organiser les modalités, sa justification a été plus que problématique. Très tôt, le débat a connu des dérapages affligeants sur la présence de l’islam en France. Aussi, jamais la question islamique n’a-t-elle été posée avec autant d’acuité que ces temps-ci. Nous parlons de « question » avec ce qu’elle induit, de nos jours, comme problèmes épineux et sérieux, tout comme on évoquait au début du siècle dernier la question d’Orient avec les implications politiques et géostratégiques que nous connaissons et les séquelles profondes auxquelles la communauté internationale est confrontée. Elle est devenue, depuis deux décennies, cruciale et fondamentale en France et de par le monde. Elle est au centre d’enjeux nationaux et internationaux, dans un climat de tension, de craintes et d’incompréhension. En outre, un traitement médiatique particulier ainsi qu’une production éditoriale abondante ont davantage exacerbé ces tensions. Il est vrai qu’à ce sujet, une littérature de gare foisonnante souvent insidieuse et une analyse de comptoir proliférante parfois tendancieuse n’ont pas permis de voir plus clair et encore moins d’aplanir lesdites tensions. Et nous assistons, ahuris, à la montée d’une certaine hystérie collective caractérisée par l’exagération des modalités d’expression d’une flopée d’analystes, de stratèges et autres observateurs « avisés ». Elle gagne toutes les franges des opinions publiques occidentales, depuis celles qui se méfient jusqu’à celles qui s’en prennent aux lieux de culte.
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