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L'anticléricalisme féministe sous la IIIe République (1875-1914)

De
184 pages
Dès les débuts de la IIIe République, des femmes, féministes, républicaines, anticléricales font entendre leurs voix. Mais, dans leur combat contre l'Église, ces féministes anticléricales vont rencontrer un adversaire déconcertant : la misogynie des anticléricaux. Ce livre se propose de redonner vie à leur combat contre l'Église en tant que force hostile à la République, et contre l'Église et les anticléricaux en tant que forces hostiles à l'émancipation des femmes. En ce début de XXIe siècle, les luttes de Maria Deraismes, Nelly Roussel, Hubertine Auclert... redeviennent d'actualité.
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L’anticLéricaLisme féministe
esous La iii répubLique (1875-1914) Véronique rieu
Dans les études sur l’anticléricalisme, les femmes ont été une
fois de plus les oubliées de l’Histoire. Car, dès les débuts
ede la III République, des femmes, féministes, républicaines,
anticléricales font entendre leurs voix. Mais, dans leur combat
contre l’Église, ces féministes anticléricales vont rencontrer L’anticLéricaLisme féministe
un adversaire déconcertant : la misogynie des anticléricaux.
e
Ce livre se propose de redonner vie à leur combat contre sous La iii répubLique
l’Église en tant que force hostile à la République, et contre
l’Église et les anticléricaux en tant que forces hostiles à (1875-1914)
l’émancipation des femmes.
eEn ce début de XXI siècle, où certains s’attaquent à la
laïcité et remettent en cause l’égalité des sexes, les pensées
et les luttes de Maria Deraismes, Nelly Roussel, Hubertine
Auclert, Madeleine Pelletier… redeviennent malheureusement
d’actualité.
Véronique Rieu, titulaire d’un DEA en histoire
contemporaine sous la direction de Yannick Ripa à Paris 8,
enseigne en Lettres/histoire dans un lycée professionnel de
l’Oise.
Illustration de couverture : Liberté, acrylique et pigments sur toile
©Catherine VORWERK, 2009.
ISBN : 978-2-343-05555-8
18 €
L’anticLéricaLisme féministe
Véronique r ieu
e
sous La iii répubLique (1875-1914)






eL’anticléricalisme féministe sous la III République
(1875-1914) Sexualité humaine
Collection dirigée par Charlyne Vasseur Fauconnet
Sexualité humaine offre un tremplin pour une réflexion sur le désir,
le plaisir, l’identité, les rôles féminin et masculin. Elle s'inscrit dans
un mouvement socio-culturel, dans le temps et dans l’espace.
La sexualité ne peut être détachée de sa fonction symbolique.
L’erreur fondamentale serait de la limiter à un acte et d’oublier que
l'essentiel est dans une relation, une communication avec l’autre, cet
autre fût-il soi-même.
Cette collection a pour objet de laisser la parole des auteurs
s’exprimer dans un espace d’interactions transdisciplinaires. Elle relie
la philosophie, la médecine, la psychologie, la psychanalyse avec des
ramifications multiples qui vont de la pédagogie à la linguistique, de
la sociologie à l’anthropologie, etc.
Déjà parus
Claude-Émile TOURNÉ, Féminisme, féminité, féminitude. Ça
alors !, 2014.
Philippe CLAUZARD, De l’amour pour tous, Conversations
sur les orientations et les sentiments amoureux, 2013.
Nina CALIFANO, Sexualité incarcérée, 2011.
Alfredo ANCORA, La consultation transculturelle de la
famille. Les frontières de la cure, 2010.
Pierre HURTEAU, Homosexualités masculines et religions du
monde, 2010.
Jean-Pierre KLEIN, Passion, amour, etc., 2010,
Laurent BIBARD, Sexualité et Mondialisation, 2010.
Philippe CLAUZARD, Conversations sur le sexisme, 2010.
Christophe AVELINE, L’Infidélité, 2009.
Frédéric ALLAMEL, Anthropérotiques, 2009.
Laurent MALTERRE, La guerre des sexes ou guérir le sexe,
2009.
Claude-Émile TOURNÉ, Le Naissant, 2007.
Maria José WEREBE, Organisation sociale, pratiques
sexuelles et religion, le cas des trois religions monothéistes,
2007.
Maurice MOULAY, Sexualité et psychothérapie corporelle,
2006.
Drocella MWISHA RWANIKA, Sexualité volcanique, 2006. Véronique Rieu




L’anticléricalisme féministe
esous la III République
(1875-1914)















































© L'HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05555-8
EAN : 9782343055558








Remerciements

Je remercie chaleureusement Yannick Ripa sans qui ce livre
n’existerait pas.
Une pensée particulière à Marco et à Serge dont leur marque
d’intérêt pour ce sujet m’a encouragé.
Un grand merci à Jacques et Catherine pour leur soutien
indéfectible et leur consciencieux travail de relecture.












A Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015

SOMMAIRE


INTRODUCTION

Chapitre 1
L’ANTICLERICALISME, UNE IDEOLOGIE
DE CITOYENS REPUBLICAINS

I – L’anticléricalisme, un implicite masculin 19
1) L’anticléricalisme en opposition au cléricalisme 19
2) Une société qui a cléricalisé les femmes 24

II – Des féministes entrent dans le combat pour la République 29
1) Féminisme, République et anticléricalisme 29
2) Féminisme et laïcité 38




Chapitre 2
DES THEORICIENNES FEMINISTES
ET ANTICLERICALES : L’ANTICLÉRICALISME
FÉMINISTE

I – Des théoriciennes féministes de l’anticléricalisme 49
1) Critique de l’Église : les dogmes, le pouvoir 49
temporel et le clergé
2) Maria Deraismes et Madeleine Pelletier : déisme 61
et athéisme

II – Peut-on être féministe sans être anticléricale ? 72
1) « Le grand trait d’union de toutes les religions 72
du globe est la misogynie »
2) Les anticléricales analysent la relation 84
femme/religion

11
Chapitre 3

DE LA THEORIE À LA PRATIQUE : DES COMBATS
ANTICLERICAUX AU NOM DES FEMMES

I – La condition pour l’émancipation des femmes : 91
les soustraire à l’Église
1) Les femmes doivent rompre avec l’Église 91
2) Enseigner la misogynie des religions et faire 96
l’éducation républicaine des femmes

II – Un anticléricalisme qui modifie les rapports de sexe 99
1) Dans le mariage : « obéir et souffrir » 99
2) L’Église a soumis les femmes à « un régime 109
d’ignorance et de crédulités absolues »
3) « Pas de libre pensée sans féminisme » : la libre 120
pensée porteuse théorique des valeurs du féminisme



Chapitre 4
LA MISOGYNIE DES ANTICLERICAUX PLUS FORTE
QUE LEUR ANTICLERICALISME

I – Les Libres Penseurs : « des moines laïques » 131
1) Les libres penseurs en contradiction avec leurs 131
valeurs
2) L’antiféminisme des libres penseurs : « un atavisme 144
chrétien »
II – La femme cléricale : « une amère ironie » 148
1) La responsabilité des libres penseurs 148
2) Les femmes : de « parias catholiques » à « parias 158
laïques »


CONCLUSION 165

BIBLIOGRAPHIE 169

SOURCES 173




« L’intensité des liens entre femmes et religion confèrent une
particulière résonnance aux événements religieux. Liens
complexes de discipline et de devoir, de sociabilité et de droit,
de pratiques et de langage, les religions ont pesé comme une
chape de plomb sur les épaules des femmes ; mais elles leur ont
également apporté consolation et secours. Aussi la féminisation
e
des religions au XIX siècle peut-elle être lue à double sens :
comme un embrigadement, et comme une prise d’influence. De
pouvoir, non : celui-ci restait mâle, à l’égal du politique. »
Michelle Perrot, « Sortir », ch. 17, in Histoire des femmes en
eOccident, t. 4 : le XIX siècle, Paris,
Plon, 2002, p. 567.



INTRODUCTION


e L’anticléricalisme féministe du début de la III République à
la veille de la Grande Guerre se trouve de fait à la croisée de
l’histoire des idées politiques, de l’histoire du genre et de celle
des rapports de sexe.
L’histoire des femmes est récente ; c’est dans les années
1970-1980 que des historien(ne)s mettent fin à ces « silences de
1l’histoire ». L’histoire du féminisme nous apprend que
certaines étaient des libres penseuses : Maria Deraismes, Nelly
Roussel, Hubertine Auclert, Arria Ly, Madeleine Pelletier, entre
autres. Elles sont peu nombreuses parmi les féministes, qui sont
elles-mêmes un groupe minoritaire, mais leurs voix se font
entendre dans les journaux féministes et les organisations de
libre pensée et de franc-maçonnerie. Or, libre pensée à cette
période renvoie inévitablement à anticléricalisme ; la question
religieuse est en effet au cœur de tous les débats politiques –
jusqu’en 1905, en tout cas : il s’agit alors de la lutte pour la
République contre le retour à l’Ancien Régime, c’est-à-dire de
la lutte des républicains contre les forces royalistes-catholiques.

L’histoire du genre permet de reconsidérer notre approche
de l’Histoire dans tous les domaines : économique, social,
culturel, politique. L’histoire de l’anticléricalisme peut
s’inscrire également dans cette grille d’analyse. Car
implicitement, l’histoire de l’anticléricalisme est masculine ;
c’est l’histoire des anticléricaux dont il est question dans les
sources et dans une très grande partie de l’historiographie sur le
sujet. Les femmes n’étant alors ni électrices ni éligibles, elles
sont absentes de ces études qui concernent la vie politique de la

1 Michelle Perrot, Les Femmes ou les silences de l’histoire, Gallimard, Paris,
1998.
15
France de cette période. Pourtant, c’est à ce moment que de
nombreuses associations et journaux féministes se créent ; la
République est en effet un terrain favorable au regroupement
des femmes qui veulent faire valoir leurs revendications
féministes. Parmi elles, les féministes anticléricales
bouleversent toutes les idées reçues dans ce siècle où les
femmes sont considérées comme « naturellement » religieuses
et où le phénomène de déchristianisation ne concerne
principalement que les hommes.
Se posent alors plusieurs questions : l’anticléricalisme de ces
féministes repose-t-il sur les mêmes thèmes que celui des
anticléricaux-hommes ? Ces féministes n’ont-elles pas quelques
griefs particuliers, en tant que femmes, contre les religions et
plus particulièrement la religion catholique pour les féministes
françaises ? Dans quelle mesure leur anticléricalisme rejoint-il
ou/et s’éloigne-t-il des anticléricaux-hommes ?

Les rapports hommes/femmes sont tout autant au cœur de
notre étude. Les femmes dont nous allons parler partagent les
idées progressistes des grandes formations de cette époque qui
participent à l’élaboration puis à la consolidation de la
République : le parti radical, la SFIO à partir de 1905, la libre
pensée et la franc-maçonnerie. Le parti radical qui comprend
nombre de libres penseurs et de francs-maçons, est celui qui
ereprésente le plus le régime de la III République ; il est aussi
2celui qui est le plus hostile aux droits politiques des femmes .
Ce parti politique ne leur est d’ailleurs pas ouvert durant les
années qui nous intéressent, à l’instar de la franc-maçonnerie.
Ces forces républicaines se battent contre l’Église pour une
société laïcisée ; ce sont elles qui feront de la République une
République laïque. Les anticléricales n’ont pas d’autre
souhait… mais la réalité d’une République laïque ne renferme
pas le même sens pour elles. Car enfin, comment penser la
République laïque sans les femmes ? Comment la Res-publica –
la chose publique – laïque – cité de tous –, peut-elle être sans la
moitié de ses membres, les femmes ? Comment la République

2 e Christine Bard, Les Femmes dans la société française au 20 siècle, Armand
Colin, Paris, 2001, p. 84.
16
laïque peut-elle légitimer le pouvoir d’un groupe, les hommes,
sur un autre groupe, les femmes ? Elle qui par définition refuse
à tout groupe, religieux ou non, de s’approprier la chose
publique. L’argument des anticléricaux, pour expliquer leur
refus d’intégrer les femmes dans la République, est que celles-ci
sont cléricales et mettraient en péril la République. Argument
non recevable pour les anticléricales : il ne sert qu’à dissimuler
l’idée de l’infériorité des femmes, idée issue de cet esprit
clérical dont ils accusent tant les femmes. C’est que
l’anticléricalisme des libres penseurs a des limites : celles de
leur misogynie. S’ajoute alors une nouvelle question : à l’instar
de la grande majorité des anticléricaux-hommes, la loi de 1905
sur la Séparation des Églises et de l’État met-elle fin à
l’anticléricalisme des féministes ?

Il convient dès à présent de préciser quelques points lexicaux
dans un souci de rendre cette lecture plus compréhensible. Nous
appellerons les féministes que nous allons rencontrer, les
« féministes anticléricales » ou encore « les anticléricales » et
non « les féministes anticléricaux » même si quelques hommes
soutiennent et s’investissent dans ce féminisme ; nous
réserverons le terme d’ « anticléricaux » aux anticléricaux non
féministes. Deux raisons expliquent ce choix. La première est
que ce sont essentiellement des femmes qui tiennent ces
discours féministes ; la loi du nombre l’emportera donc sur celle
du genre. La deuxième raison est qu’il s’agit de
el’anticléricalisme de ces féministes du début de la III
République dans son contenu même, mais aussi dans une
comparaison avec celui des hommes, l’opposition grammaticale
reflètera ainsi plus clairement la distinction des deux groupes.

Double combat pour les anticléricales : à la fois contre
l’Église en tant que force hostile à la République et contre
l’Église et les anticléricaux en tant que forces hostiles à
l’émancipation des femmes. Ce livre se propose donc d’éclairer
un nouveau pan de l’histoire de l’anticléricalisme :
l’anticléricalisme féministe.