Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 13,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

La Bible pas à pas, tome 3

De
280 pages
Les deux premiers tomes de la Bible pas à pas ont mis en lumière les grandes figures de l'Ancien Testament d'Adam à Jacob, puis celle de Joseph et son combat contre l'idolâtrie en Égypte.Dans ce troisième volume consacré à l'Exode, surgit la puissante stature de Moïse, le prophète par excellence. Les symboles qui le concernent, bien qu'universellement fameux, sont en réalité assez méconnus quant à leur rôle dans l'économie de la Révélation : les dix plaies, la Pâques, le passage de la mer des Joncs, la manne et les cailles, les tables de la Loi, et tant d'autres... Évoquer Moïse et l'Exode, c'est brosser la fresque épique de « l'homme le plus humble que la Terre ait porté » (Nb 12,3), lequel a libéré le peuple hébreu non seulement de la servitude d'Égypte, mais bien davantage d'un esclavage plus profond que tous les hommes ont en partage, à savoir la « peur de la mort » (Hb 2,15).En effet, Dieu n'a eu aucun mal à faire sortir le peuple d'Égypte, même au prix de la mer fendue en deux, afin qu'il y passe à pied sec ! À l'inverse, faire sortir l'Égypte du coeur de l'homme, tel est le défi véritable dévolu à Moïse sans qu'il parvienne à le relever. Jésus, nouveau Moïse, l'a accompli, lui, pour toute l'humanité, au prix de sa Passion et de sa résurrection. Scruter Moïse, c'est voir se dessiner en filigrane le visage du Christ, « le grand prophète » promis par Dieu au Sinaï (Dt 18,15) afin que quiconque l'écoute, vive éternellement (Jn 5,24).
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

La Bible pas à pasTous droits de traduction,
d’adaptation et de reproduction
réservés pour tous pays.
© 2015, Groupe Artège
Éditions Lethielleux
10, rue Mercœur –75011 Paris
9, espace Méditerranée – 66000 Perpignan
w w w . e d i t i o n s l e t h i e l l e u x . f r
ISBN : 978-2-249-62313-4
ISBN epub : 978-2-249-62364-6Jocelyne Tarneaud
LA BIBLE
PAS À PAS
Moïse et l’Exode
Volume IIIÀ mon époux Éric, pour son investissement dans la mise en forme de cet ouvrage. À
mon fils Étienne, pour sa fidèle collaboration.
À mes sept enfants, leurs conjoints et mes dix petits-enfants – Aurore, Pauline,
JeanVianney et Aliénor ; Éloïne, Clément et Blanche ; Gabrielle, Roch et Élie – pour la
chaleur de leur affection et dans l’espérance de leur transmettre ce que j’ai reçu.
À tous les lecteurs et lectrices, afin que cet ouvrage puisse les aider à faire des
1Écritures « la lampe à leurs pas ».
1. Ps 119,105.A v a n t - p r o p o s
En suivant « pas à pas » les héros bibliques, d’Adam à Joseph en passant par
Jacob, nous sommes descendus avec le quatrième patriarche jusqu’en Égypte,
Mizrayim, la maison de servitude. Hélas, l’eldorado forgé par le génie de Joseph est
peu à peu devenu pour son clan un enfer prêt à l’engloutir. En quatre siècles, les
1soixante-dix personnes qui formaient le noyau initial ont si bien proliféré qu’Israël est
devenu une « bombe démographique » pour Pharaon, une menace intérieure telle qu’il
2faut l’éradiquer .
Où en est désormais la promesse faite à Abraham : « Quitte ton pays, ta parenté et
3la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai » ? Ne risque-t-elle pas de
sombrer irrémédiablement dans le bourbier d’une inhumaine servitude que Dieu
luimême avait prophétisée à Abraham dès l’origine ? « Sache que tes descendants seront
des étrangers dans un pays qui ne sera pas le leur. Ils y seront esclaves, on les
opprimera pendant quatre cents ans. Mais je jugerai aussi la nation à laquelle ils auront
4été asservis et ils sortiront ensuite avec de grands biens . » Conscient de l’inexorable
oracle, Jacob s’est arc-bouté de toutes ses forces pour ne pas quitter Canaan, pour ne
pas descendre en Égypte à l’invitation du pharaon bienfaiteur de Joseph. Mais ce
dernier sait bien que cette résistance est vaine. La bénédiction primordiale faite à
Abraham passe par l’amertume de l’Égypte, tout comme la Résurrection passe par la
Croix : « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe » supplie Jésus avant d’ajouter :
5« Cependant que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse . »
En effet, le nom hébreu qui désigne l’Égypte, Mizrayim, dont la valeur numérique se
6réduit à treize, est aussi le nombre bénéfique des attributs de Dieu . De même que
Dieu descend en Égypte avec Joseph, il y descend aussi avec Moïse pour en faire
remonter Israël vers la Terre de Canaan promise à Abraham.
Ce passage obligé est prophétique de sa naissance en tant que nation. En
énonçant Mizrayim, on entend sonner en écho mayim, les eaux, entremêlées au son tsr
qui signifie étroit, resserré. Aussitôt s’impose l’image d’une naissance, la rupture de la
poche des eaux qui permet au fœtus de se frayer une voie à travers le chemin resserré
du col de l’utérus grâce aux contractions du travail qui aboutira à la venue au jour du
bébé, si tout se passe bien. Voyage périlleux et douloureux s’il en est qui fait dire au
Christ, se référant à sa passion : « La femme sur le point d’accoucher s’attriste par ce
que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient
7plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde . »
L’Égypte, Mizrayim, est cet utérus où Dieu a fait nider l’œuf fécondé par la
promesse faite à Abraham à Ur de Chaldée. Celui-ci a progressé, comme en la trompe,
avec Jacob descendu à Goshen à la rencontre de son fils Joseph devenu Grand Vizir
8de Pharaon, lui « le fils perdu et retrouvé ». Moyennant les dix plaies d’Égypte
agissant à l’instar des contractions, Israël a été expulsé du giron morbide qui menaçait
de l’étouffer une fois atteinte la taille requise à sa naissance, soit un peuple d’un peu
plus de deux millions d’âmes, fort de six cent mille fantassins !
Car la Terre promise à Abraham n’est pas un lieu vide à la disposition des premiersvenus. C’est pourquoi c’est Yahvé Sabbaot, Dieu des armées qui marche en tête, car il
s’agit de la conquérir au préjudice des sept nations qui l’ont investie, plus nombreuses
et plus puissantes que ce ramassis d’esclaves en déshérence. Or, ce pays promis à
Abraham, est désigné par le terme hébreu aretz (alef, resh, tsadé) dont la somme des
lettres (291) se résout à 3. Ce mot signifie « la terre » plus que « le pays » à
proprement parler. Il apparaît dès la Genèse : en effet, aretz en termine le premier
verset et en commence le deuxième : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.
9La terre était vide et vague . » Qu’il apparaisse si tôt et de façon redoublée ne peut que
souligner son importance dans l’économie du Salut. Qu’elle soit qualifiée de « vide et
vague » (tohû ve bohû, expression devenue proverbiale pour désigner le désordre et le
défaut d’harmonie), suggère que ce chaos est impropre à la vie. D’ailleurs, à la fin de
ce premier jour, il n’est pas écrit que « Dieu vit que cela était bon », leitmotiv qui scande
10les créations des jours suivants. Seule la lumière est qualifiée de bonne ; pas le
reste, encore sous l’emprise des ténèbres (‘hesheq) qui ne sont pas le fait du Créateur
comme Saint Jean se plaît à le souligner : « Dieu est Lumière, en lui point de
11ténèbres . » Or l’eau qui sourd de la terre et la recouvre tout entière et les ténèbres
qui l’enveloppent, s’opposent au surgissement de la Vie. C’est pourquoi Dieu
commande aux eaux de s’amasser en un seul lieu (maqom hejad) pour qu’apparaisse
« le sec » (bashah). Et « le sec », Dieu l’appelle « terre », autrement dit aretz. Après
12quoi « Dieu vit que cela était bon ».
Combat cosmique de la lumière contre les ténèbres, lutte titanesque du sec pour
apparaître en dépit de l’omnipotence des eaux, tout semble prophétiser dès l’origine la
difficile émergence de la terre comme figure de ce pays promis plus tard à Abraham et
à sa descendance. Et c’est la permanence du terme aretz dans toutes ces occurrences
qui en suggère l’idée.
Conduire le Peuple élu jusqu’à la Terre, tel est le défi qui incombe à Moïse. Certes,
Dieu est aux avant-postes pour donner à Israël l’héritage promis. Mais pour y parvenir,
Moïse doit combattre sur deux fronts. D’une part faire sortir son peuple d’Égypte, mais
de l’autre, et c’est le plus difficile, faire sortir l’Égypte du cœur d’Israël toujours prêt à
13faire marche arrière à la vue des combats . Il a beau être « le plus humble de tous les
14hommes que la terre ait portés », il faillira à la tâche et ne verra la Terre que de loin,
15du haut du mont Nebo, sans pouvoir y pénétrer .
En effet, ce livre du Pentateuque que nous appelons l’Exode suggère une libération,
la sortie pleine d’espérance du peuple hébreu de l’Égypte, maison de servitude
physique, sociale, mais par-dessus religieuse. « Quand tu feras sortir le peuple
d’Égypte, dit Dieu à Moïse lors de leur tête-à-tête au buisson ardent, vous servirez Dieu
16sur cette montagne », signe que la lutte contre l’idolâtrie est bien l’enjeu véritable de
l’Exode et la dure pédagogie du désert.
Cependant, en hébreu, ce livre commence par « vehelej shemot bnei israël », voici
les noms des fils d’Israël. Shemot, les Noms, désigne pour Israël l’Exode. Ce détail
suffit à souligner que le peuple n’est en rien encore une entité organique, « Une »
comme Dieu est « Un ». Ce sont d’abord des tribus, des hommes, des libertés qui
doivent adhérer peu à peu au dessein de Dieu de faire d’eux « la lumière des
17nations » en leur confiant la Torah au Sinaï. Cette gestation houleuse et chaotique à
18la responsabilité passe par le désert, l’indispensable creuset, et va durer quarante
ans ! Car tel est le nombre de semaines nécessaires à l’enfantement d’un humain ! Il
convient en effet, avant d’entrer dans la Terre de la Promesse, qu’apparaisse un peuplenouveau, purgé de l’idolâtrie et capable de relever les défis qui l’attendent.
Car cette Terre qui se dérobe à la convoitise des orgueilleux se donne aux
humbles : « Heureux les doux car ils possé deront la terre », affirme Jésus dans la
19troisième Béatitude . Cette Terre, aretz, composée de trois lettres dont la somme se
résout à 3 n’est autre que le sein même de la Trinité, le Royaume des Cieux promis
20aux pauvres en esprit . C’est à découvrir les arcanes de cette quête fondatrice et
paradoxale que cet ouvrage veut s’employer. La « Terre promise », en tant qu’image du
bonheur, n’est-elle pas l’objet et la fin de tout désir humain ?
Jocelyne TARNEAUD
1. Gn 46,27.
2. Ex 1,10.
3. Gn 12,1.
4. Gn 15,13-14.
5. Lc 22,42.
6. A. STEINSALTZ, La Rose aux treize pétales, Albin Michel, 2002, p. 9.
7. Jn 16,21.
8. Lc 15,32.
9. Gn 1,1-2.
10. Gn 1,4.
11. 1 Jn 1,5.
12. Gn 1,9-10.
13. Ex 13,17b.
14. Nb 12,3.
15. Dt 34,1-5.
16. Ex 3,12b.
17. Is 49,6.
18. R. DRAÏ, La traversée du désert, Fayard, 1992.
19. Mt 5,5.
20. Mt 5,3.Chapitre I
Moïse et l’Égypte
1Le livre de la Genèse s’achève sur le mot Égypte . Quand commence l’Exode,
quatre siècles se sont écoulés dans cette Égypte où repose le cercueil du patriarche
Joseph dans l’attente d’une grande délivrance qui fera remonter Israël vers la terre de
2Canaan provisoirement désertée par les fils de Jacob . Le second livre du
Pentateuque, qui en compte cinq, relate cette migration jusqu’aux portes de la Terre
promise. En hébreu, l’Exode s’appelle Shemot (shin, mem, vaw, taw) qui signifie « les
Noms », ceux des douze tribus d’Israël au moment de leur entrée dans Mizrayim. Cette
énumération n’est pas fortuite : elle indique que ce qui est en cause dans ce récit c’est
moins un exode, la sortie d’Égypte et l’entrée dans la Terre de la promesse, que le
destin du Peuple de l’Alliance.
C’est dans ce contexte, et parmi les descendants de Lévi que Dieu va appeler
Moïse. L’exégèse hébraïque souligne que c’est par le mot Hashem (hé, shin, mem) qui
se traduit « le Nom », que l’on désigne Dieu par respect envers sa transcendance. Mais
c’est aussi grâce à ces trois lettres qu’on écrit Moshe, forme hébraïque de Moïse,
l’homme que Dieu charge de tirer Israël hors de la nasse égyptienne ! La valeur
numérique de ces deux noms est douze, écho aux douze tribus qui constituent le
Peuple élu. Bien plus, ce nombre se résout à 3, exactement comme aretz en hébreu,
terme qui désigne la Terre promise ! Insondables profondeurs des Écritures qui toutes
3rendent témoignage à la Trinité et particulièrement au Christ, la Parole faite chair !
Cependant comme l’Histoire du Salut passe par le relais des générations, avant d’en
venir à Moïse, il est nécessaire de remonter au partage de la Terre au terme du Déluge
4entre les trois fils de Noé . C’est à Cham (le chaud), le deuxième, qu’échoit le Sud,
terre de chaleur comme son nom le suggère. Et parmi les quatre fils de ce dernier, c’est
5au second, prénommé Mizrayim , qu’il revient d’hériter de l’Égypte. On se souvient de
6la faute de Cham, découvrant sciemment la nudité de son père pris d’ivresse à l’abri
de sa tente pour avoir abusé du vin nouveau, signe du monde nouveau mettant fin à la
dévastation des eaux. Le Patriarche dormait, inconscient de la transgression perpétrée
par l’impudente curiosité de Cham. En violant son intimité, ce dernier cherchait à
dérober, à l’insu de son père, les secrets de la Connaissance remis par Dieu à Noé afin
de s’en servir pour conquérir le pouvoir et s’y maintenir moyennant l’idolâtrie et la
magie, comme le prétend la tradition juive. D’ailleurs, à charge de preuve, l’Égypte ne
recèle-t-elle pas quantité de magiciens auxquels Pharaon fera appel pour contrecarrer
7les prodiges opérés par Moïse et Aaron ? C’est pourquoi Dieu désigne l’Égypte
8comme la « Maison des Servitudes », beth abadim, suggérant ainsi, outre un
esclavage physique et social, une oppression des âmes par le moyen d’unepersécution religieuse. C’est si vrai que l’enjeu de la sortie d’Égypte n’est pas
seulement la libération du peuple afin de le soustraire à ses corvées harassantes, mais
tout d’abord de lui permettre d’aller rendre un culte au Dieu véritable. Car tel est l’ordre
reçu par Moïse : « Quand tu feras sortir le peuple de l’Égypte, vous servirez Dieu sur
9cette montagne . » Le mot employé ici pour montagne, c’est har (hé, resh) qui désigne
aussi la femme enceinte (hara), par analogie de forme ! En clair, alors qu’idolâtrie et
magie conduisent à la servitude et à la mort, l’arrivée à la Montagne sainte sera pour
Israël l’engendrement à la liberté et à la vie dont elle est « grosse » !
10Tandis que le clan de Jacob ne comportait que soixante-dix personnes à son
arrivée en Égypte auprès de Joseph, au cours des siècles écoulés sur cette terre
11féconde, il s’est multiplié au point que le pays en est rempli . Laconiquement, la Bible
nous précise : « Un nouveau roi vint au pouvoir en Égypte qui n’avait pas connu
12Joseph . » Pour sibylline qu’elle soit, cette indication donne la mesure des enjeux. De
13toute la bienfaisance, de toute l’industrie, de tout le génie de Tsafonat-Panéah , on ne
veut surtout pas se souvenir afin de plonger dans l’oubli avec lui la dynastie des
pharaons Hyksos, pasteurs asiatiques protecteurs de Joseph et de son clan. Le Nouvel
Empire des pharaons thébains veut en extirper jusqu’à la moindre trace, animé qu’il est
14par la haine « du sang abhorré des métèques d’Asie ». Tout ce qui a trait à l’Orient,
aux fils de Sem, les rejetons de Cham le vomissent. Et cette détestation protéiforme
demeure à jamais vivace ! C’est pourquoi Dieu est aux avant-postes sans jamais faillir
aux cours des siècles, comme Il l’a juré à Moïse : « La bannière de Yahvé en main !
15Yahvé est en guerre contre Amaleq de génération en génération . » Mais quelle est
cette « bannière de Yahvé » ou mieux « Yahvé bannière » (Adonaï Nissi, en hébreu)
sinon la préfiguration de la Croix du Christ, étendard de la victoire sur le malin dont
Pharaon est l’archétype et Amaleq la figure récurrente ?
Mais revenons à ce « pharaon qui n’avait pas connu Joseph ». Qui était-il ? On a
échafaudé bien des hypothèses qu’André Néher résume selon deux alternatives. D’une
part, une chronologie longue, qui commence en 1536 avant J.-C. par l’avènement de
erThoutmès I dont la fille Hatshepsout – le Pharaon amazone – prendra la relève au
détriment de son époux Thoutmès III, pour régner quinze années sous le nom masculin
d’Hatshepsou. Elle serait celle qui aurait adopté en 1520 l’enfant abandonné sur les
eaux du Nil, le prénommant Moïse, ce qui signifie en hébreu « je l’ai sauvé des eaux »,
et en égyptien « mon fils ». L’hypothèse est séduisante à première vue, bien que peu
16vraisemblable. D’autre part, une chronologie courte veut que ce soit l’Égypte du
sévère Pharaon Séti Ier, monté en 1313 avant J.-C. sur le trône de la « Double » (en
référence à la Haute et à la Basse Égypte), qui prit le sinistre édit condamnant tous les
17enfants mâles israélites à être jetés au fleuve. Il est le père de Ramsès II et de Bitya ,
celle qui aurait sauvé cet enfant hébreu d’une mort inexorable. Cette version a fait
florès dans les superproductions hollywoodiennes et autres comédies musicales
18comme les Dix commandements. Elle emporte l’adhésion de nombreux spécialistes .
À ce titre, c’est également le parti pris adopté par Fernand Crombette qui s’est
employé à en démontrer le bien-fondé, considérant la Bible en tant que témoin
19véridique et non comme un récit fabuleux . Ce savant et chercheur infatigable signait
son œuvre colossale (16 000 pages en 38 volumes et 2 grands atlas) de la modeste
mention « un catholique français ». Il a consacré sa vie à vérifier la concordance
éventuelle entre les récits bibliques et les données historiques et géographiques à sadisposition. Il s’est étonné notamment du mépris dans lequel les égyptologues les plus
éminents confinaient les données fournies par le Pentateuque, les tenant pour de pures
affabulations à visées hagiographiques. Ses découvertes sont encore tenues pour
suspectes par nombre des héritiers de Champollion puisqu’il a eu l’idée de procéder au
déchiffrement des hiéroglyphes par une autre voie que celle de la Pierre de Rosette
employée par le célèbre égyptologue, à savoir le copte ancien monosyllabique, langue
des Égyptiens que Moïse ne pouvait manquer de pratiquer ! Les cartouches et autres
bas-reliefs restés jusqu’alors muets sur la présence de Joseph, grand vizir de Pharaon,
et de Moïse guidant le peuple hébreu hors d’Égypte, sont dès lors devenus si prolixes
que, non seulement ils ne contredisent pas la Bible, mais ils en corroborent les
données ! En un siècle marqué par toutes les idéologies fondées sur la « mort de
Dieu », vecteurs d’un athéisme militant et ravageur, de telles découvertes ne peuvent
être évidemment qu’intempestives ! Mieux vaut les reléguer dans les oubliettes d’un
silence suspicieux où elles sommeillent encore malgré les efforts de ceux qui ont pris
conscience de leur éminent intérêt et s’emploient à les publier et à les diffuser.
Ce qui surprend, en lisant les premiers versets de l’Exode, c’est qu’il est question de
« pharaon » sans que le nom précis de ce dernier soit jamais mentionné. C’est que les
hommes peuvent se succéder sur le trône, ce qui demeure, c’est leur haine du peuple
ehébreu et leur désir de l’anéantir. Trois pharaons des débuts de la XIX dynastie
thébaine vont ainsi s’illustrer dans cette exécration qui aboutira à l’expulsion du Peuple
élu vers la terre de Canaan. Le premier, c’est Ramsès I qui, en 1319 avant J.-C.,
associa à son trône son beau-fils et général en chef Séthi Ier, lequel lui avait donné la
victoire contre Armaïs, son propre frère, usurpateur du trône. Pour légitimer ses droits,
Séthi avait épousé une princesse de l’antique famille royale. Le fils qui leur naquit n’est
autre que l’illustrissime Ramsès II, lequel fut associé au trône de son père dès sa
naissance afin d’en consolider la légitimité. Cependant, présages malheureux,
invasions et sécheresses s’étaient penchés sur le berceau du bébé le plus puissant du
monde. Dès lors, pour complaire aux prêtres d’Amon désireux d’extirper tout ce qui
pouvait rappeler le culte d’Adonaï en faveur chez les pharaons pasteurs par l’entremise
de Joseph, outre la multiplication des sacrifices humains en vue d’apaiser les dieux,
Séthi conçut à son tour d’asservir les Hébreux en leur faisant construire la ville de
20Pitom qu’on situe à la rencontre du mur du Prince et de l’Ouady Toumilat, à l’est du
21 22pays . À ce titre, il faut parler de Goshèn , encore appelée terre de Ramsès par la
suite, domaine dévolu par le pharaon Apophis le Grand à Joseph et à son clan pour
23qu’ils y fassent souche . Or, quand ce pharaon fait ce don généreux de la terre de
Goshèn au clan de Jacob, le verset biblique conclut par cette mention étrange dans le
24contexte : « En effet, les Égyptiens ont tous les bergers en horreur . » Qui sont ces
bergers honnis des Égyptiens sinon les tribus bédouines pillardes qui déferlent sur
l’Égypte fertile par les ouadi mis à sec en été et qui razzient les récoltes à peine
engrangées ? Pour tenter de les endiguer, les pharaons successifs avaient fait
construire le « mur du Prince » dont il ne reste rien aujourd’hui, sorte de grande muraille
de Chine protégeant le pays sur sa frontière nord-est. Située hors le mur, la terre de
Goshèn était donc un vaste no man’s land abandonné aux « bergers », pasteurs de
tout acabit, étrangers impurs aux yeux des autochtones, parmi lesquels figurent les fils
d’Israël ! Cependant, pour qu’ils aient tous un « os à ronger » assez charnu pour les
2tenir en respect, il s’agissait d’une terre fertile, vaste territoire de 7 500 km , capable de
nourrir deux millions d’âmes, chiffre avancé pour évaluer le Peuple élu à la veille de
l’Exode. Ce nombre impressionnant permet de comprendre la « hantise » dans laquellevivait l’Égypte par rapport aux Hébreux : « Voici que le peuple des Israélites est devenu
25plus nombreux et plus puissant que nous », déclare Pharaon pour justifier les
mesures drastiques qu’il prend pour asservir et contraindre Israël. Car malgré des
siècles de présence parmi les Égyptiens, les Hébreux demeurent « non assimilés » et
sont perçus comme une sorte de « tumeur » qui pourrait s’allier aux hordes venues du
Nord déferlant en quête de vivres. « En cas de guerre, ajoute Pharaon, ils grossiraient
le nombre de nos adversaires. Ils combattraient contre nous pour, ensuite, sortir du
pays. » Et de conclure, en bonne politique : « Allons, prenons de sages mesures pour
26l’empêcher de s’accroître . »
Si les Hébreux ont explosé démographiquement, c’est qu’ils s’en tiennent au
premier de tous les commandements reçus par le couple originel, Adam et Ève. À cette
prescription est attachée la bénédiction divine : « Dieu les bénit et leur dit : soyez
27féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la . » À l’inverse, le peuple
égyptien est déprimé car il a recours au « contrôle des naissances » le plus drastique,
lequel n’assure plus le renouvellement des générations ! Il s’est embourgeoisé ! Son
niveau de vie s’est élevé du fait même de la foule des esclaves qui font tourner
l’économie. Les Égyptiennes ne veulent plus s’encombrer d’enfants, cherchant avant
tout à jouir sans contraintes de la vie, moyennant toutes sortes de pratiques sexuelles
dénoncées par la Révélation. Ce que le pape Jean Paul II a résumé en parlant, à
28propos du monde occidental, de « culture de mort », à savoir l’onanisme inculqué
29dès l’enfance, l’homosexualité généralisée , l’inceste pratiqué au plus haut niveau de
l’État, les pharaons épousant leurs sœurs ou même leur fille, comme l’illustre Ramsès II
30(en l’occurrence la princesse Bent-Anta) . Car tel est le fruit de l’idolâtrie qui n’est rien
d’autre qu’une projection de soi-même érigée en divinité. Aujourd’hui nous ne rendons
plus un culte à des idoles à tête de faucon ou de crocodile bien sûr, mais nous sommes
certains que nous ne devons notre bonheur qu’à notre prospérité dont nous sommes
seuls les maîtres et les artisans. Nous refusons notre statut de créatures pour nous
ériger en créateurs de notre propre destin. Ainsi, quand la loi bafoue la différence
sexuelle en considérant qu’elle est d’ordre culturel uniquement, l’État promulgue le
« mariage pour tous » et introduit, dès la maternelle, la « théorie du genre » sous
couvert d’« abécédaire de l’égalité homme-femme » pour façonner et modeler la
génération future ! Monstrueuse idolâtrie qui fabrique des chimères mortifères ! Scruter
les leçons de l’Exode devrait nous avertir des risques encourus en nous mettant à la
remorque de cette fumeuse et peccamineuse idéologie.
Pour comprendre comment l’Égypte en est arrivée là, il convient de reprendre le
récit biblique là où la Genèse l’avait laissé. « Joseph mourut à l’âge de 110 ans, on
31l’embauma et on le mit dans un cercueil en Égypte . » Il ne s’agit pas d’un cercueil, à
proprement parler. En effet, le terme « ‘aron » (alef, resh, vaw, nun) désigne plutôt un
32sarcophage, mais le plus souvent une arche, l’arche du Témoignage en l’occurrence .
Sa valeur numérique réduite est 15 qui se lit Ya, c’est-à-dire Dieu ! C’est suggérer que
Joseph le Phœnix n’est pas voué à la putréfaction du cercueil car l’« arche-Dieu » l’en
protège. Ne doit-il pas renaître de ses cendres dans quelque cinq siècles pour à
nouveau sauver son peuple et, à sa suite, toute l’humanité ? Or tel est bien l’intervalle
qui sépare Joseph de Moïse. Cette période n’a rien de fortuit pour les Égyptiens qui
s’adonnent avec frénésie à la computation du temps et à la célébration des jubilés
destinés à revigorer les mânes des anciens pharaons. Lorsque paraît le nouveau
phœnix en la personne de Moïse, l’Égypte s’apprête à fêter trois grands anniversaires :le millénaire de l’établissement du calendrier sothiaque (qui ajoutait un mois à l’année),
les rites funéraires du dieu Thoth, ainsi que le cinquième centenaire de l’apparition de
33Joseph – Tsafonat-Panéah, en Égypte – envoyé par Jacob et vendu par ses frères .
Ce faisceau concordant n’est pas passé inaperçu aux yeux de saint Jean dans
l’épisode de la guérison de l’aveugle-né. En effet, ayant mis de la boue sur les yeux
d’un mendiant né aveugle, Jésus lui enjoint d’aller se laver à la piscine de Siloé
(Shiloah : shin, alef, lamed, vaw, het = 345) dont l’évangéliste croit utile de nous dire
34que cela signifie « Envoyé » ! Or le nom de Moïse, l’envoyé de Dieu pour sauver son
peuple, lui aussi vaut 345, comme Siloé, l’Envoyé, et comme Hashem, le nom qui
désigne Dieu ! Jean veut ainsi souligner que Jésus est le nouveau Moïse « envoyé »
pour sauver toute l’humanité de l’esclavage dans lequel le démon la maintient. Tout
35comme Moïse , Jésus lui aussi est né lors d’un massacre d’enfants mâles commandé
36par Hérode, tyran usurpateur du trône davidique .
Cependant, avec Ramsès II (1224-1190 avant J.-C.), la persécution atteint son
paroxysme, ce dont nombre de romanciers tel Christian Jacq, en thuriféraires zélés, ne
disent rien dans leurs nombreux ouvrages de vulgarisation à la gloire de son long
règne. À l’inverse, André Néher parle d’un « Empire totalitaire » qui, pour soutenir son
prestige, exige la construction de forteresses, de palais, de temples colossaux, de
villes, de nécropoles à l’architecture gigantesque, vestiges devant lesquels on s’extasie
encore aujourd’hui par cohortes entières de touristes béats, oublieux que tout cela n’a
pu être érigé qu’au prix d’un esclavage systématique, pourvoyant une main-d’œuvre
37gratuite, corvéable à merci . Les textes de l’époque de Ramsès II désignent, en effet,
38ces groupes d’esclaves étrangers soumis aux travaux forcés sous le nom d’Habirou
où il faut trouver les trois consonnes hébraïques yaïn, bet, resh désignant les Hébreux.
Sans doute, d’autres esclaves, Syriens, Lybiens, Arabes, étaient-ils jetés dans le même
sac, mais les Habirou constituaient le niveau le plus bas de l’esclavage, des sortes
d’« intouchables » absolus dont la vie ne comptait pour rien et qu’on pouvait tuer sans
encourir la moindre poursuite. La grandeur de ce pharaon tire donc sa sève du sang et
des larmes de ces centaines de milliers d’esclaves subissant de surcroît une
oppression religieuse, réduits à crier leur détresse vers le Ciel, leur unique recours.
Mais qui les opprime si durement, qui « prend les sages mesures destinées à les
réduire » sinon, selon toute vraisemblance, le grand Ramsès II, la star des
39égyptologues, la coqueluche des déchiffreurs de hiéroglyphes !
A contrario, on comprend pourquoi la Bible insiste sur l’amertume de l’esclavage
d’Égypte, énumérant les corvées auxquelles étaient soumis les fils de Jacob :
préparation de l’argile, lourde et poisseuse, foulée aux pieds avec la paille, moulage
des briques par milliers, travaux des champs pénibles et épuisants et tous les travaux
les plus vils que leur condition de parias induisait et tout cela encadrés par la chiourme
40brutale, « des chefs de corvée » imposés pour les réduire . En pure perte ! « Plus on
41lui rendait la vie dure, plus Israël croissait en nombre et surabondait . » Tout se passe
comme si Dieu avait permis que la situation devienne absolument intolérable pour faire
de la délivrance de ce peuple d’esclaves l’archétype de toute libération, sous toutes les
latitudes et pour toutes les générations.
42La tradition juive rapporte que Pharaon eut un songe . Il était assis sur son trône
et regardait le ciel quand deux doigts en jaillirent, soutenant une longue verge
étincelante, au bout de laquelle pendaient deux plateaux : l’un en or, l’autre de paille
tressée, petit comme un nid d’oiseau. Sur le plateau d’or, comme la ressemblance d’unfleuve miroitant au soleil, des champs avec des moissons et des moissonneurs, des
guerriers et des chars, des villes et des pyramides et, tout en haut, lui, Pharaon, le roi
des rois ! Sur le plateau de paille tressé en forme de nid, un enfant nouveau-né.
Cependant lorsqu’il parut, peu à peu le lourd plateau d’or, bien que surchargé, s’éleva
tandis que celui où sommeillait l’enfant descendait irrémédiablement. Au réveil,
Pharaon demanda à ses sages de l’interpréter. Pour ce faire, il fit convoquer Balaam,
fils de Béor, qui résidait au pays des Deux-Fleuves, à savoir la Chaldée. Celui-ci
s’avança parmi ses pairs et déclara : « Ce rêve signifie qu’il y a une mère qui porte en
ses flancs le libérateur d’Israël et qu’il détruira ton royaume avec toutes ses richesses.
Détruis Israël et tu détruiras dans l’œuf ton ennemi ! » conclut le devin borgne et
boiteux. Mais Pharaon ne voulut pas car sans Israël, tout le pays serait réduit à
l’impuissance, voire à la paralysie. Alors Balaam suggéra qu’on jeta à l’eau tous les
enfants mâles car, dit-il, « Dieu a juré de ne plus détruire la terre par le déluge et il ne
se vengera pas de l’Égypte par l’eau. On pourrait ainsi marier les filles des Hébreux
aux plus pauvres des Égyptiens et détruire la foi d’Israël en une génération » ! Pharaon
trouva le conseil avisé et convoqua deux sages-femmes du peuple hébreu, Shiphra et
Pouah, pour leur dire : « Quand vous accoucherez les femmes des Hébreux, regardez
43les deux pierres. Si c’est un fils, faites-le mourir, si c’est une fille, laissez-la vivre . »
Or, la chaise sur laquelle on accouchait s’appelait avnayim, un dérivé du mot even, qui
44désigne la pierre. On comprend dès lors à quoi fait allusion le maître de Mizrayim ,
avnayim désignant les attributs masculins ! Mais elles craignirent Dieu plutôt que
45Pharaon, au risque de leur vie . Convoquées par le tyran furieux, elles expliquèrent
que les femmes de ce peuple étaient pleines de vie au contraire des Égyptiennes et
qu’elles accouchaient avant qu’elles n’arrivent, ce qui leur permettait de soustraire les
46garçons à l’édit mortel . Le sens des prénoms de ces femmes a fait d’elles des justes
aux yeux d’Israël. Shiphra (shin, pé, resh, hé, réductible à 9 comme les mois de la
gestation) vient d’une racine shafar qui signifie « belle » ou « bonne » et même de
shofar « trompette, ou corne de bélier », allusion à son courage puisqu’elle tint tête à
47Pharaon . Pouah (Pé, vaw, yaïn, hé, qui se résout à 8) se traduit par « murmurer » ou
peut-être, selon une racine ougaritique, par « fille ». Ces sages-femmes, les
meyaledoth, permirent à yeled, l’enfant qui naissait, de vivre bravant l’ordre de
Pharaon. Selon le Midrash, menacées de mourir par le feu, ces deux femmes ne
dévièrent pas de leur conduite juste et c’est pourquoi on les identifie à Yokebed et
48Myriam , la mère et la sœur de Moïse qui, chacune à sa manière, a aidé à la
libération du peuple, en résistant à l’oppression d’un ordre injuste. Il faut noter que cette
thèse est renforcée par le fait que les noms des deux sages-femmes comportent la
lettre hé en finale, lettre doublement présente dans le Tétragramme, marque du
féminin, et symbole de la fécondité divine.
Mais Pharaon ne s’en tint pas là. Il fit publier un édit qui imposait aux Hébreux, sous
49peine de mort, de jeter eux-mêmes leurs garçons nouveau-nés au fleuve . L’idée était
de faire de chaque père et de chaque mère les propres bourreaux de leur enfant. Nous
nous offusquons de telles pratiques, mais aujourd’hui encore, ces mêmes
monstruosités s’opèrent dans des pays qui régulent drastiquement leur population,
comme c’est le cas en Chine par exemple. Cependant, même en Occident, quoique
d’une manière plus feutrée certes, la pression s’exerce au moyen du « socialement
correct » qui impose le modèle familial de deux enfants, tout aussi contraignant. Et si
on y regarde de plus près, tout cela se fait sous couvert d’une brillante civilisation telle
que celle de l’Égypte triomphante de Ramsès II, éprise de beauté et narcissique,convaincue de posséder la plus haute sagesse. Il est probable que l’Égypte étendait
également sa fascination jusque et y compris sur ceux-là même qu’elle opprimait. C’est,
50en effet, ce que la tradition juive laisse entendre , en rapportant qu’après la mort de
Joseph, les Hébreux établis à Goshèn avaient peu à peu rompu avec la foi de leurs
pères. Ils ne pratiquaient plus la circoncision, adoraient des divinités à face d’animaux
et se disaient entre eux : « Soyons des Égyptiens. » On pourrait parler d’une tentation
d’assimilation contre laquelle l’apôtre Jacques nous met en garde à son tour :
51« L’amour du monde est inimitié contre Dieu . » Ainsi, à chaque fois que les ennemis
se lèvent pour maltraiter Israël, c’est qu’Israël s’est détourné de l’Alliance conclue avec
Abraham, Isaac et Jacob, laquelle fait de lui un peuple différent, consacré au Seigneur,
« sa ceinture » comme dit le prophète Jérémie, attachée à ses reins, pour être « son
52renom, son honneur et sa splendeur ». Aussi Dieu a-t-il permis que se change en
haine l’amour de l’Égypte envers le peuple de Joseph, qu’elle avait pourtant accueilli à
bras ouverts quatre siècles plus tôt mais qu’elle refermait à présent sur eux sans pitié
pour mieux les étouffer.
1. Gn 50,26.
2. Gn 50,25-26.
3. Jn 1,14.
4. Gn 10,1.
5. Gn 10,6.
6. Gn 9,22.
7. Ex 7,11.
8. Dt 8,14.
9. Ex 3,12.
10. Ex 1,5.
11. Ex 1,7.
12. Ex 1,8.
13. J. TARNEAUD, La Bible pas à pas, tome II : Joseph et l’Égypte, Lethielleux, 2011.
14. A. NÉHER, Moïse et la vocation juive, Seuil, 1956, « Maîtres spirituels », p. 54.
15. Ex 17,16.
16. A. NÉHER, op. cit., p. 35.
17. 1 Ch 4,18.
18. C’est encore le choix effectué, en 2014, par Ridley Scott dans sa version
cinématographique intitulée Exodus. Gods and Kings, réalisée en 3D, avec Christian Bale
dans le rôle d’un Moïse plus guerrier que prophète.
19. F. CROMBETTE, Véridique histoire de l’Égypte antique, tome III, CESHE, Tournai,
1997.
20. Ex 1,11.
21. F. CROMBETTE, op. cit.
22. Gn 46,34.
23. Gn 47,11 et 27.
24. Gn 46,34b.
25. Ex 1,9.
26. Ex 1,10.
27. Gn 1,28.
28. Gn 38,9-10.
29. Lv 18,22.
30. F. CROMBETTE, op. cit., p. 99.31. Gn 50,26.
32. Ex 25,10.
33. Gn 37,12 et 28.
34. Jn 9,7.
35. Ex 1,22.
36. Mt 2,13.
37. A. NÉHER, op. cit., p. 75.
38. Ex 1,14.
39. C. DESROCHES-NOBLECOURT, Ramsès II. La Véritable histoire, Pygmalion, 1997.
40. Ex 1,11.
41. Ex 1,12.
42. E. FLEG, Moïse raconté par les Sages , Albin Michel, 1998, p. 12-13.
43. Ex 1,16.
44. Talmud, Sota 11b.
45. Ex 1,17.
46. Ex 1,19.
47. P. BEBE, « Isha », Dictionnaire des femmes et du judaïsme, Calmann-Lévy, 2001, p.
351.
48. Talmud, Sota 11b.
49. Ex 1,22.
50. E. FLEG, op. cit.
51. Jc 4,4.
52. Jr 13,11.Chapitre II
Moïse et l’arche
Le sort navrant des Bnei Israël (les fils d’Israël) en Égypte n’est pas seulement le
fait d’un pharaon tyrannique. La tradition juive n’hésite pas à battre sa coulpe en
affirmant qu’Israël lorgnait vers les valeurs mortifères de Mizrayim, étant sur le point de
renier l’Alliance. Seule la tribu de Lévi, le troisième fils de Jacob, parce qu’elle n’a
d’autre héritage que le service de Dieu, continue à lui être fidèle. En son sein se trouve
Amram, l’époux de Yokebed, qui elle aussi appartient à la tribu de Lévi. Ils ont deux
enfants, Myriam et Aaron, le cadet. Quand l’édit infâme s’abat sur Israël, le Midrash
rapporte qu’Amram décide de répudier Yokebed pour ne pas être contraint à
l’infanticide, s’il advenait que Yokebed tombât enceinte une troisième fois. Mais
Myriam, déjà grande, brave son père : « Tu es pire que Pharaon ! Lui, il ne s’en prend
qu’aux garçons. Toi, tu t’en prends aux filles et aux garçons. Lui, il ne les prive que de
1la vie présente. Toi, de la vie éternelle et de la résurrection ! » Touché par l’argument,
Amram revient sur sa décision et Moïse naît trois ans après Aaron. La suite est
célèbre : Yokebed, frappée par la beauté de l’enfant, décide de le cacher pendant trois
2mois . À ce terme, garder le secret devient impossible d’autant qu’elle risque la mort
pour toute sa famille du fait de l’édit. Alors elle façonne un couffin (teva en hébreu), une
arche comme pour Noé, sorte de corbeille de papyrus tressé, qu’elle enduit de bitume
3et de poix au-dedans et au-dehors afin de le rendre étanche . Cette corbeille possède
un couvercle si bien que l’enfant qu’elle y dépose, enveloppé dans une couverture aux
couleurs de la tribu de Lévi, peut naviguer sur le fleuve, sans attirer immédiatement la
convoitise des crocodiles. Elle envoie Myriam pour suivre le couffin des yeux afin de
savoir ce qui va en advenir. On est à l’aube du six du mois de Sivan (juin), jour prévu de
toute éternité pour que soit donnée la Loi à Moïse au Sinaï quatre-vingts ans plus tard.
Une belle aurore s’est levée et Bitya, la fille de Pharaon, souffrant de la lèpre et partant,
stérile, toute blanche de la tête aux pieds, est descendue à cette heure discrète se
baigner dans les eaux sacrées du Nil, espérant au moins un soulagement, voire une
guérison. C’est alors qu’elle aperçoit le couffin parmi les roseaux et intime l’ordre à une
4servante de s’en emparer . Dès qu’elle l’ouvre, une aura lumineuse (la Shekinah de
Dieu) nimbe le fragile esquif. Alors Bitya, irrésistiblement attirée, touche l’enfant et
5instantanément guérit . Aussitôt libérée de son mal, la fille de Pharaon s’écrie : « C’est
6un des petits Hébreux ! » Myriam aussitôt jaillit du fourré qui la dissimulait, s’enhardit
et propose de trouver une nourrice choisie parmi les Hébreux. La fille de Pharaon n’est
pas dupe : c’est la mère de l’enfant qui le nourrira ! Elle consent donc et propose même
de payer la nourrice pour élever celui qu’elle décide d’adopter comme son fils, tout en
7sachant qu’il est hébreu ! Elle n’ignore pas qu’elle contrevient à l’ordre funeste de son
père, mais éblouie et pleine de gratitude de devoir sa guérison à cet enfant miraculeux,elle n’hésite pas un seul instant. Il sera prince d’Égypte ! Un dernier bienfait : elle lui
donne le nom de Moïse dont la somme numérique 345 se résout à 12 comme les tribus
d’Israël, dont il sera le guide et le sauveur !
Cependant, cette étrange corbeille de papyrus tapissée au-dehors et au-dedans de
bitume, quelle est-elle ? N’a-t-elle pas porté à la fois la guérison à Bitya et remis Moïse
dans les mains de l’unique femme qui pouvait le sauver de la mort ? Elle se dit teva en
hébreu, dont la somme des lettres se résout à 11. Or la onzième lettre de l’alphabet
hébraïque est la lettre Kaf qui adopte la forme d’une corbeille, comme un nid rappelant
la paume de la main qui se creuse pour recevoir et protéger. À ce titre, elle est l’initiale
du mot Kéter qui désigne la couronne, celle qui orne le rideau voilant la Torah dans la
8synagogue et qui figure ainsi la volonté de Dieu dans son projet bienveillant . C’est
aussi teva qui est employée pour parler de l’Arche de Noé, bien qu’elle n’ait pas les
mêmes proportions ! Sans doute pour indiquer que Moïse est un nouveau Noé, lui
aussi « sauvé des eaux » grâce à la nave diluvienne « enduite au bitume au-dedans et
9au-dehors ». À l’exemple de Noé arrachant un petit reste (en tout huit personnes) à la
rage des flots, Moïse, son bâton de bois à la main, sauvera son peuple à travers les
eaux de la mer des Joncs, provoquant la noyade des violents lancés à sa poursuite par
10le reflux des ondes dans leur lit .
Ce couffin salvateur, tout comme l’arche miraculeuse, cette teva qui manifeste la
souveraineté de Dieu sur l’Histoire, n’est autre qu’une prophétie de la Vierge Marie, elle
aussi réfractaire à l’emprise des eaux de la mort par son Immaculée Conception. Or
Marie dérive de Myriam, qui peut se lire myr, la dame, et yam, la mer : la Dame de la
mer, la souveraine qui domine les puissances de la mort et les tient en respect.
L’Apocalypse s’en fait l’écho lorsqu’elle proclame la vision de la « Femme habillée de
11soleil » : « La lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête . » Origène
12 13abonde en ce sens qui voit en Bitya la fille de Pharaon , une prophétie de l’Église . À
ce titre, il renvoie au verset du psaume qui dit : « Oublie la maison de ton père et tu
14auras des fils qui deviendront des princes sur la terre . » Bitya, en quittant la maison
du pharaon, son père, est venue se laver dans le fleuve, Yéor, dont le nom évoque la
lumière, pour s’y défaire, dans les eaux baptismales, de sa lèpre, image des souillures
du péché. Et Origène d’ajouter : « Et aussitôt elle acquiert des entrailles de miséricorde
et a pitié de l’enfant. » Filant la métaphore, il ajoute que Moïse, image de la Loi, va
passer son enfance parmi les siens auprès de sa mère-nourrice. Mais devenu grand et
fort, il rejoint sa mère adoptive, figure de l’Église issue des nations. « Il ôte alors le voile
qui recouvrait la Loi et trouve en celle-ci une nourriture parfaite. » Bel hommage à la
fille de Mizrayim !