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La Femme et sa mission

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Si quis in verbo non offendit, hic perfectus est
(JAO. III. 2.)

L’homme était heureux. Le bonheur non seulement de la terre dans un lieu de délices pour l’esprit et pour le corps, mais encore dans le ciel obtenu après cette vie sans effort, ni maladie, ni mort, le bonheur était promis au genre humain. Qu’est-ce qui le lui fit perdre ? Qu’est-ce qui a amené le malheur sur la terre et a été la première cause de la perte de la béatitude éternelle pour plusieurs ?

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Maximin-Martial Sicard

La Femme et sa mission

Retraite aux dames

PREMIÈRE CONFÉRENCE

CONVERSATIONS

Si quis in verbo non offendit, hic perfectus est
 (JAO. III. 2.)

L’homme était heureux. Le bonheur non seulement de la terre dans un lieu de délices pour l’esprit et pour le corps, mais encore dans le ciel obtenu après cette vie sans effort, ni maladie, ni mort, le bonheur était promis au genre humain. Qu’est-ce qui le lui fit perdre ? Qu’est-ce qui a amené le malheur sur la terre et a été la première cause de la perte de la béatitude éternelle pour plusieurs ? Une conversation. C’est la première conversation de la femme avec Satan qui perdit tout. Heureusement que l’infinie miséricorde de Dieu a bien voulu qu’une seconde conversation pût tout sauver. Vous avez compris qu’il s’agit de la sainte conversation entre Marie et l’Ange. Voyons à laquelle des deux ressemblent nos propres conversations.

I

COMMENÇANT PAR DÉSŒUVREMENT

Adam et Eve furent placés dans le paradis terrestre, dit le Livre de la Genèse, pour y travailler, c’est-à-dire pour s’occuper de quelque exercice spirituel, ou de quelque œuvra même corporelle qui les tînt constamment unis à Dieu. Or, la première femme, lorsque Satan l’aborde, ne travaille pas, elle paraît même errer sans but déterminé près de l’arbre de la défense et par tant de la tentation. Ce n’est donc pas l’utilité, ou l’édification qui amène la conversation, mais le désœuvrement ; ce n’est pas Dieu ou son Ange qui la dirige et la bénit, mais le démon qui l’ouvre et la conduit ; à quelle extrémité une telle conversation n’amènerat-elle pas ?

Marie au contraire est dans son oratoire et elle prie. Elle n’est pas comme Eve à s’exposer à la rencontra de quelque coureur de nouvelles, ou d’aventures hasardées. L’Ange qui lui est envoyé de Dieu doit pénétrer jusqu’au sanctuaire où elle dérobe aux regards sa prière « Ingressus Angélus ad eam. » Aussi quel colloque ! C’est un Ange qui le commence, c’est la Sainte-Trinité qui y préside, c’est le Fils de Dieu qui en est le divin fruit puisqu’il s’incarne, aussitôt le colloque achevé, dans le chaste sein de Marie !

 

Vos conversations commencent-elles par la prière, du moins sont-elles précédées par un travail qui a été offert à Dieu, ou bien par le désœuvrement d’un esprit qui ne sait que faire et d’un coeur qui s’ennuie ? Marie était appliquée à l’oraison quand l’Ange la salua ; si vous vaquez à un travail soit avant, soit même pendant vos conversations, n’est-ce pas plutôt pour tromper vos désenchantements et vos dégoûts que pour vaquer à cette vie de pénitence chrétienne et de vie laborieuse selon sa condition, que Fénelon réclame de la femme qui veut être à son devoir et à la suite de Jésus-Christ ?

Il est des femmes qui se lèvent le plus tard possible, pour écourter cette partie de la journée où l’on a moins d’occasions de se distraire et de causer. Il en est qui ont horreur du travail de leur état, ou qui, si elles s’occupent à des travaux de luxe, gardent l’esprit dissipé, même au milieu de leurs occupations, et ne paraissent songer qu’à passer le temps et à tromper l’ennui.

Est-ce l’Ange de lumière ou Satan qui trouvera la place préparée ? Ce ne seront certes pas les tentateurs qui feront défaut : ce qu-on appelle les devoirs de société en amèneront un certain nombre, telles et telles amies, qui ne peuvent se supporter dans leur solitude, ne manqueront pas d’apporter la lassitude de leur désœuvrement en même temps que la démangeaison de leur langue. Ou bien l’on ira soi-même dans ce groupe verbeux où l’on ; sait que l’on trouvera de quoi se satisfaire. Sous quels auspices s’ouvriront de telles Conversations et que deviendront-elles ?

II

MARQUÉE PAR L’IMPRUDENCE

Le second caractère de la conversation de la première femme, c’est l’imprudence. Les paroles que lui adresse le serpent ne sont pas tout d’abord, il est vrai, positivement mauvaises ? Ne suffit-il pas qu’elles soient impertinentes ? Ne devait-elle donc pas se défier ? Elles paraissent mettre en cause la sagesse même de Dieu : « Pourquoi Dieu vous a-t-il défendu de manger n’importe quel fruit du paradis ? » La question, il était possible à la rigueur de l’interpréter en bien, car elle pouvait venir du déisir de connaître et d’admirer les desseins divins. Elle pouvait aussi n’avoir été insipirée que par un coupable esprit dé critique et d’impiété.

Eve devait donc être tenue par là-même en éveil et observer une prudente réserve. Au contraire elle se répand en paroles, elle parle plus longuement et plus sottement que le démon lui-même. C’est d’ailleurs la conséquence fatale des intempérances si fréquentes de la langue, qu’entre un tel déluge de paroles, il ne s’en glisse beaucoup d’inutiles et un certain nombre de mauvaises.

Ce que répond d’abord la première femme est sensé. « Nous mangeons des fruits des arbres qui sont dans le paradis terrestre. » — Mais ce qui suit est déjà une grave indiscrétion, car elle révèle « le secret du Roi qu’il est bon de tenir caché », nous recommande le Saint-Esprit : « Quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu nous a imposé l’ordre de ne point en manger. » — De deux choses l’une en effet ou bien son interlocuteur est un ange de lumière auquel il n’est pas nécessaire de raconter ce que Dieu lui aura révélé en lui confiant sa mission auprès d’elle ; ou bien c’est un ange de ténèbres qui ne connaît pas les desseins de Dieu : ce n’est que par conjecture et voyant Eve qui regardait l’arbre, préoccupée et curieuse, qu’il aura posé sa question, plaidant le faux, comme on dit vulgairement, pour arriver au vrai. Et alors quelle imprudence, peut-être quel malheur, de lui dévoiler un secret d’où dépend le sort de l’humanité ?

Ce n’est pas tout encore ; continuant à parler, oserons-nous le dire de cette femme si supérieure ? se grisant de paroles, elle exagère et sort de la vérité : « Dieu nous a ordonné de ne pas manger de ce fruit et dei ne pas le toucher ». La défense n’avait parlé que de la manducation. Jusqu’où n’ira pas une conversation qui est déjà sortie des limites de la discrétion et même de la vérité ?

 

Tout autre fut l’attitude de Marie. L’Ange pourtant ne l’aborde qu’avec le plus profond respect et ne lui parle de Dieu qu’avec toute la vénération qui est due à sa Majesté : « Je Vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes. » Mais cette expression extraordinaire de respect et ces éloges qui paraissent tout à fait exagérés à son humilité, ne peuvent que l’effrayer, et elle se demande intérieurement, demande qu’aurait dû se faire aussi et avec plus juste raison Eve, elle se demande ce qu’il faut penser de cette salutation. En attendant de le connaître elle se retranche dans le silence.

C’est èn vain que l’Ange lui recommande de ne point craindre : « Ne timeas, Maria » ; c’est en vain qu’il invoque Dieu dont il lui assure la plénitude de grâces et lui annonce, cette venue du Messie attendu depuis si longtemps, et dont elle-même doit être la mère, Marie n’en est pas plus rassurée : « Cogitabat qualis esset ista salutatio. »

 

Comment nous comportons-nous dès le début de nos conversations ? Dès qu’il se glisse une parole à double sens sous laquelle peut se dissimuler un piège, nous tenons-nous sur la réserve ? Si nous né sommes pas certains de ce à quoi tend le discours, gardons-nous le silence ? Ou au contraire par nos paroles inconsidérées ne sommes-nous pas les premiers à encourager les mal parlants, à attiser en quelque sorte les flammes perverses qui couvent sous la cendre ? Marie se défia d’un Ange ; nous défions-nous assez des audaces de certains démons et de nos propres imprudences ? Ne nous laissons-nous pas entraîner à des exagérations de langage et à : des assertions passant parfois à côté de la vérité ? Il a été dit que « garder le secret est difficile aux dames » : ne livrons-nous pas le secret des autres parfois, mais surtout notre secret qui est celui du Roi, le secret dé notre foi, de notre pureté, de notre charité ? Imitons-nous Marie qui ne révéla pas son secret même à un ange, ou bien Eve qui confia le sien dès le premier abord à Satan ?

III

DÉGÉNÉRANT EN IMPIÉTÉ ET EN DÉVERGONDAGE

Cependant Eve n’a que trop saisi la pensée du tentateur et au lieu de la repousser dès le commencement avec horreur, ne va-t-elle pas jusqu’à montrer qu’elle a compris, et que même elle accepte l’insinuation : « Dieu nous a défendu d’y toucher de peur que peut-être nous mourions ». La malheureuse ! Un peut-être quand il s’agit d’une affirmation expresse de Dieu ! « N’importe le jour où vous mangerez de ce fruit, avait dit le Souverain Maître, vous mourrez de mort ». Et c’est un doute conçu en son esprit contre l’affirmation divine, par conséquent un commencement d’infidélité qu’elle ne craint pas de communiquer, écho de la pensée à tout le moins sceptique qu’elle lui suppose, à un inconnu, vraisemblablement ennemi de Dieu et Esprit de ténèbres !

Aussi Satan laisse-t-il tomber le voile ; il est sûr maintenant que la citadelle à demi-ouverte va lui être tout à fait livrée et qu’il n’a qu’à pousser la porte entre-bâillée : « Non, non, dit-il, vous ne mourrez pas. Et Dieu sait bien en effet que du jour où vous aurez mangé de ce fruit, vous serez comme des dieux ». C’est-à-dire Dieu vous a menti et Dieu est jaloux de la ressemblance qui doit résulter de la manducation de ce fruit.

Que fais-tu, Eve ? Certes c’est le moment de parler pour crier ton horreur, pour protester, pour jeter à la face du serpent : « Tu es un monstre, retire-toi, Satan ». Eh bien ! non, la malheureuse Eve ne répond rien. Du doute, elle a passé à la conviction. Elle n’a plus confiance à la parole de Dieu affirmant que la mort serait la sanction de la désobéissance. Elle préfère croire à la prétendue prédiction de Satan, de sa future exaltation. Elle est séduite. Quelle ingratitude ! quelle chute ! quelle monstrueuse infidélité !

Il lest vrai qu’elle en est punie aussitôt par cette autre parole qu’elle ne comprend pas encore et qui cache une obscénité. « Dieu sait que ce jour-là vos yeux seront ouverts. Vous serez comme des dieux connaissant le bien et le mal. » Puisqu’elle ne comprend pas, elle devrait au moins, devant cette ironique injure, être préservée par la crainte. Non, elle n’entend que ces mots : « Vous serez comme des Dieux. » L’idée ne lui vient pas qu’elle peut être par cette parole, offensée dans sa pudeur, et le genre humain tout entier dans le plus grand de ses biens.

Satan, lui, sait bien ce qu’il entend dire par « ces yeux ouverts » et « cette connaissance du bien et du mal » promise. Il triomphe déjà de la rougeur qui montera au front, devant la révélation de la nudité honteuse et du mal en effet connu, mais pour déchirer et pour tuer. Déjà Eve est à ses pieds, vaincue et, même avant la matérialité du péché, coupable et déshonorée.

 

Marie nous apprend au contraire comment on tire au clair une situation équivoque et l’on évite même l’apparence d’un danger. Dès qu’elle connaît le but avoué de la visite, qui est l’annonce de sa maternité divine : « Voilà que vous concevrez dans votre sein et enfanterez un Fils... Il sera grand et sera appelé le Fils du Très Haut », la Vierge pose à l’Ange une question unique, mais qui suffira à provoquer une explication de nature à déchirer tous les voiles : « Cette œuvre de la Rédemption à laquelle je dois coopérer, me dites-vous, cette maternité divine que vous m’annoncez, peut-elle se réaliser sans que je viole mon vœu de virginité ? « Quomodo fiet istud quoniam virum non cognosco ? » S’il ne se peut, la proposition va contre ma religion, par conséquent est mauvaise. Rompons donc cet entretien. Si les deux choses se peuvent concilier, preuve que c’est parole d’ange, car la gloire de Dieu et mes sacrés engagements sont sauvegardés ».

Et, en effet l’Ange répond par une sorte de cantique, magnifique antithèse du blasphème impie et de l’ironie cruelle de Satan contre Dieu, la femme et le genre humain, un cantique de louange à la toute-puissance de Dieu et à la virginité, de Marie et aussi une parole de charité envers Elisabeth : « L’Esprit-Saint surviendra en vous et la vertu du Très-Haut vous ombragera. Aussi Celui qui naîtra de vous sera le Saint et il s’appellera le Fils de Dieu. Et voilà qu’Elisabeth votre cousine a conçu elle-même un fils dans sa vieillesse... parce que rien n’est impossible à Dieu. »

Oh ! dès lors Marie est tranquille. Elle peut accepter la parole de l’Ange. Et elle entonne son double cantique : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole — Mon âme glorifie le Seigneur... » Et le fruit de cette conversation sans seconde, c’est l’incarnation du Fils de Dieu.

*
**

Dans vos conversations tirez-vous au clair vous aussi les situations mal définies encore et les intentions douteuses de vos interlocuteurs ? Ne tolérez-vous pas par exemple ce qui n’est d’abord que plaisanteries irrévérencieuses contre Dieu et son Eglise, que-vous accueillez par des sourires, complaisants, bientôt par un assentiment tacite, à la fin par le doute positif sinon par la négation complète et le blasphème ; oubliant peut-être qu’un simple doute volontaire sur les matières de foi peut nous rendre coupables du péché d’hérésie ?

 

Ne vous montrez-vous pas plus tolérantes encore et plus criminellement complices pour ce qui regarde les paroles légères, à double sens, inconvenantes, que ce soit la conversation parlée, ou la conversation que vous tenez avec vos livres ? « Les mauvais entretiens corrompent les bonnes moeurs » dit saint Paul. Que deviennent en effet vos mœurs quand vous entendez sans frémir, ni sourciller, des propos que ne désavouerait pas la corruption elle-même, des chansons ou des lectures qui rappellent les choses et les lieux les plus profanes ? Que devient l’imagination quand les lèvres ont été capables de sourire ? Et quel est le sort du pauvre cœur lorsque l’imagination est déjà pleine d’immondices ?

« La langue souille tout le corps », enseigne saint Jacques. Eve fut souillée et criminelle dès sa conversation avec Satan. N’est-elle pas bien coupable et souillée la femme qui profère ou simplement accueille des paroles honteuses ? « La langue est un feu infernal qui enflamme toute notre nature », ajoute le même Apôtre. Et n’est-ce pas en effet cette langue, c’est-à-dire les propos déshonnêtes, qui soulèvent le foyer de concupiscence naturel à l’homme et à la femme, l’allume, l’embrase et le dévore ?

Mais qui dira l’intempérance de langue, s’il s’agit de la charité envers le prochain ? C’est là surtout qu’on ne garde plus de retenue et que l’on ne connaît plus de scrupule. Qu’est-ce que la plus vulgaire justice pour la langue calomniatrice ? Qu’est-ce que la réputation de son frère pour la médisante ? Qu’est-ce que les intérêts les plus sacrés, le bien des âmes, la paix des familles et peut-être leur pain de tous les jours, leur honneur et leur légitime prospérité, pour ceux et celles qui s’attachent à tout atteindre, au risque de tout ruiner ?

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