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L'Apologétique de Brunetière

De
112 pages

On peut distinguer trois périodes dans l’évolution des idées religieuses chez M. Brunetière. — Une première période irait de 1875 à 1895. M. Brunetière est alors et déjà catholique naturellement, c’est-à-dire par les tendances profondes et doctrinaires de son esprit. Mais le temps où il vit, les livres qu’il lit influent sur lui. Le critique littéraire s’occupe volontiers de dogmes, de religion, mais il mêle non moins volontiers à ses considérations littéraires et philosophico-religieuses une ironie et des affirmations fort irreligieuses.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Henri Guyot

L'Apologétique de Brunetière

AVANT-PROPOS

L’idée qui est au fond de ce petit livre est la suivante. Nous ne pouvons rien savoir ni rien dire concernant l’Être premier. Cet Être est-il Parfait, parfaitement puissant, parfaitement intelligent comme beaucoup le pensent, ou ne serait-il que la substance, l’étoffe des choses, uniforme, simple, sans qualités et passive, comme les philosophes mécanistes et beaucoup d’autres personnes le pensent de leur côté, il est impossible de le décider scientifiquement. Cette impuissance est assez naturelle, puisque notre raison, notre intelligence, qui sont nos facultés scientifiques, doivent être à mi chemin entre l’Être parfait et la substance simple dont nous parlions tout à l’heure. Notre raison, notre intelligence sont ou une dérivation, un abaissement, une chute de l’un, ou une combinaison complexe de l’autre. Il faudrait donc de toutes façons que raison et intelligence se dilatassent ou se réduisissent ou mieux encore qu’elles simplifiassent l’Être parfait ou enrichissent la substance première pour les comprendre et pour les analyser. De bons arguments appuient postérieurement cette manière de voir. Ce sont les contradictions des philosophes, ce sont celles où l’on tombe invinciblement quand on essaie d’expliquer à fond quoi que ce soit. L’Être parfait ou la Substance simple, la Cause finale ou la Cause efficiente, l’Intelligence ou la Mécanique conviennent alors également. Exemples : Pourquoi des œuvres si savantes, et presque un plan dans le monde, si un Être parfait n’en est pas l’auteur ? pourquoi tant d’incohérence dans ce même monde, si un Être parfait en est l’auteur ? L’Infini mathématique supporte les mêmes déterminations que l’Être infini et parfait. Les deux sont pourtant contraires. Ou bien, chez les philosophes, chez Plotin, par exemple, la Matière première reçoit les mêmes déterminations que l’Un ou Être premier. Les deux sont pourtant encore opposés. Les consécutions scientifiques sont assez régulières pour laisser supposer qu’une volonté toute puissante et intelligente les a établies. Leur incohérence, leurs lacunes sont pourtant assez grandes pour qu’elles puissent être considérées comme des résultantes et des effets purement mécaniques. Cette antinomie se vérifie surtout dans le domaine des sciences naturelles où la Cause finale se réfugia si longtemps. La série biologique, à la fois si continue et si lacuneuse, s’explique aussi bien par une évolution finaliste que par une évolution mécaniste. Celle-ci, au regard de la raison, exclut pourtant celle-là. Le monde moral présente les mêmes contradictions. L’amour, qui nous exalte si puissamment mais nous fait gaspiller le meilleur de notre temps et de notre activité, est-il suprême grandeur ou suprême misère ? L’amour maternel, à la fois si constant et si personnel, est-il suprême désintéressement ou suprême égoïsme ? Le progrès se fait-il par l’individu ou par la société, par la critique ou par la tradition ? Les faits prouvent que c’est par l’une et par l’autre. Or les deux sont rationnellement inconciliables.

Seulement toute apologétique religieuse tombe du même coup. Si, en effet, nous ne pouvons raisonner sur l’Être ou la substance qui sont le fond des choses, ni donc sur Dieu, il est inutile de prouver que la croyance religieuse ou croyance en Dieu est fondée rationnellement. C’est ce que nous pensons. La croyance en Dieu, ou plus simplement, la croyance religieuse ne peut être qu’un sentiment, parfois puissant, mais vague, dont le contenu est susceptible de varier avec l’hérédité, l’éducation, les heures de l’existence, si même il n’apparaît nullement ou ne disparaît complètement chez certains individus. A plus forte raison est-il impossible de démontrer que telle croyance, le Christianisme par exemple, est meilleure que telle autre ou bonne à l’exclusion de toute autre. Alors, en effet, on établira peut-être que le Christianisme convenait mieux à tel moment pour tel peuple. Mais on pourra peut-être aussi prouver le contraire. Ensuite les autres religions bénéficieront ou souffriront des mêmes conclusions. Aucun argument enfin ne prouvera que christianisme, judaïsme, bouddhisme sont divins ou ne le sont pas. Encore une fois nous ne comprenons rien du divin. Nous ne pouvons pas le faire entrer dans nos raisonnements. S’il y entrait, il ne serait plus lui-même. Croire en la divinité du christianisme est affaire, non de raison, mais de sentiment, et d’un sentiment produit et variable comme nous l’avons dit. C’est pourquoi il y a eu des chrétiens convaincus et des gens qu’on n’a jamais pu amener ou ramener au christianisme. Quant à établir que le catholicisme romain est seul divin, à l’exclusion de l’orthodoxie grecque ou russe, ou du protestantisme, c’est une tâche qu’on pouvait encore entreprendre en France aux alentours du XIIIe siècle, mais qui apparaît aujourd’hui comme puérile et vouée à l’insuccès. L’Eglise, dite catholique ou romaine, si on ne la définit d’une façon purement idéale, a occupé, elle occupe encore dans l’histoire du monde une place trop petite pour que l’on se voit forcé de reconnaître qu’elle monopolise le divin. La croyance en ce monopole ne peut être ici encore et ici surtout qu’affaire de sentiment et d’éducation.

M. Brunetière a pourtant essayé, dans les Discours et les livres qui marquèrent les quatorze ou quinze dernières années de sa vie, de montrer que la divinité du catholicisme, celle du christianisme et celle de la religion en général n’étaient pas une affaire de sentiment, c’est-à-dire échappant à toute détermination scientifique, mais qu’elles étaient au contraire susceptibles d’être déterminées et établies scientifiquement. Des arguments que le célèbre critique a apportés pour soutenir sa thèse, la plupart sont empruntés à la théologie traditionnelle sans que la forme dans laquelle il les présente suffise toujours à les renouveler. Les autres ont tâché d’être plus nouveaux et tirés du fond même des préoccupations modernes. Ni les uns ni les autres n’établissent suffisamment ce que M. Brunetière veut établir. Ils sont superficiels, incomplets, contradictoires. Les affirmations les plus paradoxales, les plus gratuites s’y rencontrent. Leur désinvolture va, si l’on ose dire, croissant. C’est la notoriété littéraire de leur auteur qui leur a profité ainsi que la réclame dont les catholiques environnent d’abord l’homme notoire qui vient ou qu’ils croient venir à eux. Aussi le tort dernier de cette Apologétique est plus grave encore que les autres. Elle maintient, elle ramène les catholiques dans une voie devenue impraticable. Par exemple, la notion du divin sur laquelle elle s’appuie est anthropomorphique et les autres religions ne peuvent cadrer avec elle. Si, au contraire, le catholicisme veut encore se présenter comme bon et divin, il lui faut d’abord élargir la notion de Dieu qui est à sa base. Il faut ensuite que les autres religions puissent être considérées comme des révélations du divin aussi authentiques quoique moins complètes que le catholicisme et dont celui-ci resterait la forme idéale et le centre. Toutes les difficultés ne seraient pas ainsi ôtées : il en resterait de relatives à l’existence même de Dieu, à la coexistence, dans celui-ci, de l’unité et de la multiplicité, de la tradition et de l’individu. En tous cas un grand progrès serait accompli dans et par le catholicisme même. C’est à ce progrès, à ce pas en avant, que ce petit livre, malgré son caractère négatif, peut servir et c’est par ce service qu’il se rattache à la Bibliothèque de critique religieuse qui l’a accueilli.

Mars, 1909.

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