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La disparition du Dieu dans la Bible et les mythes hittites

De
216 pages
Drames et tragédies se succèdent qui voient les destructions de la nature, de l'homme et du cosmos dans les royaumes tant hatti que judéen, témoins de la rupture entre le monde terrestre et le monde divin. Quelles explications les peuples touchés par ces situations de crises apportent-ils ? Quels sont les points partagés et les divergences développées par ces deux peuples ?
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La disparition du dieu Collection Hélène NutkoW ICz et Michel Maoyer
kuBaBadans La Bi BLe et L es mthes hittites
e ssai anthropologique
Série
antiquité
Drames et tragédies se succèdent qui voient les destructions de la
nature, de l’homme et du cosmos dans les royaumes tant hatti que La disparition du dieu
judéen, témoins de la rupture entre le monde terrestre et le monde
dans La Bi BLe et L es mthes hittitesdivin. Quelles explications les peuples touchés par ces situations de
crises apportent-ils ? De fait, leur conscience morale leur permet de e ssai anthropologique
réaliser qu’à l’origine de ces troubles destructeurs des fautes et des
péchés tant individuels que collectifs ont provoqué la colère divine
et ses nombreuses manifestations liées à l’absence divine. et, si les
châtiments de toutes sortes ne se font pas attendre, les solutions sont
nombreuses, qui témoignent d’une forme profonde de spiritualité. La
question se pose alors : quels sont les points partagés et les divergences
développées par ces deux peuples ?
H. Nutkowicz, chercheur associée, LESA, UMR 8167 Orient et
Méditerranée, spécialiste de la Bible, a publié sur les thèmes de la
mort, l’esclavage, les rites et les symboles, les femmes d’Éléphantine
et est l’auteur de : L’homme face à la mort au royaume de Juda, rites
représentations et pratiques (Cerf 2006).
M. Mazoyer est spécialiste des langues anciennes. Il a longtemps
enseigné les langues anciennes à l’Université de Paris 1 (latin, grec,
langues anatoliennes). Il est directeur de publication de kubaba et de
Disputatio.
Couverture : Solitude, peinture de Josiane Chagot
ISBN : 978-2-343-04876-5
22 € 9 782343 048765
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La disparition du dieu
Hélène NutoW ICz et Michel Mazoyer dans La Bi BLe et L es mthes hittites
e ssai anthropologique




















































LA DISPARITION DU DIEU DANS LA BIBLE ET LA
MYTHOLOGIE HITTITE
ESSAI ANTHROPOLOGIQUE
















Reproductions de la couverture :
La déesse KUBABA de Vladimir Tchernychev ;
Illustration : Solitude, Josiane Chagot

Président de l’association : Michel Mazoyer

Comité de rédaction
Trésorière : Valérie Faranton
Secrétaire : Charles Guittard

Comité scientifique
Série Antiquité
Sydney Aufrère, Sébastien Barbara, Marielle de Béchillon, Nathalie Bosson, Dominique
Briquel, Sylvain Brocquet, Gérard Capdeville, Jacques Freu, Charles Guittard, Jean-Pierre
Levet, Michel Mazoyer, Paul Mirault, Dennis Pardee, Eric Pirart, Jean-Michel Renaud,
Nicolas Richer, Bernard Sergent, Claude Sterckx, Patrick Voisin, Paul Wathelet

Ingénieur informatique
Patrick Habersack (macpaddy@free.fr)


Ce volume a été imprimé par
© Association KUBABA, Paris
© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
www. harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04876-5
EAN : 9782343048765


COLLECTION KUBABA
Série Antiquité



Hélène Nutko icz et Michel Mazoyer


LA DISPARITION DU DIEU DANS LA BIBLE ET LA
MYTHOLOGIE HITTITE
ESSAI ANTHROPOLOGIQUE










Association Kubaba, Université de Paris 1
Panthéon-Sorbonne
12, Place du Panthéon 75231 Paris Cedex 5


ZBibliothèque Kubaba

Série Antiquité
Daniel Arnaud, Les Métamorphoses de la sagesse au Proche-Orient
Asiatique
Sydney H., Aufrère, Thot Hermès l’Égyptien. De l’infiniment grand à
l’infiniment petit.
Sydney Aufrère et Michel Mazoyer (éd.), De Hattusa à Memphis
Jean-Paul Brachet, Le salut pour la traversée de l’eau
tradition latine et indo-européenne
Jean-Pierre De Giorgio, Fabrice Galtier - Textes réunis par
Le Monstre et sa lignée, Filiations et générations monstrueuses dans la
littérature latine et sa postérité.
Patrick Ettighoffer, Le Soleil et la lune dans le paganisme scandinave
du mésolithique à l’âge du Bronze récent (De 8000 à 500 Av. J.-C.
Valérie Faranton et Michel Mazoyer ; Homère et l’Anatolie 2
Jacques Freu in honorem
)UpGpULF%ODLYHHW&ODXGH6WHUFN[/HP\WKHLQGRHXURSpHQGXJX HUULHU
LPSLH
Dominique Briquel, Le Forum brûle.
Catherine Cousin, Le monde des morts
Valérie Faranton, La Nature et ses images dans le roman grec
Jacques Freu, Histoire politique d’Ugarit.
——, Histoire du Mitanni. Suppiliuliuma et la veuve du pharaon.
Jacques Freu et Michel Mazoyer, série Les Hittites et leur Histoire en
cinq volumes.
Daniel Gricourt, Dominique Hollard - Préface de Bernard Sergent
Cernunos, Le dioscure sauvage, Recherches comparatives sur la
divinité des Celtes.
Richard-Alain Jean, Anne-Marie Loyrette, La Mère, l’enfant et le lait
en Egypte ancienne.
Éric Pirart, L’Aphrodite iranienne.
——, L’éloge mazdéen de l’ivresse.
——, L’Aphrodite iranienne.
——, Guerriers d’Iran.
——, Georges Dumézil face aux démons iraniens.
——, La naissance d’Indra.
——, Corps et âmes du mazdéen. Le lexique zoroastrien de
l'eschatologie individuelle.
——, Kutsa.
Michel Mazoyer, Télipinu, le dieu du marécage.
——, La vie cultuelle du dieu hittite Télipinu.



5pJLV%R\HU(VVDLVXUOHKpURVJHUPDQLTXH
(WXGHVXUODMichel Mazoyer, (éd). Homère et l’Anatolie.
Michel Mazoyer et Olivier Casabonne (éd.), Mélanges en l’honneur
du Professeur René Lebrun.
Bernard Sergent, L’Atlantide et la mythologie grecque.
——, Une Antique migration Amérindienne.
Claude Sterckx, Les mutilations des ennemis chez les Celtes
préchrétiens.
——, Mythes et Dieux Celtes.
Hélène Vial, Aphrodite-Vénus et ses enfants
































SOMMAIRE

Ouverture 11

Michel Mazoyer
La disparition du dieu dans la littérature hittite 13

Hélène Nutkowicz
Le Dieu disparu dans la Bible 81
Annexe le dieu disparu en Égypte 1

Synthèse 19
Conclusion 2


































OUVERTURE



Le thème du dieu disparu, prégnant lors des moments de crises et dont
l’aspect universel touche chaque individu, n’a pas manqué de nous
questionner. Aussi, sommes-nous partis plus particulièrement à la
recherche des réponses apportées dans l’antiquité tant par les Hittites
que les Judéens de l’Ancien Testament. Leurs chemins se sont en effet
croisés au cours du premier millénaire avant n. è. en Israël et Juda, et
plus particulièrement lors des VIIIe et VIIe siècle avant n. è., au cours
de la période néo-hittite. La présence des Hittites connue par
l’archéologie, les récits et les unions exogames parfois interdites par
les textes de lois de l’Ancien Testament attestant du brassage de ces
populations, ont semblé des éléments historiques suffisants justifiant
notre questionnement.
Il nous a semblé digne d’intérêt d’étudier les points de convergence et
les similitudes tout autant que les différences dans leur façon
d’aborder ce vécu. Nous avons choisi l’approche anthropologique et
philosophique de leur pensée et des solutions apportées lors de ces
douloureuses occurrences. Ils ont partagé les constatations, les
explications et les moyens permettant de surmonter les crises
engendrées par leurs attitudes et leurs manques. Et, leur spiritualité les
a menés vers une intense remise en cause morale, aussi chacun de ces
deux peuples a-t-il apporté ses interprétations et ses solutions, souvent
très proches.






































LA DISPARITION DU DIEU DANS LA LITTERATURE
HITTITE



















LA DISPARITION DU DIEU DANS LA LITTERATURE
HITTITE
Michel Mazoyer


Introduction
La thématique du dieu disparu se trouve dans beaucoup de textes
hittites du deuxième millénaire. Il semble que le Mythe de Télipinu,
qui date du XVIè siècle avant notre ère, soit le premier texte qui ait
mis en valeur la disparition d’une divinité. Ce mythe, qui raconte la
disparition du dieu agraire Télipinu, victime d’une faute et
l’acquisition par celui-ci de la fonction de fondateur, offre une
documentation très riche – la plus riche – sur la disparition d’un dieu.
Il présente un arrière-plan historique et semble évoquer l’acquisition
1par le roi Télipinu de la souveraineté ainsi que la mise en place d’une
nouvelle dynastie. Mais, au-delà se trouve exprimée une idéologie qui
repose sur une conception renouvelée du monde, prenant appui sur des
relations entre les dieux et les hommes – et aussi entre les rois et ses
sujets – inédites jusque-là. Ce cadre idéologique est celui qui
2prévaudra jusqu’à la fin de l’époque néo-hittite , soit au VIIè siècle
avant notre ère.
Le Mythe de Télipinu présente trois versions, plusieurs fragments et
sert de matrice à un grand nombre de Mythes parallèles, mettant en
scène différents dieux : sans cesse recopié, il a été transformé au gré
des nécessités, des époques et des circonstances, adoptant alors de
multiples formes.
Le départ des dieux
Le départ d’un dieu est évoqué dans plusieurs textes ; dans toutes les
occurrences, il entraîne la déstructuration de l’espace et du temps,
laquelle est symbolisée, par des gestes de divinités ou des
manifestations météorologiques particulières. Dans le Mythe de
3Télipinu , le dieu met sa chaussure gauche au pied doit et la chaussure

1 Roi de l’Ancien royaume hittite (1550-1530 Av. JC). Sur ce roi, voir FREU et
MAZOYER, 2007a, p. 133-152, 189-248.
2 Du XIIe siècle au VIIe ; voir FREU et MAZOYER, 2012.
3 Pour le mythe de Télipinu, voir MAZOYER, 2003, p. 31-159.
15
droite au pied gauche lorsqu’il décide de se retirer ; dans le mythe qui
leur est consacré, les divinités Anzili et Zukki quittent leur temple en
inversant la position de leur soutien-gorge.
Dans le Mythe de Télipinu, l’absence du dieu fait apparaître du
brouillard et sa disparition provoque l’interruption du cycle nature : la
maturation des plantes cesse, la reproduction des animaux et des
hommes est suspendue ; les femelles gravides n’enfantent plus et la
sécheresse s’installe. Dès lors, les dieux et les hommes sont dépourvus
de nourriture et leurs existences respectives sont menacées, d’autant
que ce brouillard envahit la fenêtre du temple de Télipinu et produit
l’effacement des limites entre le monde profane et le monde sacré. En
envahissant les étables et les bergeries où se trouvent les animaux
destinés aux sacrifices, le brouillard provoque l’extinction du feu du
foyer sacrificiel ; la fumée qui en résulte et qui se répand dans tout le
temple occasionne l’asphyxie des dieux ; dès lors, est consacrée la
rupture entre le monde céleste et le monde terrestre : les dieux ne
reçoivent plus les offrandes des hommes, signe que le lien sacrificiel
n’existe plus. Aussi la famine qui menace les hommes frappe-t-elle
également les dieux au cours du banquet que le dieu Soleil organise
pour remédier à la situation :
« Le Soleil fit une fête, et invita les mille dieux. Ils mangèrent et ne se
rassasièrent pas ; ils burent et ne se désaltérèrent pas » (Tél, A 1
1920’).
Il faudra retrouver Télipinu, le purifier, et refonder le royaume pour
inverser la situation.
Deux mythes ultérieurs, le Mythe de Télipinu et de la Fille de l’Océan
4et le Mythe de la disparition du Soleil , évoquent pareillement la
déstructuration de l’espace et du temps, en raison de la disparition du
dieu Soleil.
Le Mythe de Télipinu et la fille de l’Océan
Le Soleil, à la suite d’une révolte indéterminée, disparaît au fond de
l’Océan. Le mal s’installe alors sur la terre, l’obscurité règne sans
interruption, entraînant des catastrophes naturelles : cessation de
l’activité des hommes et des espèces vivantes, infertilité du monde en
raison du manque de lumière, dangers permanents : les hommes n’ont
plus de repère et vivent dans un climat d’insécurité et d’angoisse,

4 Pour ces deux mythes, voir MAZOYER, 2003, p. 163-215.
16
puisqu’ils peuvent se faire attaquer par les bêtes sauvages, qui
ellesmêmes n’ont plus de repères et sont d’autant plus dangereuses. On
peut imaginer que cette humanité évolue à l’instar des premiers
hommes évoqués par Lucrèce dans le De rerum natura. L’apparition
d’une nuit continue représente une menace sérieuse pour la fondation
comme pour la civilisation.
Le dieu de l’Orage appelle alors son fils Télipinu et l’envoie au fond
de la mer quérir le Soleil. La façon dont il s’adresse à son fils Télipinu
montre les liens de confiance qui les unissent :
le dieu de l’Orage (appela Télipinu], [son fils ch]éri, le meil[leur] :
[Allez], Télipinu, toi-même. Va au fond de l’Océan] [ramène] le dieu
Soleil du [ci]el du fond de l’Océan (Mythe de Télipinu et la fille de l’
Océan, 9-10).
Télipinu se rend au fond de l’Océan et terrifie Océan auquel
« personne ne résiste ». Ce dernier est alors contraint de donner à
Télipinu le Soleil mais aussi de laisser partir sa fille. Télipinu ramène
cette dernière auprès du dieu de l’Orage dans le ciel. Mais Océan se
plaint auprès du dieu de l’Orage et demande une compensation. Ce
denier lui donne, en échange de la jeune fille enlevée, mille présents,
mille moutons, c’est-à-dire une dot considérable.
La fille de l’Océan symbolise les eaux courantes, si bien qu’en
revenant avec elle, Télipinu permet de renforcer le pouvoir de son
père, Océan devenant son allié. Par ailleurs, lorsqu’il enlève la fille de
l’Océan, Télipinu dessine les contours d’une première structure
matrimoniale, archaïque, celle du mariage par rapt, fondé sur un
contrat entre les différentes parties. Par là-même il garantit au
royaume qu’il a fondé une structure permettant le renouvellement des
générations humaines.
Le Mythe de la Disparition du Soleil
Le Soleil pour des raisons inconnues s’installe au fond la mer dans sa
chambre. Le Gel qui s’ensuit s’installe dans le ciel comme sur la terre.
Tous les pays et tous les animaux sont immobilisés, la terre entière est
immobilisée. Le dieu de l’Orage tente de retrouver le dieu du Soleil. Il
envoie plusieurs dieux à sa recherche, ZABABA, LAMMA, Télipinu,
Gulsa et la déesse mère anna anna. Mais les grandes divinités
échouent dans leur mission, et sont saisies par le Gel. Le dieu de
l’Orage lui-même est saisi par le Gel : « Voici en quels termes
s’exprime le dieu de l’Orage : « Ma main est col[lée] au bol. [Mes
17

??pieds] ils (les) ont collés. Si mes pieds et mes main(s] tu les as pris ?]
mes yeux tu ne saisiras ! » (Mythe de la disparition du Soleil, 39-41.)
Le texte est ensuite cassé.
5Suit un mugawar , un rituel destiné à faire rentrer le dieu solaire, que
nous étudierons ultérieurement.
De ce mythe on peut retenir que le départ du Soleil comporte les
points suivants :
1. La disparition du Soleil provoque l’apparition du Gel, présenté
ici comme un démon. Le Gel qui s’étend sur la terre.
2. Les divinités du ciel sont elles-mêmes atteintes par le gel. Le
dieu de l’Orage est lui-même atteint, ses mains restent collées mais il
garde sa souveraineté puisque ses yeux, expression de la souveraineté
ne sont pas touchés.
3. Aucun dieu n’est capable de lutter contre le Gel. Chaque
divinité qui participe à la recherche, d’après le texte, trouve la mort au
cours de cette recherche, c’est-à-dire qu’elle perd ses facultés
inhérentes. Le panthéon est donc désorganisé et ses divinités
inopérantes. Et par là-même les hommes sont paralysés dans leurs
différentes activités : la guerre (ZABABA), la chasse et la cueillette
(LAMMA), l’agriculture et la fondation (Télipinu), MA et Gulsa (la
reproduction humaine).
On notera que dans le Mythe de Télipinu et le Mythe de la disparition
du Soleil, les dieux envoyés à la recherche de la divinité disparue
échouent dans leur mission ; il faut, dans les deux cas, l’intervention
des hommes pour que le dieu revienne.
La faute commise
Le départ d’une divinité résulte toujours d’une faute commise, soit par
les hommes, soit par un autre dieu. Cette thématique apparaît
nettement dans le Mythe de Télipinu. Dans ce texte, la disparition du
dieu semble causée par une négligence cultuelle à son égard. Dans un
mythe parallèle, postérieur, connu sous le titre Le Mythe du dieu de
l’Orage, la disparition du dieu de l’Orage semble imputable à son
propre père.

5 LAROCHE, 1964-1965, p. 3-29.
18

?D’autres mythes évoquent cette même thématique avec des
responsabilités diverses : le Mythe de la Disparition du dieu de
l’Orage de Nérik, dans lequel ce sont les hommes, qui sont
responsables de la disparition du dieu, car ils ont ensanglanté la terre.
Dans le Mythe de Télipinu et de la fille de l’Océan, le départ du Soleil
est causé par une conjuration, de nature indéterminée, tandis que dans
le Mythe de la Disparition du Soleil, le départ de ce dernier pourrait
s’inscrire dans une remise en question de son autorité.
Outre les mythes, les prières, elles aussi, évoquent différentes fautes
commises à l’égard d’un dieu. Quelques-unes sont mentionnées dans
la Prière de Kummani. A titre d’exemple, citons les motifs suivants :
on a eu recours à un mauvais oiseau pour effectuer un augure ; on a
souillé du pain destiné à un défunt ; des mots qui sont sortis de la
bouche ont offensé le dieu ; une montagne ou un lieu sacré ont été
profanés.
La faute commise est responsable de la rupture de l’harmonie entre les
dieux et les hommes ou entre les dieux entre eux ; elle substitue à la
communication le silence de la divinité, ce qui a pour conséquence de
générer angoisse et souffrance. Cette attitude des divinités est à
l’origine de l’apparition d’une conscience morale dans la culture
anatolienne – les individus adoptent un regard réflexif et s’interrogent
sur la faute qu’ils ont commise ainsi que sur les moyens de la racheter.
6Ce mouvement est tout à fait perceptible dans la Prière de Kantuzzili ,
où l’individu, victime de la colère de son dieu qui l’angoisse, passe en
revue les actions qu’il aurait pu commettre pour provoquer un tel
courroux. Ainsi le Prince Kantuzzili met-il en valeur le fait qu’il n’a
jamais parjuré le nom de son dieu, qu’il n’a jamais transgressé le
serment, qu’il n’a jamais mangé la nourriture sacrée de son dieu, ni bu
la boisson du dieu, ni fait ce qui lui était interdit et qu’il n’a jamais
souillé sa personne.
La colère du dieu
Qui commet une faute provoque l’irritation du dieu, dont l’âme, en
proie à la colère, devient impure. Plusieurs termes sont utilisés dans
les textes pour désigner la colère des dieux ; ils sont même parfois
associés entre eux, ce qui indique que la colère puisse prendre divers
aspects : le verbe ša- signifie « avoir de la rancœur, du ressentiment »;
il peut être suivi de la particule réflexive -za ; le verbe karpiya-

6 FREU et MAZOYER, 2007, p. 317-320.
19
répond mieux à ce que nous entendons par le fait « d’être irrité » ; le
verbe lelaniya-, traduit la « colère incontrôlable » et correspond au
français « être en furie » ; le verbe kardimiya- a un sens voisin), ainsi
que l’adjectif kardimiyauwant-. Les substantifs sawatar –« la
rancœur » –, karpi – terme générique de la colère – et wasdul – dont
le sens est difficile à appréhender – se rencontrent également d’une
façon récurrente dans les textes.
Face à la colère d’un dieu, on tente d’apaiser son courroux pour que
celui-ci puisse revenir parmi les mortels. Mais il peut aussi se produire
que celle-ci s’accroisse. Ainsi, dans le Mythe de Télipinu, le dieu irrité
se retire-t-il, dans un premier temps, du monde civilisé ; lorsque
l’Abeille, envoyée à sa recherche, le retrouve, elle accroît sa colère et
le rend furieux en le tirant de force de son sommeil. Le dieu frappe
alors de son foudre le sol et le monde souterrain, il ébranle les
fondations des maisons et entraîne la mort des hommes comme des
animaux. L’irritation du dieu renvoie à l’image d’un dieu proche des
mortels, capable de subir des passions et des émotions.
Cette colère ressentie par Télipinu rend son âme impure et nécessitera
une purification, sans laquelle le dieu ne pourrait reprendre ses
activités.
Où se rend le dieu disparu ?
Lorsqu’une divinité disparaît, le lieu dans lequel elle trouve refuge
n’est pas toujours clairement identifié ; il peut arriver que l’on ait des
indices, mais il peut aussi se produire que l’on ignore tout du lieu qui
l’abrite.

Lieux de refuge Divinités concernées
Steppe (gimra) Télipinu (Mythe de Télipinu)
Océan Soleil (Mythe de la disparition du Soleil, Mythe
de Télipinu et de la fille de l’Océan)
7Les Enfers Dieu de l’Orage de Nérik
Rivière sacrée Dieu de l’Orage de Nérik

7 MAZOYER, 2003, p. 217-219.
20