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L'aube de l'âge teilhardien

De
224 pages
L'ouvrage rassemble les textes politiques de Teilhard de Chardin, injustement méconnus. A tort, puisque s'y trouvent décrits avant l'heure nos maux contemporains et prescrites ses directives confiantes pour la "Construction de la Terre" et l'édification d'une "Civilisation de l'Universel" centrée sur la Personne humaine, grâce à une coresponsabilité garantissant à chacun espoir et dignité.
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L'AUBE DE L'AGE TEILHARDIEN
« L'Ère nouvelle de la Coresponsabilité »Georges Ordonnaud
L'AUBE DE L'AGE TEILHARDIEN
« L'Ère nouvelle de la Coresponsabilité »
L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris
FRANCE
Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Burkina FasoL'Harmattan ItaliaL'Bannattan Hongrie
;Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. Via Degli Artisti, 15 1200 logements villa 96Konyvesbolt
BP243, KIN XI 10124 Torino 12B2260
Kossuth L. u. 14-16
Ouagadougou 12Université de Kinshasa - RDC ITALlE
1053 BudapestDu même auteur
- «La Construction de la Terre» (1981) (à l'occasion du 100ème
anniversaire de la naissance de Pierre Teilhard de Chardin et du
colloque de l'UNESCO).
- «Le Pacifique, nouveau Centre du Monde» ouvrage collectif.
(Berger Levrault 1983 et 1986). La réédition de 1986 comporte
une longue préface rédigée par Georges Ordonnaud.
- «L'Ere Nouvelle de la Coresponsabilité » (pedone 1992).
- Rubrique « politique» dans la revue de l'Association des Amis de
P. Teilhard de Chardin de 1994 à 2003.
http://www.librairieharmattan.com
cliffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan 1@wanadoo.fr
~ L'Harmattan, 2006
ISBN: 2-296-01844-0
EAN : 9782296018440MœS REMœRCŒMœNTS VONT
A Madame Anny Dauphin pour le dévouement dont elle a fait
preuve dans la mise en forme de cet ouvrage.
A Madame Yvonne Szczypiorski et Monsieur Daniel Guigue.
Ainsi qu'à l'agence Terre Entière et à Monsieur François
Dauphin pour la composition de la page couverture à partir de
photos fournies par la Fondation Teilhard de Chardin.Avertissement
Par de nombreux textes, trop souvent méconnus,
malheureusement, ou occultés, rassemblés par Georges
Ordonnaud, textes qui ne manqueront pas de surprendre par leur
actualité et leur acuité,
TEILHARD DE CHARDIN S'EXPLIQUE
sur les conditions optima pour « construire la terre» et par
conséquent pour construire la paix, c'est -à-dire pour faire
converger l'humanité, parachever la noosphère et nous conduire
vers l'ultra-humain et Oméga, sommet immanent et en même
temps transcendant, ce qui, pour lui, implique l'établissement d'un
».(1)« rapport constitutif avec le Christ Universel
On ne peut, en effet, isoler les vues purement immanentes
développées dans cet ouvrage de la vision religieuse de Teilhard
pour qui tout converge vers Oméga. Teilhard eut l'intuition
d'Oméga dés 1917, durant la première Guerre Mondiale. Il
l'explicite dans «Mon Univers », écrit à Tien Tsin en Chine, le 25
mars 1924.
« Centre suprême en qui se relient toutes les fibres, les fils, les
génératrices de I'Univers, Centre encore en formation (virtuel)....
mais Centre déjà réel aussi, puisque sans son attraction actuelle" le
flux général d'unification ne pourrait soulever le Multiple ».
Mais en même temps, Teilhard exalte la responsabilité
commune - la coresponsabilité - qui est désormais la nôtre, car
nous sommes les premières générations de la planète à être
appelées -volens nolens - à construire et à gérer la terre comme
un tout. Conscients, depuis peu, d'être « la pointe responsable du
processus cosmique », nous sommes, de ce fait, comptables de
l'avenir de l'humanité, ce qui fait pour Teilhard « la grandeur
éblouissante du fait humain ».
(1) Dans « Teilhard, prophète d'un Christ toujours plus grand »,
du P. Gustave Martelet, sj- Lessius (Namur)On connaissait Teilhard de Chardin, le jésuite, l'homme de foi,
le savant de renommée internationale, on découvrira donc
enfin un « Teilhard politique », au beau sens du terme, de plus en
plus préoccupé à partir des années 30, et jusqu'à sa mort, par
l'avenir de l'humanité et la « construction de la terre ». En « Jean-
Baptiste des temps nouveaux », selon le P. Henri Madelin, sj, il
annonce le futur de l'homme.
C'est pourquoi, cette ère nouvelle de la coresponsabilité, dans
laquelle nous entrons, peut être qualifiée d' « Aube de l' Age
Teilhardien ».
Georges ORDONNAUDUN TEXTE PREMONITOIRE
DE PIERRE TEILHARD DE CHARDIN
«Les singularités de l'espèce humaine» (1954 - in tome II -
Le Seuil). « ... Si, en ce moment, parler d'organisation humaine
universelle semble être (et est probablement, en fait) une utopie,
qui nous dit que l'opération ne se fera pas toute seule demain,
quand l'Homme se trouvera porté, par évidence généralisée de
convergence phylétique, à quelque forme insoupçonnée de « Sens
de l'Espèce}).
Et ici qu'on m'entende bien. Lorsque je parle de l'Humanité
unanimisée, ce à quoi je pense n'a rien de commun avec une sorte
d'euphorie confortable et vertueuse; comme je le dirai mieux tout
à l'heure, une hominisation de convergence ne peut finir qu'en
paroxysme. Même cohérée sur soi, par la conscience enfin actuée
de sa destinée commune, l'humanité passera donc demain, soit
dans son effort pour définir et formuler l'unité qui l'attend, soit
dans le choix et l'application des moyens les plus appropriés pour
y atteindre, par des conflits intérieurs plus violents encore que ceux
que nous connaissons. Mais ces phénomènes de tension justement
parce qu'ils se développeront en un milieu humain beaucoup plus
polarisé vers l'avenir, que nous ne pouvons encore l'imaginer, ont
grand-chance de perdre la stérile amertume particulière à nos luttes
présentes. Sans compter qu'au sein d'une telle atmosphère de
« conspiration» certaines opérations de caractère universel
peuvent être envisagées comme réalisables dont il ne saurait être
question dans l'état d'inagrégation psychique où nous végétons
encore aujourd'hui ».POURQUOI PARLER DE
« L'AUBE DE L'AGE TEILHARDIEN » ?
Pourquoi qualifier la période qui s'ouvre en 1988 « d'Aube de
l'Age Teilhardien », âge de la coresponsabilité et de la
convergence dont Teilhard fût le chantre et le symbole par
excellence?
Tout simplement parce que, jusqu'alors, le monde était tendu, à
la limite de la rupture entre deux pôles idéologiques qui le coupait
littéralement, et tant qu'il en était ainsi, l'horizon des « terrestres»
que nous sommes, appelés à exercer une véritable coresponsabilité
sur notre planète, était totalement bouché.
Il fallait donc que ce verrou idéologique et politique saute pour
que l'hypothèse « GAIA)} des savants s'impose à nous et que la
convergence des humains devienne possible.
Des dangers demeurent cependant. Ils résultent à la fois de
situations d'injustice criante et de l'existence de fondamentalismes
politiques et religieux, reviviscence d'identités à caractère
religieux, qui deviennent de véritables religions d'exclusion.
Heureusement un nombre croissant d'êtres humains est
convaincu que, désormais, nous ne pouvons vivre en dehors d'une
perspective de convergence.
Nous prenons de plus en plus conscience que nous faisons tous
partie d'une même noosphère, que nous sommes tous des
« terrestres» et que l'exaltation légitime de nos personnalités
individuelles et collectives - nations ou «unités humaines
naturelles)} - ne peut se réaliser que dans une atmosphère de
solidarité effective. De ce fait, la paix devient « structurellement »
possible, à la condition que chacun puisse exercer une
coresponsabilité, certes hiérarchisée, mais réelle.Il n'en demeure pas moins que les situations dans lesquelles nous
sommes placés, les uns et les autres, sont extrêmement hétérogènes
et que nous vivons dans une période d'incertitude, de changements
rapides, et d'évolution constante.
Nous avons certes, la possibilité d'éviter des guerres ou du moins
de les arrêter très rapidement, mais la paix que nous pouvons
entrevoir ne sera pas une paix de tout repos, le triomphe du
laxisme et la fin de l'histoire, au contraire! Teilhard de Chardin
nous a prévenu dans un texte prémonitoire de 1954 (<< les
Singularités de l'Espèce Humaine »).
Chacun de nous devra se discipliner, faire en permanence des
efforts pour s'adapter à des situations changeantes et difficiles, car
la compétition sera dure: le progrès et l'accès à l' « ultra-humain»
de Teilhard sont à ce prix et les épreuves valent la peine d'être
endurées dès lors que la liberté et une solidarité effective auront été
établies sur la terre. Pour Teilhard, ce qui importe le plus, c'est de
développer en chacun de nous un « esprit de la terre». Il estimait
que si nous n'étions «pas tous à une même, à une assez haute
température psychique, inutile d'essayer de nous rapprocher et de
nous fondre. Nous n'y arriverons pas». (<< La Foi en la Paix»
1.1947. ln tome V, L'Avenir de l'Homme, Le Seuil).
« Nous pensions traverser un orage... en fait, nous sommes en
train de changer de climat»... et de «rompre enfin les amarres
avec le Néolithique»! Tirons les conséquences de ces
constatations. Il est temps pour nous de faire émerger une
conscience planétaire et de nous engager dans «le grand effort
organisé et orienté: la construction de la terre ».
Reste à savoir si cette étonnante aventure n'est pas à la fois
fragile et surhumaine et n'exige pas, pour ne pas tourner court,
l'existence d'un Ordre surnaturel - fin de l'homme et gage de sa
véritable libération -, qui permettra à l'homme d'être plus homme
dans l'Ordre naturel des choses.
On connaît la réponse de Teilhard!
Georges OrdonnaudGeorges ORDONNAUD
Né en 1931, à Oran, il vit en Algérie jusqu'en 1961 où il a fait
ses études primaires, secondaires et supérieures (droit). Il y a
commencé sa carrière professionnelle en participant à l'élaboration
du Plan de Constantine, après avoir obtenu le brevet de l'Ecole
Nationale de la France d'Outre-Mer.
Par la suite, il a effectué des missions de coopération en
Afrique Noire notamment en Côte d'Ivoire (Adjoint de
l'Administrateur général du Plan), puis en Asie où il a dirigé
pendant cinq ans la Mission d'Aide Economique et Technique et le
poste d'Expansion Economique au Laos juste avant l'effondrement
dramatique de ce Royaume.
Membre de cabinets ministériels (Coopération et information),
il a été chef du Service Juridique et Technique de l'Information
pendant six ans puis directeur adjoint de l'Institut des Hautes
Études de Défense Nationale pendant une nouvelle période de six
ans.
Les nombreux voyages et missions effectués en Afrique, sur le
continent américain (Nord et Sud), en Europe, dans le Pacifique
Sud, et surtout en Asie, complètent et actualisent sa connaissance
des problèmes qui mobilisent notre attention et dont la solution
exige l'exercice effectif de notre Coresponsabilité. N'ayant cessé de
pronostiquer, depuis plus de 30 ans, l'importance croissante de la
région Asie Pacifique, il a crée plusieurs associations consacrées à
l'étude de cette région (notamment l'Institut Européen du
Pacifique ).
En même temps, Georges Ordonnaud a approfondi sa
connaissance des œuvres du Père Teilhard de Chardin, découvertes
après la mort de ce dernier en 1955.
Entré au Conseil d'Administration de la Fondation P. Teilhard
de Chardin, il en est devenu Secrétaire en 1982 à la mort de Mlle
Jeanne Mortier, à qui on doit la parution des ouvrages du Père, et a
été nommé administrateur délégué et Trésorier en 2005.Membre de l'Association des Amis de P. Teilhard de Chardin
depuis l'origine. Il a été élu, à l'unanimité, président du Conseil
d'Administration le 15 mai 2003.
Convaincu de l'étonnante actualité de la vision de Teilhard, et,
estimant qu'il fallait désormais aller à la rencontre des autres sur
le terrain de leurs spécialités, il a créé en 1986 l'Association
« Convergence et Progrès», destinée à faire connaître les
applications « politiques» - au sens noble du terme - de la vision
« Teilhardienne ».@~$~~INTRODUCTION
EN QUEL TEMPS VIVONS-NOUS DONC?
LE « TEMPS DES INCERTITUDES»: DIVERGENCE OU
CONVERGENCE?
De tous côtés, le même cri d'alarme est jeté: le « Temps des
Incertitudes» caractérise l'entrée dans le troisième millénaire. Le
doute semble s'emparer des plus résolus et ceux qui affichent leurs
certitudes sont, suivant le cas, risibles ou odieux, car leur
comportement et leur langage paraissent, à tort ou à raison, ne pas
tenir compte des réalités.
L'humanité actuelle trouve, ainsi, dans ce monde en
changement rapide et continuel, un bon prétexte pour se replier sur
elle-même, ou pour errer en tous sens au risque de se volatiliser
confondant incertitude et divergence!
UN TEMPS D'IRRESPONSABILITÉ OU PROPICE À L'EXERCICE
DE LA CORESPONSABILITÉ ?
Les progrès de la liberté portent les germes d'un éclatement de
l'humanité dans la mesure où elle devient synonyme de licence et
d'irresponsabilité, alors que toutes les conditions sont réunies sur
une terre en convergence pour que chacun - personnes et entités
humaines -puisse exercer une coresponsabilité réelle même si elle
est hiérarchisée.
UN TEMPS PROPICE AUX SYNTHÈSES.
Pourtant, nous vivons également en un temps propice aux
synthèses parce qu'elles sont à la fois possibles et attendues.
Or, que voyons-nous? Malgré des analyses parfois justes et
fines et des développements conceptuels souvent dignes d'intérêt,
les constructions intellectuelles sont d'une pauvreté désolante et ne
débouchent que sur des systèmes partiels, incomplets, stériles, surdes retours au passé, ou sur des perspectives négatives et
destructrices.
Que de fausses pistes pour nous séduire grâce à un aspect
apparent de nouveauté! Dès lors, que de modes nous sont
imposées par les médias ou sont amplifiées par eux!
Que de discrétion de la part de ceux dont ce serait la fonction
d'indiquer le cap et qui sont, en fait, dépassés par les
événements..., en un mot qui ne« suivent plus» !
Mais aussi, que d'enthousiasmes fallacieux, préfabriqués et
provisoires suscités dans les régimes totalitaires..., aussi bien, que
dans les démocraties, par des hommes partisans dont la raison
d'être n'est plus de réaliser un programme, trop souvent
inapplicable, car inspiré par une idéologie archaïque, mais de se
maintenir coûte que coûte au pouvoir!
ALLONS-NOUS INTERROMPRE LA CONSTRUCTION DE LA
TERRE ?
Jamais autant qu'aujourd'hui, l'humanité n'a ressenti le besoin
d'une vision claire de son avenir. Car, si la construction de la terre
se poursuit depuis l'apparition de I'homme, et plus
particulièrement celle de « I'homo sapiens », jamais la
responsabilité de l'homme actuel n'a été aussi grande. En effet,
pour la première fois, il est en mesure de détruire la terre par
gaspillage, pillage, pollution et utilisation des armements
conventionnels, biologique, chimique et nucléaires. Bien mieux,
pour la première fois, il est, peut-être, en mesure d'interrompre le
long processus qui a conduit jusqu'à lui en refusant tout
simplement de continuer à mettre « un pied devant l'autre », faute
de savoir où il va.
« Autrefois les peuples étaient menés par des croyances
collectives... ce n'est plus le cas et c'est sans précédent... (Or) une
société ne peut vivre longtemps sans croyance collective. »
Telle est l'inquiétante perspective dégagée par un ancien chef
d'Etat occidental qui poursuit: « On me demande, si je perçois la
lueur d'une nouvelle idée civilisatrice. La réponse est NON. Nous
vivons dans un monde où elle n'est pas présente. » Cette phrase
étonnante, en raison de la qualité de son auteur, est certes atténuée
par une déclaration antérieure. «Le jour où la lumière d'une
2nouvelle idée civilisatrice s'allumera quelque part, j'assure que les
français seront les premiers à la reconnaître. » Cela ne nous rassure
qu'à demi. Et pourtant!
ACTUALITÉ, VIGUEUR ET FÉCONDITE DE LA PENSÉE DE
TEILHARD DE CHARDIN!
Cette nouvelle idée civilisatrice ne serait-elle pas apparue en
France même, pour prendre consistance depuis plus de cinquante
ans dans la pensée de Teilhard de Chardin?
Est-il vraiment besoin de chercher plus longtemps et plus loin
ce qui saute maintenant aux yeux et que, dans le fond, par manque
de courage, par lassitude, par manque de profondeur ou par tiédeur
nous ne souhaitons pas voir.
Certes, Teilhard de Chardin a été tellement en avance sur son
temps que ses « certitudes» ont pu effrayer, inquiéter ou laisser
incrédules. N'est-ce pas encore le cas, et trop souvent, ceux qui
parlent de lui ne l'ont lu qu'à travers des critiques anciennes et
malveillantes heureusement de plus en plus atténuées.
Or, sans pourtant se référer à lui, des hommes de plus en plus
nombreux acceptent ses intuitions, emploient les mêmes mots et
concepts que lui et adhèrent fondamentalement à sa vision
cohérente: c'est là le secret de la jeunesse, de la vigueur et de la
fécondité - signe de vérité - de la pensée de Teilhard de Chardin.
Allons plus loin. C'est là aussi l'étonnante actualité et la
nécessité des « certitudes» qu'il propose aux hommes de ce début
XXIeme siècle pour qu'ils puissent s'orienter dans le bon sens etde
continuer, tous, à construire la terre de manière à la rendre
habitable, c'est-à-dire acceptable pour des hommes dignes de ce
nom.
Avant de poursuivre, il n'est pas non plus inutile de faire justice
des accusations d'optimisme et d'insensibilité portées contre
Teilhard de Chardin.
Sa conviction scientifique, sa « vision» d'une douloureuse et
laborieuse cosmogénèse qui, pour lui, se muait en Christogénèse
étaient telles qu'il ne pouvait pas ne pas les exprimer fortement.
Non seulement il était convaincu de réconcilier l'univers et Dieu,
mais de plus, il réhabilitait - mot bien faible - une morale
particulièrement exigeante, condition indispensable pour que la
3construction de la terre, menacée de malfaçons toujours plus
graves après chaque nouveau progrès, se poursuive d'une manière
conforme aux espoirs de l'homme.
Or le propre de tout moraliste, précisément parce qu'il propose
des normes conformes à ses certitudes, n'est-il pas d'apparaître
optimiste et insensible dès lors qu'il refuse de se laisser écraser et
détourner par le spectacle - évidemment scandaleux pour notre
raison et notre sensibilité - de la misère, de la détresse et de la
déchéance humaines? Écoutons d'ailleurs Teilhard de Chardin
s'exprimer dans un texte du 8 janvier 1950, « l'Énergie spirituelle
de la souffrance» (in tome VII, L'Activation de l'Énergie, p. 255 à
257, Le Seuil). «Pour un observateur parfaitement clairvoyant, et
qui regarderait depuis longtemps, de très haut, la Terre, notre
planète apparaîtrait d'abord bleue de l'oxygène qui l'entoure; puis
verte de la végétation qui la recouvre; puis lumineuse - toujours
plus lumineuse - de la Pensée qui s'intensifie à sa surface; mais
aussi sombre - toujours plus sombre - d'une souffrance qui croît en
quantité et en acuité au même rythme que monte la Conscience, au
cours des âges.
A chaque instant, la souffrance totale de toute la Terre L.. si
seulement nous pouvions, cette grandeur redoutable, la recueillir,
la cuber, la peser, la nombrer, l'analyser, quelle masse
astronomique! Quelle somme effrayante! Et depuis la torture
physique jusqu'aux angoisses morales, quel spectre raffiné de
nuances douloureuses! et si seulement aussi, par le jeu d'une
conductibilité soudaine établie entre les corps et les âmes, toute la
Peine se mêlait à toute la Joie du Monde, qui peut dire de quel côté
se fixerait l'équilibre: du côté de la Peine, ou du côté de la
Joie... ?
Oui, plus l'Homme devient homme, plus s'incruste et s'aggrave
dans sa chair, dans ses nerfs, dans son esprit -le problème du Mal:
du Mal à comprendre et du Mal à subir. »
Déjà, dans l'appendice du « Phénomène Humain» écrit le 28
octobre 1948 à Rome, Teilhard de Chardin n'hésitait pas à affirmer
« ... .Même au regard du simple biologiste, rien ne ressemble
autant que l'épopée humaine à un Chemin de la Croix ».
Mais il poursuivait: « Douleurs et fautes, larmes et sang...
Voilà donc, en fin de compte, ce que, dans un premier temps
d'observation et de réflexion nous révèle le spectacle du monde en
4mouvement. Mais est ce vraiment tout et n'y a-t-il pas autre chose
, .?a VOIr. ».
L'optimisme n'a plus rien à faire dans un tel contexte. Quant à
l'insensibilité de Teilhard de Chardin, comment peut-on encore
oser en parler?
Dans le domaine qui va nous intéresser ici - la construction de
la terre, c'est-à-dire, en fait, la « Politique» -, Teilhard de Chardin
introduit la morale, non de façon juridique ou plaquée
artificiellement de l'extérieur à la manière des « idéalistes» et des
« moralistes» opposés aux tenants de la «Real Politik», mais
structurellement, « organiquement» et de nécessité vitale:
dorénavant, et de plus en plus, la «Real Politik» impliquera le
respect de règles morales.
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