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L'esthétique de l'abstrait et les enjeux mystiques dans l'art musulman

De
198 pages
Les arts comme la philosophie constituent un espace dans lequel la quintessence des civilisations loge pour être éternelle. Et éternelle veut dire universelle, pouvant nous interpeller malgré les distances géographiques et temporelles. Dans cette optique, ce livre revisite les arts abstraits musulmans dans le but de construire une forme de communication qui, en nous les rendant accessibles, nous réconcilie avec leurs sens réels et profonds. Cette lecture des arts musulmans analyse les méandres des penseurs artistes de l'islam.
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convictions mystiques et une foi intellectuelle. La foi en les capacités inIniment
pouvoir ofIciel qui délimite l’espace du dit et du non-dit.
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Sarra LOUATIKOUBAJI
L’ESTHÉTIQUE DE L’ABSTRAIT ET LES ENJEUX MYSTIQUES DANS L’ART MUSULMAN
L’esthétique de l’abstrait et les enjeux mystiques dans l’art musulman
© L'HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07013-1 EAN : 97823430707131
Sarra Louati Koubaji L’esthétique de l’abstrait et les enjeux mystiques dans l’art musulman
AVANT-PROPOS
« Il ne s’agit ni de lutter contre un passé moribond, ni d’assumer un passé mort. La vie et la mort sont des attributs de l’âme, non pas des choses présentes ou passées. Il s’agit de comprendre ce qui une fois rendit ce passé possible, le fit advenir, en fut l’avenir. Ressaisir ce 1 possible, c’est saisir si ce passé a encore de l’avenir ».
Partant de l’idée que les œuvres artistiques de l’Islam, miniatures, arabesques et art de la calligraphie appartiennent à un patrimoine universel, nous nous interrogeons sur la pertinence du point de vue à partir duquel nous pouvons investir ces espaces artistiques, confinés dans les musées internationaux. Quels seraient les rapports, qu’éventuellement nous avons avec ce patrimoine et dans quels sens peut-on prétendre, aujourd’hui, à un quelconque rapport avec les arts musulmans ? Dans ce cas, que devrait représenter une miniature, une calligraphie ou une arabesque pour nous, et précisément pour celui qui l’étudie ? Présente-t-elle une matière riche et énigmatique à étudier, ou bien, offre-t-elle un espace nostalgique d’un art qui est lointain, mais qui est revendiqué par certains comme l’«art des origines»? Mais, cette revendication aussi actuelle soit-elle, demeure paradoxale et même contradictoire.
L’ensemble des expressions artistiques, pris en tant qu’«art des origines»,serait, dans une approchenostalgique, dénué de ses significations les plus profondes. Car, dans cette perspective de recherche, cet art ne s’offrirait en réalité que comme une coquille vide. Il serait dépouillé de la vie qui a palpité dans ses expressions. Les expressions mêmes qui ont concrétisé l’esprit et l’essence d’une spiritualité en pleine activité productive, afin de véhiculer, par cet acte même, des valeurs, des choix, des convictions, des orientations, bref, le mode de vie d’un peuple. C’est pour cette raison qu’une approche qui replacerait ces arts dans leur contexte socioculturel leur rendrait 1 H. Corbin,Avicenne ou le récit du visionnaire.
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leur véritable valeur, celle d’un art ayant appartenu à des conditions spécifiques qui l’ont engendré. Dans ce cas, dans quel intérêt étudier les arts musulmans ?
En fait, il y aurait une double existence pour les arts de l’Islam. Une existence livresque qui se présente comme un fait historique, avec des dates précises et des modes de conservation, pour permettre à ces œuvres de traverser des siècles. Et une autre existence, plus intéressante, celle qui offre au domaine de la recherche une matière quasi vierge. Dans cet espace, les affirmations que l’on avance pour sortir ces travaux de leur sommeil séculaire, et donc de leur mutisme, sont toujours importantes. C’est l’espace de l’œil qui interroge et qui s’approprie une œuvre d’art - miniature, arabesque ou calligraphie -pour les délier de leur silence et les faire parler d’elles-mêmes, afin de les libérer de leur statut depiècesde musée.
L’interprète questionne une œuvre pour en faire une matière à critique, pour produire un texte et parfois pour donner naissance à une autre œuvre. Il se l’approprie pour la recréer une autre fois, une énième fois. Par cet acte, l’interprète crée des ponts entre les civilisations et par là même, tisse des liens symboliques avec le passé. Et parce que ces liens sont symboliques, il inaugure et légitime un dialogue réel avec des civilisations anciennes. Ce dialogue réel empêche les retours nostalgiques aux temps révolus. Car, étant un 2 dialogue véritable , c'est-à-dire comprenant le passé dans sa dimension spirituelle, il nous révèle l’aspect temporel des valeurs qui ont organisé ces anciennes civilisations. Comment donc s’établit ce e rapport de dialogue avec des œuvres datant du XIII siècle?
Comme toute forme de dialogue, ledialogueavec l’art de l’Islam se construit sur des analyses, des interprétations dans le but de comprendre davantage, de mieux saisir cette manière de se représenter un environnement spatio-temporel, mais aussi, et peut-être surtout, de rendre compréhensible un environnement culturel qui raconte une expérience spirituelle. Car, comme l’affirme Cassirer, l’art est l’œuvre 3 de « l’esprit qui s’imprime dans l’espace pour devenir manifeste » et 2  Ce dialogue réel dénonce les retours caricaturaux et réducteurs des tendances régressives, qui ne retiennent de la civilisation qu’ils veulent faire revivre que son apparence et occultent le contexte précis dans lequel elle a pris forme et existence. 3 La logique des formes symboliques, p.50.
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donc présentà l’expérience humaine. Dans ce cas,il s’agit de comprendre comment l’artiste musulman a appréhendé son espace-temps et l’a fixé dans une organisation artistique précise et spécifique. Quelle aurait été sa conception de l’espace-temps ? Et dans quel sens affirme-t-on que cette organisation est l’expression d’un souci essentiel et permanent dans la mentalité musulmane, celui du rapport à Dieu?
Le retour à l’étude des arts de l’Islam ne devrait donc pas s’inscrire dans une nouvelle tentative d’affirmer d’autres propos sur l’Islam. Souci insistant qui réapparaît comme le retour du refoulé. L’étude de la peinture musulmane, de la calligraphie ou de l’arabesque ne prône pas le retour aux valeurs des premiers siècles de l’hégire. Valoriser des valeurs séculaires, afin de légitimer le retour à cette conception de la vie qui revendique ces valeurs comme valables pour toutes les époques et pour tout le monde, devient un acte aberrant et même un non-sens.
Car, la différence entre notre époque et celle du passé est profonde et même radicale. Toute la distance qui nous sépare desorigines est une distance non seulement historique, mais d’abord mentale. L’annulation préméditée des siècles qui séparent la civilisation des origines et la nôtre, dont l’ultime objectif est de se ressourcer dans le passé,impensable si nous prenons en compte des données paraît historiques et rationnelles. La question qui se pose est comment réfléchir sur le passé, ou, plutôt, comment penser les événements passés ? Mais, d’autres avant nous ont abordé la question de l’héritage et ont abouti à l’affirmation que, dans ces approches, « il ne s’agit ni 4 de lutter contre un passé moribond, ni d’assumer un passé mort… » , mais plutôt de tisser un rapport qui nous libère du joug des événements passés, transformés en références intemporelles et universelles.
Un bond qualitatifversserait rationnellement et l’arrière historiquement impossible, voire même contradictoire, pour deux raisons au moins. La première raison est de l’ordre du constat : une culture est une représentation du monde qui contient un ensemble d’idées en perpétuelles mutations. Cette représentation se forge à coups de découvertes scientifiques qui altèrent constamment et 4 H. Corbin,Avicenne ou le récit du visionnaire.
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