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L'homme des signes

De
602 pages

En 1985, Roland Jayne fit un pèlerinage à Medjugorje au cours duquel il se convertit à l'Église. Il en avait été séparé dans son enfance et il lui fallut attendre son mariage pour renouer avec elle, mais jusqu'à sa conversion, il chemina dans l'erreur. Après sa conversion il essaya de faire de sa vie une eucharistie, mais ce choix qui ne fut pas compris par son épouse, provoqua leur séparation. Après une mort et résurrection, il se mit au service de l'Église comme servant de messe tout en restant fidèle au sacrement de mariage et s'engagea sur un chemin de pardon et de réconciliation. Alors que Jean-Paul II passait au Père, il entra dans une nouvelle mort et résurrection qui affecta son livre. Dans l'obéissance à l'Église, il reprit son œuvre qui devint inséparable de sa vie. Il s'efforça de s'élever dans les Hauteurs jusqu'à désirer monter vers le Père mais le moment où tout serait réconcilié en Lui n'était pas encore venu...


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

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www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-71062-8

 

© Edilivre, 2014

Dédicace

 

 

À Nicole, mon épouse

Citation

 

 

« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. »

(Gn 1 27)

Avertissement

Les jugements que je porte sur ma femme, mes enfants, mes frères, mes neveux, mes cousins, et par cercles concentriques, sur tous mes frères humains dans la génération, bien que par l’écriture, ils aient été gravés sur le marbre de monlivre, ne sont pas définitifs mais susceptibles d’évolution ; en effet, les personnes visées peuvent toujours changer ; d’ailleurs, j’ai élaboré mon œuvre pour qu’ils se convertissent.

Prologue

Un jour, plus loin qu’« au milieu du cours de ma vie », je fus attiré par un lieu de pèlerinage où apparaissait la Vierge Marie, sous le vocable de Notre-Dame de la Paix, à la paroisse de Medjugorje.

Pourquoi ai-je été attiré par ce lieu, alors qu’en d’autres lieux, les apparitions étaient plus sûres, authentifiées qu’elles étaient par l’Église, et que je découvrirais plus tard, sinon que ces apparitions étaient actuelles ?

Je veux dire qu’elles avaient lieu effectivement à un moment et à un endroit où je pouvais y assister, participant à la rencontre de Celle qui s’annonçait comme la Reine de la Paix, même si c’était par l’intermédiaire de voyants.

Car je n’avais pas l’idée de la rencontrer personnellement, je désirais seulement prier pour la paix, et particulièrement pour la paix des ménages.

Il est vrai que sur le plan international rien ne laissait prévoir la guerre qui aurait lieu dans cette région tandis que dans mon couple, je vivais des tensions très fortes, et mes relations avec mon épouse passaient par une crise de confiance.

En fait, je doutais de son amour. La rupture qui allait se produire n’aurait pas eu lieu si ma femme avait exprimé un tant soit peu d’amour. Un mot d’elle aurait pu faire que je la retinsse plus instamment, mais le mot qui aurait pu être prononcé ne le fut pas, car au fond de son cœur elle m’avait déjà quitté.

Il aurait suffi de quelque parole d’amour, ou de quelque attention de sa part, ou tout simplement, qu’elle m’appelât par mon nom : « Roland » comme elle pouvait le faire avec tant d’amour, lorsqu’elle y mettait tout son cœur, et que j’étais disposé à le recevoir.

À l’entendre, j’en avais plein les oreilles, de ce nom qu’elle seule savait dire avec toute la suavité de l’amour.

C’est sûr qu’il y avait entre nous un manque de communication évident.

Mais c’était plus profond que cela… Au fond de nos cœurs, il y avait comme un différend dans la conception que nous avions de l’amour. Je pensais que l’amour devait se réaliser dans l’unité tout en respectant la complémentarité. Ma femme mettait l’accent sur la différence, sans doute parce qu’elle avait besoin de s’affranchir d’un amour qui lui pesait.

Plus fondamentalement, notre différend portait sur les enfants à venir. En effet, ma femme a toujours vécu dans la crainte d’avoir des enfants, même à une époque où la question n’aurait pas dû se poser.

D’ailleurs, les disputes que nous avions avant le pèlerinage, et encore s’agissait-il davantage de discussion que de dispute, mais les enfants les appelaient des disputes, parce qu’elles les dérangeaient, quoi qu’il en soit, nos disputes portaient sur ce que disait le Pape sur la contraception à laquelle ma femme était très attachée.

Il est vrai que nous avions le tort de discuter de cela devant les enfants ; bien sûr, nous n’aurions pas dû ; mais c’est à cause de la télévision qui s’introduit jusqu’à notre table, voire dans notre lit.

Cependant, il faut relativiser l’incident, car le Pape passe bien rarement à la télévision.

Surtout, quelques années auparavant, j’avais demandé à mon épouse un quatrième enfant qu’elle m’avait refusé, sous prétexte que je ne m’en occupais pas ; mais la vraie raison était qu’elle ne m’aimait plus, car si je ne m’occupais pas des enfants comme elle s’en occupait, je ne m’en occupais pas moins, d’une manière différente certes, comme un père peut le faire.

Et, lorsqu’elle me reprochait de ne pas l’aimer, elle entendait par là que je n’aimais pas qu’elle, que mon intérêt se portait sur autre chose.

Souvent, elle me disait qu’elle me quitterait.

Pourquoi me disait-elle cela ? Était-ce pour me provoquer dans mon amour, ou n’était-ce que l’expression de son manque d’amour, d’un désir effectif de me quitter qu’elle ne pouvait réaliser pour des raisons purement matérielles ?

De mon côté, ce désir qu’elle me manifestait régulièrement de me quitter, j’en arrivais à vouloir l’aider à le réaliser, car j’étais blessé, et comme excédé par cette menace qui revenait continuellement.

En effet, je ne voulais pas la garder contre son gré, et je ne pouvais pas accepter qu’elle demeure avec moi alors que, apparemment, elle ne m’aimait plus.

Or, le départ de mon épouse devait se réaliser à la suite de ce pèlerinage que je fis à Medjugorje, au cours duquel je demandai au Seigneur de me donner la force de supporter les épreuves de la séparation, car elles me semblaient inéluctables, affaibli que j’étais, de surcroît, par la maladie.

Pourtant, le désir des enfants est tellement naturel qu’il existait, malgré tout, chez mon épouse, au tréfonds de son cœur, mais il était contrarié par la mentalité actuelle qui faisait taire ses aspirations les plus légitimes.

Moi-même, je n’ai pas peu contribué à son enfermement dans cet état d’esprit, bien que j’aie aussi travaillé à sa libération, mais pas toujours dans le sens, ni jusqu’où j’aurais voulu aller, dans la perspective de l’Évangile de la vie.

Plusieurs fois, les velléités qu’elle avait de me quitter ont eu l’occasion de se manifester plus explicitement, comme des préludes à la séparation qui dure encore à ce jour.

Cependant, tandis que je prends de l’âge, je reste toujours dans cette espérance de la conversion de mon épouse, qui semble si difficile parce que le Seigneur ne peut changer les cœurs sans le consentement des personnes, mais qui n’est pas impossible, puisqu’une prière fervente peut préparer les esprits à un tel retournement.

En tout cas, elle demeure la seule voie de libération qui soit vraie.

Dans l’attente de la réalisation de nos retrouvailles dans l’unité de l’amour, et la complémentarité de notre vocation d’époux et d’épouse, avec la naissance de ce quatrième enfant, fruit de la promesse, désormais plus problématique à mesure que nous avançons en âge, mais qui n’en demeure pas moins, en un sens, dans l’ordre du possible, j’écris ces lignes qui s’adressent à ma femme et à mes enfants, et à travers eux, à tous nos frères humains, afin qu’elles soient pour moi l’occasion de faire le point sur le chemin du pardon, et pour tous, un instrument de réconciliation.

Quel bonheur partagé, lorsque nous nous retrouverons tous réunis, dans la paix et la joie, autour de la table eucharistique comme dans les temps bénis où nous participions tous ensemble à la messe… en attendant de partager le pain et le vin au banquet des noces de l’Agneau, dans le Royaume !…

PREMIÈRE PARTIE

LES APPARITIONS DE LA VIERGE À MEDJUGORJE

Prélude à une rupture

Avant que je ne fasse le pèlerinage à Medjugorje, nous étions, ma femme et moi, partis en vacances à Briançon.

Or, ces vacances furent comme un voyage de noces à l’envers.

Nous faisions de longues promenades dans le massif du Pelvoux, mais la présence de ma femme m’empêchait d’aller bien haut dans les ascensions que nous faisions ensemble dans la montagne ; je la trouvais toujours à la traîne comme en d’autres excursions que nous avions faites avec les enfants.

Si bien que lorsqu’elle décida de rentrer à la maison, je me sentis soulagé.

D’un autre côté, cette séparation momentanée me fut douloureuse, plus que cette angoisse que je ressentais lorsqu’il me fallait la quitter pour aller au travail, mais moins que la blessure que je ressentirais lorsqu’elle me quitterait définitivement.

Dans mon élan, je montai vers les sommets, jusque sur les glaciers, au risque de me faire rappeler à l’ordre par quelque guide, étant donné mon manque d’équipement.

Ce qui arriva effectivement.

Je renonçai donc à aller plus haut, mais mon rêve était d’aller au sommet, à la barre des Écrins ; ce rêve qui m’avait fait envisager de plus hautes cimes, quelqu’un le réalisa en montant dans la journée au sommet du mont Blanc, sans équipement particulier, sinon une paire de baskets.

D’ailleurs, ce désir des cimes était comme une aspiration vers le Ciel. L’ascension avait un sens religieux. Tout tendu vers les sommets, sans un regard en arrière, je montais vers les neiges éternelles. Ainsi, au cours de ces randonnées, je fis un pèlerinage à Notre-Dame des Neiges qui surplombe la ville. C’était sans doute pour une fête locale de la Bienheureuse Vierge Marie.

Lorsque ma femme m’avait quitté pour rentrer à la petite gare de Mont-Dauphin, il aurait fallu un mot de sa part pour que je la retienne plus instamment, mais ce mot ne fut pas prononcé, ni par elle ni par moi, chacun attendant de l’autre une avance qui ne vint pas. Or, ce mot aurait pu être un mot d’amour, ou d’attention particulière qui nous aurait de nouveau réconciliés, ou encore, tout simplement, l’énoncé de mon nom : « Roland » comme il me reviendrait plus tard qu’elle pouvait le dire avec tant d’amour.

Je la laissai partir, le cœur transpercé.

C’est bien le terme qu’il faut employer. En effet, la séparation d’avec mon épouse serait un déchirement, une blessure mortelle qui aurait dû guérir avec le temps, mais qui serait toujours prête à se rouvrir, lorsque j’en viendrais à m’en remémorer le souvenir. D’ailleurs, cette blessure d’amour, nous la porterons jusqu’au Paradis ; je dis « nous » car il est certain que mon épouse l’éprouvera elle aussi en son cœur ; elle qui, en quelque façon, donnera le coup en sera blessée en retour. Certes, l’amour n’est pas sans coups férir, mais il a ceci de particulier qu’il blesse celui qui porte le coup ; ainsi, l’abeille meurt après avoir planté son aiguillon, tandis que la guêpe peut piquer sept fois.

Au cours de ces vacances, lorsque je fus seul, je fus pris du désir d’aller à Venise. J’en avais la possibilité puisque des services de cars rapides existaient à partir de cette ville, mais je ne réalisai pas le voyage, retenu que j’étais par quelques réticences, sans doute parce que j’aurais dû le faire avec mon épouse, comme un nouveau voyage de noces. Or, aller à Venise seul, c’était aller au-devant d’une tristesse mortelle.

Cependant, lorsqu’à mon tour, je revins à la maison, tout sembla rentrer dans l’ordre, comme cela s’était déjà produit dans le passé, et se reproduira peut-être à l’avenir, mais ce n’était qu’en apparence, un peu comme le calme avant la tempête.

Lorsque je fus rentré, je commençai les préparatifs du pèlerinage, car j’étais bien décidé à le faire.

Je veux parler des préparatifs immédiats, car pour ce qui est des préparatifs plus lointains, je les avais menés depuis plusieurs mois dans la recherche d’un pèlerinage en car, dans mes montées à Notre-Dame de la Garde où je trouvai les œuvres du père Laurentin sur les apparitions de la Vierge, et même, par l’apprentissage de la langue serbo-croate.

Sur le plan spirituel, nous avions rencontré des prêtres afin de faire un discernement sur l’opportunité d’entreprendre un tel pèlerinage. Il s’agissait du père Robert P., notre conseiller habituel, et du père Jean Arnaud, un homme de Dieu qui était allé plusieurs fois à Medjugorje. Ce dernier devait me témoigner sa sympathie lors de chacune de nos rencontres en diverses occasions. Ainsi, il prierait toujours pour que je me réconcilie avec mon épouse. Le Seigneur l’a depuis rappelé à lui.

Mon épouse ne voulut pas m’accompagner, mais elle participa à la préparation.

Je me rappelle qu’au cours de la conversation, le père Jean eut l’intuition que ce pèlerinage pouvait avoir des conséquences négatives sur la bonne entente de notre couple. À un moment donné, il fit remarquer que si ce pèlerinage devait nous séparer, il vaudrait mieux y renoncer. Il s’adressait surtout à moi, mais l’attrait était bien trop fort pour que je l’écoute, et finalement y renonce.

C’est ainsi que je partis seul.

En fait, cette attirance venait de ma dévotion nouvelle à la Vierge Marie, car depuis le temps de ma plus tendre enfance où ma grand-mère Carruggi nous disait, à mon frère et moi, de ne surtout pas oublier de réciter notre « Je vous salue Marie » avant de nous endormir, je l’avais bel et bien négligée.

D’ailleurs, je ne me souviens pas avoir jamais dit la prière demandée.

Un an auparavant, j’avais subi une grave opération dont j’étais sorti « comme mort » – selon l’expression même de mon épouse, et c’est peut-être à cette occasion, ou même avant, durant les mois qui la précédèrent, que je renouai avec la récitation de l’Ave Maria, si bien qu’il me semblerait l’avoir toujours fait.

Aussi, lorsqu’au cours de ce long pèlerinage, nous le réciterions dans le car, il me paraîtrait que c’était dans mes habitudes.

J’allais souvent à Notre-Dame de la Garde pour prier. Dans la librairie du sanctuaire, j’avais découvert les livres du père Laurentin sur les apparitions de la Vierge, que je me mis à lire, au fur et à mesure de leur parution, car il s’interrogeait sur les événements.

Dans tous mes engagements, j’ai toujours procédé de la même façon pour le faire en connaissance de cause.

En mon for intérieur, aller en pèlerinage à Medjugorje, c’était aller à la rencontre de la Vierge Marie, comme à un rendez-vous d’amour avec une personne en chair et en os – je devrais dire en son corps et en son âme, qui par sa proximité serait plus réceptive à mes prières.

Mon épouse avait de quoi être jalouse !

Pourtant, je n’avais nullement l’idée de la voir. En effet, je faisais confiance aux voyants. Ma foi était suffisamment forte pour croire qu’elle apparaissait. Je voulais simplement prier pour la paix, particulièrement pour la paix des ménages.

Je n’avais pas d’intentions plus fortes car j’avais l’impression que notre couple était en danger, et qu’il était temps de réagir.

Par conséquent, je partis seul ; mais, malgré tout, mon épouse était dans mon cœur, même si je ne pensais pas spécialement à elle, tellement j’étais pris par l’attrait d’une Femme qui transfigure toutes les femmes.

Le but du pèlerinage était bien de faire revenir à moi mon épouse. J’insiste sur ce terme de « revenir » car il exprime bien l’idée de retournement, de conversion. Je l’emploierai toujours lorsque je parlerai du retour de mon épouse, dans la perspective d’une réconciliation.

Déjà, quelques années auparavant, ma femme n’était pas rentrée, mais quelle joie m’envahit lorsqu’elle me fut revenue, alors que je ne l’attendais plus. Or, cette joie, je la garde comme un avant-goût de celle que j’aurai lorsqu’elle me reviendra définitivement. De cette joie, j’en mourrai, car on peut bien mourir d’amour, même si « l’amour est plus fort que la mort » mais une telle assertion n’est vraie que dans l’éternité de Dieu. En revanche, sur la terre l’amour ne triomphe de la mort que sur la croix, lorsque nous nous unissons au Christ en sa mort et résurrection.

À cause de cette joie que je ne saurais supporter sur la terre, notre réconciliation risque de n’avoir lieu qu’au Ciel ; et plus le temps passe, plus je suis tenté de le penser ; mais je reste dans l’espérance que dans l’aujourd’huide Dieu, l’impossible puisse arriver à tout instant, au moment même où je ne l’attendrai plus.

Alors, quelle joie me brûlera le cœur, et tant mieux si j’en meurs !

Plus tard, je saurai que la vie est faite de peines et de joies, et que, lorsque l’expression de la joie est retenue, elle est d’autant plus ardente qu’elle a été contenue plus longtemps.

Il s’agit d’un grand mystère que la joie liée à la croix.

Cependant, nous ressentons combien l’amour qui nous pousse à suivre Jésus jusque sur la croix fait naître en nous la joie…

La joie parfaite !

 

Le miracle du soleil

Le pèlerinage que je fis à Medjugorje devait bouleverser ma vie.

Je pense que l’on peut bien parler de « conversion » quoiqu’elle fût préparée par un long cheminement fait de séparations, de ruptures et de maladies, voire de morts – même si elles étaient trépassées en résurrections, avec toute la violence qu’implique un tel retournement.

Quand nous nous approchons de Dieu, il ne manque pas de nous flageller, comme un père châtie son enfant parce qu’il l’aime. Il est vrai que sur le moment, la correction n’est pas agréable, mais lorsque nous nous sommes corrigés, nous nous en trouvons bien, et nous en sommes reconnaissants à Celui qui nous l’a infligée.

Toutes ces ruptures, Dieu ne les a pas voulues, et s’Il les a permises, c’est qu’il devait en résulter un plus grand bien.

Par ailleurs, là où la Vierge apparaît, le Serpent n’est pas loin, même si, en définitive, elle lui écrasera la tête…

Or, dans ce pèlerinage, j’ai beaucoup souffert dans ma chair, à cause de la longueur des étapes, de la chaleur dans le car – en plein mois d’août la climatisation ne marchait pas, mais aussi dans mon esprit, à cause de la lutte que je menais à mon insu contre l’idéologie que j’avais partagée lorsque j’étais militant du Parti communiste, et dont je n’étais pas encore tout à fait libéré.

Plus tard, je me souviendrais que le Bienheureux Charles de Foucauld avait dit : « Surtout, ne soyez pas des militants. »

Au cours du voyage, je perdis beaucoup de poids à cause de la chaleur qui me faisait suer toute mon eau… et je fus vite exténué, comme la bûche exprime son humidité avant de pouvoir brûler, tandis que je passai au pressoir de la purification.

Dans l’autocar qui nous emmenait, nous récitions le chapelet et même, comme nous en avions le temps, nous disions le Rosaire en entier, en trois fois : le matin, les mystères joyeux, en début d’après-midi, les douloureux et le soir, les glorieux.

En même temps, nous faisions une méditation sur les mystères, et quelquefois, sur la vie des Saints.

Ainsi, j’eus la révélation de padre Pio, déjà mort à l’époque, et aujourd’hui canonisé. Il a joué un grand rôle dans ma conversion. Il disait que lorsqu’il y aurait autant de communistes convertis qu’il en resterait à convertir, la Russie se convertirait. Il faisait de cette façon référence au message de Notre-Dame à Fatima, appelant à prier pour « la conversion de la Russie ».

Alors que j’écris, les événements ont confirmé ces prophéties, mais nous savons que la conversion d’un peuple est longue et laborieuse. Désormais, la Russie est entrée dans une période de restauration qui se poursuit sous nos yeux, d’une manière assez courageuse. En revanche, la France est loin d’être entrée dans une telle démarche concernant les événements nés de la Révolution.

Mais pour revenir à padre Pio, il avait le don de lire dans les âmes, surtout au confessionnal. Un jour, un communiste vient justement se confesser à lui. Le père sait qu’il appartient au Parti, il lui demande donc, s’il veut communier, de rendre auparavant sa carte.

Or, cet avertissement, je le reçus comme s’il m’était personnellement adressé.

Alors que j’avais cheminé pendant des années en Église en faisant révision de ce qui dans nos vies, à travers l’action militante, révélait les manifestations de l’amour de Dieu, je compris que ma participation à l’instauration d’un régime communiste n’entrait pas dans les desseins de la divine Providence, sinon comme en négatif, pour provoquer les chrétiens à édifier un monde plus humain… En effet, Dieu peut toujours tirer d’un mal un plus grand bien.

Aussi, lorsque je reprendrai le travail, je romprai toutes « les attaches mauvaises » qui me liaient encore à un monde dont je ne voudrai plus.

De la sorte, des liens furent déliés qui ne furent jamais renoués, et d’autres furent reliés que j’avais défaits… mais je comptais bien que Dieu relierait ce qui devait l’être, et laisserait délié ce qui devait le rester.

Ce qui fut fait, mais pas toujours comme je l’aurais voulu.

Pourtant, il ne faut pas croire que j’obéissais à quelque injonction du Ciel comme d’aucuns le croiraient. Au contraire, je coopérais à l’action du Seigneur avec toutes mes faiblesses, mes insuffisances et mes ignorances, mais je ne restais pas passif par rapport à ce que je croyais être la volonté de Dieu.

Un moment, je fus tenté de le penser, mais très vite, je pris conscience que le Seigneur me laissait libre d’agir selon ma volonté, même s’il valait mieux que ma volonté soit conforme à la sienne, car mes actions n’étaient pas sans conséquences.

J’ai dit combien le voyage fut long, jalonné qu’il était d’étapes importantes sur le plan religieux comme Padoue où nous fîmes nos dévotions à Saint Antoine, mais aussi touristique comme à Rijeka, ou plus loin à Split. À vrai dire, c’était plutôt des haltes à midi, pour déjeuner ou le soir, pour passer la nuit.

En particulier, nous nous sommes arrêtés dans un joli petit port sur l’Adriatique, juste avant le terme du voyage, pour participer à la messe. Il était pittoresque ce village, tout construit autour de son église avec son parvis qui donnait sur le port, ses maisons rassemblées comme des poussins autour de la mère poule !

Je ne me rappelle plus son nom.

Ce qui m’a le plus frappé au cours de cette traversée du sud de l’Europe, jusqu’aux limites de l’Occident et de l’Orient, ce sont justement ces villages inscrits dans le paysage avec leur église et leur clocher qui donnent à ces contrées un caractère de chrétienté, comme les vestiges d’un passé qui pourrait n’être pas tout à fait révolu.

J’ai la même impression lorsque je traverse la France en trains à grande vitesse.

C’est en les découvrant que nous reconnaissons le mieux, inscrites dans nos campagnes, les racines chrétiennes de l’Europe.

Dans ma jeunesse, j’aimais bien cette Europe qui de toute façon se serait construite avec les rois, puisqu’ils avaient entre eux des relations de famille.

Avec eux, l’Europe des patries se serait naturellement constituée.

Je dis cela avec nostalgie…

Napoléon a essayé de la faire les armes à la main, même si ce fut à son corps défendant.

Ensuite, d’autres ont essayé de la faire plus ou moins violemment, par vagues successives, d’ouest en est, avec Hitler, d’est en ouest, avec Staline, et encore dernièrement, d’ouest en est, avec Barroso, jusqu’à buter contre la Russie, incontournable.

Aujourd’hui, il y a ce débat sur « les racines chrétiennes de l’Europe ». Ne pas les reconnaître, c’est nier l’évidence.

Lors de la création des institutions européennes, après la Guerre, beaucoup étaient chrétiens qui y participèrent.

Mais, l’Europe que l’on veut créer actuellement est assez floue, pas seulement du point de vue géographique, en faisant entrer la Turquie, et pourquoi pas le Maghreb ?… mais aussi du point de vue idéologique, car dans le relativisme religieux ambiant que l’Europe soit chrétienne ou musulmane importe peu puisque toutes les religions se valent.

En définitive, avec l’aide de l’anti-culture de mort, l’Europe sera faite de nations mahométes, mais aura-t-elle encore un sens ? En la matière, on ne peut pas parler de « culture » quand il s’agit de justifier le massacre des innocents qui ne sont plus protégés dans le ventre de leur mère, et qui sont utilisés comme matériel de rechange par la recherche médicale.

En ce qui me concerne, je suis pour une Europe des nations chrétiennes qui se construise sur un modèle à inventer.

Dans leur dérive idéologique, les « européistes » veulent construire une Europe des régions qui n’est pas réaliste vu leur nombre. En l’occurrence, ils construisent sur les ethnies un ensemble qui a vocation à s’étendre à l’ensemble du monde. Leur but est de détruire les nations comme ils détruisent les familles.

En vérité, ils ne construisent pas l’Europe mais une zone de libre-échange où l’homme est réduit à sa dimension économique. Elle s’inscrit dans le cadre de la mondialisation. Il en résulte la destruction des valeurs que nous vivons actuellement, et des guerres intestines comme nous les voyons en ex-Yougoslavie, mais que nous pourrions voir en Espagne, en attendant d’autres lieux. Au contraire, l’Europe des nations rassemble autour des valeurs chrétiennes des peuples qui ont appris à vivre ensemble.

Quoi qu’il en soit, la Russie est en dehors du projet, incertaine quant à ses frontières et à son avenir, car ils dépendent de sa conversion en cours.

Les États-Unis jouent la carte de l’Islam en enfonçant un coin à la jointure de l’Orient et de l’Occident, comme nous avons pu le voir lors de la guerre en Bosnie-Herzégovine.

La Pologne pourrait jouer un rôle dans la reconnaissance des racines chrétiennes de l’Europe, mais le jouera-t-elle ?

Lorsque nous sommes désenchantés par la classe politique nous en appelons aux cosaques – ces cosaques qui ont conquis la Sibérie. Ils pourraient bien nous libérer.

Sinon, quels sont les « barbares » qui viendraient redonner vie à notre vieux continent ? À ce jour, je ne saurais le dire.

Toutefois, je reste dans cette espérance que nous serons bientôt libérés de l’anti-culture de mort par implosion du système du dernier des avatars du socialisme : le libéral-socialisme.

Dans la soirée, nous avons logé à Mostar, la ville la plus proche des hameaux de Medjugorje, dans un hôtel luxueux et ultramoderne.

Alors, la ville était très orientale, digne des Mille et une nuits, avec son vieux pont enjambant d’une manière très arquée la rivière, et donnant tout son caractère à la cité. D’ailleurs, dans la langue serbo-croate, Mostar signifie : « vieux pont ». À l’époque s’élevaient, de part et d’autre de la rivière, les deux flèches de la cathédrale, et quelques minarets.