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La théologie politique africaine

De
344 pages
Ce XXIe siècle sera celui de l'Afrique à condition que la critique tridimensionnelle de la théologie politique devienne une grandeur structurante de la réflexion et une pratique réelle dans la dévotion. Trois atouts majeurs de l'Afrique : ressources naturelles, ressources humaines et ressources spirituelles ! Cependant, sans critique de la Théologie elle-même, de l'Eglise et de la Société, le Christianisme des pasteurs et prêtres africains, proches du pouvoir politique, renie le Christ et détruit les Nations.
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LATHEOLOGIEPOLITIQUEAFRICAINE
ExégèseetHistoireThéologieetviepolitiquedelaterre
Collection dirigéeparDominiqueKOUNKOU
Danslesannéessoixante,laviedelaterrerassemblaitlesthéologiens,
lespolitologues,lesacteurspolitiques,lessociologuesdesreligions,les
philosophes.Tout,tout étaittentépourréconcilierl’ homme d avecson
Dieu,l’ homme d avecl’ homme,l’ hommed’ avecl’ Homme,l’ homme
d’ avecsaresponsabilitédecontinueràfairevivreenharmoniela
création.Tantetsibienqu’ onestarrivéàprojeterlaconstructiondela
civilisationdel’ universelPuisilyaeucettesorted’ émancipationdela
politiquevitesupplantéeparlecommercedansunmondeen
globalisation.
Etl’ homme?...Et sonDieu?...Etsapensée?...
Toutcequiestessentielparaîtdeplusenplusdérisoirefaceàlatoute-
puissanceducommerce.
Commentréintroduirel’ hommeaucœ urdecetteavancée évolutionnaire
dumondeafinquesathéologieetsavolontépolitiqueinfluentsurlavie
delaterre?
Telestlequestionnementquepoursuit,delivreenlivre,cettecollection.
Déjàparus
MOKOKOGAMPIOTAurélien, Les Kimbanguistesen France. Expression
messianique d uneÉgliseafro chrétienne en contexte migratoire,2010.
MUTOMBO-MUKENDIFélix, Le Fils de l homme apocalyptique.Sa
trajectoire dansl’ attente juive et chrétienne,2009.
KOUNKOUDominique, L’ Emergence d’ initiatives africaines,2009.
LeBERREPatrick,Objectif bien-être®,2009.
MARTIN-LAGARDETTEJean-Luc, Les Droits de l’ âme. Pour une
reconnaissance politique de la transcendance,2008.
KOUNKOUDominique, Un bilande la liberté religieuse en France,2008.
DESPLANFabriceetRégisDERICQUEBOURG(dir.), Ces protestants que
l’ onditadventistes,2008.
NahedMahmoudMETWALLY,Une égyptiennemusulmaneconvertie au
christianisme,2008.
ZAKIMagdiSami,Dhimmitude oul’ oppression deschrétiens d’ Égypte,2008.
KOUNKOUDominique, Pourunerenaissance de la tontine,2008.
DELECRAZ Guy,Etincellesde foi, flammes de joie,2008.
SŒ URMYRIAM, Sable et or. Poèmes,2007.
LEBERREPatrick,Le fil de la vie,2006.



’FélixMutombo-Mukendi
LATHEOLOGIEPOLITIQUEAFRICAINE
ExégèseetHistoire
Préface deJosaphatPalukuRubinga
Postface deJean-PierreMbelu
L’ HarmattanDumêmeauteur:
Le Filsde l’ homme apocalyptique.Satrajectoire dansl’ attente
juive et chrétienne,L’ Harmattan,2009.
Du mirage nationaliste à l’ utopie-en-actiondumessie collectif,
L’ Harmattan,2005.
Nouveaucultedelaprospérité en Afrique. Sesfondements cosmologiques
et sesimplicationssociopolitiques
Christologie desPèresApostoliques
Herméneutique athée et Exégèsesmodernes
Exégèse et Théologie dans Marc. Le Filsde l’ homme
©L’HARMATTAN,2011
5-7,ruedelÉcole-Polytechnique;75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55332-3
EAN : 9782296553323
’A
DESMONDMPILOTUTU
LePasteursansfrontières
del’ Ubuntu!Remerciements
Plusieurs amis et collègues m’ ont encouragé à persévérer dans les
recherches qui ont abouti à ce livre. Certains m’ ont soutenu de bien des
manières et à plusieurs reprises, pour utiliser les expressions de l Hymne
au Fils dans l’ Epître aux Hébreux. Si ce livre se détermine par son
caractère polyphonique, c est parce que l auteur est passé aux pieds de
plusieurs «maîtres» et dans bien des disciplines de sciences humaines.
L’ un d’ eux m a fait l’ honneur d’ en rédiger la préface. Il s’ agit de
Josaphat Paluku Rubinga, mon tout premier professeur de théologie
systématique, bien avant Paul Wells, Henri Blocher et Jean-Paul Gabus,
pour ne citer que ceux de cette branche théologique. Que Josaphat
reçoive ici ma reconnaissance, lui qui m’ a appris que toute théologie,
même la plus tranquillisante, mérite questionnements à la lumière des
Ecritures,del HistoireetdesScienceshumaines.
Je tiens à remercier également mon ami, Monsieur l’ Abbé Jean-Pierre
Mbelu, qui a accepté de proposer quelques brillantes pages de Postface à
ce livre. J’ apprécie l’œ uvre à laquelle il s’ attelle en compagnie de bien
d’ autres jeunes prêtres du Groupe Epiphanie (Belgique) pour
l émergence d’ un nouveau leadership sociopolitique authentiquement
chrétien et résolument décomplexé en vue de la Transformation de
l’ Afrique.
J exprime ma reconnaissance à mon collègue Dr Emmanuel Tshilenga
Kabala de Pretoria de m’ avoir associé au Colloque scientifique sur la
Théologie politique aux côtés d’ illustres collègues des universités sud-
africaines: professeurs T. S. Maluleke et P. Meiring et docteurs S. De
BeeretK.Moshoe.
Je suis reconnaissant à Annie, Jacky, Marie-Claire, Benoît, Constantin,
Luc et à mon fils Michaël qui ont relu et mis en page le manuscrit de ce
livre.
Mes sincères remerciements vont également à mes étudiants de Master
en Théologie de la Faculté de Bruxelles qui m’ ont encouragé par leur
enthousiasme et leurs questionnements à la découverte de la «Sagesse»
comme grâce gouvernementale et don politique de Dieu à travers mes
cours d exégèse et de théologie politique de Jacques, serviteur de Dieu et
duSeigneurJésus-Christ.





’ ’
’Préface
Le titre dece livre est peut-être malheureux, car il donnerait l impression
que l’ auteur, lui tout seul, aurait la prétention d écrire une somme de ce
que devrait être une théologie politique de l’Afriqueà la manière des
uvres de Thomas d Aquin ou de Karl Barth ! Il n en est pas question !
Il s agit, pour lui, d’ initier un travail pluridisciplinaire, une invitation à
tous les enfants de l’ Afrique, nourris par les sciences humaines, à se
mettre au travail en vue de l avènement de cette théologie dont les histo-
rienspourraient révélerunjour le devenir ! Car,comme le dit l auteur, ce
livre est intentionnellement polyphonique d autant plus qu une Théologie
politique ne peut être que pluridisciplinaire et, en même temps, un effort
perpétuel. Pour l’ heure, accueillons avec bonheur cette invitation et tous
autravail! En outre, cetitrepourtantaudacieuxpointeunedisciplinequi
manquaitdansnosbibliothèquesetnosfacultésafricaines !
Félix Mutombo-Mukendi nous présente un travail nourri de son expé-
rience et sa connaissance de l Afrique, enrichie par ses études et son tra-
vail universitaire. Il suffit de parcourir la table des matières et la biblio-
graphie pour s en rendre compte. Ce livre, à la lumière de ses différentes
composantes, propose un exemple même de l application de la critique
tridimensionnelle d une théologie politique : critique de la Théologie
elle-même,critiquedel Egliseet critiquedelaSociété.
Depuis les années 60, années des libérations des peuples, depuis que la
question du sens de l histoire et de la praxis a été posée à la théologie, on
ne peut plus concevoir une théologie qui ne tienne pas compte du con-
texte historique, culturel, économique et social !D où les théologies de la
société, de la libération, les théologies politiques, contextuelles et les
théologies africaines ! La prise en compte, en théologie, des différents
contextes dans lesquels et pour lesquels elle est développée est une
double exigence de fidélité, à la fois au Dieu de Jésus Christ qui
s incarne et aux Ecritures adressées aux humains dans leur situations
concrètes ! Dès lors, toute théologie est contextuellesinon elle serait un
discours humain qui se voudrait neutre et déployé comme une parole
totalitaire ! On comprend, dès lors, pourquoi toutes les autres théologies
du tiers monde qui ne répétaient pas ce que l on appelait les «donnés
révélés »ont étécondamnées!









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’ ’ œ

’Félix milite à ce que l’ on tienne compte de la cosmogonie africaine dans
le déploiement des discours théologiques et politiques en Afrique ! Celle-
ci persiste et imprègne tout, en dépit de la lutte acharnée contre elleme-
née par les anciens missionnaires. Et l auteur pense qu elle est, au-
jourd hui, récupérée par les prédicateurs de l évangile de la prospérité
pour s enrichir au détriment des pauvres ! Elle se retrouve aussi en poli-
tique par le rôle que joue le «médiateur », celui qui guérit, qui rétablit
dans la force vitale, qui unit les vivants et les morts. Voilà pourquoi les
religieux gravitent autour des hommes de pouvoir en Afrique et occupent
cerôlepourleurventreaulieudelutterpourlajusticeetlapaix !
Ce que vise Félix, dans cette démarche, c est la guérison de la personne
dans toutes ses dimensions humaines sans qu elle soit dépouillée par ses
semblables, fût-ce au nom de Dieu!Les exemples de Desmond Mpilo
Tutu et ses collègues de la «CommissionVérité et Réconciliation » en
Afrique du Sud sont donnés comme des exemples d une relation juste et
bonne entre le pouvoir spirituel et le pouvoirtemporel en vue du bien
commun ! Cependant, d autres exemples montrent à suffisance combien
les vestiges «de la vision du monde »sont détournés et exploités dans un
alignement politique des ecclésiastiques qui ne profite qu à ces derniers
etauxdétenteursdupouvoirpolitiqueet économique.
Est-ce seulement une question de vocabulaire ? D’ autres avant Félix ont
déjà appelé à prendre au sérieux la culture ou la vision du monde dans la
manière d aborder l évangélisation de l’ Afrique : La philosophie bantu
de Tempels, L union vitale de Mulago, African Religions and Philosophy
de Mbiti et en politique l expérience de l authenticité, ont-ils changé fon-
damentalementquelque chosedanslamisèreafricaine !
Contrairementà Félix,j’ auraispréférédavantage l expression«visiondu
monde »à celle de cosmogonie,carcelle-ci serapporte généralement aux
mythes de la création alors que la première inclut aussi bien les mythes
de la création que la façon de se situer dans le temps et l espace et les
rapports entre l homme et les autres créatures. D aucuns se demande-
raient:dansleurvisiondumonde,lesoccidentaux etlesafricains sont-ils
vraiment différents les uns les autres ? La recherche de l harmonie, la
recherche de la guérison de toutes les relations cosmiques est-elle seule-
ment africaine ? Mais l auteur rétablit subtilement un certain équilibre en
percevant dans «la cosmogonie» bien plus qu un héritage mythique dé-
suet. L utilisation de la sagesse africaine, par le biais d un usage consen-
8
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’ ’
’ ’suel des données de «la palabreafricaine » en est une illustration con-
vaincante. Une autre illustration serait d’ apprécier l’ analyse approfondie
des œ uvres de Cheikh Anta Diop, de Bimwenyi-Kweshi, et de bien
d autresainsiquedesconséquencesqui enrésultent.
Pour tous, le bonheur est conçu comme l accumulation des biens qui
augmente la force vitale ! La personne humaine est en perpétuel devenir
au furet à mesurequ elle ajoute valeursur valeur. Elle se construit. C est
dans ce sens là que sa vision du monde s oppose à la vision de Dieu :
«Vos vues ne sont pas mes vues »,dit Dieu à qui que nous soyons !
D où l appel à la conversion de notre orientation vitale ! La conversion
est au centre, et non en périphérie de la prédication de Jean-Baptiste, de
celle de Jésus le Christ ainsi qu au centre de ce que l auteur appelle «di-
rectiveapostolique»envued unethéologiepolitiquedetransformation.
Le malheur de l Afrique n est-il pas lié à ce non changement de c ur
auquel il faut ajouter la paupérisation apportée par le colonialisme et le
néocolonialismeau service du tout-puissant néolibéralisme ? N est-ce
pas ce néocolonialisme qui engendre des rois de la parade, incapables de
se tenir droit devant eux-mêmes et débout devant leurs semblables les
humains; capables de vendre leur mère pour un dollar ? Qui vend les
terres ? Qui viole les enfants ? Qui les envoie dans le ventre de la terre
pour quelques pépites d or ? Qui les enrôle dans les armées sans solde ?
Leur propre frère à la solde des sociétés minières des grandes puissances
! Cette paupérisation est bien décrite par Félix,raison pour laquelle il
s’ attelleàdévelopperunethéologiepolitiqueafricaine.
Dans le parcours rapide de l histoire de la théologie politique, c’ est
dommage d avoir sauté l histoire de la Réforme car cela aurait mis en
lumière d autres modèles queceux qui ont été présentés dans la Vieille et
Nouvelle « écoles » de Théologie politique. Par exemple le modèle de
Genève, de Zurich, de Munster ! Le modèle de l’ instauration du royaume
de Dieu par Thomas Munster n a pas duré à cause des abus. Zwingli est
mort sur le champ de bataille ! Luther a défendu la séparation de deux
règnes et Calvin a développé la séparation de deux offices mis au service
du même Dieu pour la concorde, la paix et la justice parmi le peuple.
Certes, il n y a pas un modèle unique. Cela change selon les époques, les
lieux et les personnes. Cependant, à la décharge de l auteur, on pourrait
reconnaître que le chapitre concernant la trajectoire historique et hermé-
neutique de la théologie politique aurait constitué, en soi, un immense
9




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œ ’ ’

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’ ’

’volume. Et l’auteur le reconnaît dans son introduction, et convie le lec-
teur à une théologie située, ouvrant les portes à la critique tridimension-
nelledelaThéologiepolitique.
Malgré le fondement sur une solide étude biblique, la question ne reste
pas moins posée à savoir si ce déploiement des textes bibliques n avait
pas pour but de proposer une sorte de politique chrétienne ? Comment
appliquer une telle politique sur des nations multiculturelles et multi-
cultuelles ? C’ est une chose de vivre personnellement en chrétien, c en
est une autre d imposerson éthique sur les autres ! Cependant, reconnais-
sons qu être «le sel de la terre » pourrait apporter sens aux exigences de
«l’ê trechrétien»dans cettepluralitéculturelle etcultuelledel Afrique.
Peut-être que la question à poser en théologie politique en Afrique c est
de se demander comment dire Dieu dans cette Afrique en proie à ses dé-
mons et aussi à ceux d ailleurs?Jésus n a jamaisrien dit sur les Romains
et pourtant ses discours ont une portée politique de premier plan ! Ses
auditeurs ne s en étaient pas trompés en dépit de leurs propres attentes
politiques différentes des «vues de Dieu »en Jésus. Toutefois,sans men-
tionner l empire romain, la désignation d Hérode Antipas comme « ce
renard »,àla lumière des antécédents scripturaires, corrobore l idée que
Jésus de Nazareth n était pas un homme à l injure facile mais bien un
Docteur et un Prophète dont la parole exige encore aujourd hui une re-
chercheapprofondie.Encoreuneporteouvertedanscelivre!
Comment sortir de la contradiction dans son introduction entre
l’ affirmation de l’ auteurque l Afrique a des élites qualifiées et toute la
corruptionetlamisèredespays africains auchapitre3?C’ estlàmêmela
misère de l Afrique ! Comment changer ces élites aplaties et couchées,
ces «fils de Zébédéeafricains»,en personnes débout, capables de mettre
l intérêt commun au dessus des leurs? Comment faire adhérer à ce projet
de «leadership de service »que développe le chapitre8?Un catalogue
des devoirs n y suffirait pas. Comment faire émerger l élite honnête de
cette élite submergée par l entourage corrompu?Peut-être que la théolo-
gie politique africaine devrait inventer une poétique, une apocalyptique
spécifiquepourmobiliserdes énergiesnouvellesenvued une conversion
profonde des élites et des masses ! D où l intérêt d’ une relecture de «la
dialectique subversive de l’ apocalyptique » initiée dans ce livre ! Quelle
serait la différence entre la solidarité prônée par la théologie politique
africaine et celle des ONGs actuelles taxées de néocolonialistes ? N y
10

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’aurait-il pas un certain fantasme qui nierait la réalité de la pluralité des
Afriques et l’ histoire qui nous enseigne qu il y a toujours eu «des pro-
phètes, des rois » travaillant officiellement pour leur ventre et caressant
le peuple dans le sens du poil et des prophètes petits artisans sans solde
mais porteurs d une parole d ailleurs ! Ne devrait-il pas y avoir, au-
jourd hui en Afrique, une autre parole que celledes théologiens et des
prophètesdela cour?Celivrenous yinvite!
Le message de la croix n’ est-il pas folie ? Et l auteur de ce livre a comme
un champ d espérance et une confession que le lecteur devrait analyser !
C est peut-être ici que je devrai dire aussi comme une confession: Je
crois en l homme car Dieu croit en moi ! Aussi longtemps qu il y a la
vie, il y a de l espoir qu une personne change et j en ai vus des hommes
et des femmes changés. La Transformation est possible ! Si l Afrique du
nord est capable de se redresser, pourquoi l Afrique tout entière ne se
relèverait-ellepas?
Alors,pourunethéologiepolitiqueafricaine,lavoieestouverte àtous!
JosaphatPalukuRubinga
11


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’Introduction
ème
Ce 21 siècle sera celui de l Afrique dans ce monde à condition que la
critique tridimensionnelle de la théologie politique devienne une gran-
deur structurante de la réflexion, une pratique présente dans la dévotion,
dans l enseignement, dans la prédication, dans les écrits d érudition et
de vulgarisation de la foi chrétienneen Afrique et par les Africains.
Ce postulat se justifie dans la mesure où l Afrique, dans son ensemble,
possède ces trois atouts majeurs : les ressources naturelles, les ressources
humaines et les ressources spirituelles, notamment l ouverture à la Bonne
NouvelledeDieu apportéeparJésusdeNazareth.
Les ressources naturelles que l Occident et l Asie recherchent pour leur
technologie et leur commerce sont puisées en Afrique. Contrairement à
l Afrique d hier, celle d aujourd hui dispose de ressources humaines en
qualité et en quantité. Outre ces deux premiers atouts, l Afrique dont les
richesses de la cosmogonie nécessitent considération reste encore une
terrehospitalièreàl EvangileentantquepuissancedeTransformation.
Ressourcesnaturelles
Aujourd hui encore, l’Afrique a contre elle toutes les puissances occiden-
tales et asiatiques qui la veulent dans l éternel état de réservoir de ma-
tières premières. Les récentes publications desactions dévastatrices de la
1
coalition ubuesque dite «la Françafrique » et des loges extra-africaines
ne constituent des révélations que pour ceux qui ne croyaient pas non
plus à la connivence entre le pouvoir colonial et la mission christianisa-
trice de l’ époque coloniale. Ces actions réussissent encore à faire assassi-
ner certains leaders africains et à en créer d autres, à fomenter et armer
des rébellions et à en imposer les chefs au pouvoir, dans le but de main-
tenir l Afrique dans le sous-développement mental et socio-économique.
Disposant du soutien de l’ Union européenne, cette coalition entraîne
l’ Organisation des Nations Unies et les institutions financières interna-
tionales dans l accomplissement de ce projet. La prétendue «expertise »
des institutions de Bretton Woods appauvrit les peuples africains et les
1
Pesnot P., Les dessous de la Françafrique. Les dossiers secrets de Monsieur X, Paris,
Nouveau Monde Editions, 2010 ; Voir également les Films documentaires de Patrick
Benquet,diffusésendécembre2010.







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’2
écrase sous le poids d un endettement toujours plus immoral. Lesres-
sources naturelles de l’ Afrique seront ainsi indéfiniment exploitées,
transportées en Occident et en Asie, et transformées pour alimenter le
commerce mondial, et donc aussi être revendues en Afrique à des prix
exorbitants. L Afrique possèdedes ressources,mais ce sont les autres qui
en disposent à travers les mécanismes qu ils ont conçus pour leur enri-
chissement. Tout est fait pour maintenir l’ Afrique dans la pauvreté,
comme si l enrichissement de l Afrique signifiait l appauvrissement du
reste du monde. Les viols des femmes au Congo et le génocide des
peuples du Kivu n émouvront ni l Amérique, ni l Europe ni l Asie aussi
longtemps que leurs multinationales minières et leurs technologies de
3
pointe auront besoin du coltan , de l or, des diamants bonmarché. Les
4
troupes rebelles, nigérianes ou de la CEDEAO peuvent recevoir les
armes les plus meurtrières pour semer la mort en Côte d Ivoire au nom
d une certaine communauté régionale africaine pour que l Occident ait la
main mise sur les futurs gisements de gaz et de pétrole, en plus du cacao
etducaféde cepays. La nébuleusepolitico-mafieusedite «Communauté
internationale » et ses puissants médias d’ intoxication et de désinforma-
tion feront le reste pour que l Afrique demeure une terre de passage et de
ramassage des matières premières, un continent des «seigneurs de
5
guerre »etdes «présidentsparrainés ».
Ressourceshumaines
Contrairement à la dévalorisation collective de l homme noir véhiculée
aussi bien par les médias occidentaux que par la conscience collective
occidentale, les milieux scientifiques lui reconnaissent des capacités in-
tellectuelles indéniables.L’Africain se distingue dans tellement de do-
maines, qu on le trouve dans plusieursinstitutions universitaires,dans les
2
FondsMonétaireInternational(FMI),BanqueMondiale(BM),etc.
3
Columbite-tantalite est le nom scientifique de ce minerai prisé dans les constructions
électroniques (téléphones portables, ordinateurs, équipements des navettes spatiales,
etc.).
4
Communauté Economiquedes Etats d’ Afrique de l’ Ouest. Nombre d’ intellectuels
africains se demandent sur quelles prérogatives juridiques se baserait une communauté
économique régionale pour s’ ériger en bras armé de la guerre des autres, celle de
l’ impérialisme occidental.
5
L’ analyse des méfaits des «présidents parrainés » occupe une grande place de mon
livre Du mirage nationaliste à l’ utopie-en-action du messie collectif, Paris,
L’ Harmattan,2005.
14



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… ’
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’cercles d inventeurs et dans les nouvelles technologies en Occident. Dans
les domaines du droit,des sciences sociales, de la gestion comme de
l’ économie en général, les cerveaux qui n ont pas émigré en Occident
font leurs preuves sur le Continent en dépit des limites que leur imposent
les systèmes politiques totalitaires établis et entretenus par le même Oc-
cident donneur de leçon de démocratie. L Occident préfère soutenir les
incapables et les médiocresàla tête des Etats africains à la place des
hommes et des femmes, non seulement capables dans leurs domaines,
mais aussi intègres et dignes de gérer les affaires politiques et écono-
miques de l Afrique. Cet atout de l Afrique est dilapidé. A propos de ces
deux premiers atouts, le constat est que l Occident, qui est encore le do-
minateur direct de l Afrique, lui refuse d emprunter la voie que son
propre développement a suivie, à savoir celle de l échange ! Joseph Ki-
Zerbo nous a appris que tant que l Afrique sera réduite uniquement à
commercialiser - et encore - ses produits bruts sans aucune possibilité de
manufacture, elle ne pourra ni inventer ni se développer. Or, dans
l Antiquité, les grecs Thales et Euclide se sont «ravitaillés » auprès des
Egyptiens qui étaient les plus avancés en astronomie, et au Moyen Age,
les Occidentaux ont largement profité des Arabes et des Chinois. Grâce
aux Chinois les Européens ont acquis et développé la boussole,
l imprimerie, la poudre à canon, etc. Ce sont les découvertes des autres
qui ont permis à l Europe de s enrichir, d accumuler des biens et de pré-
ème
parerlesvoiesdelatechnologieindustrielle.Enrevanche,depuisle16
siècle, l Afrique a été inhibée, confinée à l imitation, à la consommation
6
des inventions des autres, déresponsabilisée . Tout ce qu il ya
d’antihumain dans l évangile du libéralisme occidental se révèle au grand
jour dans cette Afrique confisquée, où les parrains occidentaux des plus
incapables et des plus médiocres des Africains mis au pouvoir, recoloni-
sent le Continent. Or, les ressources humaines, l Afrique en a à travers
sescadresqualifiésetintègres, etdans cettejeunessecapabledesejeter à
la mer à la recherche du travail. L Afriquen’est pas un continent de pa-
resseux !
Ressourcesspirituelles
Parlant de l avenir et du développement de l Afrique, Joseph Ki-Zerbo
formulait un projet qui ne vise pas simplement à maximiser la consom-
mation matérielle, celle de la marchandisation tous azimuts et de l enri-
6
Ki-ZerboJ., A quand l’ Afrique ?p96.
15

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’chissement à sens unique. Il voyait ce projet se construire plutôt sur la
base des valeurs de solidarité, de la convivialité, de l’ altérité, de la com-
passion, du contrôle de soi, de la pitié et de l équilibre inspiré de la Maât
7
pharaonique. Nous voici ainsi avec le doigt pointé vers les valeurs de la
Cosmogonie ancestrale, celle qui vise l épanouissement de l homme en
compagnie des hommes, celle qui rétablit les équilibres vitaux de
l individu et de la communauté dans l interaction permanente entre le
Visible et l Invisible. Nous voici engagés dans la contestation de
l’ hégémonie épistémique occidentale et ses corollaires néocolonialistes
politiques et économiques ! Outrel archéologiedela vision ancestrale du
monde et de l homme qui doit mettre à jour des éléments utiles à
l invention d une autre Afrique, ce continent a accueilli l’ Evangile de
Dieu apporté par Jésus de Nazareth. Il ne s agit pas ici d un tissu de doc-
trines tel que l Occident en a rempli les manuels d un catéchisme ver-
beux, mais plutôt de l’ irruption de la puissance de Dieu pour la Trans-
formation de l homme et de la société, l’ homme transformé devenant le
sel de la terre. Le résumé de la présentation programmatique de la Bonne
Nouvelle de Dieu apportée en et par le Nazaréen, tel que nous le trans-
mettent les évangélistes, contient deux affirmations ou confirmations aux
effets continus et deux propositions impératives dont la formulation in-
tègre la notion de l urgencepermanente:d’une part, il affirme que le
temps événementiel de Dieu est accompli, et que le Royaume de Dieu
s’ est approché; et d autre part, il appelle impérativement à faire demi-
tour par rapport à la direction prise (se convertir, se repentir) et à croire
8
en la Bonne Nouvelle. Les paroles et les actions de Jésus constituaient
9
une démonstration de l irruption de ce «monde nouveau de Dieu »
(Royaume) au temps annoncé au point que, en dépit de la désillusion de
la crucifixion aux yeux des hommes, Cléopas et ses compagnons pou-
vaient dire : Ce qui est arrivé au sujet de Jésus de Nazareth, qui était un
prophète puissant en uvres et en paroles devant Dieu et devant tout le
peuple, et comment nosprincipaux sacrificateurs et nos magistrats l ont
livré pour le faire condamner à mort, et l ont crucifié. (Luc 24. 19-20)
Pour utiliser le langage de François Vouga : Le temps est accompli in-
dique que nous ne sommes plus dans l attente de l’ annoncé mais en pré-
7
Ki-ZerboJ.,op. cit.p.180.
8
Marc 1. 14-15 : Après que Jean eut été livré, Jésusalla dans la Galilée, prêchant
l’ Evangile de Dieu. Il disait : Le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche.
Repentez-vous, et croyezà labonnenouvelle.(cf.Matthieu4.12-17;Luc 4.14-15).
9
BabutJ.M., Pour lire Marc. Mots et thèmes,pp.31ss.
16



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’sence de sa réalisation ; Le Règne/Royaume de Dieu s est approché af-
firme l événementialité possible de la présence immédiate de Dieu ;
L impératif de la repentance/conversion lie l idée de changement
d époque à la nécessité d une transformation et d un renouvellement de
l existence à cause de la présence immédiate de Dieu ; L’ impératif de
croire à l Evangile se concrétise par la confiance en Dieu et en sa puis-
10
sancecréatriceetlibératrice.
En nous référant de cette manière aux Ecritures, nous voici non dans les
sciences religieuses, mais dans la théologie en tant que travail de
l’ intelligence de la foi en situation, effort de mettre en mots l expérience
11
croyante, de faire advenir Dieu en langage. Jean-Paul Gabus, dans son
ouvrage intitulé Critique du discours théologique, se livre à une enquête
épistémologique sur la problématique des conditions d exercice d une
12
théologie qui se sait et se veut pleinement située. C’ est à partir de là
que nous relevons la nécessité de la critique tridimensionnelle de la théo-
logie politique: critique de la théologie elle-même, critique de l’ Eglise,
etcritiquedelaSociétéenvuedelaTransformation.
Or, parce que la théologie s entend comme travail de l intelligence de la
foi, il s avère nécessaire de souligner le rôle de la cosmogonie africaine
comme cadre intégrateur du croire, du penser et de l agir «chrétien » en
situation précise. Elle est le cadre organisateur du savoir, du savoir faire
et du savoir vivre qui n a été que trop négligé par les puissances civilisa-
trices et christianisatrices, mais qui s’ est toujours trouvée en subtile co-
habitation avec le christianisme socioculturel occidental apporté aux
Africains. C est à cela que s attelle le Premier Chapitre de ce livre. Le
Deuxième Chapitre se concentre sur l’ exploitation consciente et incons-
ciente de l indéracinable cosmogonie ancestrale dans le pseudo-évangile
de la prospérité prétendument considérée comme un «droit divin ».Le
Troisième Chapitre porte sur le fondement cosmogonique de l’ éthique
en général et surtout des actions sociopolitiques des christianismes afri-
cains. Certains utilisent les relents de la cosmogonie ancestrale pour
sombrer dans un clientélisme destructeur de la dignité humaine, tandis
que d autres y puisent la sagesse pratique dans la résolution des conflits
10
Vouga F., Une théologie du NouveauTestament,pp40ss.
11
Chenu B. et Neusch M., Au pays de la théologie. A la découverte des hommes et des
courants,p.10.
12
GabusJ.P.,Critique dudiscours théologique,Neuchâtel,Delachaux &Niestlé,1977.
17


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’même les plus radicaux. On notera, comme ce fut le cas en Afrique du
Sud, que l Occident a laissé faire les points forts de la cosmogonie afri-
caine tant que la solution envisagée pouvait préserver ses intérêts. Dans
le cas où son exploitation sombre dans le clientélisme politique dans
d’ autres cas, l’Occident a fermé et ferme encore les yeux, même quand il
s agirait d appliquer ses propres principes de justice rétributive. Quand
les membres du groupe «Bundu dia Kongo » ont été massacrés dans le
Bas-Congo, le Président du Sénat belge a plaidé pour une compréhension
de l’ utilisation de la force par une jeune démocratie. Et quand une
femme, ex-candidate à présidence de la République du même pays a été
mise au cachot et torturée sauvagement par une police politique sadique,
le même personnage belge ainsi que le Commissaire européen (belge)
aux affaires humanitaires ont outrepassé la séparation des pouvoirs, chère
à la démocratie, pour demander sa libération auprès du chef de l Etat et
son émigration vers la Belgique. Or ces interventions, à la tête du client,
ne rétablissent ni l harmonie, ni la paix, ni la justice, ni la dignité hu-
maine dans la Communauté selon l objectif final de la palabre africaine,
héritage de la cosmogonie ancestrale. Elles consolident le pouvoir totali-
taire ainsi que l’ impunité, au lieu de conduire les uns et les autres à la
paix, l harmonie et la réconciliation. Il arrive que l Occident encourage
l utilisation de la force et arme les Africains pour s auto-décimer au lieu
de privilégier la recherche de l harmonie, de la paix et de la réconcilia-
tion entre les parties en conflit. L objectif des Occidentaux n est ni
l instauration de la démocratie ni la restauration du droit mais
l exploitation égoïste des ressources naturelles des zones en conflit au
mépris total des vies humaines et en dépit des viols massifs et répétésdes
femmesafricaines.
Etant donné que la théologie politique n’ est pas une invention de ceux
qui visent les meilleures places à la mangeoire nationale (au pouvoir
politique), le Quatrième Chapitre de ce livre tâche d en présenter suc-
cinctement une trajectoire historique et herméneutique allant de la patris-
tique primitive à notre temps, sans s attarder aux données de la Ré-
13
forme. Ce chapitre conclut à l absolue pertinence d une Théologie poli-
tiquenonseulementenAfriquemaisaussienOccidentoùlesthéologiens
semblent convaincus de ne sacrifier qu à l autel del’ individualisme et du
13
Il est toujours utile, à proposde la Réforme etduprotestantisme,de lire Max Weber:
L’ éthique protestante et l’ esprit du capitalisme,Paris,Gallimard,2004.
18
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’néolibéralisme sans en dénoncer les dérèglements, les excès et les effets
néfastespourl hommeet l environnement.
Le Cinquième Chapitre plaide pour une théologie politique en Afrique
qui tienne compte de l’ histoire, de la culture et de la société comme lieux
du croire, du penser et de l agir «chrétien » en Afrique. La théologie
politique en Afrique n’ a pas attendu l Ecole de Francfort comme nous
l apprennent la vie et l’œ uvre de Kimpa Vita, appelée Dona Béatrice
(1682-1706), de Simon Kimbangu (1887-1951) et de William Wade Har-
ris(1900-1971), pour ne citer que ces trois géants ! Les thèmes de la li-
berté, dela justice, dela dignité humaine, de la paix, de la réconciliation,
de l environnement devront être largement revisités, sans oublier
l apport irremplaçable des sciences bibliques dans la théologie politique
aujourd’ hui. Voilà ce qui fait dire auprofesseurMaluleke de Pretoria que
14
toute théologie africaine est «Théologie politique ». Nous osons affir-
mer que la critique tridimensionnelle de la théologie politique (critique
de la Théologie elle-même, critique de l Eglise, et critique de la Société
en vue de la Transformation) fait que la théologie politique africaine ac-
cueille en son sein les différentes tendances de la Théologie afri-
caineconnues dans toute la diversité d expressions, de courants et de
tendances comme théologies de l’ Inculturation, de l Indigénisation, de
l’ Adaptation (et/ou des Pierres d attente), de l Incarnation, de
l Invention,delaRestauration,dela Libération,dela «Blacktheology »,
du Développement, de la Vie, de la Prospérité partagée, de la Recons-
15
truction,etc.
Par conséquent, en allant au-delà des lectures épidermiques des uvres
des philosophes et théologiens africains, nous constatons que, de Sylvain
16 17
Kalamba Nsapo et Kä Mana , à leurs très nombreux aînés, dont
14
Maluleke T.S., «African Theology as Political Theology », exposé au Colloque
scientifique sur la Théologie politique en Afrique,Pretoria, octobre 2010. Professeur en
charge du Département des recherches au sein de l’ UNISA (University of South Afri-
ca).
15
LesrépertoiresbibliographiquesconsacrésàlaThéologieafricaine impressionnentet
exigent un travail minutieux pour analyse et appréciation.Atitre indicatif, la Revue
Africaine de Théologie a publié depuis 1977, une Bibliographie sélective qui, arrêtée à
l’ année1985,comptaitdéjà8.727titres !
16
Kalamba Nsapo S., La négritude vue par un théologien africain. Tradition bimwe-
nyenne (Paris,Menaibuc,2007); Prier à l’ africaine(2007);-Fatigué d’ être Africain ?
(2006);-Un approche afro-kame de la théologie (2005);-Chrétiens africains en Eu-
19
œ

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… ’



’ ’quelques-uns apparaissent dans la bibliographie sélective de ce livre, les
différentes facettes si manifestes d une Théologie politique africaine ap-
pellent à la réflexion et, en fin de compte, à la Transformation de
l’ Afrique.
La reconnaissance d un rôle important pour la Théologie politique afri-
caine est aujourd hui justifiée par plusieurs facteurs : la cosmogonie an-
cestrale, les effets cumulés de la colonisation, dunéocolonialisme et de la
mondialisation, l’ attente même des politiques et la désillusion sociopoli-
tique des peuples africains, et enfin par les exigences divines, relevant
d’ une exégèse rigoureuse et responsable de l Ecriture, à l endroit des
gouvernants.
En plaçant la cosmogonie ancestrale en têtedesfacteurs qui militent pour
une théologie politique en Afrique, je ne conçois pas la culture comme
une grandeur statique confinant l intellectuel africain au cloisonnement
d un «monde » désuet. Au contraire, je salue, à ma façon, l uvre gran-
18
diose duprofesseurOscar Bimwenyi-Kweshi qui nous fait saisir la por-
tée du donné culturel, selon la belle synthèse de Kä Mana, comme le lieu
d’ une symbolique énergétique qui anime l être-au-monde du Négro-
19
africain, son inhérence à l histoire et son ouverture à l avenir. C’ est
d’ ailleurs dans cette perspective de la dynamique éthique et spirituelle
que l on devrait comprendre le cas de l Afrique du Sud évoqué dans le
rope. Pour une ecclésiologie du respect et de la réciprocité intercontinentale (2004); -
Théologie africaine. Question de méthode aujourd’ hui (2003); - Les ecclésiologies
d’ épiscopats africains sub-sahariens(2000).
17
Kä Mana, La Nouvelle Evangélisation de l’ Afrique (2000) ; - Chrétiens et Eglises
d’ Afrique : Penser l’ avenir (1999); - Pour le Christianisme de la vie et pour l’ Afrique
de l’ Espoir (1999); - Kä Mana et Kenmogne J.-Bl. (éd.), Ethique écologique et recons-
truction de l’ Afrique, (1996); - Eglise africaine et la Théologie de la Reconstruction
(1993);-Christ d Afrique :Enjeux éthiques de la Foi Africaine en Jésus-Christ (1993);
- Foi africaine, crise africaine et reconstruction de l’ Afrique. Sens et enjeux des théolo-
gies africaines contemporaines. (1992); - Foi chrétienne, crise africaine et reconstruc-
tion. Sens et enjeux des théologies africaines contemporaines (1992); - L Afrique va-t-
elle mourir ? Bousculer l’ imaginaire africain (1991).
18
Bimwenyi-Kweshi O., Discours théologique négro-africain. Problèmes des fonde-
ments(Louvain1977 ;Paris,PrésenceAfricaine,1981).
19
Kä Mana, «Problème de la Culture dans le Discours Théologique Négro-africain.
Lames de fond et modèles théoriques. », dans Kalamba Nsapo et Bilolo Mubabinge
(éd.), Renaissance de la Théologie Négro-africaine. Mélanges en l’ honneur du Prof
Bimwenyi-Kweshi,p.15.
20


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’troisième chapitre de ce livre : Cosmogonie ancestrale dans l’ action so-
ciopolitique des christianismes africains. En effet «l être-au-monde »du
Négro-africain en appelle à sa cosmogonie, sa vision et sa vie dans ce
monde visible et invisiblefaite de multiples rencontres, «son inhérence à
l histoire» évoque toutes ses rencontres avec les hommes d ailleurs, avec
leur religion, leur culture et leur histoire, «son ouverture à l avenir »
invoque toute la dynamique de transformation dans la dignité et
l épanouissement total du Négro-africain. Dans sa singularité concep-
tuelle et dans son exigence pratique, la Théologie politique africaine ne
peut se passer de cette Œ uvrequi déconstruit tous les mécanismes par
lesquels le discours de notre passé comme passé de défaite nous a rendus
esclaves de cette défaite au point de nous faire oublier le passé de gran-
deur intellectuelle, éthique et spirituelle d une certaine Afrique qui nous
20
a psychiquement engendrés. A la question de savoir quel est l enjeu le
plus décisif de l uvre de Bimwenyi-Kweshi sur le destin de l Afrique,
du Congo etdela DiasporaAfricainedans les Amériques et les Caraïbes,
Kä Mana répond: Il s’ agit de donner un limon au psychisme et à
l inconscient collectif de notre peuple, pour une libération de
l imaginaire, pour une réimagination novatrice de nous-mêmes à partir
d un nouveau discours sur nous-mêmes:ce « Grand récit » que nous
devons inventer dès maintenant à partir des repères positifs de notre
mémoire libérée et des exigences radicales de la construction de notre
21
avenir dans la perspective du rayonnement mondial de notre pays.
La critique tridimensionnelle de la Théologie politique africaine assume
cette lourde responsabilité de «désaliéner » le Dieu Créateur et Libéra-
teur du dogmatisme néocolonial et néolibéralf ait de dominations et
d exploitations culturelles, économiques et politiques, et entretenu au-
jourd hui par certains ecclésiastiques et par les chrétiens décideurs afri-
cains au service de la mondialisation politico-économique dans leurs
propres pays. Seule cette critique tridimensionnelle de la Théologie poli-
tique dispose de ressources suffisantes pour sortir l Eglise d Afrique de
l insignifiance du fait de son manque de voix prophétique et d éthique
chrétienne suite à l alignement politique affligeant constaté même dans le
chef des églises messianiques d alors. Pour ne citer qu un exemple, le
Kimbanguisme est devenu un cas d école. S étant détournées de la prédi-
cation de Simon Kimbangu, les hiérarchies successives du kimbanguisme
20
KäMana, op. cit. p.24.
21
KäMana,op. cit. p.25.
21
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’se sont laissées récupérer par les pouvoirs dictatoriaux au point de se
mettreclairement àleurservice avant des engouffrerdansd effarantes et
22
insoutenablesdéviationsthéologiques.
Lors de la christianisation de l’ Afrique, l’ Apocalyptique a été massive-
ment mise à contribution pour formuler les doctrines sur l au-delà. Les
disciples des missionnaires occidentaux, comme les chefs des églises
dites du Réveil, continuent à exploiter diversement ce même créneau
doctrinal. Cependant, dans toute sa complexité, l Apocalyptique propose
une relecture des situations sociopolitiques au travers d une dialectique
subversive qui échappe à toute censure. C est cette problématique que
soulève le Sixième Chapitre. Après le rappel de la géopolitique générale
de l Apocalyptique, produit du temps de crise, ce chapitre souligne les
données de la dialectique subversivedans lesdeux apocalypses historico-
eschatologiques canoniques que sont le livre de Daniel et l Apocalypse
23
de Jean. Quelques pages éclairantes d Eric Grandjean Peterson seront
24
évoquées à ce sujet. Les théologies et les églises européennes et afri-
caines auraient-elles été ce qu elles sont aujourd hui si la Bonne Nou-
velle de Dieu en et par Jésus de Nazareth avait été proclamée à la lumière
d une pertinente articulation de la dialectique subversive de l Apoca-
lyptique?
Le Septième Chapitre aborde le problème de l apolitisme de Jésus si
généralement propagé par une lecture idéologique des Evangiles. Selon
les évangélistes, Jésus n était pas seulement considéré comme un Rabbi,
mais aussi comme unProphète en Israël de son temps. Et cette considéra-
tion vaut la peine d’ê tre examinée de près. Les écrits des évangélistes
rapportent bien des propos de Jésus dont la portée politique est plus que
22
Les foules de Kinshasa ont arrosé de jets de pierres le cortège funèbre du chef spiri-
tuel du kimbanguisme, Joseph Diangenda Kuntima décédé en 1994 dansune clinique
suisse, de l’ aéroport de N’ djili au centre kimbanguiste du fait de son soutien à la dicta-
ture et à la kleptocratie duMaréchal Mobutu. Selon les déviations actuelles de la doctri-
ne kimanguisteoriginale, lestroisfilsduProphèteSimonKimbangu sont élevésaurang
des trois «personnes de la sainte trinité » : dieu le père, Daniel-Charles Kisolokele
Lubelo (1914-1992), dieu le fils, Salomon Dialungama Kiangana (1916-2001) et dieu
l’ esprit, Joseph Diangenda Kuntima (1918-1994), auquel a succédé son propre fils,
SimonKimbanguKiangani, commechefdel’ Egliseetdieu saintesprit.
23
Voir mon livre Le Fils de l’ homme apocalyptique. Sa trajectoire dans l’ attente juive
et chrétienne,Paris,L’ Harmattan, 2009.
24
PetersonG.E., Le monothéisme : unproblème politique,Paris,Fayard,2007.
22


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’ ’frappante quand on les situe dans leur contexte sociopolitique. Quelle
était la situation sociale, économique et politique de la Galilée héro-
dienne que Jésus a traversée de part en part ? Quelle était celle de la Ju-
dée sous la gouvernance immédiate de Rome, à travers le gouverneur
Pilate ? Quelles étaient les conditions de vie de l’ auditoire de Jésus ?
Quelles relations y avait-il entre riches et pauvres, dominateurs et domi-
nés, villes et villages de son temps ? Quelles étaient les attentes de son
auditoire? Quel étaitl enseignementdeJésusàce sujet?Quelle étaitson
attitude envers les puissances d occupation et leurs représentants ? Ré-
pondre à ces questions fait taire l anachronisme affligeant de certains,
l individualisme occidental et le fondamentalisme obscurantiste et oppor-
tuniste de quelques-uns encore qui imposent à Jésus de Nazareth un apo-
litisme chimérique. N’ a-t-il pas été mis à mort selon le mode d exécution
que les Romains réservaient à des individus reconnus comme rebelles
indomptables ? De quel Christ sont-ils serviteurs tous ces Africains,
Américains, Coréens et Européens,distributeurs des guérisons et pro-
diges du moment qu ils imposent au Prophète de Nazareth un apolitisme
anachroniqueetidéologique?
Par ailleurs, les évangélistes témoignent également d une révolution ap-
portée par Jésus, pour la communauté de ses disciples, par rapport au
thèmeduleadership. Le Huitième Chapitreseconcentredoncsurle Fils
de l’ homme et le leadership de service. Après un bref aperçu sur ce con-
cept sémitique du «fils de l’ homme» qui apparaît comme l unique auto-
désignation de Jésus selon le témoignage unanime des évangélistes, ce
chapitre présente une étude exégétique des récits relatifs à l antagonisme
irréductible entre deux visions messianiques dans les Evangiles. Parmi
lesprotagonistessoutenantunmessianismesubstantiellementdifférentde
celui de Jésus se trouvent notamment Jacques et Jean, fils de Zébédée.
L étude de leur cas conduit à relever, au Neuvième Chapitre, les effets
du «zébédéïsme» de certains hommes d Eglise africains. Nombre
d entre eux veulent être là où se prennent les décisions. La réalité la plus
constante c est qu ils singent la complicité entre le missionnaire colonial
et le pouvoir temporel de son époque et finissent par agir comme des
faux disciples d Eusèbe de Césarée. En effet, je définis le «zébédéïsme »
comme l’ ensemble de doctrines et praxis sociopolitiques du serviteur du
Christ, authentique ou usurpateur, comprenant les théories et mécanismes
qui lui permettent de tirer des avantages personnels, sociaux, politiques,
financiers, matériels et psychologiques de sa proximité, réelle ou suppo-
sée, avec la Puissance divine. Cette proximité constitue le facteur fonda-
23

’ ’











’mental du rôle exclusif d’intermédiaireconféré aux pasteurs et prêtres
suivant les relents de l héritage cosmogonique ancestral. Ce chapitre pré-
sente également quelques «miettes exégétiques » des récits relatifs à la
destinée du disciple authentique, dont la pertinence et l intelligence de-
meurent.
Se voulant le plus pratique en termes d exemplarité, le Dixième Cha-
pitre essaie de répondre à la question de savoir si le protestantisme con-
golais a conçu et pratiqué sa propre «théologie politique de l’empire
chrétien». L’ évocation de ce cas d école est justifiée par la dimension
sociétaledel’ actiondel’ EgliseduChristauCongo(ECC),parlestermes
même de la mission stipulée dans sa Constitution et, last but not least,
par le modèle de théologie politique que l ECC a donné au néo-
protestantisme congolais, notamment aux Eglises d un paradoxal réveil
euthanasique du Congo. La plupart des leaders de ces deux branches du
christianisme congolais ne jurent que par leur proximité, ou mieux leur
présence là où se prennent les décisions.
Ce chapitre aurait pu se poursuivre par un regard du côté catholique, où
la plus puissante force vive de la nation congolaise, - de par sa structure,
sa représentativité numérique, sociale et géostratégique, - se contente
encore et toujours des lettres pastorales et des comptes rendus de la Con-
férence nationale épiscopale ! Quelles pesanteurs politico-diplomatiques
de la hiérarchie mondiale et quelles complicités clientélistes du lea-
dership national ont empêché l Eglise catholique à passer à l action en
vue de la transformation du Congo en un Etat de droit, en un pays de
25
justice-paix-travail, en une terre de dignité humaine où le corps d une
femme, à l’ instar de celui de la Sainte Vierge, doit être sacré ? Si on de-
vait analyser la théologieet l action de cette Eglise, on revisiterait certai-
nement l uvre politique de «Monseigneur le Président »,d it
«l’ homme de la troisième voie », de l époque où un évêque catholique
présidait aux destinées du Congo par le biais des travaux de la Confé-
rence Nationale Souveraine (1991-1993); on revisiterait également
l apport politique néfaste de «L Abbé de la Présidence »,en évoquant la
présidence de la Commission Electorale prétendument Indépendante
(2005-2006) par un abbé, officiellement «Chargé des missions de la Pré-
sidence de la République ».Ilyaurait certainement matière à examiner
quant à l applicabilité au catholicisme congolais des thèmes du «concu-
25
Justice, Paix et Travail estladevisedece grandpays aucœ ur del’ Afrique.
24

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’26
binage religieux» d’Achille Mbembé , «des prêtres-clochards » de
27 28
Jean-Marc Ela , de «la politique du ventre »de Jean François Bayart ,
ou encore des «trois grandes tendances »de nombre de prêtres déplorées
par le Cardinal Malula: «1. la recherche exagérée de l argent, des aises,
de la vie facile ; 2. la soif du pouvoir ; 3. la recherche exagérée de la
29
compagnie des femmes et des filles » , etc. On pourrait également revisi-
ter la théologie politique des deux serviteurs du Christ, les premiers Car-
dinaux du Congo, Joseph Albert Malula et Frédéric Etsou Nzabi Ba-
mungwabi qui en ont payé le prix dans leur propre chair. Cependant, la
préface à ce livre ainsi que la postface nous semblent amplement éclairer
le lecteur sur les enjeux d’ un travail de l’ intelligence de la foi en situa-
tion, pour l’Afrique, une situation de domination et d’exploitation, et où
persistent pourtant les relents de l indéracinable Cosmogonie tradition-
nelle.
Plusieurs pages de ce livre sont redevables à des recherches déjà appré-
ciées dans bien des circonstances. Jementionnerai ici les débuts de celles
ème
occasionnées par la commémoration de 120 anniversaire de la Confé-
rence de Berlin, en 2005 à Berlin, et un colloque théologique à Prali en
Italie en 2007. D autres avaient fait l objet de publications dans la revue
scientifique de la Faculté universitaire de théologie protestante de
30
Bruxelles en 2003 . Le plus gros des études provient des travaux prépa-
rés en vue du Colloque scientifique sur la Théologie politique organisé à
31
Pretoria en octobre 2010 par l Operaf avec la participation des col-
lègues des universités sud-africaines, notamment l’ University of Pretoria
et l University of South Africa (l UNISA). Ces derniers travaux trahis-
sent ici oulàleur caractèreinitial d’ exposés. La quantité de citations pro-
posées dans ce livre est à mettre à l avantage de nombreux lecteurs dé-
26
Mbembé A., Afriques indociles. Christianisme,pouvoir et Etat en société postcolo-
niale,Paris,Karthala,1988.
27
Ela J.-M., «Des prêtres-clochards. De l’ obsession de l’ argent à la hantise de
l’ évangélisation »,dans L’ Effort camerounais,n°796-797,novembre-décembre1971.
28
Bayart J.-F., «Les Eglises chrétiennes et la politique du ventre », dans Religion et
modernité politique en Afrique Noire,Paris,Karthala,1993.
29
Cardinal Malula, «Essai de profil des prêtres de l’ an 2000 au Zaïre. Message du
er
cardinal Malula », dans La documentation catholique, n° 1961, 1 mai 1988, pp 463-
469.
30
Analecta bruxellensia n°82003.
31
Operaf, «Opération pour un Leadership de Transformation », présidée par Dr Em-
manuelTshilengaKabaladePretoria.
25

’ ’

’ ’

’munis de bibliothèque personnelle ou publique, et ouvre la voie à
l’approfondissement des thèmes abordés. La bibliographie sélective à la
fin de ce livre donne la part belle à quelques ouvrages de théologie poli-
tique et surtout aux écrits des Africains portant sur la philosophie,la
théologie etles étudesafricaines.
Pour une meilleure information des penseurs et politiciens chrétiens
d Afrique, nous annexons la première section de la Charte africaine des
droits de l’homme et des peuples à cause de sa pertinence contextuelle.
Elle est élaborée dans la conception africaine du vivre ensemble qui allie
les droits aux devoirs, qui met l accent sur les individus aussi bien que
sur les groupes, qui donne à la famille une place de choix dans la société
enplusdesautresobjectifsultimesdelaCosmogonieafricaine :
La première partie comprend des droits mais aussi des de-
voirs, ce qui est nouveau dans les instruments internatio-
naux, mais conforme à la conception africaine où les droits
sont inséparables des devoirs. Ces droits et ces devoirs visent
autant les individus que les groupes. En effet, la Charte met
un accent particulier sur les droits et devoirs de la commu-
nauté (famille, société, nation, Etat), s’ inscrivant ainsi dans
un courant résolument communautaire et non collectiviste.
Enfin, la Charte s attarde également aux droits dits de la
troisième génération : droit à la paix, à la solidarité, à un
environnement sain, au développement, compte tenu de la
32
place de l Afrique dansleconcert des nations.
Ce livre se veut intentionnellement polyphonique parce que la Théologie
politique ne peut être que pluridisciplinaire. Découlant des Sciences bi-
bliques aux sources de la tradition judéo-chrétienne, elle intègre
l Ethique, la Théologie systématique, la Théologie pratique ainsi que
l’ Histoire des christianismes concernés, sans négliger les apports multi-
formesdesautresscienceshumainesdontlaPhilosophiepolitique.
En tête de cetteIntroduction et aussi de chaque chapitre de ce livre, je
reprends une phrase qui, pour moi,constitue un leitmotiv. Cette phrase
exprime ma foi dans l homme. Car, si jenecrois pas en l homme,mavie
32
Charte africaine des droits de l homme et des peuples, Genève, Edité par le Centre
pourlesDroitsdel’ Homme,1990, pp1-2.
26

’ ’




’d’homme au milieu des hommes est absurdeet l Incarnation même est la
plus grosse absurdité cosmique. Si le Verbe éternel s’ est fait homme,
c’ est parce que Dieu a confiance en l homme et veut encore accomplir de
grandes choses avec l homme, pour l homme et pour son environnement.
Expression de ma confiance dans l’ homme, même dans l’ homme blanc,
cette phrase est davantage un chant d espérance dans l homme africain. Il
est capable de transformer l Afrique, cette terre des guerres des autres,
objet de convoitises de l homme charnel détenteur des capitaux, des
armes et des institutions d exploitation, en un continent où tous vou-
draient vivre. Vivre dans la dignité, la paix, l’ harmonie, la communion et
l’ espérance d une communauté qui tient pour nécessaire et efficace la
restauration des équilibres dans le réseau holistique des relations entre
l’ homme et l’ environnement, entre les membres de la communauté hu-
maine,entrelesvivantsetlesmorts,etentreleVisibleetl Invisible.
Voici enfin le mot d ordre apostolique qui légitime, motive et nécessite
une recherche continuelle et une praxis conséquente d une critique tridi-
mensionnelle de la Théologie politique en vue de manifester l authen-
ticitédelavocationchrétiennedeTransformation :
Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par
le renouvellement de l intelligence, afin que vous discerniez quelle est
la volonté de Dieu : ce qui est bon, agréable et parfait.
En effet, telle demeure la directive apostolique pour une Théologie poli-
ème
tiqueenAfrique au21 siècle.(Romains12.2)
27









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’ ’

’ChapitreI
Subtilecohabitationentrelacosmogonieafricaine
etlechristianisme sociocultureloccidental
ème
Ce 21 siècle sera celui de l’ Afrique dans ce monde à condition que la
critique tridimensionnelle de la théologie politique devienne une gran-
deur structurante de la réflexion, une pratique présente dans la dévotion,
dans l enseignement, dans la prédication, dans les écrits d érudition et
de vulgarisation de la foi chrétienneen Afrique et par les Africains.
1.Élémentsdelacosmogoniesémitique
Étant donné que la Bible n est pas un manuel des sciences, elle
délivre son message dans un langage qui ignore les formulations clas-
siques des sciences physiques. Elle offre néanmoins un excellent
exemple d une cosmogonie dite de type «créationniste ». Cette cosmo-
gonie proche-orientale, d une manière générale, et juive dans le cas pré-
cis des Ecritures, perçoit le cosmos sous la forme d un immeuble à trois
étages:les cieux (en haut), la terre et les eaux et le shéol (en bas, sous la
terre).
1.1 La terre
La terre est conçue comme une surface plate reposant sur des pi-
liers dont les fondations émergent des eaux des océans souterrains. Ces
eaux souterraines alimentent les océans terrestres par des conduits souter-
rains.
1.2 Les cieux
Les cieux constituent l étage supérieur. Il faut d ailleurs en parler
au pluriel parce qu ils sont nombreux. Plus un ciel est éloigné de la terre,
plus il gagne en importance. Plus il est important, plus il est prestigieux.
Le psalmisteinvite «les cieux descieux »àlouer Dieu(Psaumes148. 4).
Et Deutéronome déclare qu à l Eternel appartiennent «les cieux et les
cieux des cieux » (Deutéronome 10. 14). Le judaïsme du temps de Paul
n éprouvait aucune gêne quand l Apôtre mentionnait le troisième ciel
dans les témoignages de ses expériences mystiques: Je connais un
’ ’
’ ’

’ ’




’ ’homme en Christ, qui fut, il y a quatorze ans, ravi jusqu au troisième ciel
(si ce fut dans son corps je ne sais, si ce fut hors de son corps je ne sais,
Dieu le sait). Et je sais que cet homme (si ce fut dans son corps ou sans
son corps je ne sais, Dieu sait) fut enlevé dans le paradis, et qu il enten-
dit des paroles ineffables qu il n est pas permis à un homme d exprimer.
(2 Corinthiens 12. 2-4). Ces indications ne supportent pas une idée figée
d un ciel (ou des cieux)exclusivement matériel ! Bien au contraire ! En
effet, Dieu étant Esprit, son siège ne saurait être perçu comme un édifice
physique. Pour utiliser une heureuse expression de Chopineau «dire les
cieux, c est désigner un autre plan de réalité, et non un autre lieu de
33
l espace ».Les pérégrinations pauliniennes jusqu’ au «troisième ciel »
ne sauraient s entendre au sens des séjours en série à la lune ou dans
l espaceeffectués par les Américains et les Russes, ainsi que leurs invités
belges,françaisousud-africains.
Dans cette cosmogonie biblique, bien des éléments sont considé-
rés comme appartenant au «monde céleste »: la voûte céleste, les
étoiles, la lune, la pluie, etc. La voûte céleste qui repose sur des piliers
plus ou moins identiques aux montagnes (Psaumes 18.8;29. 5; Job 26.
11) forme un dôme au-dessus de la terre. Cette voûte est composée d une
lisse et douce surface surmontée d une couche plus épaisse et dure qui
sert à séparer les océans terrestres et célestes. Le trône divin est perçu
comme établi au-delà des océans célestes (Psaume 104. 3). La voûte cé-
leste est décrite comme étant la tente de Yahwé (Psaume 19 ; Isaïe 40.
22; 44. 24;Job 9.8;Ecclésiaste 43.12)oucomme unmiroir métallique
(Job 37. 18). Les étoiles se meuvent dans l espace entre la terre et la
voûte céleste suivant les règles établies par le Créateur (Psaume 89. 39 ;
104. 19; Ecclésiaste 1. 5; etc.), ce qui nous évite des collisions catastro-
phiques à dimension cosmique. La pluie ainsi que d autres produits cé-
lestes arrosent la terreen empruntant les portes et les fenêtres célestes qui
s ouvrent et se ferment suivant les règles et opérations divines (Genèse7.
11; Isaïe60.8;Psaume78.23-25;etc.).
1.3 Le shéol
L étage inférieur est dominé par le Shéol, lequel est connu
comme l espace souterrainpar excellence. Le Shéol repose sur les océans
souterrains (Job 26.5;11. 8;Jonas 2. 6; 2 Samuel 22. 5), lesquels com-
33
Chopineau J., «Les prophètes et le Temple » dans Quand le texte devient Parole.
Analecta bruxellensia 6, p.92.
30












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’posent le grand domaine de tous les monstres anciens du type du grand
Léviathan. Il est la place de tous les dangers, d obscurité et de destruc-
tion, une place d où l on ne revient jamais. La Bible l appelle aussi «le
séjour des morts». Quand les fils de Qoré outragèrent l Éternel en mur-
murant et en se rebellant contre Moïse, c est Dieu lui-même qui les punit
en les expédiant dans le terrible et infernal Shéol : Moïse dit : A ceci vous
reconnaîtrez que l Eternel m a envoyé pour faire toutes ces choses, et
que je n agis pas de moi-même. - Si ces gens meurent comme tous les
hommes meurent, s ils subissent le sort commun à tous les hommes, ce
n est pas l Eternel qui m a envoyé ; - mais l Eternel fait une chose
inouïe, si la terre ouvresabouche pour les engloutir avec tout ce qui leur
appartient, et qu ils descendent dans le séjour des morts, vous saurez
alors que ces gens ont méprisé l Eternel. - Comme il achevait de pronon-
cer toutes ces paroles, la terre qui était sous leurs pieds se fendit. La
terre ouvrit sa bouche et les engloutit, eux et leurs maisons, avec tous les
gens de Qoré et tous leurs biens. - Ils descendirent vivants dans le séjour
des morts, eux et tout ce qui leur appartenait ; laterre les recouvrit, et ils
disparurent au milieu del assemblée.(Nombres16.28-33).
Le Shéol est la terre de l oubli où on ne se souvient ni des mi-
racles ni de la justice de Dieu. Il est l abîme de la perdition où on ne cé-
lèbre ni la bienveillance ni la fidélité de Dieu (Psaumes 88. 12s). Dieu
lui-même est dit ne plus avoir le souvenir de ceux qui sont descendus
dans le Shéol, ceux qui, par conséquent, sont séparés de la main divine.
Or,c estcettemainquibénitetdélivre(v.6) !
Qu en est-il de la période intertestamentaire ? Dans la littérature
apocalyptique et pseudépigraphique juive, Shéol est toujours perçu
34
comme une chambre souterraine réservée aux morts . Là s arrête la note
commune. Car, selon certains écrits, Shéol est la demeure temporaire des
justes dans l attente de la résurrection (Psaumes de Salomon 14. 6s; 2
Maccabées 7. 9; 14. 46). Selon 2 Maccabées 12. 43-45, Judas Maccha-
bée a intercédé pour les âmes des combattants juifs tombés pendant la
35
guérilla et qui se trouveraient dans le Shéol . Mais ce dernier est quel-
34
Ce sont des écrits juifs datant dudébut dudeuxième siècle avant Jésus-Christ à la fin
du premier siècle de notre ère. Les uns ne mentionnent ni Shéol ni les thèmes eschato-
logiques, tandis que d’ autres y sont entièrement consacrés avec un débordement hallu-
cinant.
35
Ce passage a été utilisé pour justifier la pratique de la prière pour les morts au sein
de l’ Eglise catholique romaine, alors que Shéol et Purgatoire offrent deux concepts
totalementdifférents.
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’quefois considéré comme un lieu de jugement où les méchants doivent
purgerindéfinimentleurspeinescarcérales.
Quand Shéol est vu comme lieu exclusif des souffrances, le Para-
dis est tout son contraire : il est la seule demeuredes justes. C’ est là que,
selon l Apocalypse de Moïse, l’âme d Adam a été conduite après sa mort
(33. 4). C est au Paradis, appelé «trône de la gloire de Dieu » que, selon
le Testament de Job, l’ ange de la mort conduisit Job et où ce dernier re-
trouva ses enfants. Dèsleur mort,ces enfants pourlesquelsJob ne cessait
d offrir offrandes et sacrifices avaient précédé leur père au Paradis. Selon
Baruch 21. 23ss; 30. 2 et 4 Esdras 7. 95, les âmes des justes vont dans
les chambres célestes, appelées trésors et y attendent la résurrection,
alors que celles des méchants descendent au Shéol. Toutes ces représen-
tations ont été développées à partir des passages poétiques et sapientiaux
de l Ancien Testament, tout en reflétant une subtile influence babylo-
nienne, perse et même grecque. Elles sont souvent en conflit les unes par
rapport aux autres, et en contradiction partielle avec l enseignement du
36
Nouveau Testament . Toutefois, elles demeurent partie intégrante de la
cosmogoniedumondebiblique.
1.4Remarqued ordreherméneutique
Bien que notre propos ne consiste pas à discuterdela cosmogonie
biblique, un seul bref commentairecritique etherméneutique s’ impose. Il
est important de noter qu à part très peu d éléments tirés du Pentateuque
et de quelques Livres historiques (ou plutôt prophétiques selon le Canon
juif) tels que 1 et 2 Samuel, le gros de la cosmogonie biblique nous vient
de la littérature poétique et/ou sapientiale, et aussi des ouvrages prophé-
tiques rédigés sous forme poétique. Il est dès lors impérieux d observer
quelque réserve avant de passer de ces textes aux affirmations dogma-
tiques et doctrinales - celles qui furent mises en mal par la «révolution
copernicienne ».En effet,tous les spécialistes de la poésie africaine, chi-
noise, indienne ou juive savent combien délicat est l exercice
d interprétation d unetelle pièce littéraire.Dans ce cas précis, il faut sou-
ligner la difficulté d établir où commence une réellecroyance juive (de
l auteur) et où s’ arrêtent la fantaisie et l’ imagerie poétiques. Cependant,
il faut constater que bien des éléments del’ au-delà biblique de la dogma-
tique simpliste et quelquefois erronée, se réfèrent ou s appuient sur cer-
taines données de cette cosmogonie. En outre, il existe déjà une certaine
36
1Pierre2.4;1Corinthiens15.29 ;etc.
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’ ’critique interne de l’Ecriture elle-même à l’ endroit d’ attitudes et
d’ actions relatives à la séparation entre le monde des vivants et le monde
des morts. Le recours de Saül à la divination pour consulter le défunt
Samuel, constitue un cas d école révélant le regard critique du narrateur
biblique, le rôle d un intermédiaire, spécialiste de spiritisme et du monde
occulte(1Samuel28.1-25).
Quant au Nouveau Testament, voici des propos attribués à Jésus
dans lesquels «le ciel » ne peut pas être compris de façon littérale: Ne
vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille dé-
truisent, et où les voleurs percent et dérobent;mais amassez-vous des
trésors dans le ciel, où la teigne et rouille ne détruisent point, et où les
voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera
ton c ur. (Matthieu 6.19-21)Ce discours dit «Sermon surla montagne »
n était pas adressé aux seuls nantis possédant bien des «choses pré-
cieuses» qui doivent être mises à l abri dans un endroit sécurisé. Adres-
sés à tous, ces propos supposent que tout un chacun, riche comme
pauvre, possède des trésors (choses précieuses) et qu ilyadeux alterna-
tives qui se présentent à chacun de les garder en sécurité : soit sur la terre
soit au ciel. Sur la terre, la détérioration, et en fin de compte la perte to-
tale des trésors peut provenir du processus naturel d’ altération et de des-
truction, l’ aboutissement normal et irréversible des lois de la nature. La
teigne etlarouille peuvent être les agentsdeceprocessus irrévocable. La
perte peut aussi subvenir à la suite de l’ action violente des violents, les
voleurs qui percent et dérobent. Donc sur la terre, point d abri ! Par
contre, au ciel, les lois de la naturen ont aucune emprise ; elles sont limi-
tées à la terre; les voleurs n ont aucun accès ni par force (percer) ni par
malice (dérober); violence et intelligence maléfique sont néant ! Or per-
sonne ne peut atteindre le ciel que l on désigne comme l en haut, avec un
doigt élevé au-dessus de nos têtes. Il n indique même pas la même direc-
tion selon qu on se trouve à Yamoussoukro (Côte d Ivoire) ou à Sidney
(Australie), selon qu on se trouve sur le sol lunaire (comme quelques
Américainsl ont fait) ou dans la Station spatiale «garée » quelque part
dans l étenduedes airs ! Alors comment l homme, riche ou pauvre pour-
rait-il amasser ses trésors dans l inatteignable ? Ciel n est donc pas la
désignation du firmament aux multiples galaxies toujours et encore à
découvrir ! L homme ne peut garder ses trésors au milieu de ces galaxies,
il ne peut non plus accrocher son c ur à l un ou l autre corps astral ! Ail-
leurs Jésus dit:Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumônes.
Faites-vous des bourses qui ne s usent point, un trésor inépuisable dans
les cieux, où le voleur n approche point, et où la teigne ne détruit point.
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’Car là où est votre trésor, là aussi sera votre c ur. (Luc 12. 33-34) La
relation entre donner au prochain (donneren aumônes) et se constituer un
trésor au ciel est indéniable. Ciel ne désigne-t-il pas Dieu qu il faut aimer
de tout son cœ ur, de toute son âme, de toute sa penséeet de toute sa
force, trésors immatériels (Marc 12. 30) ? Et parce que tout homme a
aussi des biens matériels sur terre, ne sont-ils pas à partager avec le pro-
chain que l on doit aimer comme soi-même ? (v.31) Pour ne pas men-
tionner Dieu, la littérature juive utilise Ciel. Les évangiles n ignorent pas
cette formule selon qu il s adresse directement aux Juifs (Matthieu) ou
aux Grecs(Luc).
2.Élémentsdelacosmogonieafricaine
2.1Unmondeunetunique
En fait, en quoi cette vision biblique du monde est-elle différente
de la cosmogonie africaine ? Il nous faut d abord reconnaître que
l Afrique n a jamais été un seul village, comme la conscience collective
occidentale la perçoit encore même aujourd hui, et que, parconséquent,
certaines petites différences existent entre les croyances des peuples de
37
ce grand continent . Le danger d une généralisation naïve au sujet des
religions et philosophies africaines selon l impérialisme de l hégémonie
épistémologique occidentale a été souligné par bien des philosophes et
38
écrivains africains . Cependant, bien que chaque groupe ethnique ait eu
ses idées et croyances à propos de l humanité et de l univers, les re-
cherches et études anthropologiques et ethnologiques effectuées selon la
«pensée unique» de l’ épistémologie occidentale ont rendu possibles
quelques remarques générales concernant ce qu on pourrait appeler une
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visionafricainedel’ univers:lacosmogonieafricaine.
37
Les travaux de l’ ethnologue Marcel Griaule consacrés auxDogonsduMali ont mon-
tré que ce peuple possède une théorie cosmogonique très élaborée et extrêmement pré-
cise.
38
P’ bitek Okot, African Religions in Western Scholarship, (Nairobi, East AfricanLite-
rature Bureau, 1970); Y.V. Mudimbe, The Invention of Africa, Bloomington, Indiana
University Press, 1988; Mudimbe Y.V., The Idea of Africa, Bloomington, Indiana Uni-
versityPress,1994.
39
Mbiti S. J., Religions et Philosophie africaines, Yaoundé, Ed. Clé, 1972; J.N.K.
Mugambi, African Heritage and Contemporary Christianity, Nairobi, Longman Kenya
Ltd.,1989.
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