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L'initiation chez les Gbaya Kara en Centrafrique

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272 pages
Dans un contexte de modernité où prévaut la recherche de l'autonomie individuelle, et où le fait de devenir chrétien n'apparaît plus que comme une formalité, les valeurs promues par les rites d'initiation traditionnelle peuvent inspirer à la redécouverte d'un parcours rituel plus adapté visant à consolider l'appartenance et l'identité chrétienne.
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APPARTENANCE ET IDENTITÉ CHRÉTIENNE L’INITIATION CHEZ LES GBAYA KARA
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L’initiation chez les Gbaya Kara en Centrafrique, en confirmant et en renfor-
çant l’appartenance et l’identité des jeunes garçons et filles, constitue un
processus efficace garantissant la cohésion communautaire et la pérennité
du groupe. A l’heure où l’Occident, à travers des mouvements intégristes APPARTENANCE ET IDENTITÉ CHRÉTIENNE
tels que le fondamentalisme et le pentecôtisme, cherche à reprendre
avec force son identité, et que l’Eglise, pour faire face à sa crise d’identité
chrétienne, cherche à valoriser certains rites, lesquels existaient déjà dans
les traditions africaines, il est urgent de s’interroger sur la manière dont le
processus d’initiation chrétienne est mené depuis les débuts de l’évangéli-
sation, et d’aider les communautés chrétiennes locales à une plus grande
conscience d’elles-mêmes et de leur unité.
Dans un contexte de modernité où prévaut la recherche de l’autonomie
individuelle, et où le fait de devenir chrétien n’apparaît plus que comme
une formalité, les valeurs promues par les rites d’initiation traditionnelle
peuvent inspirer à la redécouverte d’un parcours rituel plus adapté visant à
consolider l’appartenance et l’identité chrétiennes.
Titulaire d’un doctorat en Liturgie-Pastorale délivré par
l’université pontificale Saint Anselme à Rome, également
diplômé en gestion de ressources humaines, l’auteur a
écrit Les éléments significatifs de l’appartenance dans
l’initiation gbaya-kara, dans l’ouvrage collectif Liturgia e
inculturazione, paru chez Messaggero (Padoue-Italie, 2009).
ISBN : 978-2-343-01894-2
27€
L’INITIATION CHEZ LES GBAYA KARA EN CENTRAFRIQUE Blaise Servais BABELET





L’INITIATION CHEZ LES GBAYA KARA
EN CENTRAFRIQUE













Études africaines
Collection dirigée par Denis Pryen

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Georgin MBENG NDEMOZOGO, La protection animale au
Gabon, 2013.
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sens de son combat pour la liberté (1915-1917), La guerre
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Réflexion en hommage aux 50 ans de l’Union africaine, 2013.
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Blaise Servais BABELET








L’INITIATION CHEZ LES GBAYA KARA
EN CENTRAFRIQUE

Appartenance et identité chrétienne








































© L’HARMATTAN, 2013
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-01894-2
EAN : 9782343018942
A mon cher papa BABELET Rémy,
A ma chère maman NDAKALA Marie, aîné BABELET Sébastien,
Qui ont quitté promptement ce monde...

(6(17$7,21
53Après deux mille ans de présence dans le monde, le
christianisme est encore loin d’atteindre l’objectif ambitionné
par son maître, lequel visait la conversion de toutes les nations.
Malgré l’effort consenti par les évangélisateurs au fil des
siècles, l’homme d’aujourd’hui demeure encore sur sa soif de
rencontrer le sacré, et peine également à trouver les modes
correctes pour exprimer ses convictions. La raison profonde
d’une telle observation n’est pas à rechercher dans la capacité
des évangélisateurs à accomplir leur mission, ni dans l’aptitude
des évangélisés à réceptionner le message chrétien, mais plutôt
dans la manière dont chaque initiative d’évangélisation et
chaque effort d’accueil de l’évangile sont menés de paire. En
effet, même si les meilleurs records de conversions ont été
atteints dans l’histoire de l’Eglise, le cas de la societas
christiana aux XIè et XIIè siècles, et que déjà dès le IIe siècle
Tertullien déclarait du christianisme qu’il aurait déjà conquis la
terre, l’intériorisation d’une vie chrétienne dans sa plénitude
demeure encore problématique. Le mode d’appartenance à
l’Eglise est en difficulté chez beaucoup de convertis.
Aujourd’hui, le nombre des baptisés, confirmés, et mariés
sacramentellement a sérieusement baissé dans les pays
occidentaux où le catholicisme n’est de plus en plus considéré
que comme un patrimoine culturel. Toutefois, c’est le record
inverse qui est battu dans beaucoup d’autres régions du monde,
le cas du tiers-monde, où les églises sont toujours pleines à
craquer surtout à l’occasion des grandes fêtes (Noël, Pâques…)
et des grandes cérémonies (baptêmes, confirmation,
ordinations…), et où les demandes d’adhésion sont de plus en
plus nombreuses, la religion chrétienne étant vue comme une
chance pour l’épanouissement total des cultures locales à
l’heure où l’occidentalisation progressive des sociétés voit
disparaitre la cohésion traditionnelle existante.
C’est dans ce contexte de conversions massives qu’un
syncrétisme religieux assez considérable est remarqué chez
11
beaucoup de chrétiens catholiques qui se livrent à leurs
pratiques de foi tout en restant très attachés à leur pratique
religieuse traditionnelle. Beaucoup d’autres déboires y sont liés,
tels que le renoncement massif des fidèles à leur appartenance
ecclésiale au profit d’autres groupes religieux tels que les
protestants, les musulmans, les bouddhistes, les nouveaux
mouvements religieux ; l’éclatement de plusieurs mariages
chrétiens ou leur contradiction par la polygamie, des
célébrations eucharistiques davantage folkloriques que
spirituelles.... En bref, nous pouvons dire qu’il y a une
incohérence remarquable entre l’initiation chrétienne reçue et la
vie pratique chez un bon nombre de nos fidèles. L’identité
chrétienne est donc constamment en crise. Devenir chrétien ne
ressemble qu’à une formalité à remplir, et le fidèle n’hésite pas
à reprendre sa carapace traditionnelle une fois l’objectif atteint.
L’adhésion à la communauté chrétienne, si elle ne se fait pas
sur des bases rassurantes au préalable, expose nos jeunes églises
à l’abandon massif et progressif de la foi catholique.
Comment faire pour que le fait de devenir chrétien ne soit
pas une chose banale, mais amène l’intéressé à s’engager
effectivement dans un parcours fondé sur la foi et orienté vers
des valeurs prometteuses de l’évangile ? A l’heure où
l’Occident, à travers des mouvements intégristes tels que le
fondamentalisme et le pentecôtisme, cherche à reprendre avec
force son identité, et que l’Eglise, pour faire face à sa crise
d’identité chrétienne, cherche à valoriser certains rites, lesquels
existaient déjà dans les traditions africaines, il est urgent de
nous interroger sur la manière dont le processus d’initiation
chrétienne est mené depuis les débuts de l’évangélisation, et
d’essayer de donner à nos communautés chrétiennes une plus
grande conscience d’elles-mêmes et de leur unité. Renforcer et
rendre plus visibles par les rites d’initiation chrétienne les liens
qui rattachent les fidèles entre eux restent des impératifs afin de
parer à l’égoïsme qui gangrène de plus en plus nos sociétés. En
effet, nous trouvant dans une culture où prédomine l’utilitaire,
si l’initiation chrétienne ne porte pas le fruit souhaité par la
12
communauté, c’est parce qu’on y voit qu’une démarche
utilitaire.
L'initiation traditionnelle se présenterait à cet effet comme
une pratique dont il faudrait redécouvrir les valeurs profondes
pour une participation active et consciente de nos fidèles à
l’initiation chrétienne. Les valeurs initiatiques traditionnelles
pourraient ainsi inspirer l’initiation chrétienne pour que le fidèle
puisse vivre consciencieusement le baptême, la confirmation et
l’eucharistie et l’unité avec la communauté ecclésiale
entière sans que ces célébrations ne se réduisent seulement aux
chants, aux danses, aux repas, aux soucis pour l’habillement et
la beauté corporelle. Certes, l’initiation traditionnelle a disparu
au profit de l’occidentalisation progressive de la vie sociale.
Une nouvelle civilisation s’est imposée au rythme de la
globalisation. Il ne s’agit donc pas de ressusciter
nostalgiquement une pratique qui a fait son temps, comme si
cela serait l’unique parcours nécessaire pour garantir la foi
chrétienne. Toutefois elle peut nous inspirer à construire le
présent et sortir de la formalité rituelle. Aujourd’hui, dans un
contexte moderne où prévaut la recherche de l’autonomie
individuelle, et où devenir chrétien tend à devenir une pratique
banale, les valeurs promues par les rites d’initiation
traditionnelle peuvent inspirer à la redécouverte d’un parcours
rituel plus adapté pour la consolidation de l’appartenance et le
renforcement de l’identité chrétienne.
L’initiation chrétienne aujourd’hui est conçue sur le modèle
scolaire privilégiant l’aspect théorique de la foi au détriment
d’une démarche individuelle beaucoup plus intériorisée et en
lien avec la communauté d’appartenance. L’initiation
traditionnelle, par sa pédagogie, a su joindre les deux bouts en
préparant efficacement des hommes et des femmes à participer
pleinement à la vie du clan, confortant ainsi leur identité au sein
du groupe. Repenser l’initiation traditionnelle serait utile afin de
reconsidérer la valeur élémentaire de la foi chrétienne et mieux
vivre son appartenance chrétienne dans un monde où la foi est
13
de plus en plus privatisée et où la place centrale de la
communauté tend à être relayée au second plan.
Il s’agira donc de redonner à la liturgie de l’initiation
chrétienne son sens original qui est « œuvre du peuple » en
redécouvrant la valeur des symboles et des rites traditionnels
d’après les orientations de la communauté. Une telle initiative
permettrait de mieux exprimer sa foi chrétienne dans un
contexte pluraliste moderne et de prévenir le risque de
désagrégation et d’anomie que nos communautés chrétiennes
encourent. Elle pourrait nous aider à mieux penser les
conditions qui puissent assurer la continuité de la communauté
ecclésiale en intégrant les fidèles croyants que les contextes
sociaux aujourd’hui, caractérisés par un individualisme à la fois
émancipatoire mais aussi potentiellement destructeur du lien
social, contraignent à se différencier.
14
752'8&7,21,1
Tout homme naît dans un milieu culturel donné, et son
comportement est le reflet même de son univers culturel. Parmi
les diverses formes d’expressions culturelles possibles, les rites
sont un atout efficace pour accéder à l’univers symbolique. Si la
tradition africaine traditionnelle se présente fondamentalement
comme religieuse, les rites d’initiation y jouant un rôle
primordial, la tradition chrétienne également se sert du même
parcours pour intégrer ses membres en son sein. Ces deux
traditions, pour être plus expressives, ont besoin l’une de
l’autre. Dans la tradition africaine en général, les rites
d’initiation permettent de signifier fortement l’appartenance au
groupe ethnique. La tradition catholique est aujourd’hui
confrontée à un éclatement de son système du fait que sa
pratique de l’initiation ne permet pas de garantir et de
consolider l’appartenance de tous les fidèles à l’unique Eglise.
C’est dans ce contexte que le parcours de l’initiation chrétienne,
s’il se veut engageant, devrait en pratique tenir compte de
l’expérience traditionnelle de l’initiation vécue dans certaines
traditions. Les rites d’initiation chez les Gbaya Kara sont ainsi
susceptibles d’avoir des implications importantes pour
l’initiation chrétienne : consolider l’appartenance et donner une
forte identité chrétienne.
L’initiation représente en effet pour la société traditionnelle
le lieu originel pour l’acquisition du langage symbolique, le lieu
de l’éducation au sens et au respect du sacré, le lieu où le jeune
garçon ou la jeune fille apprend à faire chemin ensemble avec la
communauté garantie par les anciens, le lieu où l’on apprend à
être humble, respectueux et à agir dans l’intérêt commun, le lieu
d’une expérience intime avec le sacré représenté par les esprits
des ancêtres, le lieu où l’on apprend à se réaliser dans son
identité personnelle et à devenir pleinement adulte, le lieu d’une
riche expérience rituelle, le lieu où l’on apprend à retrouver la
confiance en soi-même et à la communauté grâce à l’écoute et
au silence.
17
L’initiation, l’appartenance et l’identité sont donc trois
concepts très liés. Si, d’une part, l’initiation permet d’appartenir
à un groupe, une collectivité ou une société, d’autre part on
n’acquiert l’identité d’un groupe qu’en s’initiant aux valeurs
intrinsèques de celui-ci. Ces vocables ne relèvent pas de
l’abstrait. De même que seul l’appartenant à un groupe pourra
être capable d’exprimer par des gestes ou des paroles son
identité, de même, seul l’initié ayant vécu l’initiation dans sa
chair pourra être capable de dire plus ou moins exactement ce
qu’est l’initiation. Appartenir et initier relèvent de l’expérience
donc de l’observable d’où la nécessité de recourir aux données
des sciences humaines en général pour une analyse plus
exhaustive.
Nous essaierons de partir de la compréhension de
l’expérience traditionnelle d’initiation chez les Gbaya Kara
pour proposer un parcours d’initiation chrétienne où les
concepts d’appartenance et d’identité sont fortement signifiés.
Une première partie de notre analyse sera consacrée à la
définition des termes initiation, appartenance et identité dans la
perspective des sciences humaines. Nous serons ainsi amenés à
considérer l’apport de l’anthropologie culturelle et les points de
vue de la sociologie et de la psychologie sociale, précisant par
la même occasion l’appartenance religieuse dans sa dynamique
psychosociale. Une seconde partie du travail sera consacrée à
l’analyse phénoménologique et anthropologique de l’initiation
traditionnelle des jeunes (filles et garçons) chez les Gbaya Kara
en République Centrafricaine en nous servant des études
anthropologiques de l’ethnologue français Pierre Vidal et
d’autres chercheurs pour identifier les éléments de
consolidation de l’appartenance et de l’identité qui y sont liés.
La troisième et dernière partie de notre étude nous amènera à
confronter l’initiation chrétienne avec l’initiation gbaya kara
pour mettre en exergue les éléments pour la consolidation de
l’appartenance et le renforcement de l’identité chrétienne.

18
3(5639('(66&,(&7(1&(6+80

($0,$($5,,($&(6751(11((1(1/5
'$7,'(6 7,733$217,,$,1,7
3$7,( 35L'initiation évoque généralement un long processus et
renvoie à l’idée d’une expérience première. C’est le cas, par
exemple, de l’admission d’un candidat à la pratique d’une
religion ou de l’intégration d’une personne au sein d’une société
secrète. Dans toute initiation s’imposent un commencement et
des instructions, ce qui justifierait l’emploi un peu abusif de ce
terme dans le langage courant pour exprimer toute action
renfermant l’idée du commencement. Tout en introduisant,
l’initiation ouvre la voie à une appartenance et assure par le fait
même une nouvelle identité à l’individu qui en est le
protagoniste. Dans tous les cas, l’initiation, l’appartenance et
l’identité sont trois concepts qui mettent en jeu des individus
dans leurs rapports sociaux et dans leurs comportements.
Nous tenterons de comprendre les concepts d’appartenance
et d'identité à partir de la notion d'initiation. Nous nous
servirons des données fournies par les sciences humaines pour
tenter de les interpréter tout en les situant dans leur contexte
respectif. Un premier chapitre se servira des données de la
sociologie et de la psychologie sociale tandis qu’un second
chapitre s’intéressera davantage aux données de l’anthropologie
culturelle en tant que science s’intéressant à l’homme et son
comportement dans son milieu naturel.


21

CHAPITRE I : INITIATION, IDENTITE ET
APPARTENANCE EN SOCIOLOGIE ET EN
PSYCHOLOGIE SOCIALE
Assimilant l’initiation à toute procédure en général visant à
transformer le statut social d'une personne, la sociologie la
définit comme un processus de socialisation, terme qui désigne
l'ensemble des mécanismes par lesquels l'individu intériorise
peu à peu les normes et valeurs de son groupe d'appartenance et
construit son identité sociale. Par l’initiation, l’individu acquiert
des normes, des valeurs et des comportements que la société lui
inculque par la médiation de la famille, de la communauté ou de
l’école. C’est un processus qui se rattache à celui du
déterminisme social. C'est de ce processus que dépend ainsi
l’intégration de l’individu au sein du groupe en particulier et de
la société en général. Une analyse de la conception sociale
développée par certains auteurs nous éclaircira davantage à cet
effet.
1- Initiation, appartenance et identité à partir de la vision
du lien social selon Emile Durkheim
1.1 L’initiation, un processus de socialisation pour la
construction identitaire et l’appartenance au groupe
1L’initiation selon la perspective de Durkheim (1858-1917)
correspond au processus de socialisation par lequel sont
transmises des valeurs et normes nécessaires à l’intégration ou à
l’appartenance sociale de l’individu. L’appartenance à une
société exige à cet effet le sentiment d’une transcendance
contraignant l’individu à se plier aux normes collectives et à
endosser les rôles que la société lui prescrit, et allant jusqu’à
2façonner sa personnalité. Cette approche s’inscrit dans la
1 E. DURKHEIM, De la division du travail social, Introduction de
Serge Paugam, Paris, 7è édition “Quadrige”, PUF, 2007 [1893].
2 Cf. E. DURKHEIM, Les formes élémentaires de la vie religieuse,
23

conception durkheimienne des rapports entre l’individu et la
société, celle-ci étant conçue comme un tout organique pour
lequel l’individu a le rôle de remplir une fonction pour
contribuer au fonctionnement harmonieux. L’initiation a ainsi
comme finalité de créer et de garantir le lien social en mettant
en place et en réactivant constamment des règles de vie et des
valeurs communes qui constituent l’identité même du groupe et
qui permettent de dépasser les particularités individuelles et
créer un sentiment d’attachement commun à la société.
L’identité sociale du groupe fait ainsi allusion à ces valeurs
communes concrétisées par des normes et dispositions que se
donne la société pour atteindre ses objectifs. Une analyse plus
pertinente du vocable identité pourra nous éclaircir dans notre
approche du problème.
La notion complexe d’identité fait allusion aussi bien à ce
qui dure dans le temps qu’à ce qui distingue et rassemble en
même temps, et s’applique à l’individu comme à des groupes.
Elle mobilise en son sein des éléments très hétérogènes
s’adaptant selon chaque contexte et pouvant se modifier avec
l’évolution des rapports sociaux et des appartenances.
Durkheim l’assimile à la conscience collective, ce qu’il
développe en ces termes :
Sans doute, elle n’a pas pour substrat un organe unique ; elle
est, par définition, diffuse dans toute l’étendue de la société ;
mais elle n’en a pas moins des caractères spécifiques qui en
font une réalité distincte. En effet, elle est indépendante des
conditions particulières où les individus se trouvent placés ;
ils passent, et elle reste. […]. Elle est donc toute autre chose
que les consciences particulières, quoiqu’elle ne soit réalisée
que chez les individus. Elle est le type psychique de la
société, type qui a ses propriétés, ses conditions d’existence,
PUF, Quadridge, 1990.
24

son mode de développement, tout comme les types
3
individuels, quoique d’une autre manière .
L’identité et l’appartenance en matière sociale sont deux
termes hermétiquement liés. L’identité est assimilée à un
système de sentiments et de représentations par lequel le sujet
se détermine par rapport au groupe dont il est membre. A en
4croire Pierre Tap, l’identité s’exprime dans le sentiment
d’identité, c’est à dire le fait que l’individu se perçoit et
demeure le même dans le temps, semblable à lui-même et
différent des autres. C’est par elle que chacun se définit, se
connait et se sent accepté et reconnu comme tel par les autres.
Cela suppose avant tout une estime de soi. C’est un système
dynamique où se joue le jeu de l’intériorité avec l’extériorité,
une interaction entre l’individu et son environnement. L’identité
s’intègre en un tout structuré, plus ou moins cohérent et
5fonctionnel . Elle est en construction permanente, mais garde
une organisation stable. Elle est individuelle ou personnelle, car
elle renvoie au sujet individuel. Selon Codol, elle englobe les
notions telles que la conscience de soi et la représentation de
6soi , et est constituée de trois caractères qui sont la constance,
7l’unité, et la reconnaissance du même . L’identité personnelle
peut subir des changements dus à certaines étapes de la vie, par
exemple le fait de devenir parent ou grand parent, le fait de
3 E. DURKHEIM, De la division du travail social, p. 46.
4
Cf. P. TAP, Marquer sa différence, in C. Halpern et J.C. Ruano-
Borbalan, Identité(s). L’individu, Le groupe, La société, Auxerre,
Editions Sciences Humaines, 2004, pp. 57-60.
5 Cf. E. BOURGEOIS, Identité et apprentissage, « Education
Permanente » n° 128 (1992).
6 CF. J.P. CODOL, Une approche cognitive du sentiment d’identité, in
« Information sur les sciences sociales » 20,1, Londres et Beverley
Hill, SAGE, 111-136.
7
Cf. H. MALEWSKA-PEYRE, L’identité comme stratégie, in
Pluralité des cultures et dynamiques identitaires, Hommage à carmel
Camilleri, sous la direction de Jacqueline Costa-lascoux, M-A Hily et
G. Vermès, l’Harmattan, 2001, p. 8.
25

changer de profession ou de conjoint, le fait de partir en retraite,
d’émigrer ou d’épouser une personne d’une autre culture. Ces
divers changements importants de statut, qui font la dynamique
même de l’identité, provoquent des réaménagements plus ou
8moins forts, difficiles, positifs ou négatifs. Pour Daniel Calin
l’identité personnelle est « donnée » du fait que ce n’est pas
l’individu qui choisit son sexe, ses liens familiaux, sa naissance,
l’espèce et la planète où il naît. L’identité objective de
l’individu est ainsi constituée par le sexe, la généalogie,
l’insertion sociale de la famille et la condition humaine dans
son universalité. Cependant, cela doit faire l’objet d’une
appropriation subjective, longue et indéterminée, car ce n’est
qu’à travers l’élaboration d’un sentiment identitaire de nature
psychologique que l’identité « objective » devient significative.
L’initiation, dans cette optique, est un processus nécessaire à la
formation de l’identité personnelle de l’individu.
Les nuances entre les concepts d’identité et d’appartenance
sont dans le fait que l’identité évoque une certaine délimitation
sur le plan individuel ou social tandis que l’appartenance
exprime une immense ouverture du fait qu’elle se situe au
dessus de toute identité. Pour Philippe Zafiran, l’appartenance
fournit un point d'appui qui est la conscience des déterminations
sociales et ne serait par conséquent qu'une identité inachevée,
en amont du processus essentiel : celui de l'identification de soi
dans la relation au groupe. C’est en vertu de cette vision que
chaque individu affirme qu’il appartient à un métier, à une
classe sociale ou à une nation. C’est également dans ce même
ordre que se placent les attributs assignés sur le plan social,
telles que les appellations ‘père’, ‘mère’. Dans cette identité il y
a au niveau de l’individu une articulation du sociologique et du
8 Cf. D. CALIN, Construction identitaire et sentiment d’appartenance.
Article cité dans Quatre siècles de Francophonie en Amérique et
d’échanges Europe-Afrique-Amérique, conférence organisée en mai
2003 par le CIDEF-AFI de l’Université Laval à Québec. Cf.
WWW.daniel.calin.free.fr/textes/identite.html.
26