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La Peste à Bergame

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Nouvelle traduite du danois suivie d'une biographie de Jens Peter Jacobsen. "Et jour après jour la peste gagnait, le soleil de l'été consumait la ville, il ne tombait pas une goutte d'eau, pas un souffle n'agitait l'air, et, des cadavres qui pourrissaient dans les maisons comme des cadavres qui étaient mal enterrés, montait une puanteur suffocante qui se mêlait à l'atmosphère immobile des rues et avait attiré corbeaux et corneilles par essaims et par nuées, si bien que les murailles et les toits en étaient noirs. Et tout alentour, sur le mur d'enceinte de la ville, se tenaient isolément de grands oiseaux étranges, venus de très loin par delà les frontières, au bec rapace, aux serres recourbées et attentives, et, immobiles, ils plongeaient leurs regards tranquilles et féroces dans le cœur de l'infortunée cité, comme s'ils attendaient qu'elle fût devenue un seul et grand charnier."


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Jens Peter Jacobsen

La Peste à Bergame

Nouvelle traduite du danois
par Frédéric Durand

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La Peste à Bergame

Il y avait le Vieux Bergame juché sur la crête d'une petite colline, à l'abri derrière son enceinte et ses portes, et il y avait le Nouveau Bergame, en bas, au pied de la colline, exposé à tous les vents.

Un jour la peste éclata là-bas dans la nouvelle ville et fit des progrès effrayants; il mourut quantité de gens et les autres s'enfuirent à travers la plaine vers les quatre points cardinaux. Et les bourgeois du Vieux Bergame mirent le feu à la ville abandonnée pour chasser les miasmes, mais cela ne leur fut d'aucun secours; ils commencèrent aussi à mourir là-haut, chez eux, d'abord un par jour, puis cinq, puis dix, puis vingt, et quand le mal atteignit son paroxysme, ils furent encore bien plus nombreux.

Et ils ne pouvaient s'enfuir comme avaient fait ceux de la nouvelle ville.

Il y en eut certes qui essayèrent, mais ils en étaient réduits à mener une vie de bêtes traquées, se cachant dans les fossés et les pierrées, tapis sous les haies ou dans la verdure des champs; car les paysans qui, en ce lieu puis en cet autre, avaient vu leurs fermes contaminées par les premiers fugitifs, repoussaient loin de leur domaine, à coups de pierres, tout étranger, ou l'abattaient comme un chien enragé sans merci ni pitié, persuadés qu'ils étaient dans un cas de légitime défense.

Ils devaient rester là où ils étaient, les gens du Vieux Bergame, et jour après jour la chaleur devenait plus torride, et jour après jour le germe épouvantable redoublait d'appétit. La terreur grandit jusqu'aux limites de la folie, et ce fut comme si la terre avait englouti ce qui avait existé d'ordre et de justice pour y substituer le pire.

Tout au début quand la peste arriva, les gens avaient uni leurs efforts et s'étaient concertés; ils avaient veillé à ce que les cadavres fussent enterrés dans l'ordre et la dignité, et ils avaient quotidiennement pris soin d'allumer de grands bûchers sur les places et les marchés en sorte que la fumée purificatrice envahit les rues. Des baies de genévrier et du vinaigre furent distribués à tous les indigents et avant toute chose les gens allèrent à vêpres et à matines, isolément ou en cortège; chaque jour...

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