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La pratique religieuse dans l'église arménienne apostolique

De
124 pages
La pratique religieuse de l'Eglise arménienne a réussi à sauvegarder la fraîcheur de l'Eglise primitive. Elle n'est cependant pas figée dans une attitude conservatrice. Dans cet ouvrage, on découvrira que les Saintes-Ecritures et les canons des trois premiers conciles oecuméniques imprègnent et dirigent la vie religieuse des Arméniens. En ce début de troisième millénaire, le souci des retrouvailles, de l'union des chrétiens, doit devenir la préoccupation principale de tout croyant.
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LA PRATIQUE RELIGIEUSE DANS L'ÉGLISE ARMÉNIENNE APOSTOLIQUE

2003 ISBN: 2-7475-5282-9

@ L'Harmattan,

Albert KHAZINEDJIAN

LA PRATIQUE RELIGIEUSE DANS L'ÉGLISE ARMÉNIENNE APOSTOLIQUE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Collection Religions et Spiritualité
professeur dirigée par Richard Moreau honoraire à l'Université de Paris XII

La collection Religions et Spiritualité rassemble divers types d'ouvrages: des études et des débats sur les grandes questions fondamentales qui se posent à l'homme, des biographies, des textes inédits ou des réimpressions de livres anciens ou méconnus. La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au dialogue inter-religieux.
Déjà parus Jean Thiébaud, présentation de : Saint Coloban : Instructions, Lettres et Poèmes, suivis d'une notice sur le bienheureux Bernon, fondateur de Cluny, et d'une méditation de son disciple saint Odon. Préface de Mgr Lucien DALOZ, archevêque de Besançon, 2000. Dr. Francis Weill, Juifs et Chrétiens: requiem pour un divorce. Un regard juif sur le schisme judéo-chrétien antique et les relations judéochrétiennes aujourd 'hui. Paul Dunez, L'Affaire des Chartreux. La première enquête du XXème siècle, 2001. Jeanine Bonnefoy, Catéchismes, expression du cléricalisme et du pouvoir occulte (1870-1890),2001. Dom Pierre Miquel, Les oppositions symboliques du langage mystique, 2001. Jeanine Bonnefoy, Vers une religion laïque ?, 2002. Albert Khazinedjian, L'église arménienne dans l'église universelle. De l'évangélisation au Concile de Chalcédoine, 2002. Albert Khazinedj ian, L'église arménienne dans l'œcuménisme. Des suites du Concile de Chalcédoine à nos jours, 2002. Dom Pierre Miquel (OSB), La charité, l'espérance et la foi, 2002. Pierre Vanderlinden, L'avènement de Dieu. A vent, Noël, Epiphanie, 2002. Philippe Caspar, L 'enzbryon au Iiènze sièc/ e, 2003.

A Maryse mon épouse

CHAPITRE L'ARMENIE

I

PAIENNE

Une des qualités du peuple arménien est sa piété. La hiérarchie de l'Eglise ne le soumet pas à des obligations péremptoires. Sa dévotion est innée quoique sans ostentation. Il n'en demeure pas moins que l'Arménien est naturellement religieux. Ceux mêmes qui, sous l'influence des idées véhiculées par les philosophes français du XVIIIO siècle et la Révolution française, se prétendent agnostiques, se retrouvent dans les églises au moins pour les grandes fêtes chrétiennes. Après tout un peuple qui, le premier au monde, a adopté le christianisme comme religion d'Etat doit se sentir investi d'un devoir et même d'une mission. Fidèles à Jésus-Christ jusqu'au sacrifice suprême tout au long de leur histoire, les Arméniens ont toujours refusé de se soumettre ou de s'intégrer aux diverses peuplades qui envahirent leur pays. Ils n'ont même pas été attirés par le miroir aux alouettes des civilisations plus brillantes qui tentèrent de les asservir sinon de les assimiler. Devant ces multiples agressions l'Arménie diminua comme une peau de chagrin. S'étendant sur près de 200.000 km2 elle se trouve réduite aux 29.800 km2 de la république actuelle. Rien, cependant, ne parviendra à détacher ce peuple de la foi chrétienne. Adossé à la croix, abandonné par ses frères chrétiens, ils s'est dressé en rempart devant les envahisseurs. L'Arménie fut le roc sur lequel se brisèrent toutes les invasions en direction de l'Occident. Seuls les Huns d'Attila parvinrent jusqu'à Lutèce parce qu'ils avaient contourné l'Arménie. Dans l'indifférence générale les Arméniens s'opposèrent à l'agression des mazdéens de Perse; ils sauvèrent ainsi, de l'aveu de l'historien britannique Toynbee, le christianisme jusqu'à l'extrêmeoccident de l'Empire romain. Il a paru nécessaire de donner un aperçu de leur pratique religieuse, étant donné qu'on commence à les (re) découvrir. Dans de précédents ouvrages nous avons établi l'originalité de cette
Eglise en matières de dogmes, de doctrines,

- rigueur

dogmatique

et

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tolérance doctrinale -, sa position christologique, sa profession de foi, etc. Nous n'y reviendrons pas, le sujet de cet écrit n'étant pas la théologie. Nous évoquerons ce que peu connaissent, la pratique religieuse telle qu'elle est vécue dans cette Eglise si proche des coutumes de l'Eglise primitive. Tous les textes liturgiques que nous citerons ont été traduits par nos soins. L'Arménie est un pays de hautes montagnes. Très longtemps, avant la découverte de l'Himalaya, on considéra le Caucase comme le toit du monde; Prométhée y fut enchaîné alors qu'un vautour lui dévorait le foie sans cesse renaissant. Les sommets les moins élevés, leurs flancs percés de grottes, étaient couverts de forêts descendant vers de fertiles vallées. Les envahisseurs successifs en ftrent des déserts. Ces conditions créaient une atmosphère étrange propice à la naissance de superstitions. A l'époque pré-chrétienne, les Arméniens rendirent des cultes fervents aux divinités qu'ils s'étaient inventées. Les attaques incessantes, les invasions, les massacres fréquents fortifièrent le recours aux dieux et déesses tutélaires. Les informations sur cet abondant panthéon sont rares eu égard à la destruction de la quasi-totalité des temples, statues, écrits en l'honneur de ces idoles. Dès l'adoption du christianisme comme religion d'Etat, en 301, par le roi Tiridate III et le patriarche saint Grégoire l'Illuminateur, ceux-ci décidèrent de faire disparaître à jamais ces faux-dieux ou non-dieux (tchasdvadz). Cela n'empêcha pas saint Grégoire de faire entrer les prêtres serviteurs de ces divinités dans l'Eglise. Afm de faciliter leur adhésion à la nouvelle religion, il leur laissa les privilèges et revenus attachés aux sanctuaires païens. Les premières églises et premiers monastères furent édifiés sur les fondations des temples consacrés aux non-dieux, puisqu'elles avaient été creusées de façon à résister aux tremblements de terre. Ce peuple croyant, ayant trouvé le chemin de la vérité et de la vie, se consacrera sans restriction au Dieu vrai (Asdvadz).

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Nous nous intéresserons rapidement au paganisme en Arménie dans un but didactique, et parce que certaines de ces coutumes ont été intégrées et adaptées au christianisme par l'Eglise.

Hourrites, Perses, Ourartéens Les quelques indices que nous pouvons recueillir quant aux croyances religieuses ancestrales des Arméniens trouvent leurs sources dans les textes syriaques, grecs, latins; et encore de manière indirecte. Les documents historiques perses auraient pu fournir davantage d'explications, - Arménie et Iran ayant eu d'étroites relations parfois amicales, souvent conflictuelles -, mais ils furent détruits lors de la conversion de la Perse à l'Islam. Les ancêtres des Arméniens sont les Hourrites, peuple dit « asianique » ni sémite ni indo-aryen. Très rapidement un groupe indo-européen, détaché de la migration indo-germanique vers le Pendjab, descendit des plateaux du nord-ouest de la Perse à partir du XVIIIO siècle avant Jésus-Christ. Il se mélangea avec les Hourrites pour fonder le premier royaume hourrite sur le cours supérieur de l'Euphrate, puis un second appelé Mitanni, dans la région d'Ourfa (Edesse). La science de la guerre et l'organisation militaire de cette puissante nation lui permirent de s'installer le long de l'Euphrate jusqu'au sud d'Israël. Elle apportait de son Inde d'origine un esprit chevaleresque, la connaissance du travail du cuir, du bois, des métaux. Sa supériorité militaire était aussi basée sur un animal presque inconnu en Mésopotamie, le cheval. Ces Indo-Européens parlaient une langue très proche de celle de l'Ourartou future et de quelques tribus caucasiennes. Ils enseignèrent aux Chaldéens la magie et la divination. RatImés et artistes, ils furent à l'origine d'un certain nombre de croyances naturistes autour de leurs divinités. Les noms de celles-ci et ceux de leurs monarques qui sont parvenus jusqu'à nous signent l'origine indo-perse. Donnons quelques exemples: - Chauchatar, roi du Mitanni, qui vainquit les Assyriens vers 1450 avant J.-C. - Touchratta, un autre monarque hourrite.

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- Les dieux Mitrasil (Mithra), Arounasil (le Varouna sanscrit), Indar (l'Indra indien). - Il n'est pas jusqu'au nom de la capitale du royaume, Wachoukkani, qui ne soit d'origine indo-aryenne. Les Ourartéens héritèrent de ces cultes et les transmirent à leurs descendants, les Arméniens; ainsi que les vichaps et les devs. Les vichaps étaient des monuments de pierre sculptée plus élaborés que les menhirs; ils avaient une fonction de divinité aquatique. On les rencontrait partout où se trouvaient des bassins, des canaux d'irrigation, des canalisations. Les Ourartéens étaient passés maîtres dans l'art hydraulique, ils creusaient des lacs artificiels, établissaient des barrages sur les cours d'eau et d'ingénieux systèmes d'arrosage pour les terres cultivables. Les devs étaient des esprits du mal, représentés souvent sous la forme de serpents blancs connus dans la mythologie indo-persel. Le royaume des devs se situait dans les ténèbres des grottes, les cimetières, en un mot dans la nuit. Ennemis de l'homme, ils le guettaient dans ses champs, ses fermes, au fond des granges. Le mot anglo-saxon devil dérive probablement du terme arménien dev. Les Thraco-Phrygiens envahirent l'Ourartou; puis vinrent les Cimmériens, les Scythes, les Mèdes, les Perses. Tous ces peuples fmirent par fusionner pour façonner les Arméniens et l'Arménie entre ses trois lacs historiques : Van, Sévan et Ourmia.
Le panthéon arménien Il était dominé par Aramazd, dieu grand, fort et généreux, ayant engendré toutes les divinités. On le compare à l'Ormouzd iranien ou à l' Aboura Mazda zoroastrien. Aboura vient du sanscrit Asoura ; Mazda signifie lumière. Aboura Mazda est donc le dieu bon et lumineux. Aramazd était vénéré à Ani, dans le Chirac, à Alachguerd, dans le Bagrévand, et à Bagaritch, non loin des sources de l'Euphrate.

1 On utilise souvent perse pour aryen, Iran étant le pays des Aryas. Arya a donné Iran.

Il

La racine Bag vient du vieux-perse Baga (dieu jaloux) ; les villes de Bagavan, Bagarad (berceau de la dynastie des Bagratouni), Bagaran étaient consacrées à Baga. Le messager d'Aramazd était le dieu parthe Tir. Des rois arméniens de la dynastie arsacide, d'origine parthe, se dénommèrent Trdat ou Tiridate, ce qui signifie, don de Tir. L'une des filles d'Aramazd était Anahit (l'Anahita iranienne). Son temple se trouvait dans la capitale de l'Arménie arsacide à Erez ou Erisa (Erzindjan). Il renfermait la statue en or massif de la mère d'or (vosqemayr), comme on surnommait la déesse. Il était le plus riche et le plus fréquenté par les pèlerins qui se prosternaient devant la grande reine protectrice de l'Arménie, l'idole de la sagesse, de la fertilité et des eaux. Tout le mois d'août (navasart) lui était consacré. On la célébrait par des chants, des danses, des profusions de fleurs. Le 15 août était la fête des vendanges. Dans l'Arménie chrétienne le dimanche le plus proche du 15 août est l'Assomption de la Vierge Marie; à la fm de la messe on procède à la bénédiction du raisin. Ainsi l'Eglise a-t-elle englobé cette fête païenne. Un fils d'Aramazd, le dieu soleil (Arev) avait une émanation visible ou oeil visible (areq agn) ; il s'était uni à la déesse lune (Loussine) pour engendrer Mihr (le Mithra indo-aryen). Mihr a donné les prénoms de Mihran en arménien et en iranien, et Mithridate en parthe. Le sanctuaire familial d'Arev, Loussine et Mihr se dressait à Armavir; un oracle y résidait qui tirait les prédictions du bruissement des peupliers. Le frère d' Anahit, Vahagn, personnifiait la force, le courage, la lutte contre le mal tout en étant le dieu de l'intelligence. Moïse de Khorène le décrit comme un adolescent né de la fusion du ciel et de la terre; un roseau jaillit de la mer, une flamme en sortit, de celle-ci surgit Vahagn avec une chevelure de feu et deux soleils à la place des yeux. A ces dieux indo-parthes s'ajoutaient des divinités sémitiques. La première de celles-ci est «petite étoile ou petit astre» (Asdghig), l'amante de Vahagn, déesse de la volupté, de l'amour et de la maternité. On les fêtait tous deux à Van, dans le Vaspouragan, et à

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Achtichat, dans le Daron. Cette province, longtemps rebelle à la pénétration du christianisme, fut le fief de la famille de saint Grégoire l'Illuminateur. On y édifia la première église d'Arménie, et, sans doute, de toute la chrétienté. Au début de l'été on associait les deux belles-soeurs, Anahit et Asdghig, dans porte-roses ou la fête des roses (Vardavar). Processions, danses, aspersion d'eau réjouissaient les jeunes gens. On constate qu' Anahit était fêtée deux fois dans l'année. L'Eglise a remplacé Vardavar par la Transfiguration (7° dimanche après la Pentecôte clôturant la période pascale). La plupart des divinités d'origine sémitique furent importées d'Assyrie. Moïse de Khorène cite Barchamin qu'Anania de Chirac dénomme Barcham l'Assyrien. Jacques de Morgan estime qu'il s'agirait du Barchimnia des Sémites alors que René Grousset pencherait pour Baal Chamin ou le maître des cieux d'origine araméenne syrienne. Ce Barchamin fut introduit en Arménie par Tigrane II le Grand; il en installa la statue d'ivoire et de cristal sur piédestal d'argent à Thordan (Ani-Kamakh), car c'était le dieu éclatant de blancheur. Les divinités arméniennes, nous dit Georges Brandès, «... n'ont ni les proportions gigantesques des dieux asiatiques ni la grâce des dieux grecs. Elles sont comme le peuple qui les créa laborieuses, raisonnables, bonnes ». Tigrane TI ne se contenta pas de prendre des dieux sémites; il institua, sous l'influence de sa seconde épouse Cléopâtre, fille de Mithridate Eupator, des analogies entre les idoles grecques et arméniennes. Au 11° siècle avant J.-C. ce monarque arménien avait fondé un immense Empire. - A l'ouest il conquit le royaume arménien indépendant de Sophène (région de Kharpout), et la Cilicie avec Ourfa (Edesse). - A l'est il reprit aux Parthes de Perse la Sacasène, province arménienne qu'ils lui avaient enlevée, située entre le Kour au nord et l'Araxe au sud. La Sacasène réunissait l'Outiq (Bas-Karabagh) et l' Artsakh (Haut-Karabagh). De là il soumit l'Aghouanie ou Albanie Caspienne (Azerbaïdjan ex-soviétique) et l'Ibérie (Géorgie).