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La foi du cordonnier

De
148 pages
Anthropologue renommé pour ses ouvrages sur les symboles et les mythes, Gilbert Durand livre un manifeste en faveur d'une gnose réconciliant les traditions culturelles riches d'un héritage symbolique et les sciences les plus avancées de notre temps. L'auteur explore à travers ces traditions savantes ou populaires et ce christianisme primitif l'imaginaire occidental et européen.
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COLLECTIONTHÉÔRIA DIRIGÉE PAR PIERRE-MARIE SlGAUD AVEC LA COLLABORATION DE BRUNO BÉRARD
OUVRAGES PARUS : Jean BORELLA,Problèmes de gnose,2007. Wolfgang SMITH,Sagesse de la cosmologie ancienne - Les cosmologies traditionnelles face à la science contemporaine,2008. Françoise BONARDEL,Bouddhisme et philosophie - En quête d’une sagesse commune, 2008. Jean BORELLA,La crise du symbolisme religieux,2008. Jean BIÈS,Vie spirituelle et modernité,2008. David LUCAS,Crise des valeurs éducatives et postmodernité,2009. e Kostas MAVRAKIS,) siècle,De quoi Badiou est-il le nom ? Pour en finir avec le (XX2009. Reza SHAH-KAZEMI,Shankara, Ibn ‘Arabî et Maître Eckhart - La voie de la Transcendance, 2010. Marco PALLIS,La Voie et la Montagne - Quête spirituelle et bouddhisme tibétain,2010. Jean HANI,La royauté sacrée-Du pharaon au roi très chrétien,2010. Frithjof SCHUON,Avoir un centre(réédition), 2010. Patrick RINGGENBERG,Diversité et unité des religions chez René Guénon et Frithjof Schuon, 2010. Kenryo KANAMATSU,Le Naturel - Un classique du bouddhisme Shin,2011. Frithjof SCHUON,Les stations de la sagesse(réédition), 2011. Jean BORELLA,Amour et Vérité - La voie chrétienne de la charité,2011. Patrick RINGGENBERG,Les théories de l’art dans la pensée traditionnelle - Guénon, Coomaraswamy, Schuon, Burckhardt,2011. Jean HANI,La Divine Liturgie,2011. Swami Śri KARAPATRA,La lampe de la Connaissance non-duelle,de suiviLa crème de la Libération,attribué àSwami TANDAVARYA, suivis d’un inédit,La Connaissance du soi et le chercheur occidentaldeFrithjof SCHUON, 2011. Paul BALLANFAT,Messianisme et sainteté -Les poèmes du mystique ottoman Niyâzî Misrî, (1618-1694),2012. Frithjof SCHUON,Forme et substance dans les religions,2012. Jean BORELLA,Penser l’analogie,2012. Jean BORELLA,Le sens du surnaturel, suivideSymbolisme et réalité - Genèse d’une ème réflexion sur le symbolisme sacré,2012.3 édition, Guillaume DE TANOÜARN & Michel D’URANCE,Dieu ou l’éthique ? Dialogue sur l’essentiel, 2013. Paul BALLANFAT,Unité et spiritualité - Le courant Melâmî-Hamzevi dans l’Empire ottoman, 2013. Swāmi PRABHAVĀNANDA (trad. et éd.),Le Śrimad Bhāgavatam - La Sagesse de Dieu, résumé et traduit du sanscrit en anglais par Swāmi Prabhavānanda, traduit de l’anglais par Ghislain Chetan. Frithjof SCHUON,De l’unité transcendante des religions(réédition), 2014.
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris www harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl @wanadoo.fr EAN Epub : 978-2-336-69884-7
DU MÊME AUTEUR
e Les Structures anthropologiques de l’imaginaire,éd., Paris, Dunod, 19921960, 11 e Le Décor mythique de la Chartreuse de Parme,1961, Paris, José Corti, 3éd., 1983. e L’Imagination symbolique,1964, 4éd., Paris, PUF, 1984 e Les grands textes de la sociologie moderne,1969, 3éd. Bordas, Paris, 1979 On the transfiguration of the image of man in the West,Cambridge, Golgonooza Press, 1977 e Science de l’homme et Tradition. Le nouvel esprit anthropologique,édition, Paris,1979, 3 Abin Michel, 1996 e Figures mythiques et visages de l’œuvre. De la mythocritique à la mythanalyse, 1979,2 édition, Paris, Dunod, 1992 L’âme tigrée, les pluriels de Psyché,Paris, Denoël, 1981 Mito, simbolo e mitodologia,Lisboa, Ed. Presença, 1982 Mito e Sociedade : A mitanalise et a sociologia das profondeza,Ed. « Regra di Lisboa, Jogo », 1983 Le mythe et le mythique - Colloque de Cerisy,Simone Vierne et Gilbert Durand, Albin Michel, Paris, 1987 – «Mitolusismos » de Lima de Freitas : post-modernisme et modernité de la tradition(français et portugais), Lisboa, Perspectivas e realidades, 1987. – «Lohengrin und Orient des Lichtes »,inBayreuth, Programmheft 4,1988 Beaux-arts et archétypes,Paris, PUF, 1989 L’imaginaire : essai sur les sciences et la philosophie de l’image, Paris, Hatier, 1994 Introduction à la mythodologie. Mythe et Société,Paris, Albin Michel, 1995 Champs de l’imaginaire, textes réunis par D.Chauvin, Grenoble, ELLUG, 1996 Un comte sous l’Acacia : Joseph de Maistre,EDIMAF, 1999 Mythe, thèmes et variations,Durand et Chaoying Sun, Paris, Desclée de Brouwer, Gilbert 2000. Les mythes fondateurs de la Franc-Maçonnerie,Paris, éd. Dervy, 2002 Structures. Eranos I,Paris, Ed. La Table Ronde, 2003. La sortie du XXe siècle,Paris, CNRS Éditions, 2010.
Principales contributions à des ouvrages collectifs : Les Sciences de la Folie,sous la dir. de Roger Bastide, Mouton, 1972 Le Symbole, sousla dir. de J. Ménard, Université des Sciences Humaines de Strasbourg, 1975 Problèmes du Mythe et son interprétation,sous la dir. de Jean Hani, Belles Lettres, 1979 La violenza e la città, sous la dir. de Michel Maffesoli, Ed. Capelli, 1979 Science et conscience, les deux lectures de l’univers,Colloque de Cordoue, Stock, 1980 – « Le retour des immortels » inLe Temps de la réflexion III, dir. J.B.Pontalis et J.Pouillon, Gallimard, 1982 – « Les fondements de la création littéraire » inEncyclopedia Universalis. Supplément II,« Les Enjeux », 1984 – « Archétype et mythe » inMythes et croyances du monde entier,t.V, dir. A. Akoun, éd. Lidis-Brépols, 1985 – « Images and Imagination » inThe Encyclopedia of Religion,dir. M. Eliade, New York, Mac Millan, 1986 – « La Sortie du XXe siècle » inPensée hors du rond, La Liberté de l’Esprit, dir. M. Beigbeder,
n°12, Hachette, 1986 – « L’Homme religieux et ses symboles » inTraité d’anthropologie du sacré,J.Ries, éd. dir. italienne et française, Milano, Jaca Book, 1988 – « Gaston Bachelard », inDictionnaire des religions, dir.Paul Poupard, vol. 1, PUF, Paris, 1993 – « La résurgence du mythe et ses implications » inQu’est-ce la culture ?,Université de Tous les Savoirs, dir. Y.Michaud, vol. 6, Ed. Odile Jacob, 2001 De nombreux articles dans une trentaine de revues :Eranos Jahrbuch, LesCahiers Internationaux du Symbolisme, Les Cahiers de l’Université Saint Jean de Jérusalem, Esprit, L’Herne,Spring, Temenos, CahiersInternationaux de Sociologie,Encyclopedia Universalis, Synthèses, Asahi Journal, Mercure de France, Religiologiques,Bastidiana, Atopon, Sigila,etc., au total 386 publications dont les principales traduites en anglais, allemand, arabe, chinois, coréen, espagnol, italien, japonais, portugais / brésilien, roumain, turc, russe.
Préface
Une préface, écrivait le poète Joe Bousquet, « est lue comme un manifeste, on est jugé sur 1 elle jusque dans ses intentions. » Mais quand c’est l’œuvre d’un auteur qui est tout entière « manifeste », à quoi bon la préfacer sinon peut-être, quand elle est celle d’un maître, pour se sentir soi-même pris dans l’orbite du temps qui l’a vu naître, avec la conviction qu’il ne la fera pas disparaître. Un manifeste, d’ailleurs, n’est-il qu’une proclamation publique engageant la vie et la réputation de qui le rédige et le diffuse ? Cela sans doute, mais pas seulement. Car dans ses replis toujours féconds la langue cache un tréfonds plus parlant, plus authentiquement militant : c’est pour avoir été heurtée avec la main (manifestus) qu’une matière devient « manifeste », autant dire tangible, palpable, visible. Et cette présence archaïque de la main humaine dans le passage de l’invisible au visible, du tacite à l’explicite, témoigne déjà à soi seule de cet « honneur poétique de l’homme » que Gilbert Durand (1921-2012) invitait à sauvegarder dès ce premier et magistral manifeste en faveur de l’imagination créatrice que sontLes Structures anthropologiques de l’imaginaire(1960). Publié plus de vingt ans après (1984),La Foi du cordonniercelui de ses livres où est l’artisanat dont procède toute création primordiale passe le plus explicitement de l’ombre à la lumière, et illumine rétrospectivement l’œuvre déjà accomplie : une dizaine d’ouvrages, et une activité de pionnier surabondante essaimant de par le monde cesCentres de Recherche sur l’Imaginaire (CRI)ont assuré sa notoriété à l’étranger plus encore qu’en France, toujours qui frileuse en la matière. De tous les livres de Gilbert DurandLa Foi du cordonnier n’estsans doute pas le plus savant, même si la documentation y est considérable, mais à coup sûr le plus véridique quant à l’humanité profonde de son auteur, qui disait d’ailleurs porter à cet écrit une tendresse particulière. Le ton en est alerte, enjoué presque, comme chaque fois qu’un homme sage et mûr se retourne avec affection vers le terreau fertile de l’enfance, à qui il doit tant. Ainsi l’échoppe du cordonnier dont le souvenir anime ces pages émerge-t-elle tout au début de l’ouvrage dans un clair-obscur digne de David Teniers ou de Rembrandt : « Je revois l’échoppe noire du père Guillarmon, pleine d’odeurs fauves, des crus divers de muscs, de tannins de tous les cuirs imaginables, cuirs de Russie, basanes d’Arabie, maroquins de Fez et 2 de Cordoue. » Cordoue, déjà ! Cordoue et sa cordonnerie bien avant le fameux colloque sur « les deux 3 lectures de l’univers » qui s’y tint en 1979 en hommage à Henry Corbin , et dont l’esprit « hermésien » court au fil de ces pages. L’échoppe où le cordonnier poussait l’alène et tirait le ligneul a bien été pour Gilbert Durand l’une de ces « hormones » dont son maître Gaston Bachelard disait qu’elle féconde l’imagination. Il ne lui restait plus qu’à saisir toute la portée symbolique de ce lieu, tenant de l’antre primitif et du sanctuaire, et plus encore de ce geste sans âge unissant plus sûrement qu’aucune idéologie les hommes d’hier à ceux d’aujourd’hui : « Tout l’art de la cordonnerie est là : unir la rudesse, la solidité de la terre et la voûte légère du 4 ciel .» Redonnant vie et sens à cette gestualité grâce à quoi les hommes, marchant entre ciel et terre depuis des millénaires, ont cessé d’être des va-nu-pieds, Gilbert Durand ressuscite du même coup la grande famille des hermétistes (« Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ») soucieux d’unir et non de séparer, de relier et non d’opposer, qui apparente l’art du cordonnier à celui du couturier et du charpentier ; tous gens de l’assemblage dont l’humble travail a durant des siècles contrebalancé « la superbe des métallurges ». Aussi la gnose réparatrice dont il est ici question se révèle-t-elle bien différente du gnosticisme antique dont le dualisme isolait l’homme de Dieu et du cosmos. Mais humilité n’est pas servilité et, sous son aspect débonnaire,La Foi du cordonnier reste un manifeste lancé à la face d’un Occident iconoclaste et amnésique, d’une Université minée par de nouvelles formes de scolastique, et d’une Église romaine trop sensible au mythe du Progrès pour ne pas s’être montrée oublieuse de ses racines juives et païennes. Aussi est-ce
une fois encore en « résistant » que se pose Gilbert Durand face au grand naufrage de la mémoire collective qu’il pressent imminent. Une telle combativité resterait elle-même héroïque et prométhéenne si le souvenir du cordonnier de son enfance n’en adoucissait les traits, et ne transformait le guerrier insurgé en homme de la terre occupé à « glaner, dans les profondeurs 5 éternelles de notre Occident, les survivances d’une gnose naïve. » La gnose des « petites gens », en somme, qui a édifié l’Occident au moins autant que ne l’ont fait les pontifes et les clercs. Glaner : le mot résonne dans ce livre à l’unisson de l’activité du cordonnier, tout aussi concentré sur son ouvrage afin d’assurer le confort et la sécurité pédestre de l’homo viator. Car quelque chose d’essentiel, à n’en pas douter, doit être sauvé : une certaine idée de la culture, bien sûr, et de la vocation spirituelle de l’homme quand la sève chrétienne la plus vive semble se tarir à mesure que l’Église apostolique et romaine concède davantage à l’esprit du temps. Mais n’est-il pas incompatible de chercher à réconcilier la gnose, renouvelée par des sciences devenues elles-mêmes quelque peu « gnostiques », et la foi la plus naïve qui soit : celle du cordonnier ? On se souvient en effet de l’âpre débat initié par l’Église chrétienne naissante face au développement des sectes gnostiques, pullulant comme des champignons vénéneux au dire d’Irénée de Lyon(Contre les hérésies).Mais l’on a tout autant en mémoire le choix, clairement affiché par Carl Gustav Jung, de la gnose issue de la psychologie des profondeurs contre la simple foi. Celle du cordonnier accomplirait-elle donc le miracle de mettre fin à ce vieux débat ? En un sens oui, et c’est peut-être même là ce qui mérite, dans ce livre, d’être prioritairement médité : qu’il n’y a d’opposition majeure entre gnose et foi que parce que la foi, ignorante de ce qui la nourrit, se rend aveugle à la gnose, et parce que la gnose s’intellectualise au point de rejeter toute foi, jugée irrationnelle et trop aléatoire pour décider seule du destin spirituel de l’âme. La position de l’anthropologue, telle que Gilbert Durand la conçoit, se révèle sur ce point proche de celle du cordonnier car, recueillant avec ferveur les fragments de la mémoire collective, il est à même d’ancrer sa confiance en la vocation éternelle de l’âme humaine dans autre chose qu’une simple profession de foi. Car foi (fides), on l’a un peu oublié, signifie d’abord confiance, et fidélité de l’âme aux pouvoirs créateurs de l’imagination dont l’humanité actuelle, happée par le mirage de son autosuffisance, ne cesse de se détourner pour s’extasier sur les quelques colifichets technologiques que la modernité lui octroie en guise de dédommagement pour la perte endurée. Réhabilitant ainsi « l’immémoriale intuition de la gnose », Gilbert Durand entendait donc aussi restaurer les assises d’une foi nouvelle, comparable à celle qui féconda durant des siècles l’Occident chrétien car à nouveau capable de coudre ensemble la semelle et l’empeigne des souliers qui ont permis aux Occidentaux de pérégriner sur tant de routes réelles et imaginaires aujourd’hui désertées, ou fréquentées par des vagabonds désorientés. La Foi du cordonnierdonc bien un manifeste, à la fois gnostique et chrétien ; sachant est que, ainsi réunis, ces deux termes prennent une signification nouvelle répondant au besoin d’orientation de l’homme d’aujourd’hui : « Un christianisme perdu des terres labourées et fécondes, christianisme de l’Œuvre », me confiait un jour son auteur. Un christianisme déviant ? Fidèle plutôt à sa vocation première d’unir quelques-unes des plus pures « intuitions préchrétiennes », comme disait Simone Weil, et la bonne nouvelle offerte à toute l’humanité que le Verbe s’est fait chair non pas dans l’Histoire, mais pour subvertir le trop fameux sens de l’Histoire. Pour en avoir vécu en tant que maquisard la terreur, Gilbert Durand n’a pas de mots assez durs contre l’historicisme, cette idolâtrie des Temps modernes qui servit d’alibi aux crimes contre l’humanité commis tout au long du XX° siècle tandis que l’institution ecclésiale, elle aussi asservie aux pouvoirs iconoclastes de l’historicité, condamne ce qu’il peut y avoir de « gnostique » dans le rapport personnel au divin. Contrairement à d’autres penseurs cependant, tel son ami Henry Corbin disant trouver dans 6 la théologie négative le possible antidote au nihilisme, Gilbert Durand reste anthropologue par