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Le retour de la pie-grièche

De
333 pages
Une vie ordinaire peut-être le seuil d'une compréhension profonde. Le narrateur raconte ce passage étonnant. Une pie-grièche est un oiseau, avant de devenir un symbole. De l'un à l'autre, la rencontre d'un maître a transfiguré une réalité ordinaire en un passage entre deux mondes. Mais la vraie vie ne commence qu'après les souvenirs et les épreuves.....
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Le retour de la piegrièche
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748109872 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748109864 (pour le livre imprimé)
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René Abel
Le retour de la piegrièche
ROMAN
I. LE PETIT PONT DES ESPRITS
La classe était formidablement silencieuse. Je suis entré avec le dernier. Pour les mouvements sa crés : vêtements amples et solides, col ouvert et sur tout chaussons légers qui ne risquaient pas d’érafler le parquet ciré.
Le pianiste prit place au clavier, dans un coin de la grande salle. Enfin, monsieur Bidegaray entra, accompagné du maître de ballet. Tout le monde se leva et prit place, en rang par sept. Dernier arrivé, j’étais au dernier rang.
Monsieur Bidegaray s’assit sur le fauteuil, en face du groupe. Petit, immobile, très droit, très at tentif. Le maître des mouvements nous faisait face.
Le pianiste attaqua un air étrange très lent et pourtant presque sauvage. Exercice difficile : le maître dut arrêter plusieurs fois pour expliquer com ment il fallait s’y prendre (voix surprenante : sonore et basse) :
 Si vous n’avez pas sensation de vousmême, vous ne pourrez jamais y arriver. Tâchez d’habiter votre corps. Il est intelligent. Et gardez votre tête pour penser. Mais seulement pour penser : non pour sentir….. On recommence au début.
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Le piano repartait jusqu’au prochain arrêt. Puis de même au mouvement suivant. Musique différente. Plusieurs fois, le mouvement fut inter rompu :
 Ne vous expliquez pas ce que vous ressentez ou croyez ressentir. Sentez, c’est tout.
Lorsque le maître dit : "fini pour au jourd’hui", une heure avait passé. Après tant d’efforts, je repartais plein d’une force nouvelle, comme réveillé.
Quand je pense à cette période, je me dis qu’alors je sortais je commençais à sortir de ce long rêve qu’on appelle existence. Dans un rêve, on ne voit pas le chemin. Seul le sage habite vraiment le lieu où il est ; c’est pourquoi, quand il rêve, il sait qu’il rêve, et son rêve l’éclaire.
Mon maître appelait le sage : l’homme des deux mondes. Il disait que l’homme des deux mondes, quand il le veut, sort de l’un et entre dans l’autre et personne ne peut jamais savoir où il est s’il n’a pas décidé luimême d’être reconnu.
C’est l’histoire du petit pont des esprits. la raconta, quelques jours avant son départ. étions sortis dans la campagne par le petit qui franchit le ravin, près de la maison. Le Alexandre nous accompagnait.
Il me Nous pont chien
Tu vois, me ditil, le petit pont est un lieu entre les deux mondes. Il n’y a que deux pas à faire pour se trouver d’un côté ou de l’autre. Quand je serai parti, tu viendras ici, sur le pont, au crépuscule,
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et là, juste entre le jour et la nuit, tu apprendras à voir le passage entre les deux mondes.
 Mais pourquoi sur le pont ? Je peux voir le crépuscule en restant dans le jardin…
 Bien sûr. Apparemment. Mais nous ne voyions jamais entre les deux soleils ? … Un jour, tu verras. Après longtemps d’obscurité, un jour, d’un seul coup, tu comprendras. Et quand tu auras vu le passage : toi aussi, tu sauras passer d’un monde à l’autre.
Sa voix était douce :
 Quand tu auras vu une fois, tu verras partout ; mais pour le moment, tu as besoin de points d’ap pui. De supports d’éveil. Un lieu comme celuilà est un rappel : le petit pont des esprits. Pour toi, ce sera ce petit pontlà.
 Un lieu sacré ?
 Si tu veux. Mais ne t’embarrasses pas de mots. Ce qu’il faut, c’est essayer de voir et recommencer. Sans mettre de noms, ou bien alors : n’importe les quels, pourvu que tu ne les aies jamais utilisés. Les mots nous trompent parce que nous croyons qu’ils désignent des réalités. Nous prenons les mots pour du savoir. Les images sont plus utiles. Mais ne t’ar rêtes pas sur elles : tu vas encore en faire de la soupe à penser. Et la vision serait perdue. Les idées en image deviennent presque tou jours des idoles. L’important dans l’image, ce n’est pas l’idée, c’est la vision….
Nous avons continué à marcher, lui parlant, moi écoutant, à travers la campagne. C’était la fin de
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l’été : il faisait chaud encore, mais déjà les jours rac courcissaient. Les vendanges allaient bientôt com mencer. Dans trois jours, je devais aller me présen ter au gérant de la cave coopérative auprès de qui M. Rosenthal m’avait recommandé.
On cherchait un mustimétreur. Un travail fa cile, mais gare aux erreurs qui une fois inscrites dé termineraient, pendant l’année à venir, le prix payé au viniculteur. Il y avait déjà eu des plaintes l’année précédente contre un mustimétreur dont on avait découvert qu’il était apparenté à l’un des proprié taires.
Un jeune parisien avait l’avantage aux yeux du gérant de ne connaître personne dans le pays et de n’être connu de personne. On ne pouvait soupçon ner l’étranger de partialité envers un coopérateur du village. Et puis, on respectait Monsieur Rosenthal. On le craignait un peu aussi. On aimait lui être agréable.
Monsieur Rosenthal marchait d’un large pas lent. Calme et grave :
 Tu es maintenant différent. Non pas com plètement, bien sûr, mais tu ne pourras jamais reve nir à ta vie ancienne. Ou plutôt : ce que tu fais, tu le feras toujours d’une autre manière. Les gens n’y ver ront rien. Tu feras ce qu’il faut pour que les gens n’y voient rien. Pour le reste : tout vient en son temps. Si tu as poussé des racines profondes, tu n’auras rien à craindre du vent.
Le chien Alexandre s’arrêtait de temps en temps pour arroser d’une brève giclée les bornes ou les troncs rencontrés. Sa manière à lui de poser sa marque et de prendre possession de l’espace.
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Pourtant, il enterrait soigneusement ses excréments. Pour monsieur Rosenthal, tout pouvait être une occasion d’enseignement:
 Tu te rappelles le vieux Prinz? Un chien qui était déjà âgé lorsque je l’ai recueilli, jadis, dans la cabane. Tu te rappelles? Et toi, regarde ton chien. Il marque son territoire, mais il cache sa trace. Fais comme lui. Tu définis ton espace, mais tu ne dis ja mais par où tu passes. C’est comme ça que tu trou veras ton lieu….
J’allais demander: Yatil un lieu pour moi sur la terre? Sans me regarder, il devança ma ques tion:
 Les sages de chez nous appellent Dieu : le lieu. Sais tu pourquoi ? C’est qu’il est dit de Dieu : « Il est le lieu du monde, mais le monde n’est pas son lieu » (pour luimême, il répéta la formule en hébreu). Et pour tous les lieux de l’homme, il est un Dieu. C’est pourquoi la question qui est posée à l’homme, depuis le jardin, c’est: « Où estu? ».
Ses paroles se gravaient dans ma mémoire. Et sans cesser de marcher de son pas tranquille, mon sieur Rosenthal changea de sujet:
 Que dirastu de ta vie passée ?
 J’ ai eu beaucoup de chance, toujours. Et j’ai beaucoup rigolé.
M. Rosenthal s’arrêta et me regarda : Ses yeux riaient. Il dit :
 Sache que toutes les joies, même la rigolade, sont la porte de la connaissance. Bien sûr, il ne faut