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Le monothéisme, le pouvoir et la guerre

De
356 pages
Dans un contexte de montée du communautarisme et de crispations identitaires, l'ouvrage analyse les articulations et les enjeux des rapports entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel au sein de la chrétienté et de l'islam. Le livre comporte quatre parties traitant successivement des interactions entre religion et politique ; de l'Europe chrétienne et postchrétienne, des rapports conflictuels entre l'Occident chrétien et l'Islam, enfin de la religion musulmane et du Proche-Orient.
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leurs relations, le plus souvent conLictuelles, et aux guerres de religion
entre l’Occident chrétien et l’islam ; enIn de la religion musulmane et du
Ibrahim TABET
LE MONOTHÉISME, LE POUVOIR ET LA GUERRE
De la conversion de Constantin au jihad islamiste
Essai
Le monothéisme, le pouvoir et la guerre
Ibrahim Tabet Le monothéisme, le pouvoir et la guerre De la convention de Constantin au jihad islamiste Essai
Du même auteurLes Grands Empereurs européens, édition Danétalaises, 2004. Les Grandes Dictatures de l’Histoire, édition de Vecchi, 2006. Histoire de la Turquie de l’Altaï à l’Europe,édition de l’Archipel, 2007. La France au Liban et au Proche-Orient, édition de la Revue Phénicienne, 2012 (Prix La Renaissance Française, 2013). La Vie à plein temps. Une biographie de Bernard Fattal, édition de la Revue Phénicienne, 2013.© L'HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05807-8 EAN : 9782343058078
AVANT PROPOS
« Si je devais dire ce que je dois à mes prédécesseurs et mes contemporains, il ne me resterait pas grand-chose. » Goethe
Comme son titre l’indique, cet ouvrage est une histoire des rapports entre le monothéisme, le pouvoir politique et la guerre. Au delà d’uneévénementielle, il se propose chronique d’en analyser les enjeux, ainsi qued’exposerles doctrines religieuses et l’évolution de la pensée politiqueautour de ce sujetd’une actualité brûlante. Couvrant une période allant de la conversion de Constantin au christianisme à nos jours, son champ d’étude se limite toutefois à l’Europe et au Proche-Orient, berceau des trois monothéismes. Il s’intéresse particulièrement à la dimension religieuse de leurs relations, le plus souvent conflictuelles, et aux guerres de religionau sein de la chrétienté et de l’islam.
Sa rédaction a été inspirée par la résurgence de la fracture entre chiites et sunnites et les guerres civiles sectaires qui déchirent la Syrie et l’Irak. Tragédies qui se situent dans le prolongement de la succession de conflits et de violences dont le Proche-Orient a été le théâtre depuis la « croisade » américaine contre le terrorisme islamique, dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001. Plus que dans n’importe autre région du globe, ces événements montrent les effets pervers du « retour du religieux » dans la sphère politique depuis la fin du siècle dernier. Sa rédaction a aussi été motivée par mon vécu et mon identité culturelle; lesquels m’ont conduit à être particulièrement sensible à ces sujets. Au Liban, la dimension multiconfessionnelle est une réalité auquel on ne peut échapper, aussi bien au niveau du discours et des mœurs politiques, qu’à celui du regard des autres. Si la guerre qui ravagea le pays entre 1975 et 1989 fut « une guerre pour les autres », selon une thèse contenant une part de vérité, ce fut aussi une lutte de pouvoir politique intestine qui dégénéra en guerre civile confessionnelle. En France,les thèmes de l’immigration 5
musulmane, de l’identité nationale et des valeurs républicaines ont investi, ces dernières années, les médias et le discours politique, de droite comme de gauche. Franco-libanais agnostique, quoiquimprégné d’éducationchrétienne, je ne pouvais que m’intéresserà la problématique de la laïcité et du communautarisme. La France et le Liban représentant à cet égard deux modèles diamétralement opposés.
Mon intérêt pour ces questions a aussi été stimulé par les lectures et les recherchesque j’ai été amené à faire à l’occasion de la rédaction des mes trois ouvrages historiques qui accordent une large part aux rapports entre la religion et la politique. Qu’il s’agisse de la lutte entre la papauté et le Saint-Empire romain-germanique au Moyen Âge,que j’ai abordé dansEmpires et empereurs européens. De l’influence du facteur religieux dans les relations entre l’Europe et l’Empire ottoman, décrite dansHistoire de la Turquie de l’Altaï à l’Europe. Ou de la protection des chrétiens d’Orient et de la « politique arabe et musulmane » de la France, dont je parle dans La France au Liban et au Proche-Orient.Des nombreux ouvrages que j’ai lus, ceux de Georges Corm m’ont particulièrement interpellé. Basée sur une immense érudition, son œuvre est, pour une grande part, centrée sur les rapports entre l’Orient musulman et l’Occident chrétien, le cas des sociétés pluriconfessionnelles et les rapports entre religion et géopolitique. Thèmes sur lesquels il a développé des thèses originales qui vont à l’encontre de beaucoup d’idées reçues. Ainsi, dansOrient et Occident, la facture imaginaire et l’Europe et le mythe de l’Occident,il vise, entre autres, à déconstruire la vision selon laquelle il existerait des différences fondamentales et un fossé insurmontable entre l’Occident chrétien et l’Orient musulman. Et, dans son livre :Pour une lecture profane des conflits, il réfute la tendance actuelle à privilégier les facteurs religieux et culturels dans l’explication des conflits ayant éclaté à travers le monde depuis la fin de la guerre froide. Ces thèses sont opposées à celles de Samuel Huntington qui, dans leChoc des civilisations,soutient exactement le point de vue contraire. Bien qu’il existe des arguments en faveur de chacune d’elles, on peut se demander si, depuis qu’elles ont été élaborées, la montée de l’islamisme radical au Proche-Orient et en Afrique, la recrudescence du terrorisme transnational, et sa haine des « croisés et des Juifs », ne vont pas dans le sens de celle de Huntington. Etn’assiste-t-on pas en Europe à une recrudescencede l’islamophobie, alimentée par la 6
menace supposéeque ferait peser l’immigration musulmanesur la civilisation occidentale ?
Le livre comporte quatre parties traitant successivement : des interactions complexes entre religion et politique et du « retour du religieux » (chapitres 1 et 2). De l’Europe chrétienneet post-chrétienne (chapitres 3 à 7). Des rapports entre l’Occidentchrétien et l’islam (chapitres8 à 10). Enfin de la religion musulmane et du Proche-Orient (chapitres 11 à 16). Il n’a pas la prétention d’embrasser tous lesfaits illustrant mon propos. Aussi ais-je été amené à faire certains choix, forcément arbitraires, mais dictés par l’influence du facteur religieux dans lesévénements cités. Pour la même raison j’ai accordéune plus grande importance relative à certaines périodesde l’histoire. Comme par exemple celle de la Réforme et des guerres de religion dans la partie consacrée à l’Europe. J’ai aussi passé sous silence le cas de l’Amérique latine et du Nordet de l’islam africain et asiatique.
La partie consacrée à l’Europecomporte des chapitres sur la chrétienté médiévale catholique et l’orthodoxie, ainsi que sur l’histoire politico-religieuse de six pays : l’Allemagne,l’Angleterre, lEspagne, la Russie, et l’Italie; enfin et surtout la France, où la rupture fut plus radicale qu’ailleursentre son passé de « fille aînée de l’La partie relative àÉglise » et sa laïcité républicaine. l’islam et au Proche-Orient comporte des chapitres consacrés respectivement àla naissance de l’islam, àl’islam turc et iranien et à l’islamisme politique moderne, ainsi quà trois pays : la Syrie, l’Iraket le Liban: exemple d’institutionnalisation du communautarisme et de coexistence plus ou moins harmonieuse entre l’islam et le christianisme.
Le volet analytique du livretentera d’aborder quelques questions clefs telles que : les rapports entre les pouvoirs temporel et spirituel au sein de la chrétienté et de l’islam. Le rôle du facteur religieux dans la légitimation et le déclanchement des conflits. L’impact politique des systèmes de penséeset du discours sur les races et les religions. Les représentations que se fontl’un de l’autre l’Occident chrétien et l’Orient musulman. Le «retour du religieux » qui a souvent masqué un « recours au religieux » pour des causes profanes. Enfin la montée du communautarisme et des réactions identitaire face à la mondialisation. Ces questions ontfait l’objet de
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nombre d’ouvrages savants de la part d’historiens,théologiens, de dephilosophes de l’Histoire, d’anthropologues des religions, de politologues et d’orientalistes, sans doute plus qualifiés qu’un non spécialiste tel que moi pour les aborder. Ce livrequi s’appuie sur des sources secondairesn’a donc pas la prétention dedévelopper une thèse originale mais de synthétiser celles auxquelles elles ont donné lieu. Dont celles dErnest Renan, Max Weber, Hannah Arendt, Arnold Toynbee, Bernard Lewis, Edward Saïd, Samuel Huntington, Benjamin Barber, Marcel Gauchet, Jean-Paul Roux, Henry Laurens, Gilles Kepel, et Georges Corm.
Il en ressort certains constats importants : comme la trahison du message évangélique qui a malheureusement longtemps été le fait de l’Église. Le rôle déterminant remplit par le facteur culturel, qui englobe le religieux, dans le siècle qui s’ouvre.Ou le fait que la chrétienté et l’islamaient suivi des trajectoires inverses en matière de développement et de tolérance. Ainsi,ce n’est qu’au e XVIII siècle que le rapport de forcesentre l’Europe et le monde arabo-musulman s’est inversé, pour une série de raisons, expliquées notamment par Bernard Lewis dansQue s’est-il passé?e L’islam, l’Occident et la modernité.siècle les sociétésJusqu'au XVIII européennes étaient autant sous l’emprise de la religion que les sociétés musulmanes. Et le catholicismene s’est pas montré plus favorable, en soi, au progrès scientifique et au développement économique,que l’islam; le décollage de l’Europe étant en grande partie justement dû à sa « sortie du religieux ».
Aujourd’hui,l’échec du monde arabo-musulman en termes de démocratie, de droits de l’homme, d’égalité des sexes, de niveau d’instruction, et de développement économique est patent. Surtout si on le compare à l’Asie qui était au même stade de développement il y a un demi-siècle. Plus grave : la plupart des conflits interétatiques ou civils dans le monde concernent des pays musulmans ou dont les musulmans forment une partie de la population. Situation qui témoigne de la crise profonde que traverse l’islam. Ce qu’on a faussement qualifié de «printemps arabe » a soulevé au début un certain espoir. Mais, mise à part la transition démocratique en Tunisie, les autres pays de la région connaissent un sort peu enviable et pour certains catastrophique : retour au pouvoir des militaires en Égypte. Désintégration et chaos tribal en Libye. Guerres civiles en Syrie et en Irak. Montée
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terrifiante du fanatisme islamiste, avec sa dérive paroxysmique représentée parl’épuration religieuse, la barbarieiconoclaste et les crimes contre l’humanité commis par lecalifat »nouveau « autoproclamé. Le dernier chapitre du livre aborde les bouleversements en cours au Proche-Orient et les risques de balkanisation du Levant et de terrorisme transnational qui pourraient en découler.