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L'incarnation de Jésus-Christ et les traditions abrahamiques en Jn 8

De
159 pages
Dans ce livre, l'auteur élabore une réflexion sur l'ancestrologie juive pour la rapporter après coup sur la foi de l'Africain. Il juge bon de prendre de la distance sur l'héritage judéo-chrétien. Il pense qu'il ne faut pas absolutiser la figure d'Abraham. Abraham est le type de Jésus. C'est à la lumière de Jésus qu'il faut comprendre la vocation et la mission d'Abraham. Rapportant cette réflexion sur l'ancestrologie africaine, il conclut que Jésus vient réaliser la mission commencé par Abraham et par nos ancêtres aux coeurs droits.
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Chemin de l’édition Le présent volume a suivi un long parcours, soit cinq ans de recherches sur le quatrième Evangile. Je suis donc redevable à plusieurs personnes et institutions. D’abord, de mes anciens professeurs méritent d’être cités en signe de gratitude le Professeur Paulin Poucouta de l’Université de Tübingen, en Allemagne, pour son sens critique et ses observations pertinentes et le Professeur Paul-Marie Buetubela qui, en plus d’avoir accepté de lire mon manuscrit et d’avoir apporté sa contribution scientifique, a doublé cet effort d’un acte très significatif : la préface. A Bandundu-ville, en République Démocratique du Congo, je suis arrivé, grâce à la détermination d’un petit groupe de jeunes gens, à constituer une association de lecteurs et correcteurs des textes français. Je ne saurai pas les remercier tous ici. Deux ont été choisis pour lire le manuscrit de cette publication que je remercie très vivement : Henri Mayala et Marius Kingoy. Qu’ils continuent ainsi ! Ma gratitude s’adresse aussi aux Abbés O. Makolo et D. Luhangu qui ont lu et corrigé le manuscrit de cet ouvrage. Mes étudiants des Facultés Catholiques de Kinshasa de l’année académique 2006-2007 du degré des Etudes Spéciales pour le troisième cycle et ceux de 2007-2008 au niveau du Graduat, à qui j’ai soumis ce texte en discussion, ont apporté des objections non négligeables. Mille mercis à eux. J’aimerais clore cette liste de remerciements avec celui qui a été au secrétariat jour et nuit : mon jeune frère et ami Willy Wele-Wele auquel s’est jointe Laurie Morvan-Houle. Enfin, depuis plus de cinq ans, j’oriente mes recherches sur le thème de « Judaïsme et inculturation » où je cherche à joindre au désir fondamental et socioreligieux d’inculturer la foi chrétienne, le droit légitime d’interroger le Judaïsme sur ce paradigme et, au besoin, d’y trouver des indices de fondements de l’inculturation. Est-il un non-sens que l’inculturation de la foi chrétienne passe par

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une certaine « re-judaïsation » des cultures africaines à évangéliser ? Le recours à la foi d’Abraham par le croyant d’aujourd’hui, en général, et par l’Africain, en particulier, ne concourt-il pas à cet objectif, à savoir une explication juive de l’inculturation de la foi en Jésus-Christ ? Le lecteur est invité à m’aider à répondre à ces questionnements existentiels. L’auteur

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SIGLES ET ABREVIATIONS ACFEB Adv. Haer APECA Art. Cit. Ap. A.T. Aufl. Bib. BICAM BiOr Cfr 1Chr 2 Chr Col d.h. Ed(s). Dn Dt ETR Ex Ez Ga Gn He Hrsg Ibid. JBL Is Jg : Association Catholique Française pour l’Etude de la Bible : Adversus Haereses. : Association Panafricaine des Exégètes Catholiques : Article cité : Livre d’Apocalypse : Ancien Testament (Altes Testament) : Auflage : Biblica : Catholic Biblical Centre for Africa and Madagascar : Bibliotheca Orientalis : Confer : 1er Livre des Chroniques : 2ème Livre des Chroniques : Epître aux Colossiens : das heißt : Edition/Editeur(s) : Livre de Daniel : Livre du Deutéronome : Etudes Théologiques et Religieuses, Montpellier : Livre d’Exode : Livre d’Ezéchiel : Epître aux Galates : Livre de Genèse : Epître aux Hébreux : Herausgeber : Ibidem : Journal of Biblical Litterature, Philadelphia : Livre d’Isaïe : Livre des Juges

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: Evangelium nach Johannes : Journal for the Study of the Old Testament, Sheffield KBW : Katholisches Bibelwerk, Stuttgart Lc : Evangile de Luc LXX : Septante Mc : Evangile de Marc Mt : Evangile de Matthieu NT : Nouveau Testament Nb : Livre des Nombres Ne : Néhémie p. : page(s) Phil : Epître aux Philippiens REThSC : Revue de l’Ecole Théologique St Cyprien, Yaoundé RTA : Religions Traditionnelles Africaines Ps : Livre des Psaumes Op.cit. : Opus citatum Rm : Epître aux Romains TZ : Theologische Zeitschrift UCAC : Université Catholique d’Afrique Centrale, Yaoundé Verl. : Verlag : Volume Vol. VT : Vetus Testamentum, Leiden vv.(v.) : verset(s) ZThK : Zeitschrift für Katholische Theologie // : Parallele

Joh/ JohEv JSTOT

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Préface

L’ouvrage de Bernard Fansaka Biniama «L’incarnation de Jésus-Christ et les traditions abrahamiques en Jn 8 : un Christianisme africain à l’Ancien Testament ? » que je présente sous ces lignes est le fruit d’une longue méditation sur Jn 8 et la volonté de réviser et de s’approprier la mémoire du Judaïsme, en général, et de la piété d’Abraham, en particulier, dans la tradition johannique. L’exégèse qu’entreprend l’auteur s’inscrit dans l’histoire de la réception de la mémoire d’Abraham dans la foi d’un Africain. C’est un plaisir pour moi d’être invité par Bernard Fansaka à ajouter ces quelques pages à son livre. L’auteur aborde la question en deux étapes : la première est missionnaire ; elle est liée à Jésus et à la tradition johannique tandis que la seconde est une relecture sur la mémoire d’Abraham comme ancêtre des Juifs et son impact sur l’ancestrologie africaine. Le huitième chapitre du quatrième évangile porte au sommet la polémique entre Jésus et les Juifs et semble confirmer un certain anti-judaïsme comme l’ont prétendu certaines écoles jusqu’en ces jours. D’ailleurs, les études exégétiques ne le considèrent-elles pas justement, tantôt comme un texte aride, tantôt comme le « locus classicus » de l’anti-judaïsme johannique ? Dans cette dispute d’écoles d’exégèse, l’ouvrage de Bernard Fansaka vient combler une lacune : celle d’une lecture positive d’une querelle d’écoles. Ainsi l’auteur apporte une thèse dont voici la teneur : loin d’être une simple querelle entre Jésus et les Juifs sur Abraham, Jn 8 est un débat missionnaire exprimé dans un style propre à la tradition johannique visant l’adhésion à Jésus-Christ comme Verbe incarné. Ce schéma d’activités missionnaires se passe auprès d’une école juive de traditions abrahamiques. C’est cette école que l’auteur appelle « dévotion abrahamique » que le Fils de l’homme a tentée,

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en son temps, de convertir à lui et que la communauté johannique a continuée. Il apparaît dans l’analyse de l’auteur que le texte distille, sous forme de motifs littéraires, les traditions liées à Abraham, ainsi que les convictions de cette école abrahamique sur l’Alliance, sur la paternité et le monothéisme exprimés en des termes de préséance qu’a Jésus-Christ sur Abraham. En effet, sur le plan littéraire, les traditions juives se servent d’Abraham comme d’une clé herméneutique pour s’expliquer la paternité de Dieu. Dans son analyse, l’auteur passe le judaïsme, en général, et le rabbinisme de Jésus-Christ, en particulier, au peigne fin. Il confirme qu’Abraham est à la fois le Père d’origine de l’histoire juive (Gn 12) et qu’il a même un pied dans la mythologie juive (Gn 11). C’est exactement à cela que s’accrochent les Juifs de Jn 8. En effet, ce chapitre du quatrième évangile expose les motifs d’une école de dévotion juive où Abraham est non seulement « père » du judaïsme, mais aussi le point de départ de l’histoire d’Israël : « père des origines » (« Stammvater »), expression consacrée de certaines écoles et même la « figure d’identité » (« Identitätsfigur ») de tout le peuple juif. Sur ce point, ils ont raison. Plusieurs insistances des interlocuteurs de Jésus sur le fait de n’avoir qu’un seul « Père » se réfèrent au dogme du monothéisme sur lequel est fondé l’Alliance abrahamique. D’où cette tradition a « raison » de prétendre que le premier patriarche vient historiquement avant Jésus. Malheureusement, elle s’arrête là. Le débat missionnaire consiste à aller plus loin en transférant la clé herméneutique d’Abraham vers Jésus. C’est pourquoi le débat missionnaire sur l’adhésion au Fils de Dieu incarné tourne autour de la préséance d’Abraham sur Jésus-Christ et inversement. On le sent sur la vive question des Juifs qui veulent savoir si Jésus est plus grand que leur père (Jn 8, 44), question à laquelle Jésus répond audacieusement qu’«avant qu’Abraham fût, moi je suis » (Jn 8, 56) et qu’ « Abraham s’est réjoui à l’idée de voir son jour » (Jn 8, 58). Cette question touche au fondement même du judaïsme et à l’essentiel de l’activité missionnaire johannique, à savoir le rapport à établir entre Jésus, Verbe incarné, et les patriarches de manière générale: « es-tu donc plus grand qu’Abraham notre Père ? ». C'est-à-dire, comment articuler l’incarnation de Jésus-Christ en face des patriarches : « qui est le maître des origines absolues de

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l’histoire du salut entre Jésus et Abraham ? », se demande l’auteur. Il indique que « c’est au travers de cette question des origines et de préséance que la tradition johannique pose la question de savoir comment évangéliser sur l’incarnation de Jésus-Christ ». La tradition johannique prend position et tranche en faveur de la divinité du Dieu incarné et pousse l’audace plus loin en affirmant que « Jésus est plus grand qu’Abraham et qu’il lui a rendu témoignage » (Jn 8, 56). Posée de cette manière, l’analyse exégétique de l’auteur entend découvrir la diversité des traditions juives cachées derrière Jn 8. Cette ouvrage comble donc une lacune : donner une lecture plus positive de Jn 8 que celle de l’anti-judaïsme qui finit quelque peu par appauvrir l’exégèse johannique sur son rapport au judaïsme en général, et à la « Loi abrahamique », en particulier. En deuxième lieu, l’auteur élabore une réflexion sur l’ancestrologie juive pour la rapporter après coup sur la foi de l’Africain. Comment ? Bernard Fansaka jette une motion de méfiance sur une certaine acquisition quelque peu gratuite de la paternité d’Abraham chez l’Africain. Pour lui, pour mieux s’approprier la mémoire biblique d’Abraham, il juge bon de prendre de la distance sur l’héritage judéo-chrétien. Il crée une distanciation herméneutique dans sa quête d’une compréhension critique du dépôt de foi judéo-chrétienne pour que «Abraham qu’il cherche à comprendre devienne « son ancêtre ». L’auteur refuse l’adoption quelque peu naïve dont jouit l’Africain dans la paternité abrahamique : « L’Africain devrait critiquer un tout petit peu sa façon de se rapporter à Abraham et au Judaïsme. », écrit-il dès l’introduction de son ouvrage. Il proclame l’ère de la recherche accrue de compréhension critique du message révélé par le procédé de distanciation et d’appropriation herméneutiques. Cette démarche lui a permis de bien percevoir le rôle de Jésus- Christ sur qui Abraham porte témoignage, car Abraham ne serait pas notre ancêtre si Jésus-Christ ne l’avait pas été le premier : Abraham est l’ancêtre de l’Africain par la grâce de Jésus-Christ. Rapportée à la foi de l’Africain, l’ancestrologie juive et africaine court un danger de part et d’autre. En effet, Abraham qui est désigné « Père » dans tout le chapitre 8 est lié à la culture religieuse juive comme une figure originelle. « L’école de dévotion

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