Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 1,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

L'Autorité des Évangiles

De
155 pages

La foi chrétienne repose tout entière sur la révélation divine, dont l’Eglise se dit la dépositaire et l’interprète.

Une question se pose tout d’abord.

L’Eglise exerce et a toujours prétendu exercer le droit d’être l’unique dépositaire et l’unique interprète de la révélation divine ; mais le fait ne suffit pas à créer le droit, car, à ce compte, toutes les religions seraient également divines, puisque toutes se disent révélées.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Henri Loriaux

L'Autorité des Évangiles

Question fondamentale

LETTRE-DÉDICACE

 

AUX ÉVÊQUES DE FRANCE

*
**

MESSEIGNEURS,

 

La loi de séparation du 9 décembre 1905, vous plaçant en face d’une situation nouvelle, vous a mis dans l’obligation d’étudier les règles d’une organisation également nouvelle.

Plusieurs fois déjà, vous vous êtes réunis pour discuter ensemble sur les moyens d’assurer le maintien et l’avenir du culte.

C’était indispensable. Est-ce suffisant ? N’avez-vous à résoudre pour le moment que des questions d’administration ? Et dans l’état de l’opinion vis-à-vis du sentiment religieux, du sentiment catholique surtout, n’y a-t-il rien qui vous préoccupe davantage ? Ne devez-vous pas vous inquiéter également de la foi chrétienne qui s’anéantit avec une effrayante rapidité, aussi bien dans les masses que dans les esprits cultivés ?

 

I. — Ce qui distingue la loi française de séparation de décembre 1905, c’est qu’elle est, pour la première fois, la réalisation systématique et législative de l’indifférence absolue de l’Etat en matière religieuse.

Jusqu’alors, tous les gouvernements ont connu la Religion pour la défendre ou la combattre, pour la servir ou s’en servir : et lors même qu’ils ont cherché la neutralité dans une sorte de séparation, comme l’ont fait les Républiques Américaines, cette neutralité a toujours été plus apparente que complète, tantôt bienveillante, tantôt malveillante, et se préoccupant, en tout cas, du fait religieux.

Ce qui caractérise la loi française, c’est qu’elle ne veut pas connaître la Religion : celle-ci est pour elle un phénomène psychologique dont elle ne tient plus aucun compte. Qu’il y ait des gens qui se forment en associations cultuelles pour satisfaire leurs sentiments religieux, l’Etat les reconnaît comme associations, au même titre que les syndicats, les sociétés de secours mutuels, en un mot, que toutes les associations formées dans un but quelconque qui n’est pas contraire à l’ordre public. L’Etat ne connaît pas les syndiqués, mais seulement les syndicats : de même l’Etat ne connaît pas les chrétiens, mais seulement les syndicats de chrétiens ou associations cultuelles, et ne s’inquiète en aucune façon de la hiérarchie qu’ils établissent ou reconnaissent entre eux, selon leur gré.

Donc, l’Etat ne protège ni n’attaque la Religion ; il ne la reconnaît ni ne la méconnaît ; il ne la connaît pas1.

Veuillot2 caractérise d’un mot très juste et très profond l’indifférence religieuse d’un ami auquel il s’adresse : « Tu ne hais même pas », lui dit-il. Ce mot, l’Eglise pourrait, en toute vérité, l’adresser à son ancien associé qui vient de briser le contrat, le Concordat : « Tu ne hais même pas. »

En fait, la loi de décembre 1905 contient, pour l’exercice du culte,de réelles entraves : plusieurs étaient nécessaires, comme elles sont nécessaires toujours dans les rapports à établir en société. « En matière sociale, a dit Lacordaire, C’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. » Je ne fais pas difficulté pourtant de reconnaître que plusieurs de ces entraves3 auraient pu être épargnées.

Et cependant, pour ennuyeuses qu’elles puissent être, la loi de 1905 donne à la religion une liberté qu’elle n’a jamais connue, en aucun temps, dans aucun pays, sous aucun gouvernement ; nulle part, jamais, l’Eglise n’a été acceptée comme entièrement majeure et dépourvue de tout contrôle : toujours, elle a perdu quelque chose de son indépendance, lors même qu’elle n’était protégée qu’avec discrétion. Aujourd’hui, pour la première fois, l’Eglise est entièrement maîtresse de se conduire elle-même, sans avoir à rendre compte à aucun conseil de tutelle ou de surveillance ; elle est majeure, elle est libre.

Mais la liberté, ce bien suprême, n’est jamais sans danger : elle n’est bonne que pour les forts, elle est trop souvent la ruine des faibles,

L’Eglise se récrie éloquemment contre cette émancipation qu’elle n’avait pas réclamée.

Pourquoi ? Est-ce instinct de conservation ? Sent-elle qu’elle n’est plus assez forte pour être libre, qu’elle n’est plus capable de liberté ?

 

II. — A une époque de foi vigoureuse, cette liberté serait un instrument d’une incomparable puissance dans des mains robustes.

Cette foi vigoureuse n’existe plus.

Dans les rangs de tous ceux qui sont des autorités au point de vue politique, social, pécuniaire, militaire, scientifique, intellectuel, l’incrédulité a fait d’immenses progrès. Elle s’est infiltrée lentement et sûrement dans les couches inférieures où elle a passé goutte à goutte, mais tout entière ; les masses ne croient plus.

L’abandon de plus en plus complet dans lequel sont laissées les pratiques cultuelles est la preuve tangible de cette incrédulité ; et cependant il ne permet pas de juger de toute son étendue.

Pour y arriver, il faudrait consulter et connaître à fond l’état d’âme des pratiquants. Ils sont restés fidèles à des habitudes qui sont pour eux une forme presque essentielle de régularité morale : quelle est leur foi en réalité ? Si leurs convictions religieuses sont bien solides, pourquoi ne font-ils rien pour les assurer à leurs enfants ? N’est-ce pas, justement, parce qu’ils jugent qu’il est inutile de leur transmettre des habitudes auxquelles ils ne se soumettent plus que par simple routine ?

Quoi qu’il en soit, les ravages de l’incrédulité se font suivant ce que les mathématiciens appelleraient une progression géométrique, et les résultats n’en sont que trop évidents.

Certes, il s’agit d’organiser le culte. Mais il s’agit aussi, et davantage, de savoir si l’Eglise, privée désormais de l’appui que lui donnait la protection de l’autorité civile et de la force de résistance que développait en elle la persécution4, va voir déserter de plus en plus les temples où s’abritent des rites et des dogmes auxquels on ne croit plus.

 

III. — Pour guérir une maladie, il importe d’en connaître les causes.

D’où vient l’incrédulité grandissante ?

Au début du christianisme, l’Eglise se présenta comme la réponse aux aspirations religieuses qui, de tous côtés, travaillaient l’humanité. Par l’élévation de sa morale et les bienfaits qu’elle apportait à la société, elle conquit les âmes d’élite et fonda peu à peu, au milieu de sanglantes difficultés, une religion dont le besoin se faisait sentir, aux lieu et place du paganisme décrépit.

On sait quel désordre accompagna et suivit le démembrement de l’Empire romain. Dans la cuve immense où s’agitaient les éléments disparates d’un monde nouveau, le Christianisme fut comme un principe de cristallisation.

Lorsque les peuples neufs eurent pris conscience d’eux-mêmes, l’Eglise fut un noyau de hiérarchie pour la constitution et le développement des organismes qui venaient de se créer.

La science, qu’elle avait pu conserver au milieu de ces troubles de plusieurs siècles, lui permit de projeter quelque lumière au milieu des ténèbres où s’agitèrent les neuvième, dixième et onzième siècles5.

Et lorsque le calme reparut, forte de sa durée tranquille et des services rendus, l’Eglise étendit sur toutes les régions de l’activité humaine sa puissance bienfaisante, féconde, et respectée. Les sciences, les lettres, les arts, les métiers, l’intelligence et le travail, sous toutes leurs formes, étaient tributaires de l’Eglise qui, en les guidant et les surveillant, poussait l’humanité dans la voie du progrès.

Ainsi, pendant seize à dix-sept siècles, l’Eglise répondit, dans une mesure assez large, aux désirs et aux aspirations toujours renouvelées de l’humanité, au moins en ce qui concerne la race blanche ; elle fut pour les individus et les sociétés un principe de vie, de fécondité, d’avancement, de progrès. Malgré les inévitables scories qu’il charriait dans ses eaux, le fleuve humain s’avançait conduit, canalisé, dirigé par l’Eglise qui le poussait en avant.

Le résultat était la force incontestée de l’Eglise : elle était un élément essentiel, on peut dire indispensable, de force et de vie ; qu’aurait-on songé à lui demander davantage ? Sans doute, elle fut sans cesse attaquée et combattue ; comme tout ce qui est robuste, elle dut pratiquer « la lutte pour la vie » ; mais ses ennemis n’étaient pas dignes ou capables de la remplacer, et le monde6 lui répondait par les paroles, pleines de confiance soumise, des apôtres à Jésus : « A qui irions-nous ? Vous avez les promesses de la vie éternelle. »

 

IV. — Le Moyen Age fut l’apogée de l’Eglise qui, alors, donna au monde la satisfaction de ses aspirations dans la prospérité et la grandeur.

Mais il arriva à l’Église ce qui arrive à ceux qui ont beaucoup travaillé et beaucoup souffert et qui sont parvenus. Ils croient alors toutes les questions résolues, trouvent parfaite l’organisation qui leur a valu le succès, et ne réclament plus que le repos dans les charmes de la tranquillité ; ne leur parlez plus de progrès, d’évolution, de transformation : c’était bon autrefois, mais désormais, il n’y a plus rien à changer, il n’y a plus qu’à conserver.

Or l’évolution est la loi de la vie : vita in motu, dit avec raison la scolastique, la vie est dans le mouvement.

Sous prétexte que la Religion est utile à tout, l’Eglise prétendit qu’elle suffit à tout ; et, comme elle se trouvait très bien lotie de l’état de plénitude heureuse auquel elle était parvenue, elle voulut vivre de ses rentes et immobiliser le monde.

Peu à peu, et inconsciemment tout d’abord, le monde, comme un arbre plein de sève, distendit le cercle de fer dans lequel on avait prétendu l’enfermer ; puis, sous la poussée de la vie, le cercle s’élargit, se faussa, se couvrit de cassures de plus en plus nombreuses. Faut-il dire maintenant : « N’y touchez pas, il est brisé ? »

En fait, l’humanité s’émancipa sur les terrains où l’Église ne voulait plus porter sa laborieuse activité : lettres, sciences, arts, lois sociales et politiques, intelligence et travail échappèrent successivement à son influence : tout se laïcisa.

Le dix-neuvième siècle fut surtout un siècle de progrès par les sciences nouvelles qu’il créa, par les débouchés inconnus qu’il ouvrit à l’activité humaine, par les acquisitions immenses dont il enrichit le domaine des connaissances. Dans tout ce développement, il rencontra toujours l’Eglise comme un obstacle.

On sait comment fut traité Lamennais pour avoir essayé de lancer l’Eglise dans la voie du progrès ; sous prétexte d’atteindre ses procédés de sommation hautaine, on frappait des doctrines dont le principal défaut était d’être de leur temps.

On met volontiers en avant, dans l’apologétique, les noms des savants qui, depuis trois ou quatre siècles, ont été des chrétiens. Mais où se trouve l’acte de progrès accompli par l’Eglise en tant qu’Eglise ? Quelle est, depuis deux siècles, la conquête accomplie dans l’ordre des sciences, du progrès social et politique, du progrès religieux même, dont on puisse dire : Elle est due à l’Église ?

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin