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Le Pèlerinage des vingt mille à Rome

De
568 pages

LE train nous emporte par une nuit tranquille, sous un ciel étoilé.

A ma gauche s’assied un Italien qui retourne à Milan, et en voyage, fait de son temps deux parts dont il passe l’une à dormir et l’autre à ne rien dire.

Il s’étale sur son dos, recroquevillant ses jambes pour me laisser de la place.

Rien de drôle comme ces jambes qui semblent vouloir marcher, cachant le buste qu’on devine affalé dans un plantureux sommeil.

En face de moi s’installe posément un vieux patriarche anglais.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
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J. Beller
Le Pèlerinage des vingt mille à Rome
Septembre-octobre 1891
Archevêché DE REIMS
* * *
Reims, le 15 Mars 1892. MON CHER ABBÉ, Je veux vous féliciter de votre beau livreLE PÈLERINAGE DES VINGT MILLE A « ROME. » Ce que j’en ai pu lire, au milieu de mes nombreuses occupations, m’a vivement intéressé, et l’on m’a fait, de l’ouvrage tout entier, le rapport le plus élogieux. Vous avez su, en un style captivant. faire revivre l’un après l’autre les évènements tour à tour édifiants, grandioses et douloureux de notre pèlerinage ouvrier ; et vous nous donnez, à maintes reprises, dans des descriptions animées, comme une vision de cette Rome toujours présente à nos cœurs. Mais, surtout, vous avez parfaitement compris la portée sociale de l’œuvre dont vous êtes l’historien, et vous la faites bien comprendre . Tout ce qu’il y a de grandeur et d’espérance dans le rapprochement du Pape et des Tr availleurs, ce que l’Église —et particulièrement la Papauté —lture eta fait à l’honneur du travail manuel, pour l’agricu l’industrie, au grand profit de la civilisation, vo us le dites ou le laissez suffisamment deviner, en vous inspirant uniquement des faits qui se sont passés sous nos yeux. Cette manière d’enseigner en vaut une autre ; elle a même des avantages appréciables, et vos lecteurs, j’en suis sûr, vous en sauront gré. En vous lisant, ils sentiront s’accroître leur amou r envers le Saint-Siège, et leur reconnaissance envers Léon XIII qui a daigné faire un accueil si paternel aux ouvriers de France, et leur donner, dans sa propre demeure, une hospitalité vraiment royale. Nos pèlerins se souviendront que ce grand Pontife a sou ffert particulièrement pour eux et pour leur cause et que, s’ils ont eu la consolation de partager, un instant, ses épreuves, ils l’ont laissé là-bas sans défense, sans protection autre que celle de Dieu, à la merci des mêmes ennemis qui les ont chassés de la Ville éternelle. Et ils continueront de prier pour la sainte Église, car votre livre, s’il appelle tous les hommes de bonne volonté à l’action, appelle aussi les âmes à la prière. Recevez donc, mon cher Abbé, avec mes félicitations, l’assurance de mes sentiments affectueux et dévoués en N.-S. † B.-M. CARD. LANGÉNIEUX, Arch. de Reims.
AUX PÈlERINS
* * *
J’ai grande joie à vous envoyer enfin e récit de c e pèerinage auque vous avez pris part. Je me suis édifié à Rome au spectace de votre foi et de votre dévouement, et maintenant je vais pouvoir causer un peu avec vous, sur tous es points de a France, dans es grandes vies, dans es pus humbes viages. Je e fais, non pas en auteur qui dogmatise, mais e n ami désireux d’être agréabe à ses ecteurs en faisant revivre es scènes auxquees is furent mêés et s’efforçant de tirer de ces évènements es eçons qu’is comportent. Je vous ai prévenus en vous annonçant mon ouvrage. Je n’ai point vouu faire, après tant d’autres, une description des monuments de Rome. Pèerin comme vous, je me borne à dire ce que j’ai vu de votre péerinage, j’exprime ce que j’ai senti. Ma récompense serait d’apprendre que ces modestes pages vous ont fait du bien parce que j’ai pu, comme prêtre, fortifier a foi qui nous est commune, et, comme Français, raviver encore a famme de ce patriotisme dont vous avez fait preuve à Rome. J’ose croire qu’i vous sera facie de saisir ’idée principae de cet ouvrage. Mettre en regard du Vicaire de Jésus-Christ es ouv riers de a France, peindre cette émouvante confrontation de a pus grande majesté de a terre et de ses sujets es pus humbes et es pus aimants, décrire cette rencontre soennee et aisser parer sa foi, son cœur, pour en exprimer tout e charme, quee séduction ! J’y ai cédé. Je m’estimerai trop heureux si j’ai réussi à vous intéresser et à vous paire, et surtout si j’ai pu resserrer ce ien d’amour qui nous unit tou s dans un même dévouement pour e Vicaire du Christ. J. BEllER.
SA SAINTETÉ LÉON XIII
LE PÈLERINAGE DES VINGT MILLE A ROME
Septembre-OctoBre 1891
I
DE PARIS A ROME
* * *
I. LA JEUNE ITALIE & LA VIEILLE ANGLETERRE
LE train nous emporte par une nuit tranquille, sous un ciel étoilé. A ma gauche s’assied un Italien qui retourne à Milan, et en voyage, fait de son temps deux parts dont il passe l’une à dormir et l’autre à ne rien dire. Il s’étale sur son dos, recroquevillant ses jambes pour me laisser de la place. Rien de drôle comme ces jambes qui semblent vouloir marcher, cachant le buste qu’on devine affalé dans un plantureux sommeil. En face de moi s’installe posément un vieux patriarche anglais. Je lui trouve une tête méchante et lui suppose un caractère grincheux. Il s’étend pour dormir, et dans cette position il parait immense à faire peur. Il déplie sa couverture posément, s’allonge dessous avec une simplicité d’enfant, se laisse bercer par le mouvement du wagon avec un air résigné qui fait plaisir et s’endort. En définitive, je suis seul ; cet isolement favorab le aux pensées graves porte à la prière. Je songe dans mon coin que rien ne donne l’idée de la vie comme ce lointain pèlerinage à Rome, fidèle image de nos jours changeants. On passe à la hâte ; la vapeur vous emporte ; gens et choses disparaissent, des visages ont apparu, un horizon vous a charmé, un petit village, un site frais et tranquille vous a souri que vous ne reverrez plus. Que faire si l’on ne s’attache à ce qui ne passe point ? « Tous vieilliront et s’useront comme un vêtement. Vous les changerez, Seigneur, et ils seront changés ; mais vous, vous êtes toujours le même et vos années ne finiront point. » Quelle grâce donc que ce pèlerinage à Rome qui nous renouvelle dans l’amour du Pape, c’est à dire du Christ, nous attache plus fortement à cette pierre angulaire et nous rend ainsi participants de l’éternité même des choses divines ! Dijon, Dijon, cinq minutes d’arrêt ! Le Milanais n’a rien entendu ; il est toujours sur son dos, menaçant du genou le plafond du compartiment. Mais la vieille Angleterre, qui a le sommeil léger d’un enfant, se coule au bas de la banquette avec la souplesse du léopard et se penche inquiète par la portière. Je rassure le pauvre vieux et sur ma promesse de le faire descendre sans faute à Aix-les-Bains, il sourit dans sa longue barbe blanche et se recouche en me jetant un regard attendri. Je sens que nous devenons amis. Cependant le soleil monte ; au delà du Mont-Cenis il devient implacable. Nous filons à toute vapeur dans ces gorges des Alpes toutes pleines de hameaux, de clochers et de petites chapelles. Nous quittons Turin ; puis le soleil nous brûle dans les plaines de la Lombardie, et, à six heures du soir, nous descendons poudreux, fatigués et contents sur le quai de la gare de Gênes. J’ai le temps, avant la nuit, de visiter le port.
II. SUR LE PORT DE GÊNES
Gènes, si déchue de son ancienne gloire, garde un très grand air. Toute la ville, étagée sur la montagne, mire dans les eaux bleues de la Méditerranée ses palais, ses églises, ses hautes maisons bariolées et lamentables. Deux immenses paquebots me semblent concentrer toute l’activité du port. Je vais où va la foule : hommes chargés de pauvres paquets, femmes vêtues d’indienne claire traînant suspendus à leurs jupes des enfants harassés et plaintifs. Ce sont des malheureux de la Vénétie qui émigrent pour l’Amérique. Il en partira cette semaine près de deux mille pour le Brésil. Un matelot d’un ton de pitié me dit en me les montrant du doigt :Senza lavoro, senza pane ! Sans travail et sans pain ! Tel est le triste sort d’une multitude d’ouvriers italiens. Et je songe avec une tendresse orgueilleuse à cette bonne terre de France, que nous avons tant de peine, nous autres, à quitter. J’erre le long des quais, parmi les matelots, les soldats, les portefaix et les émigrants, écoutant les appels qui se croisent sur les navires, le ronflement sourd des machines et l’aigre bruit que rend toute cette ferraille qu’on manœuvre dans le chargement des vaisseaux. Ce monde affairé m’étonne par le respect qu’il témoigne au prêtre. Il est au fond religieux encore, pacifique et doux ; ses privations ne l’ont pas poussé à l’impiété. Aucun soldat ne répond à mes questions sans me fair e le salut militaire, et le simple manœuvre, par sa prolixité et l’abondance de ses ge stes, témoigne le plus vif désir de m’être utile. Je me souviens encore d’un vieux mate lot qui me héla me proposant une promenade au large. Je résistai à tant de séduction, car si le ciel était pur, la soirée tiède et la mer invitante, le pauvre canot du vieux loup tanguait d’une façon inquiétante... Je rentre à l’hôtel avec je ne sais quel pli doulou reux au cœur, et, passant devant la magnifique statue en marbre blanc de Christophe Colomb, je me demande ce qu’il doit penser de ce défilé haillonneux des pauvres enfants de l’Italie, que la misère exile dans ce Nouveau-Monde dont il leur a frayé le chemin. Nouvelle preuve de la nécessité et de la haute portée de l’Encyclique de Léon XIIISur la Condition des ouvriers. En Italie, comme ailleurs, la question sociale se ramène de plus en plus à un problème économique, dont la solution est dans le retour aux enseignements du Vicaire de Jésus-Christ.
III. — SUR LE CHEMIN DE ROME
Le train qui part vers minuit de Gênes arrive à Rome à dix heures du matin. On s’éveille à l’aube à Piombino, en face d’une mer bleue que l’on côtoie jusque Civita-Vecchia. L’aspect de cet azur et le voisinage de tant de fraîcheur font presque oublier la poussière et la chaleur du wagon. Me voici enfin à Civita, l’ancienneCentum Cellæ où fut exilé le grand pape saint Corneille. Par cet ardent soleil, j’aimerais de descendre avec mes compagnons, qui vont s’embarquer pour la Sardaigne, et les accompagner a u moins jusqu’au port, pour y respirer la fraîcheur de cette belle mer dont les p etites vagues chantent doucement à quelques pas d’ici... Nous allons repartir lorsque trois enfants de la je une Italie montent dans mon compartiment. Pendant que le train s’ébranle, l’un d’eux s’éponge en lisant un article de la Tribuna.
Cette Tribune est aujourd’hui retentissante. On y bat des mains et un pauvre homme de plumitif proclame comme une victoire ce qui m’a tout l’air d’une défaite. Le Congrès des juristes italiens, assemblé à Florence, vient d e voter une résolution favorable au divorce. Sur 140 votants, 77 ont déclaré qu’on pouvait porter cette atteinte au mariage et desceller cette pierre angulaire qui soutient notre édifice social lézardé et branlant. Voilà des maçons, à en croirela Tribuna, qui ont fait preuve d’un véritable esprit moderne, et jusqu’à ce que la maison s’effondrant révèle leur imprudence et leur sottise, elle tiendra leurs adversaires pour des cerveaux étroits et des intelligences craintives. Veuillez remarquer que sur ces 77 démolisseurs, 30 sont juifs, et admirez une fois de plus la rage qui pousse ces fils d’Abraham à piétiner sur tout ce qui fait l’honneur et la force du peuple chrétien. Mes compagnons s’animent, s’échauffent autour de cette question, pendant que nous courons à toute vapeur à travers la campagne romaine vers cette colline du Vatican d’où descend la vérité, qui redresse nos jugements et co nfond notre sottise, qu’elle déborde des journaux où s’étale dans les congrès. A l’approche de cette montagne de la vérité, d’où le Vicaire de Jésus - Christ veille sur le monde, il se fait comme un solennel recueillement des choses. L’horizon s’abaisse, la plaine s’étend à perte de vue, le mouvement et la v ie disparaissent et la campagne romaine se déroule mélancolique et silencieuse, for mant à la Ville éternelle un cadre d’une religieuse tranquillité. Pendant plus de deux heures, rien ne fixe l’attention ; à peine quelques arbres, de loin en loin un petit troupeau dans les herbes ; partout la solitude et sa monotonie. Enfin voici des ruines, quelques maisons apparaisse nt ; nous passons non loin d’anciens remparts, et, après un assez long circuit autour de la ville, le train nous dépose à la station des Termes. Je suis à Rome ! A la hâte je prends une voiture et je vais à lavia Milazzo, 13,où j’ai la joie et le regret de saluer M. Léon Harmel, le vaillant organisateur du Pèlerinage retenu par un accident dans son lit. Malgré son repos forcé, tout est en v oie d’organisation pour recevoir nos pèlerins, dont le premier train arrivera jeudi proc hain, 17 septembre. MM. Félix et Léon Harmel, dignes lieutenants de leur père, suppléent à l’impuissance de celui-ci et se dépensent sans mesure afin que tout soit prêt. Tout le sera.
IV. — LA COMMISSION PONTIFICALE
Dès le 4 Septembre, la Commission ponticale pour l’ organisation à Rome du pèlerinage a tenu une réunion importante et montré qu’elle entend témoigner la plus affectueuse sollicitude aux pèlerins ouvriers de la France. De quels sentiments de gratitude nos pèlerins paieront-ils le zèle, le dév ouement de tous les jours, de tous les instants, qu’a montrés pour eux cette Commission po ntificale ? Celle-ci en recevra à Rome les témoignages les plus spontanés, dans les a cclamations enthousiastes des pèlerins ; mais j’estime que pour achever de payer la dette de la France envers tous ces commissaires dévoués, j’ai le devoir d’écrire ici leurs noms, afin que les ouvriers français, qui furent leurs hôtes, gardent précieusement leur souvenir. Tous les membres de la Commission ont été nommés par le Souverain Pontife. Elle a pour président Mgr Marius Mocenni, Substitut de la Secrétairerie d’Etat, Archevêque d’Héliopolis. Ce prélat, occupé de l’univers entier , saura dérober à ses accablantes occupations quelque temps chaque jour pour prendre soin des ouvriers français.
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