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La vie quotidienne juive

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128 pages

Cet ouvrage qui comporte une abondante iconographie est articulé en trois grands chapitres :

LE CALENDRIER retrace l'origine et la fixation du calendrier juif en 344, par le patriarche Hillel III, chef des communautés de Terre sainte. Les rites et les célébrations qui accompagnent l'apparition de la nouvelle lune et le jour du Chabbat, sont ici expliqués et illustrés par de nombreuses traductions de textes liturgiques et mystiques.

LA VIE QUOTIDIENNE JUIVE traite de tous les aspects rituels de la vie juive ainsi que des prières quotidiennes et des lois alimentaires. Ce chapitre se poursuit par la présentation et l'explication, mois par mois, des différentes fêtes ou jours de contrition qui ponctuent l'année juive.

LE DICTIONNAIRE LITURGIQUE ET MYSTIQUE enfin, permet d'accéder à une explication synthétique des mots en usage dans la vie quotidienne, sans oublier ses aspects spirituels. Il est complété par un exposé sur la fixation du canon de la Bible juive et une introduction aux différents livres qui la composent.



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couverture
Isaac Rouche – Georges Nataf

la vie quotidienne juive

les rites et les fêtes

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ISAAC ROUCHE – GEORGES NATAF

La vie juive calendrier liturgique et mystique

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Calendrier rabbinique en tête d’une bible écrite en 1300, par Josué Ben Abraham Ben Gaon (écriture espagnole). Ms. hébreu 20, fol. 4. Bibliothèque nationale, Paris.

L’ANNEE JUIVE

Le calendrier liturgique

CALENDRIERSOLAIREET LUNAIRE

S’appuyant sur le passage de l’Exode (12, 2) : « Cette nouvelle lune sera pour vous le commencement du mois, le premier des mois de l’année », la Tradition juive a déduit que le calendrier biblique devait être lunaire et qu’à chaque apparition du premier croissant, le début du mois ou néoménie serait officiellement proclamé.

CONCORDANCEDE LANNÉELUNAIREET DE LANNÉESOLAIRE

La lunaison – jonction de la lune et du soleil sur une même longitude – est fixée en moyenne à 29 jours et demi ; l’année solaire – le tour de la terre autour du soleil – à 365 jours un quart. Une année de 12 mois lunaires donnerait 354 jours. Il y a là une différence de 11 jours. Si l’on ne tenait compte que des années lunaires, (comme l’Islam) nous arriverions à célébrer la Pâque en plein hiver, alors qu’une injonction biblique (Deut 16, 1) prescrit d’observer cette fête au printemps. (En effet au bout de 3 années lunaires, la Pâque serait en avance d’un mois sur la saison et plus, les années suivantes).

Il fallait donc équilibrer cette différence entre les 365 jours de l’année solaire et les 354 de l’année lunaire. La Tradition y est arrivée en créant un 13e mois, établissant un cycle de 19 ans correspondant à 12 années de 12 mois et 7 années de 13 mois. Ce mois supplémentaire ajouté à ’aDar, dernier mois de l’année biblique, a été appelé ’aDar CHeNi ou ’aDar II. Ces années dites embolismiques ou intercalaires ont été réparties sur les années 3, 6, 8, 11, 14, 17 et 19. Ainsi en un cycle de 19 ans s’établit l’équilibre entre l’année lunaire et l’année solaire. Il fallait tenir compte également du fait que certaines fêtes ne devaient pas tomber un samedi, un vendredi ou un dimanche. RoCH HaCHaNaH, le 1er TiCHRi, ne devait jamais être célébré un dimanche, un mercredi ou un vendredi, pour que yoM KiPPouR ne tombât pas un vendredi ou un dimanche. Cela aurait placé la communauté juive devant deux journées saintes successives : vendredi et samedi ou samedi et dimanche, au cours desquelles il aurait été impossible de procéder, par exemple, aux inhumations ou à la préparation des repas pendant 48 heures.

Autre exemple : le yoM KiPPouR ne devait pas tomber un mardi, car dans ce cas, HoCHa”aNaH RaBBa aurait eu lieu un samedi, ce qui est incompatible avec la cérémonie de la ”aRaVaH qui doit être célébrée un jour ouvrable de la semaine.

PROCLAMATIONDE LA NÉOMÉNIE

Le Sanhédrin qui siégeait dans une des dépendances du Temple de Jérusalem était seul habilité à proclamer la nouvelle lune, après que ses membres l’eurent observée ou après avoir recueilli le témoignage de deux Juifs jouissant d’une excellente moralité.

On allumait sur les montagnes de Judée (MiCHNaH RoCH HaCHaNaH, II — 2 et ss.) des feux qui étaient pris en relais dans tout le pays. Par ce moyen, le peuple apprenait que le Sanhédrin venait d’annoncer officiellement le commencement de la néoménie en cette veille du 30e jour du mois. Cette méthode a été remplacée plus tard, par l’envoi d’émissaires que le Sanhédrin dépêchait de Jérusalem le 29 au soir, à la suite de l’apparition de la nouvelle lune. Après l’incendie du Temple de Jérusalem, par les Romains, en l’an 70, le Sanhédrin de Judée, en butte aux persécutions et aux angoisses de l’exil, essaya de maintenir cette coutume qui peu à peu devait se perdre définitivement.

LE 2E JOURDE LA DIASPORA

Les fêtes de pèlerinage durent un jour de plus en diaspora, car les Juifs éloignés de Terre sainte, n’étaient pas toujours prévenus à temps de la proclamation qui devait parvenir de Jérusalem. Aussi dans l’incertitude d’une date précise, ont-ils ajouté une journée supplémentaire, la nouvelle lune devant apparaître la 29e ou la 30e nuit du mois précédent. De là, les 8 jours de la Pâque, au lieu de 7 en Terre sainte, les 2 jours de Pentecôte au lieu d’un seul, les 9 jours de la fête des Cabanes y compris le 8e, jour de clôture, au lieu de 8. Il en est de même pour la néoménie. Ne pouvant compter les mois en fractions de jour, on compte tantôt 29, tantôt 30 jours. Le 30e jour est toujours appelé RoCH HoDeCH ou néoménie. Quand le mois est de 30 jours, il y a 2 jours de néoménie, dans ce cas c’est le 2e qui est le début du mois suivant. Les mois plus importants, c’est-à-dire ceux qui comportent des fêtes sont toujours de 30 jours : TiCHRi, KiSLeV, CHeVaT, NiSSaN, SiVaN,’aV. Quand il y a deux ’aDaR, c’est le premier qui compte 30 jours, cela évite qu’il y ait 31 jours entre Pourim et la Pâque.

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Calendrier rabbinique en tête d’une bible, écrite en 1300 par Josué Ben Abraham Ben Gaon (écriture espagnole). Ms. hébreu 20, fol. 8, Bibliothèque Nationale, Paris.

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Calendrier rabbinique en tête d’une bible écrite en 1300, par Josué Ben Abraham Ben Gaon (écriture espagnole). Ms. hébreu 20, fol. 2. Bibliothèque Nationale, Paris.

ELABORATIONDUNCALENDRIERFIXE

Au cours des siècles, plusieurs Sages juifs prirent l’initiative d’élaborer un calendrier fixe. Toutes leurs tentatives furent vouées à l’échec car elles contredisaient la Tradition qui exigeait la proclamation officielle du Sanhédrin sur la base du livre de l’Exode (12, 2).

C’est seulement en 344, que le patriarche HiLLeL III, président du dernier Sanhédrin de Tibériade, chef des communautés de Terre sainte et ami personnel de Julien l’Apostat, inspiré par les travaux de ses prédécesseurs, dota le judaïsme d’un calendrier fixe destiné aux générations futures.

RoCH HoDeCH

RoCH HoDeCH (néoménie), correspond à l’apparition de la nouvelle lune qui marque le premier jour du mois juif. Lorsque le mois est de 30 jours, il y a deux jours de néoménie et c’est le deuxième qui est le début du mois.

LITURGIETALMUDIQUE

Le travail n’est pas interdit, mais l’on distingue la néoménie par la consommation de mets de choix et le port de vêtements de fête. Aucun jeûne n’est autorisé.

La veille, à MiNḤaH, les prières de supplication sont exclues et le lendemain, dans la ”aMiDaH est mentionné RoCH HoDeCH. Une partie du HaLLeL est récitée (Psaumes 113-118), on procède à la lecture de la ToRaH et on termine le culte de la matinée par le MouSSaF.

KIPPOUR-KATANE (YOM) LITURGIEKABBALISTIQUE

Le Kabbaliste Moïse Cordovero introduisit pour la veille de la néoménie, un cérémonial intitulé : KiPPouR-KaTaNe (un KiPPouR réduit). L’entrée dans le nouveau mois est ainsi précédée du repentir et d’une purification. A la prière de MiNḤaH se déroule la liturgie abrégée du yoM KiPPouR biblique, avec les SeLiHoTH : suppliques, confessions, psaumes de pénitence, etc…

Si la néoménie tombe un samedi, ce cérémonial n’a pas lieu la veille réservée à l’accueil joyeux du CHaBBaT, mais le jeudi après-midi. Les Kabbalistes considéraient la diminution progressive de la lune, dont la splendeur originelle avait été réduite par Dieu au profit du soleil (Traité CHouLLiN 60 b), comme le symbole de l’exil de la CHeKHiNaH. Toutes deux ayant perdu leur rang et se trouvant loin des hommes, dans une partie du cosmos où elles s’étiolent, disparaissent pour réapparaître à nouveau mais sans retrouver leur éclat véritable.

Le verset d’Isaïe (30,26) parlant du jour de la rédemption en ces termes : « La lune, alors, brillera du même éclat que le soleil, et la lumière sera sept fois plus vive, comme la lumière des sept jours, à l’époque où l’Eternel pansera les blessures de son peuple et guérira les meurtrissures qui l’ont atteint », ils consacrèrent le jour qui précède la néoménie à la méditation sur le thème de l’exil, et de la rédemption qui verrait la lune retrouver son éclat originel, cet événement cosmique devant aller de pair avec le retour de la CHeKHiNaH aux côtés du peuple juif.

BÉNÉDICTIONDE LA LUNE

Tous les mois, au septième jour de la lunaison, on récite cette prière suivie des Psaumes 121 et 150 :

« Sois loué, Eternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui as créé les cieux par ta parole et les astres par le souffle de ta bouche. Tu leur as fixé le temps de leur révolution ; ils ne peuvent rien changer à cet ordre, et c’est avec joie qu’ils exécutent les prescriptions de leur Créateur. Ouvrier parfait dont les œuvres sont parfaites, tu as ordonné à la lune de se renouveler.

C’est la gloire des descendants de Jacob. Eux aussi doivent se renouveler un jour et proclamer le règne glorieux de leur Créateur.

Sois loué, Eternel, qui renouvelles les mois.

Que ce mois soit heureux pour nous et pour tout Israël.

Que nos ennemis ne puissent nous atteindre, que la terreur et l’épouvante les fassent reculer, et que le bras du Tout-Puissant les pétrifie.

Le souvenir du roi David sera toujours vivant et permanent au milieu de nous. AMeN SeLaH !

Que Dieu me donne un cœur pur et renouvelle sans cesse en moi l’esprit de soumission à mes devoirs. »

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Les deux grands luminaires et les étoiles. Add. ms. 11639, fol. 516 v. British Museum, Londres.

Le CHaBBaT

CÉLÉBRATION

Le septième jour de la semaine, marqué par l’arrêt de tout travail, est consacré au Créateur du monde (Ex 20,1-14) qui libéra le peuple juif de l’esclavage en Egypte (Deut 5,6-18). Le vendredi après-midi, le foyer juif se prépare à accueillir le CHaBBaT. Les trois repas, celui du soir et ceux du lendemain, sont déjà cuits et maintenus au chaud. La maison est fleurie et sur la table recouverte d’une nappe blanche, sont disposés les ḤaLoTH (pains spéciaux) dissimulés sous un napperon, le vin et la coupe, ainsi que le chandelier, dressé au centre. Toute la famille est en habits de fête, prête à célébrer l’arrivée du CHaBBaT par l’allumage des bougies. Peu avant le crépuscule, la mère prononce la prière traditionnelle puis procède à l’allumage des bougies ; elle tient ensuite ses deux mains devant les lumières, verticalement dans un geste de bénédiction. Après l’accueil du CHaBBaT au foyer, toute la famille se rend à la synagogue pour procéder en communauté à la KaBBaLaTH CHaBBaT. Le Cantique des Cantiques et certains passages des Psaumes (95 à 99) sont lus collectivement ; ils précèdent le chant LeKHa DoDi du Kabbaliste Salomon Alkabetz mort au XVIe siècle. Cet hymne mystique, adopté par toutes les communautés juives, tant dans la diaspora qu’en Terre sainte, glorifie le retour du CHaBBaT présenté comme la Reine, l’Epouse, la CHeKHiNaH en exil, qui reviendra vers son Epoux, son Roi. La dernière strophe est reprise par les fidèles qui debout, se tournent de droite à gauche vers la porte d’entrée, en appelant la descente du supplément d’âme en chaque Juif pendant la durée de la journée sainte : « – Viens en paix, diadème de ton Epoux ! Viens dans la joie et dans l’allégresse, ô Epouse, au sein des fervents du peuple élu ! Viens Reine ! ».

 

Deux ZMiRoTH, différentes selon que les synagogues sont de rite Achkenazi ou Sefardi, sont insérées dans l’office du vendredi soir. Dans l’Europe du Nord et de l’Est, on récite celle de Eléazar Azcari (mort vers 1600 à Safed) et auteur du SeFeR HaReDiM (le Livre des fervents) qui s’intitule yeDiD NeFeCH. Les premières consonnes, de ce poème à quatre strophes, lues verticalement donnent le nom YHWH. On peut considérer ce texte comme une véritable synthèse de la mystique juive.

En voici une traduction, réalisée d’après le manuscrit original découvert dans la Yechivah de New York par Meir Benayahou. Nous signalons la mauvaise vocalisation qui est faite de ce poème ainsi que les erreurs qui se sont glissées dans tous les rituels Achkenazim. Les rituels Sefardim en ont mieux conservé le texte :

YEDID NEFECH :

« Yod- Bien-aimé de l’âme Père de miséricorde,

Courbe Ton serviteur sous Ton désir !

Que tel un cerf, il se précipite

Se prosterne face à Ta grandeur !

Pour lui, suave est Ta tendresse

Plus suave que le miel le plus doux !

 

Hé- Beauté, splendeur du monde,

De Ton amour mon âme languit !

Que lui apparaisse Ta lumière,

Affermie sera sa guérison.

Ta servante éternelle

Son âme se veut à jamais !

 

Waw- Eternel, que se déploient Tes grâces

Pour y abriter le fils qui Te chérit

Qui à Te contempler, aspire

Tout à Ta souveraineté !

Mon Dieu, désir de mon âme

A son égard ne Te dérobe pas !

 

Hé- Révèle-Toi bien-aimé, viens étendre

Sur moi Ta tente de paix.

La terre brillera de Ta gloire

Lumineuse sera notre joie.

Hâte-Toi ami, l’heure sonne

Prends nous en grâce comme autrefois. »

Dans le rite Sefarade, autour du bassin méditerranéen et en Afrique du Nord plus particulièrement, c’est la deuxième ZMiRaH intitulée « BaR YoḤaY » composée par CHiM”oN LaVi (mort en 1585 à Tripoli) en l’honneur de CHiM”oN BaR YoḤaY qui est chantée dans les synagogues à chaque veille du CHaBBaT entre PeSSaḤ et CHaVou”oTH, ainsi que dans les foyers des Juifs originaires des pays arabes. En Israël, l’une ou l’autre de ces ZMiRoTH est chantée dans les synagogues, selon le rite qui y est pratiqué.