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Les droits de l'âme

De
141 pages
Notre société oublie trop souvent, quand elle ne la méprise pas, le double aspect de l'âme : à la fois spiritualité (universalité) et personne unique (singularité). La thèse défendue ici est que l'âme, virtualité d'être, non seulement est une question d'intérêt public, mais aussi qu'elle doit se voir accorder des droits, de véritables droits reconnus par la communauté nationale, sinon universelle. Que nous ayons ou non une âme, telle ou telle question de société sera abordée de façon très différente.
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Sommaire

Introduction……………………………….. PREMIÈRE PARTIE………………….... Réflexions sur la vérité…………………… La vérité est biodégradable……………….. Le « régime de la vérité » selon Foucault……………………………….. La haine de l’âme…………………………. « Dieu ? Vous le reverrez bientôt ! »…….. Sartre, athée mystique ?............................... Le crible préalable de la raison …………... Les “Lumières” selon Kant…………… « L’importance toute particulière » de la psyché……………………………...... DEUXIÈME PARTIE…………………… La nouvelle contestation………………….. La tentation totalitaire…………………….. Une politique contreproductive…………… Sectes et société : quel est le risque ?........... Une nocivité fortement exagérée................. « Discuter de l’indiscutable »………… Du bon usage des “sectes”………………... Pour un “marché libre” des convictions…... TROISIEME PARTIE………………….. L’homme existe-t-il ?................................... L’homme : un singe comme les autres ?......
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Homme/animal : une différence de degré ?. Le présupposé métaphysique darwinien….. QUATRIEME PARTIE……………….... La paille et la poutre………………………. Le Bien et le bien……………………... En quoi suis-je libre ?.................................. Le for intérieur, fort inexpugnable………... Le « je » n’a pas de sexe………………….. Droits de l’âme……………………………. Autonomie et responsabilité…………... Qui est souverain : l’Etat ou l’individu ?..... Souverain maître de mon âme…………….. L’homme n’est pas gouvernable par autrui.. Les devoirs de l’âme……………………… CINQUIEME PARTIE…………………. Un démon en chacun de nous…………….. Descartes : des « songes venus d’en haut ». Une explication neuroscientifique………... Recruter le cerveau préfrontal…………….. Deux modes de fonctionnement du moi. Les facultés de l’âme……………………… Unir loi naturelle et loi personnelle……….. Le mal ? Ne pas penser…………………… « Grâce au discernement de ton âme ».. Parer au risque de l’exaltation…………….. Apprendre à penser par soi-même………… Les piliers de l’honnêteté intellectuelle.. L’esprit fraternel, terreau de l’âme……….. CONCLUSION………………………….. Conséquences attendues………………. BIBLIOGRAPHIE……………………….

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Fraternité, liberté, égalité Devise de la République universelle Introduction

mort ? » C’est la question centrale, majeure, première, la question que tout un chacun1 se pose, qu’il ne peut pas ne pas se poser. À côté d’elle, toutes les autres questions paraissent bien superficielles ou dérisoires. C’est la question philosophique et morale par excellence. À cette question, les hommes ont répondu de diverses manières tout au long de leur histoire. Penseurs et prophètes ont développé de multiples théories, certaines s’étant concrétisées en religions. Parmi celles-ci, beaucoup ont évoqué le concept de l’âme, principe spirituel ou vital sensé durer éternellement. L’âme fut ainsi considérée comme ce qu’il fallait « sauver » en nous, parfois même par contrainte extérieure comme au temps de l’Inquisition. Avec l’avènement des Lumières et l’essor de la science, la notion se dégonfle comme une baudruche crevée par le scalpel chirurgical sous duquel elle n’apparaît pas. Qualifiée d’« imposture de prêtre » par un d’Alembert, l’âme finit par ne plus subsister que de façon symbolique ou dans des croyances précises, comme celles, par exemple, de la résurrection catholique ou de la transmigration hindoue.

« Vais-je vivre d’une façon ou d’une autre après ma

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Une fois satisfaits les besoins de base que sont la nourriture, le logement, la santé et la sécurité. 9

Dans le langage moderne, essentiellement matérialiste2, elle a perdu toute signification réelle. Le droit l’ignore et la remplace, au mieux, par l’idée de « personne ». Ai-je, avons-nous une âme ? Poser publiquement la question semble aujourd’hui déplacé. Ou, du moins, inconvenant : « C’est du ressort de la vie privée ! ». Dans notre société laïque, l’âme, concept philosophique ou religieux, n’a plus droit de cité. De ce fait, la question de la survie après la mort et celle de l’éternité sont reléguées aux réunions de catéchisme des églises, des temples, des synagogues ou des cercles philosophiques. La thèse que nous voulons défendre ici est que l’âme, non seulement est une question d’intérêt public, mais aussi qu’elle est virtuellement et qu’elle doit se voir accorder des droits, de véritables droits reconnus par la communauté nationale, sinon universelle. En effet, selon que nous avons ou non une âme, telle ou telle question de société sera abordée de façon très différente. Que ce soit la fin de vie, le statut du f tus, le clonage, la santé de façon générale, l’orientation de la recherche scientifique, le rapport entre l’esprit et le corps ou la matière, le problème des guérisseurs et des médecines complémentaires, la question des religions, des sectes et de la laïcité, la justice, la différence entre l’homme et la femme, entre l’Homme et l’animal, etc., tous ces thèmes seront traités différemment selon que l’on reconnaît ou non une existence, ou du moins, une possibilité d’existence, à un principe vital spécifique à l’homme.

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Du moins dans notre société occidentale. 10

Affirmer simplement qu’elle n’existe pas n’est satisfaisant ni sur le plan philosophique, ni sur le plan politique, les deux plans qui nous intéressent ici. * Notre thèse3 n’est pas la défense d’une quelconque religion mais d’un droit nouveau (« Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité unique » et « Chacun a le droit de mener sa vie selon sa conscience ») fondé sur la conviction que, son âme étant son bien le plus précieux, l’homme n’est pas gouvernable par une autre autorité que par l’autorité de sa conscience. L’âme, par delà des conceptions religieuses, est définie ici comme l’ensemble des facultés permettant l’accomplissement de l’individu4, cet accomplissement n’étant possible que dans l’amour et la liberté de choisir ses pensées et d’agir en conséquence. Nous verrons plus loin en quoi consistent ces facultés. À ce “droit” correspond une responsabilité et des “devoirs” : respecter les droits d’autrui et être juste. Et, pour que le droit aux Lumières puisse vraiment porter ses fruits de vie, il doit s’accompagner en chaque
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« Notre » : pluriel de plume. Autre formulation possible : l’âme est l’organe virtuel (le germe spirituel) permettant la naissance, facultative et volontaire, de l’être réel (qu’il survive ou non après la mort). Carl Jung emploie l’expression « individuation » pour « désigner le processus par lequel un être devient un “in-dividu” psychologique, c’est-à-dire une unité autonome et indivisible, une totalité ». Selon lui, « la voie de l’individuation signifie : tendre à devenir un être réellement individuel et dans la mesure où nous entendons par individualité la forme de notre unicité la plus intime, notre unicité dernière et irrévocable, il s’agit de la réalisation de son Soi dans ce qu’il a de plus personnel et de plus rebelle à toute comparaison », in C. Jung, Ma Vie, souvenirs, rêves et pensées, Gallimard, Paris, 1967. 11

individu (cela a été trop longtemps négligé) du devoir de s’informer sur l’évolution des connaissances générales et de s’éclairer. Devoir éthique bien sûr, qui ne peut donc jamais être imposé par d’autre que par sa propre conscience. Voilà l’essentiel de ce que nous allons développer dans les pages qui suivent. * Cette conception implique une prise en compte politique de l’intériorité humaine. Il serait temps, car la représentation nationale ellemême commence, plus ou moins directement, à se préoccuper de la question. Deux députés, Alain Claeys (PS), connu pour ses travaux sur l’appropriation du vivant, et le biologiste JeanSébastien Vialatte (UMP), élaborent actuellement5 des propositions dans le domaine des neurosciences, dans le cadre de la révision des lois de bioéthique. Pour les préparer, ils ont auditionné quinze experts, philosophes et sociologues, ou porteurs de débats dans ce champ. Certaines questions ont abordé un terrain à la frontière entre la science et la philosophie, siège précisément du for intérieur. Ainsi, face aux avancées des connaissances physicochimiques, neurologiques et biologiques du cerveau, nous allons nous trouver, disent les députés, devant la nécessité de définir par exemple quel sera « le statut de la conscience, de la pensée, de l'âme ou de la volonté ». Un effort supplémentaire donc devient nécessaire, de la part des philosophes, des religieux et des humanistes en général pour approfondir et affiner leurs positions. Il va
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À l’heure où nous écrivons, octobre 2008. 12

leur falloir mieux connaître et comprendre les découvertes actuelles pour asseoir leurs théories et leurs convictions. En effet, il ne faudrait pas que les scientifiques dictent seuls les bases des futures décisions politiques sur ce sujet. Le citoyen doit être tenu très informé des énormes enjeux qui se cachent derrière ces projets pour pouvoir exprimer ensuite ses opinions. Notre ouvrage a ainsi pour objet de participer à cette réflexion collective. Il propose quelques idées pouvant préfigurer un futur « droit de l’âme », à notre avis indispensable pour préserver, face au développement exponentiel des moyens d’agir sur le corps, le cerveau et la pensée de l’homme. * Que sait-on donc vraiment de ce qu’est l’homme ? Les religions et les philosophies ne sont pas d’accord entre elles sur l’existence et la survie d’un principe psychique individuel. Résurrection, retours successifs sur la Terre, refonte dans le Grand Tout, passage dans le purgatoire ou résidence définitive en Enfer ou au Paradis, disparition pure, simple et définitive : le consensus n’a pas été trouvé sur cet aspect majeur qui pose un problème, soit dit en passant, à la seule espèce humaine. Nous sommes tous d’accord que nous devons tous manger, boire, dormir, etc., mais nous nous opposons les uns les autres sur l’idée que nous nous faisons de nousmêmes et de notre humanité. Déjà, nous n’avons même pas trouvé le moyen de savoir avec certitude si la différence entre l’homme et l’animal est une différence de degré, comme le pensent Darwin et, avec lui, de nombreux contemporains, ou de nature, comme l’affirment de nombreuses religions et philosophies.
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Cette question, pourtant cruciale, est finalement laissée à l’appréciation de chacun. Très bien. Sauf qu’aujourd’hui les sciences et des technologies permettent l’exploration de nos organes les plus intimes et de nos cellules les plus infimes. L’imagerie par résonance magnétique (IRM), par exemple, fait entrer l’ il du médecin jusque dans l’organe où semble siéger notre “principe individuel”, le cerveau. Elle fait entrer son il, mais aussi sa main, par le truchement de ses outils et des substances qu’il a concoctées. En laissant la science, et notamment la médecine et son académie, décider de ce qu’est ou non l’âme humaine, ne risquons-nous pas de nous déposséder d’un pourvoir essentiel, celui de maîtriser notre vie, nos pensées, notre destin, notre être ? Si, par exemple, l’âme existe mais n’est pas décelable par les instruments actuellement en notre possession, qui peut affirmer avec certitude qu’elle n’est pas atteinte d’une façon ou d’une autre par tel ou tel mode opératoire ? Qui peut dire les conséquences pour l’âme, par exemple, d’une transplantation cardiaque, d’une transfusion sanguine, de la prise des médicaments, de la procréation médicalement assistée ? Qu’on nous comprenne bien. Il ne s’agit pas de refuser les bénéfices offerts par les extraordinaires développements scientifiques et technologiques que nous connaissons. Ils ont sauvé tellement de vies et soulagé tant de souffrances qu’il serait absurde de les contester. Mais les riches apports de ces avancées peuvent être interrogés sous un angle jusqu’à aujourd’hui ignoré, celui de leurs impacts sur notre âme, si celle-ci existe. Mais pourquoi nous interroger sur une réalité hypothétique et sans doute à jamais indémontrable ? Ne serait-ce pas une perte de temps, et une naïveté, que de réfléchir à
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