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Islam en France, Islam de France

De
104 pages
En ce début du XXIe siècle, la présence en France d’une population musulmane questionne la notion d’un « islam de France » ancré dans la vie du pays et occupant une place légitime dans la société française et son paysage institutionnel. Cet ouvrage dresse un bilan des connaissances acquises depuis une décennie et analyse ce qu’elles révèlent de la réalité de l’islam en France, de ses legs du passé et de son institutionnalisation. Il permet de comprendre les orientations du débat public sur l’islam, que celles-ci soient induites par des phénomènes propres à l’islam et au monde musulman ou bien qu’elles découlent de certains processus à l’œuvre dans la société française.
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Introduction
e À a In du XX sîèce, après avoîr prîs acte de a pré-sence en France d’une popuatîon musumane dont es convîctîons et a pratîque reîgîeuse perduraîent au I des années d’înstaatîon, chercheurs et acteurs du monde socîa et poîtîque appeaîent de eurs vœux ’écosîon d’un îsam de France, ancré dans a vîe du pays et perçu comme occupant une pace égîtîme dans a socîété rançaîse et son paysage înstîtutîonne. Où en est-on par rapport à cet objectî quî pouvaît apparatre aussî ogîque que souhaîtabe dans un pays quî accorde sa cîtoyenneté aux enants d’îmmîgrés nés sur son so, quee que soît eur cuture ou eur conessîon ?
Cet ouvrage a pour ambîtîon d’apporter des écaîrages sur a sîtuatîon actuee de ’ïsam en France, son évo-utîon au cours des dernîères années et es débats quî se poursuîvent sur sa présence et es reatîons tîssées avec es dîférentes composantes de a socîété rançaîse, ee-même agîtée par des débats quant à son devenîr. Pour cea, nous proposons une brève synthèse des prîncîpaux savoîrs acquîs depuîs e début des années 2000, sans éuder es încertîtudes nî es questîons quî se posent avec encore pus de orce depuîs es années 2010, înduîtes par des phénomènes propres à ’îsam et au monde musuman ou par certaîns processus à ’œuvre dans a socîété rançaîse.
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Des interrogations persistantes
Ces années ont été marquées par des tensîons accrues dans un monde musuman en proîe à de mutîpes troubes et par une dégradatîon des rapports avec cer-taîns pays occîdentaux. Dans notre unîvers gobaîsé, î étaît înévîtabe que ces tensîons se répercutent sur es popuatîons musumanes împantées en France et compîquent eurs reatîons avec a socîété rançaîse et ses înstîtutîons.
Après des sîèces de reatîons conlîctuees ou harmo-nîeuses avec e monde îsamîque, des décennîes de présence dans ’hexagone d’une popuatîon musumane composée autant de cîtoyens rançaîs que d’étrangers et après pus de vîngt ans d’efort d’organîsatîon et d’învestîssement du pouvoîr poîtîque, a-t-on vraîment avancé vers ’avènement d’un ïsam de France ? C’est-à-dîre un ïsam tout aussî înscrît dans a contînuîté de ’hîstoîre du pays que es autres reîgîons et îdéoogîes quî ont açonné son îdentîté.
Des avancées ont încontestabement été réaîsées néces-sîtant beaucoup d’énergîe et de voontarîsme de a part des dîvers acteurs engagés dans a constructîon d’un îsam de France. Maîs es mauvaîses surprîses de ’hîstoîre ont aussî contrîbué à remettre en cause ces progrès. Les attentats sangants perpétrés en 2015 et 2016 par des terrorîstes aiîés à des groupes prônant une vîsîon poîtîque et totaîtaîre de ’îsam ont créé un maaîse proond dans tout e pays, maaîse ressentî tout aussî ortement par a majorîté des musumans de France. Magré a soîdarîté aichée par ces dernîers et une réactîon assez mesurée de a part de a casse
poîtîque, des questîonnements sur a compatîbîîté de ’îsam avec es vaeurs et es normes d’une socîété démocratîque et répubîcaîne ont ressurgî et aîmenté aussî bîen des débats sérîeux que des dîatrîbes et des antasmes aarmîstes sur es réseaux socîaux.
Ces questîonnements se nourrîssent des încertîtudes à propos de a réaîté de ’îsam en France quî orme un paysage compexe et contrasté dont a îsîbîîté n’est pas accessîbe à tout e monde. Les connaîssances produîtes par es spécîaîstes de ’îsam et es eforts de vugarîsatîon entreprîs par certaîns mîîtants n’ont pas sui à ever ces dîverses încertîtudes. Ees avorîsent a dîfusîon de représentatîons înexactes au sujet de ’ïsam en France et rendent dîicîe sa perceptîon par ’ensembe de ’opînîon pubîque comme peînement et pacîIquement înscrît dans es réaîtés de a France d’aujourd’huî.
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Qui sont les musulmans de France ?
Un comptage délicat
L’une des încertîtudes quant à ’îsam en France concerne e nombre de ses adeptes. Le aît d’être dans un pays ac où personne n’est tenu de précîser son appartenance reîgîeuse ne avorîse pas a constructîon d’un appareî statîstîque précîs pour que ’on puîsse avancer des chîfres aîsant ’unanîmîté. Touteoîs, î exîste des convergences entre es dîférents comptages produîts par dîvers organîsmes spécîaîsés pour ai-cher certaînes réaîtés chîfrées, même sî une marge d’încertîtude demeure. ï s’agît d’abord de précîser quî ’on veut compter.
On dîstînguera des musumans « socîoogîques », c’est-à-dîre des îmmîgrés ou des cîtoyens rançaîs orîgînaîres de pays majorîtaîrement musumans (sans se préoccuper de savoîr s’îs se déInîssent aînsî), ou des musumans quî s’airment comme tes à partîr de crîtères varîabes : convîctîon et pratîque reîgîeuse à dîvers degrés ou sîmpement par un attachement à a cîvîîsatîon musu-mane quî n’împîque pas nécessaîrement une adhésîon à toutes es obîgatîons en matîère de oî et de pratîque. Le concept de musuman « socîoogîque » est en aît une
catégorîe construîte de ’extérîeur. Seon Oîvîer Roy, î s’agît d’une catégorîe « néo-ethnîque » non assocîée à a reîgîosîté maîs à une îdentîté « acquîse par a naîssance et ’orîgîne ». Cette îdentîté de groupe dîférencîe es musumans non pas des « chrétîens croyants » ou juîs ou autres hîndous et bouddhîstes croyants maîs, des 1 « Françaîs de souche » et autres groupes ethnîques , îmmîgrés ou îssus de ’îmmîgratîon. L’avantage de cette catégorîe est qu’ee permet d’engober un certaîn nombre de personnes quî auparavant étaît déInî par une appar-tenance natîonae quî perd de sa pertînence au I des génératîons ou par un «méta-ethnonyme » comme e terme « arabe», très stîgmatîsant et marqué par a guerre d’Agérîe, însatîsaîsant du aît que beaucoup n’étaîent nî de angue nî de cuture arabe. Sî ’on s’en tîent à cette déInîtîon, î y auraît en France entre 5 et 6 mîîons de musumans, chîfre réguîèrement avancé par e mînîstère 2 de ’ïntérîeur en charge des cutes, et pus ou moîns corroboré par dîverses enquêtes réaîsées au cours des années 2000. En 2004, Mîchèe Trîbaat, démographe à ’ïnstîtut natîona d’études démographîques (ïNED), estîmaît, à partîr des données ournîes par e recense-ment généra de a popuatîon de 1999 à 3,65 mîîons e nombre de personnes vîvant en France susceptîbes d’être musumanes, d’après eur pays d’orîgîne ou eur 3 Iîatîon sur troîs génératîons . En 2008, ee proposaît une nouvee estîmatîon d’envîron 4,5 mîîons à partîr du recensement de 2005. Certaîns auteurs ont observer
1 Olivier Roy,L’Islam mondialisé, Paris, Éditions du Seuil, 2004. 2 C’est déjà le chiffre donné en 2003 par Nicolas Sarkozy et redonné en 2010 par Brice Hortefeux tandis qu’en 2012, Claude Guéant parlait de 5 à 10 millions de personnes. Dans les trois cas, aucune source statistique n’était mentionnée. 3 Michèle Tribalat, « Le nombre de musulmans en France : qu’en saiton ? », in Yves Charles Zarka (dir.), Sylvie Taussig (dir.) et Cynthia Fleury (dir.),L’islam en France, o e re Paris, PUF, coll. « Cités » (n Horssérie), octobre 2008, 2 éd. (1 éd. 2004).
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qu’î s’agît de «musumans potentîes» încuant des gens quî ne se déInîssent pas eux-mêmes comme musu-mans et quî peuvent appartenîr à une autre reîgîon 1 ou être athées ou îndîférents sur e pan reîgîeux . En s’appuyant sur es mêmes données, ePew Research Center,organîsme de recherche îndépendant basé à Washîngton et spécîaîsé dans es études démographîques et es sondages d’opînîon, a pubîé en 2011 es résutats 2 d’un recensement des musumans dans e monde î dénombre 4,71 mîîons de musumans en France, ce quî représente 7,5 % de a popuatîon totae, soît a pus orte proportîon des pays de ’Unîon européenne après a Bugarîe.
Sî, à partîr de ’orîgîne natîonae sur troîs génératîons, es évauatîons des musumans se rapprochent, î est pus déîcat de trouver un consensus quant au nombre de musumans « rées » quî se déInîssent comme tes, en mettant ’accent sur eurs pratîques rîtuees, eur convîctîon en termes de oî ou sîmpement eur atta-chement îdentîtaîre à ’îsam. Pour cea, î aut mener des învestîgatîons spécîIques en réaîsant des sondages auprès d’une popuatîon représentatîve maîs numérî-quement îmîtée, ce quî pose ensuîte a questîon de ’extrapoatîon.
En 2010, une expoîtatîon de ’enquête «Trajectoîres et orîgînes» menée en 2008 conjoîntement par ’ïNSEE et ’ïNED aboutîssaît à 2,1 mîîons de personnes âgées de 18 à 50 ans quî s’airmaîent musumanes, sans précîser a réaîté de eur pratîque reîgîeuse. Les extrapoatîons menées à partîr de à peuvent dîférer sensîbement. Mîchèe Trîbaat, en 2012, reprend cette enquête et
1 Justin Vaïsse et Jonathan Laurence,Intégrer l’Islam, Paris, Odile Jacob, 2006. 2 « Table: Muslim Population by Country », surPew Research Forum, 27 janvier 2011.
Femme priant dans la nouvelle mosquée de Lyon, 1994, Musée national de l’histoire de l’immigration, Palais de la Porte Dorée. © Abbas / Magnum Photos
aboutît à une évauatîon de 4 mîîons de musumans se décarant comme tes, soît 6,8 % de a popuatîon 1 totae . Cette estîmatîon parat acceptabe sî on rapporte
1 Michèle Tribalat, « Islam et immigration face au déclin démographique européen : derrière les fantasmes, la vérité des chiffres »,Atlantico, 17 octobre 2012.
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ce nombre de musumans se décarant comme tes au nombre pus Iabe de musumans potentîes et quand on saît que dans a pupart des sondages réaîsés, envîron es troîs quarts des musumans înterrogés dîsent accor-der de ’împortance à a reîgîon. Seon une enquête réaîsée en 2011 par ’ïFOP pour e journaLa Croixà partîr d’un cumu d’enquêtes précédentes, 75 % des 1 sondés « d’orîgîne musumane » se dîsaîent croyants .
En ’absence d’études rîgoureuses basées sur des enquêtes portant sur un nombre éevé de personnes, es représentatîons reposant sur des împressîons sub-jectîves prendront toujours e pas sur es vérîtés objec-tîves. Un sondage réaîsé en juîet 2014 îustre bîen cette tendance à a subjectîvîté : pour es personnes înterrogées, a proportîon de musumans vîvant en 2 France se sîtuaît autour de 23 % , soît près de troîs oîs pus que a proportîon étabîe par a pupart des enquêtes statîstîques.
Une pratique en hausse
S’î y a un îndîcateur quî révèe ’attachement à ’îsam, c’est bîen a pratîque des dîvers rîtes et e respect des obîgatîons. Touteoîs, cecî n’est mesurabe qu’à partîr de sondages sur des échantîons îmîtés ; ce quî pose toujours e probème de ’extrapoatîon. ï apparat tou-teoîs évîdent que ’întensîté de a pratîque a augmenté au cours des années 2000 et partîcuîèrement chez es jeunes. Le sondage ïFOPLa Croix,déjà mentîonné, révéaît que 71 % des sondés se décarant musumans aaîent jeûner pendant e moîs de ramadan. Cea
1 Sondage IFOPLa Croix, 2011, cumul de soixantedix vagues d’enquête auprès de 950 personnes. 2 Sondage IPSOS MORI, juillet 2014.
touchaît un peu pus es hommes que es emmes (73 % contre 68 %) et surtout es casses d’âge jeune et es pus âgées. Aînsî, chez es 18-24 ans et chez es pus de 55 ans, 73 % des sondés envîsageaîent de jeûner tout e moîs. Ce pourcentage a augmenté de dîx poînts depuîs 1989, date de a premîère enquête réaîsée sur cette pratîque. Par aîeurs, pour a premîère oîs en 2011, a proportîon des sondés se dîsant à a oîs croyants et pratîquants, est pus éevée que cee des personnes se dîsant sîmpement croyantes.
Le ramadan Le mois de ramadan est le neuvième mois du calendrier hégirien qui est un calendrier lunaire où chaque mois commence après la nouvelle lune, induisant un décalage d’une année sur l’autre. Le verset 183 de la sourate 2 du Coran prescrit aux croyants de ne pas boire ni manger et de s’abstenir de relations sexuelles du lever au coucher du soleil pendant tout ce mois. Le jeûne, troisième pilier de l’islam, n’est obligatoire que pour ceux qui sont en état de le supporter. Le mois de ramadan est aussi une période de vie communautaire et familiale intense.
Certes, on peut arguer que e jeûne du moîs de ramadan est une pratîque autant cuturee que cutuee et que c’est avant tout un temps ort de a vîe communautaîre quî est respecté. La comparaîson de Franck Frégosî avec a ête du Yom Kîppour chez es Juîs parat de ce poînt 1 de vue assez pertînente . Maîs d’autres pratîques moîns répandues sont aussî en augmentatîon. La réquentatîon de a mosquée e vendredî est passée de 16 % en 1989 à 25 % en 2011. L’augmentatîon du nombre de îeux de cute musuman quî est passé d’un peu pus de 1000 à près de 2 400 entre ces deux dates expîque en partîe
1 Franck Frégosi,Penser l’Islam dans la laïcité, Paris, Fayard, 2008.
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a croîssance de eur réquentatîon quî reste avant tout mascuîne : 84 % des emmes sondées dîsent ne pas se 1 rendre à a mosquée e vendredî .
La consommatîon de nourrîture « haa », essentîee-ment de a vîande, a égaement augmenté. Près des troîs quarts des sondés dîsent en acheter pus ou moîns réguîèrement. Là aussî, c’est sans doute ’augmentatîon de ’ofre quî expîque a hausse de a consommatîon. En 2013, e marché des produîts haa représentaît 5,5 mîîards d’euros, soît une orte croîssance par rapport aux années précédentes. Magré es eforts de queques grandes enseîgnes pour se posîtîonner sur ce marché, ’essentîe de a dîfusîon se aît par es petîtes boucherîes tradîtîonnees et e prîx de a vîande est sans doute un acteur expîcatî de ce succès pus convaîncant que ’adhésîon croîssante au respect des 2 prescrîptîons aîmentaîres . La sîtuatîon socîae des musumans înterrogés pèse îndénîabement sur eurs pratîques. Seon ce sondage, seuement 6 % d’entre eux ont aît e pèerînage à La Mecque quî est de oîn a pus coûteuse des cînq obîgatîons prîncîpaes à respecter. Le marché de a vîande haa en France proIte autant de ’augmentatîon du respect des prescrîptîons aîmentaîres que d’une commercîaîsatîon bîen adaptée au modeste pouvoîr d’achat de a pupart des ménages musumans.
Un autre sondage, réaîsé en 2011 pour ’hebdoma-daîreMarianneapporte des précîsîons întéressantes quant à ’întensîté des pratîques et eur assocîatîon 3 à certaînes posîtîons sur e pan mora et amîîa .
1 Sondage IFOPLa Croix2011,op cit. 2 LaureEmmanuelle Husson, « Pourquoi la grande distribution française ne profite pas du boom du halal »,www.challenges.fr, 10 juillet 2013. 3 IFOP « Enquête auprès de la population d’origine musulmane, résultats détaillés », 15 mars 2011.