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La Puissance du Serpent

De
300 pages

Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Arthur Avalon (pseudonyme de John Woodroffe), traduction de Charles Vachot, préface de Jean Herbert, ouvrage orné de huit illustrations en couleurs et de quatre tableaux. -- "Quand la véritable nature de l'âme de l'Inde était si complètement voilée que même les guides de sa renaissance vacillaient dans leur marche, ardents défenseurs de son passé mais inconscients de son authentique héritage, il a été donné à quelques hommes clairvoyants de découvrir, au milieu des décombres d'un passé fuyant, les joyaux sans prix d'un legs immémorial. A la pointe de ces savants désintéressés, Sir John Woodroffe qui consacra sa vie à mettre en valeur les vérités profondes de la tradition religieuse Hindoue la plus mécomprise et la plus diffamée: le Tantrisme. Membre bien connu de la magistrature, spécialisé dans les études sanskrites, il a abordé les textes sacrés des Agamas avec le respect adéquat; aidé par les lettrés autochtones et guidé par des Gurus, il a exploré les arcanes du Sâdhana Shâstra assez profond pour en ressurgir comme le champion inspiré de cette religion vénérable, stupéfiant tout le monde par son incroyable persévérance, par l'éclat de son esprit et la force de pénétration qu'il a apportés à maintenir son effort solitaire destiné à ressusciter la splendeur des Tantra Shâstra, particulièrement le Shâkta Vedânta. Il a écrit, traduit, édité, commenté, fait des conférences, il a fait tout ce qu'il pouvait faire pour présenter l'enseignement théorique et pratique des Agamas sous leur véritable jour. L'Inde a envers lui une immense dette de reconnaissance car il a éveillé ses fils au sens vivant d'un de leurs grands héritages." -- M. P. Pandit.


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ARTHUR AVALON
(SIR JOHN WOODROFFE)
La Puissance du Serpent
Introduction au Tantrisme
Traduit de l’anglais par Charles Vachot
Préface de Jean Herbert
Ouvrage orné de huit illustrations en couleurs et de quatre tableaux
La République des Lettres
PRÉFACE
L’image que les Occidentaux se font du tantrisme dé coule généralement de
certaines manifestations spectaculaires et dégénéré es qu’ils ont eu l’occasion d’en
voir ou, bien plus souvent encore, qui leur ont été décrites après avoir passé par de
très nombreux intermédiaires. D’autre part certains auteurs occidentaux qui n’en
avaient pratiquement aucune connaissance ont publié sur ce sujet des livres d’une
complète fantaisie en faisant croire qu’ils en avai ent une expérience directe, et
malheureusement de tels ouvrages ont connu de très gros succès de librairie.
Aussi sommes-nous fort tentés de prendre le tantris me pour un ensemble de
pratiques fort peu recommandables, plus orientées v ers la sensualité et la sexualité
que vers la spiritualité, qui se poursuivent dans u n secret propice à la magie noire et
aux orgies les plus abominables.
Or il se trouve que les plus grands maîtres spiritu els de l’Inde moderne
revendiquent hautement leur appartenance aux écoles sur lesquelles nous faisons
peser de si graves soupçons. Shrî Râmakrishna avait fait personnellement
l’expérience complète des soixante-quatre disciplin es tantriques. Shrî Aurobindo me
disait lui-même qu’il se considérait plus tantriste que védântiste, et cela apparaît
d’ailleurs à tous les lecteurs avertis de ses œuvre s.
Mâ Ananda Moyî, Mahâmahopadhyâya Pandit, Gopînâth K avirâj ne cachent pas
qu’ils le sont aussi. Et lorsqu’à Bénarès, dans le lieu saint du shivaïsme, les moines
les plus rigoureusement advaïtistes, disciples de S hankara, sont parvenus au point
suprême de leur discipline, à la conscience de l’Ab solu, aunirvikalpa samâdhi, ils
sollicitent, pour aller plus loin, la faveur d’adorer la Déesse sous son aspect
suprême de Râjarâjeshvari. Cela ne surprend d’aille urs que les Occidentaux, car
tous les Hindous savent fort bien que le maître de tous les advaïtistes,
Shankarâchârya, était un grand adorateur de la Mère Divine, à qui il a consacré ses
plus beaux hymnes.
En réalité on peut sans doute compter sur les doigts les Occidentaux qui ont été
véritablement initiés dans les enseignements et les cultes extrêmement
hermétiques que comporte le tantrisme.
Or, dans une telle discipline, l’instruction n’est donnée par le Gourou au disciple
que très progressivement, au fur et à mesure que ce dernier montre à la fois qu’il a
assimilé tout ce qui lui a été donné et qu’il est d igne d’en recevoir davantage. Les
lamas tibétains n’accèdent aux plus hauts grades qu ’après des études qui peuvent
se prolonger pendant soixante années, au cours de c hacune desquelles ils peuvent
être appelés non seulement à mémoriser un millier d e pages de textes terriblement
ardus, mais encore à les mettre en pratique.
Plus que dans d’autres enseignements du même ordre, dans les textes qui sont
transmis, et dont une faible partie seulement a été mise par écrit et bien moins
encore imprimée, l’auteur reste volontairement obsc ur et ambigu, et la possession
matérielle d’un tel document reste sans aucune util ité pour celui à qui un maître ne
vient pas l’expliquer. Par ailleurs, tous ces texte s comportent un nombre parfois
important de significations successives, toutes authentiques et aucune ne
contredisant les autres, mais chacune allant plus l oin et plus haut que celles de
caractère plus exotérique.
L’auteur du présent volume est un de ces très rares Européens qui ont reçu
d’authentiques initiations, et si les livres importants qu’il a publiés et traduits du
sanskrit sont souvent à peu près inintelligibles, c e n’est pas par sa faute, mais par
suite de la nature même du texte et par suite aussi de ce que le traducteur n’a pu
révéler la compréhension ésotérique qu’il en avait obtenue que dans la faible
mesure où son instructeur lui-même le lui a permis. C’est pourquoi les textes qu’a
composés lui-même Arthur Avalon, s’ils vont infinim ent moins loin que les ouvrages
sanskrits communiqués par lui, sont bien plus acces sibles et peuvent nous apporter
une connaissance qui, sans être approfondie, n’en a pas moins le mérite d’être
véridique. C’est le cas de « la Puissance du Serpen t » que M. Charles Vachot a
traduite en français aussi bien qu’il est possible de le faire.
Il faut pourtant mettre le lecteur solennellement e n garde contre la tentation à
laquelle il pourra être soumis d’essayer dans la pratique ce qu’il aura compris ou cru
comprendre de ces enseignements. Justement parce qu ’ils sont absolument vrais et
extrêmement puissants, ils sont infiniment dangereu x. Celui qui s’y aventure sans
être guidé par un maître authentique — ce qui est p resque certainement impossible
en Occident — se trouvera dans une situation fort a nalogue à un enfant qu’on
laisserait jouer avec toutes les drogues garnissant une pharmacie, ou se promener
avec une torche dans un magasin d’artificier. Troub les cardiaques incurables,
destruction lente de la moelle épinière, désordres sexuels et folie attendent ceux qui
s’y risquent.
JEANHERBERT
AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR
La Puissance du Serpentfut rédigé en guise d’introduction à la traduction
anglaise(1)de deux ouvrages sanskrits, précédemment publiés p ar Avalon dans la
langue originale seulement(2): leShatchakranirûpana, ouDescription des Six
Centres Corporelsq versets, d’un, constituant le sixième chapitre, en cinquante-cin
écrit sur le rituel tantrique intituléShrîtattvachintâmaniet composé au XVIe siècle
par Pûrnânanda ; lePâdukâpanchaka, ouQuintuple Piédestal du Guru, en sept
versets ; chacun des versets de ces deux textes éta nt accompagné de son
commentaire par Kâlîcharana.
En réalité,La Puissance du Serpentest une substantielle introduction au
Tantrisme en général, et qui demeure sans doute la plus autorisée ; la seule
autorisée peut-être, au sens plein du terme(3). Ce fut le dernier ouvrage publié
sous le pseudonyme d’Arthur Avalon par Sir John Woo droffe, juriste et juge
éminents, qui pourtant, avec la collaboration de sa femme Ellen Avalon, consacra le
meilleur de sa vie à l’étude du Tantrisme, à la pub lication de quelques-uns de ses
textes capitaux, à l’exposition lucide de ce qui po uvait en être exposé.
Son œuvre lui valut l’estime et la gratitude des Hindous comme des hindouistes
compétents ; elle reste pour nous la clef la plus s ûre d’une doctrine inconnue ou
méconnue, réservée entre toutes : réservée, est-il dit, à l’intention de notre époque,
le Kali-Yuga, le Quatrième et Dernier Âge des traditions unanimes.
Aussi ne donnerons-nous de bibliographie que la lis te des autres ouvrages de
cet irremplaçable introducteur :
Introduction to Tantra Shâstra;
Shakti and Shâkta;
Garland of Letters;
The World as Power;
Mahâmâyâ.
On lui doit aussi :
une analyse duTantrarâja Tantra;
la traduction duTantratattva (Principles of Tantra);
celle duMahânirvâna Tantra (The Great Liberation);
celle de divers hymnes à la Devî tirés des Tantra, des Purâna, duMahâbhârata
et deShankarâchârya (Hymns to the Goddess) ;
la publication duKulachûdâmani Nigama;
et celle, avec traduction anglaise et commentaire, des textes suivants :
Kâmakalâvilâsa ;
Karpûrâdi Stotra (Hym to Kâli) ;
Anandalaharî (Wave of Bliss) ;
Manimnastava (Greatness of Shiva) ;
Isopanishad.
Tous ces ouvrages sont publiés chez Ganesh, à Madra s.
I. INTRODUCTION
Il sera traité ici d’une forme particulière de Yoga tantrique nommée Kundalinî
Yoga, ou, dans certains ouvrages, Bhûta-shuddhi. Ce s noms évoquent d’une part la
Kundalinî Shakti, Puissance Suprême présente dans l e corps humain et dont l’éveil
permet la réalisation du Yoga, d’autre part la puri fication des éléments du corps
(Bhûta-shuddhi) qui se produit lors de cette réalis ation.
Ce Yoga s’effectue suivant une technique appelée Sh at-chakra-bheda, c’est-à-
dire percement des six Centres ou Régions (Chakra) ou Lotus (Padma) du corps,
sous l’action de la Kundalinî Shakti, que, pour lui donner une désignation
occidentale, j’ai nommée ici la Puissance du Serpen t(4). Kundala signifielové. La
puissance est la Déesse (Devî) Kundalinî, celle qui est lovée ; car Sa forme est celle
d’un serpent lové et endormi dans le plus bas des c entres corporels, à la base de la
colonne vertébrale, tant qu’Elle n’est pas éveillée par le Yoga qui porte Son nom.
Kundalinî est l’Énergie Cosmique Divine dans les co rps. Les Saptabhûmi, ou sept
régions (Loka)(5)on exotérique de, sont une interprétation populaire, une présentati
l’enseignement profond du Tantrisme touchant les se pt centres(6).
Ce Yoga est appelé tantrique pour plusieurs raisons . Certes, on le trouve
mentionné dans les YogaUpanishadrelatives aux Centres, ou Chakra, et dans
quelques-uns des Purâna. Les traités sur le Hathayo ga s’en occupent également.
Nous trouvons même des conceptions analogues dans d es systèmes étrangers à
l’Inde, à laquelle il est possible qu’ils les aient empruntées dans certains cas. C’est
ainsi que dans leRisala-i-haq-numa, du prince Mahomed Dara Shikoh(7), sont
décrits les trois centres « Mère du Cerveau » ou « Cœur sphérique » (Dil-i-
muddawar) ; « Cœur de cèdre » (Dil-i-sanowbari) ; et « Cœur de lis » (Dil-i-nilofari)
(8).
On peut trouver d’autres allusions dans les ouvrage s des Soufis de l’Islam. Par
exemple certaines confréries soufiques (comme les N aqshbandi) ont, dit-on(9),
imité, ou plutôt emprunté, la méthode de la Kundali nî pratiquée par les Yogi de
l’Inde(10)comme moyen de réalisation(11).
On me dit que des correspondances se peuvent discerner entre les Shâstra de
l’Inde et, chez les Mayas d’Amérique, le livre sacré des Zunis appeléPopul Vuh
(12)t la Sushumnâ ; leur « double. Mon informateur me dit que leur « tube à air » es
tube à air », les Nâdî Idâ et Pingalâ. « Hurakan », l’éclair, est Kundalinî, et les
centres sont représentés par des symboles animaux.
On expose, m’a-t-on rapporté, des conceptions analo gues dans l’enseignement
secret d’autres communautés. Que la doctrine et la pratique soient largement
répandues, nous pouvions nous y attendre, si elles reposent sur une réalité. Cette
forme de Yoga est, cependant, particulièrement asso ciée aux Tantra ou Agama, et
d’abord parce que ces écritures lui sont en grande partie consacrées.
En fait, les descriptions méthodiques, détaillées, pratiques qui ont été mises par
écrit, se trouvent principalement dans les ouvrages sur le Hatha-yoga et dans les
Tantra, qui sont les manuels, non seulement du culte, mais de l’occultisme hindou.
D’autre part, le Yoga réalisé par action sur le cen tre inférieur semble
caractéristique du système tantrique, dont les adep tes sont les gardiens du savoir
technique par lequel les indications générales des livres peuvent être mises en
pratique. En outre, ce système est d’un caractère tantrique en raison de son choix
d’un centre principal de conscience.
Dans l’antiquité, on a localisé en diverses parties du corps le siège de l’"âme »
ou de la vie : par exemple dans le sang(13), le cœur, le souffle. Le cerveau n’a pas
été, en général, considéré comme étant ce siège. Le système védique admet que le
cœur est le centre principal de la Conscience, conc eption dont il reste un souvenir
dans des expressions comme « prendre à cœur » et « apprendre par cœur ».
Sâdhaka, qui est l’une des cinq fonctions de Pitta(14), et qui est situé dans le
cœur, collabore indirectement à l’accomplissement d es fonctions cognitives en
maintenant le rythme des contractions du cœur, et l ’on a supposé(15)que peut-être
ce fut cette conception du cœur qui prédisposa les physiologistes de l’Inde à le tenir
pour le siège de la connaissance.
Selon les Tantra, cependant, les centres de conscie nce principaux se trouvent
dans les Chakra du système cérébro-spinal et dans l e sommet du cerveau
(Sahasrâra), bien que le cœur soit aussi reconnu po ur un siège du Jîvâtmâ, l’esprit
incarné, sous son aspect de principe vital ou Prâna(16). C’est pourquoi le premier
verset duShatchakranirûpanaparle du Yoga qui doit être réalisé « selon les
Tantra » (Tantrânusârena), c’est-à-dire, comme le d it Kâlîcharana, son
Commentateur, « en suivant l’autorité des Tantra ».
On s’est occupé de ces choses ces derniers temps, d ans des ouvrages
occidentaux de tendance occultiste. En général leurs auteurs ont voulu exposer ce
qu’ils croyaient être la théorie hindoue sur cette question, mais avec des
inexactitudes considérables. Celles-ci ne sont d’ai lleurs nullement l’apanage des
études de ce genre.
Ainsi, pour ne prendre que deux exemples dans deux catégories différentes,
nous trouvons, dans un dictionnaire sanskrit bien c onnu(17), les Chakra définis
comme « des cercles ou des dépressions (sic) du corps, utilisés pour des buts de
mystique ou de chiromancie », et leur localisation est presque en tous points
erronée. Le Mûlâdhâra est inexactement décrit comme situé « au-dessus du
pubis ».
Quant au Svâdhishthâna, il ne correspond nullement à la région ombilicale.
Anâhata n’est pas la racine du nez, mais le centre spinal de la région du cœur ;
Vishuddha n’est pas « le creux entre les sinus fron taux », mais le centre spinal de la
région de la gorge. Ajnâ n’est pas la fontanelle où se réunissent les sutures
coronale et sagittale, qu’on donne pour le Brahmara ndhra(18), mais se trouve à
l’emplacement assigné au troisième œil, ou Jnânacha kshu.
D’autres, sans tomber dans des erreurs aussi grossi ères, ne sont pas exempts
d’inexactitudes mineures. C’est ainsi qu’un auteur dont la connaissance des choses
occultes était, me dit-on, considérable, parle de l a Sushumnâ comme d’une
« force » qui « ne peut être mise en action tant qu ’Idâ et Pingalâ ne l’ont pas
précédée », qui « passe, accompagnée d’un choc viol ent, par chaque section de la
moelle épinière », et qui, une fois éveillé le plex us sacré, suit la moelle et frappe le
cerveau, avec ce résultat que le néophyte se sent « comme une âme désincarnée,
Un pour Un
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