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Les magistrats ouest-allemands font l'histoire

De
226 pages
Le présent ouvrage retrace l'histoire de la Zentrale Stelle de Ludwigsburg, une institution judiciaire qui fut chargée, dès 1958, de conduire dans l'Allemagne de l'ouest les enquêtes préliminaires des crimes nazis. Cette étude analyse les tensions nées durant le processus d'émergence d'initiatives à la fois archivistique, historienne, pédagogique et civique, qui coopèrent et cohabitent avec l'instance judiciaire.
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Chemins de la Mémoire
e Chemins de la MémoireSérie XX siècle
Sila Cehreli
Le présent ouvrage retrace l’histoire de la Zentrale
Stelle de Ludwigsburg, une institution judiciaire qui
fut chargée - dès 1958 - de conduire dans l’Allemagne
de l’Ouest les enquêtes préliminaires des crimes nazis.
Approchant aujourd’hui de la fi n de sa mission judiciaire,
la Zentrale Stelle se trouve, depuis plus d’une décennie,
au centre d’intérêt de diverses initiatives – archivistique,
historienne, pédagogique, civique – commençant à gérer
son héritage à la fois documentaire et symbolique. Cette
étude analyse les tensions nées durant le processus
d’émergence de ces initiatives qui coopèrent et cohabitent
avec l’instance judiciaire dans le bâtiment blanc situé au 58,
rue Schorndorfer. Elle souligne en même temps le rapport
particulier qu’a entretenu l’équipe de Ludwigsburg, depuis
sa fondation, avec les historiens et leur méthodologie, tout
en accomplissant les bases signifi catives d’un travail de
justice.
Sila Cehreli est maître de conférences au Département francophone
d’Administration publique de l’Université de Marmara à Istanbul. Les magistrats Sa recherche s’inscrit en particulier dans les domaines de l’Histoire
contemporaine et des Droits de l’Homme. Elle a notamment publié en
2013 chez les Editions Kimé un premier livre intitulé Témoignage du ouest-allemands Khurbn. La résistance juive dans les centres de mise à mort – Chełmno,
Bełżec, Sobibór, Treblinka. font l’histoire
Photo de couverture : Le bâtiment de la Zentrale Stelle de Ludwigsburg au 58, rue Schorndorfer (avril 2014).
La Zentrale Stelle de Ludwigsburg
ISBN : 978-2-343-03466-9
9 782343 034669
22 €
eSérie XX siècle
Sila Cehreli
Les magistrats ouest-allemands font l’histoire








































Les magistrats ouest-allemands
font l’histoire
La Zentrale Stelle de Ludwigsburg














Chemins de la Mémoire

Fondée par Alain Forest, cette collection est consacrée à la publication
de travaux de recherche, essentiellement universitaires, dans le domaine
de l’histoire en général.

Relancée en 2011, elle se décline désormais par séries (chronologiques,
thématiques en fonction d’approches disciplinaires spécifiques). Depuis
2013, cette collection centrée sur l’espace européen s’ouvre à d’autres
aires géographiques.


Derniers titres parus :

FONTAINE (Olivier), Défense et défenseurs de l’île Bourbon, 1665-1810, 2014.
BECIROVIC (Bogdan), L’image du maréchal Tito en France, 1945-1980, 2014.
LE BARS (Loïc), Les professeurs de silence. Maîtres d’études, maîtres répétiteurs et
erépétiteurs au XIX siècle, 2014.
eLAGARDERE (Vincent), Le Commerce fluvial à Mont-de-Marsan du XVII au
eXVIII siècle, Le quartier du port, tome II, 2014.
BOUYER (Mathias), La principauté barroise (1301-1420). L’émergence d’un État
dans l’espace lorrain, 2014.
BOWD (Gavin), La vie culturelle de la France occupée (1914-1918), 2014.
WARLIN (Jean-Fred), J. –P. Tercier, l'éminence grise de Louis XV. Un conseiller
de l'ombre au siècle des lumières, 2014
MARC (Sandra), Les juifs de Lacaune-les-Bains (Tarn) dans l’après-guerre, 2014.
LOUIS (Abel A.), Janvier Littée, Martiniquais premier député de couleur membre
d’une assemblée parlementaire française (1752-1820), 2013.
eMARY (Sylvain), Le gaullisme aux Antilles et en Guyane au temps de la IV
République, 2013.


Ces dix derniers titres de la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions,
avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être
consultée sur le site www.harmattan.fr


Sila Cehreli



Les magistrats ouest-allemands
font l’histoire

La Zentrale Stelle de Ludwigsburg














Du même auteur
Cehreli Sila, Témoignage du Khurbn. La résistance juive dans
les centres de mise à mort – Che łmno, Bełżec, Sobibór,
Treblinka, Paris, Éditions Kimé, 2013, 355 p.



















À la mémoire de Dietrich Zeug (avril 1930-juillet 1997)





































en dan denk ik aan Brabant,
1want daar brandt nog licht .


En guise d’introduction

Ce livre aurait dû être écrit tout à fait différemment.
S’il a pris la forme actuelle, cela est dû, en grande partie,
aux sources auxquelles j’ai pu avoir accès lors d’un séjour
de cinq mois en Allemagne, celles-ci ayant, en fin de
compte, orienté le cheminement de la rédaction du
manuscrit.
Mon objectif initial était, cependant, de préparer un
travail approfondi sur l’histoire et l’équipe de la Zentrale
2Stelle de Ludwigsburg : une institution judiciaire ouest-
allemande fondée en 1958, en vue d’instruire dans la
République fédérale les enquêtes préliminaires sur les
crimes nationaux-socialistes. Approchant aujourd’hui de
la fin de sa mission judiciaire, cette institution se trouve
être déjà depuis plus d’une décennie, le centre d’intérêt de
différentes initiatives civique, archivistique, pédagogique
et historienne. Ces initiatives ont entamé une réflexion sur
l’héritage et le devenir de la vaste documentation
accumulée, tout au long d’un travail de plus de cinquante

1 « Et alors je pense à Brabant, car là est encore allumée la lumière. »
Brabant : chanson populaire néerlandaise de Guus Meeuwis.
2 Le nom allemand exact de l’institution est Die Zentrale Stelle der
Landesjustizverwaltungen zur Aufklärung nationalsozialistischer Verbrechen
in Ludwigsburg (Office central des administrations de la justice du Land
pour l’élucidation des crimes nationaux-socialistes de Ludwigsburg).
Nous utiliserons toutefois dans le texte la formule abrégée de Zentrale
Stelle de Ludwigsburg.
9 années, au siège de la Zentrale Stelle situé au 58-rue
Schorndorfer à Ludwigsburg.
J’ai pris connaissance de cette documentation alors
que je préparais une thèse de doctorat à l’Université Paris
I Panthéon-Sorbonne sur l’histoire des centres de mise à
mort de Che łmno, Be łżec, Sobibór et Treblinka : quatre
esites construits sous l’autorité du III Reich dans les
territoires occupés de la Pologne, en vue d’un seul et
unique objectif, tuer massivement des êtres humains. Si
3l’on excepte les travaux pionniers de Shmuel Krakowski
4et de Yitzhak Arad , deux survivants-historiens israéliens,
la riche historiographie de la Shoah a accordé fort peu de
place à ces camps. Certains travaux sont même allés
5jusqu’à insinuer le caractère a-historique , voire
impossible d’une tentative d’étude qui porterait sur ce
sujet précis. J’avais donc déposé mon sujet de thèse, ma
démarche s’inscrivant à l’encontre de ce courant répandu
de l’historiographie de la Shoah. Je m’étais toutefois
réservée la possibilité de modifier le sujet au cas où
l’argument lapidaire suggérant " qu’il n’y aurait, de toute
façon, aucune trace de Che łmno, Be łżec, Sobibór et
Treblinka " se verrait confirmé.
En décembre 2003, lors de mon tout premier séjour à
Ludwigsburg, je m’attendais aussi à trouver, dans le
Bureau externe du Bundesarchiv - instauré depuis avril
2000 en tant qu’établissement distinct dans le même

3 Krakowski Shmuel, Das Todeslager Che łmno / Kulmhof. Der Beginn der
« Endlösung » (Le camp de la mort de Che łmno / Kulmhof. Le début de
la « Solution finale »), Göttingen, Wallstein, 2007, 236 p.
4 Arad Yitzhak, Belzec, Sobibor, Treblinka. The Operation Reinhard Death
Camps, Bloomington, Indiana University Press, 1987, 437 p.
5 Voir, à titre d’exemple, Dawidowicz Lucy, The War Against the Jews
1933-1945, New York, Holt, Rinehart & Winston, 1975, p. xvii.
10 bâtiment que la Zentrale Stelle - quelques témoignages
seulement de rescapés de centres de mise à mort, comme
cela avait été auparavant le cas au courant de mes
recherches au Centre de documentation juive
6contemporaine à Paris, au Bundesarchiv de Berlin-
Lichterfelde et au United States Holocaust Memorial
Museum à Washington DC. Mon séjour en Pologne qui
avait précédé celui de Ludwigsburg et qui avait inclus
une visite des sites mémoriels des six camps de la mort
n’avait pas vraiment, non plus, dérogé à cette règle.
Je fus, cependant, confrontée à une toute autre
situation à la Zentrale Stelle. Dès le premier jour de ma
visite au Bundesarchiv de Ludwigsburg, je me suis rendue
compte, qu’en réalité, je me trouvais au tout début d’un
long travail d’archives. Il était aussi clair qu’ayant choisi
èmede consacrer mes études de 3 cycle à l’histoire de la
Shoah, j’allais devoir souvent revenir au 58-rue
Schorndorfer.
Ludwigsburg est, en effet, un lieu de rencontre
privilégié des historiens de la Seconde Guerre mondiale,
en général, et du génocide des Juifs, en particulier, un lieu
où tous ces historiens peuvent discuter, lors d’une brève
pause-café, de leurs travaux en voie de gestation. Les
auteurs de livres qui ont suscité des débats
historiographiques retentissants - tels que celui des "
7hommes ordinaires " versus les " bourreaux volontaires
8 9de Hitler " ou encore celui de la " Shoah par balles " -

6 C’est le nom des archives fédérales en Allemagne.
7 e Browning Christopher R., Des hommes ordinaires. Le 101 bataillon de
réserve de la police allemande et la solution finale en Pologne, Paris, Les
Belles Lettres, 1994, 284 p.
8 Goldhagen Daniel Jonah, Hitler’s Willing Executioners. Ordinary
Germans and the Holocaust, Londres, Abacus, 1996, 634 p.
11 sont effectivement passés par la Zentrale Stelle. En ce qui
me concerne, ces échanges revêtaient une grande
importance, parce que je préparais ma thèse de doctorat
en France où les travaux sur la Shoah privilégiaient – à
quelques exceptions près – les problématiques de l’ordre
de la mémoire et non pas de l’histoire factuelle.
Au fur et à mesure que mon étude sur les camps de
Che łmno, Be łżec, Sobibór et Treblinka avançait, je
découvrais aussi, dans les documents que je consultais,
des informations intéressantes sur le déroulement des
enquêtes préliminaires de la Zentrale Stelle. En particulier,
le nom de Dietrich Zeug apparaissait souvent dans les
nombreux rapports et notes qui étaient rédigés pour les
dossiers judiciaires : une documentation exposant
clairement les difficultés rencontrées par l’équipe de
Ludwigsburg dans son travail de justice qui n’a pas été
toujours soutenu par l’administration et la société ouest-
allemandes.
Ainsi, l’idée d’un projet de livre qui porterait,
essentiellement, sur les enquêtes préliminaires concernant
les centres de mise à mort et incluant, par ailleurs, une
biographie de Dietrich Zeug, le procureur qui a mené à
bien ce travail difficile, est-elle née. L’idée initiale a
ensuite évolué pour prendre finalement la forme d’un
projet centré sur l’histoire de la Zentrale Stelle en général.
L’étude en question devait reposer, avant tout, sur un
examen minutieux des archives institutionnelles de cet
établissement : une documentation qui est encore
aujourd’hui conservée par la Zentrale Stelle et qui ne sera
transférée au Bureau externe du Bundesarchiv de

9 Desbois Patrick, Porteur de mémoires. Sur les traces de la Shoah par balles,
Paris, Michel Lafon, 2007, 329 p.
12 Ludwigsburg qu’à la dissolution définitive de
10l’institution . Afin de compléter les données ainsi
recueillies dans les archives institutionnelles, que l’on
appelle Generalakten (Dossiers généraux), j’avais
également envisagé de conduire des entretiens avec les
anciens membres et les fonctionnaires actuels de l’équipe
de Ludwigsburg. Le Dr. Andreas Kunz, le second
directeur du Bureau externe du Bundesarchiv de
Ludwigsburg, tout comme le Dr. Joachim Riedel, le
directeur adjoint de la Zentrale Stelle de 2002 à 2009, furent
mes premiers interlocuteurs qui ont apporté leur soutien
à ce projet, alors qu’il n’était encore qu’à l’état d’esquisse
incertaine.
Mon intention de travailler à la réalisation d’une
étude sur la Zentrale Stelle a pris réellement forme,
cependant, un peu plus tard que prévu. Une bourse de
11recherche, de courte durée, du DAAD m’a permise,
entre le mois d’août et de septembre 2010, de prendre
connaissance de la documentation relative à l’institution
judiciaire qui avait été déjà transmise au Bureau externe
du Bundesarchiv de Ludwigsburg. Celle-ci comprenait,
notamment, les lettres adressées à la Zentrale Stelle par la
population allemande, les procès-verbaux des journées
d’études organisées chaque année entre les magistrats

10 Cf. l’Accord pour la prise en charge, par le Bundesarchiv, des
documents de l’Office central des administrations de la Justice du Land
pour l’élucidation des crimes nationaux-socialistes à Ludwigsburg, 3 p.
[ZSL, Dossiers généraux, Classeur 41-1, Instauration et compétence de
erla Zentrale Stelle, Volume II.] Cet accord est entré en vigueur, le 1
janvier 2000, suite à la réception par le Ministère de la Justice du Bade-
Wurtemberg du texte de l’accord signé par toutes les parties au
contrat.
11 Deutscher Akademischer Austausch Dienst (Service d’échange
académique allemand.)
13 ouest-allemands chargés en particulier de la poursuite
judiciaire des crimes nationaux-socialistes, ainsi que les
textes de communication préparés par les membres de
l’équipe de Ludwigsburg : ceux-ci pouvant porter sur des
problématiques à la fois juridiques et historiennes. Le
Bundesarchiv de Ludwigsburg détient également quelques
12dossiers qui avaient été préparés pour les nouveaux
membres rejoignant la Zentrale Stelle. Ceux-ci présentaient
à ces magistrats, qui venaient d’arriver à Ludwigsburg,
l’établissement, sa méthode de travail et le contexte
historique dans lequel les crimes qui faisaient l’objet
d’enquêtes diligentées par l’équipe, avaient été perpétrés.
Comme je l’ai déjà mentionné, les archives qui allaient
effectivement contribuer à la réalisation de mon projet se
trouvaient, cependant, à la Zentrale Stelle. J’ai effectué, par
conséquent, de novembre 2010 à janvier 2011, un second
séjour de recherche à Ludwigsburg grâce à une bourse
d’enseignement qui m’avait été attribuée dans le cadre du
13Programme Maclands .
L’accès aux dossiers généraux m’avait été alors
accordé par le procureur de la République Kurt Schrimm,
le directeur actuel de la Zentrale Stelle, à la condition
expresse qu’un magistrat se déclare prêt à superviser mon
accueil dans les locaux de l’institution judiciaire. Ce fut
Thomas Will, procureur et directeur adjoint, qui a bien
voulu accepter de s’en charger en sus de ses tâches

12 Voir, par exemple, le mémorandum qui décrit le travail actuel et
futur de l’Office central des administrations de la Justice du Land pour
l’élucidation des crimes nationaux-socialistes, document annexe au
errapport d’activité du 1 juillet 1970 qui a été rédigé par Adalbert
Rückerl. [BArch, B 162 / 5595, 73 folios.]
13 èmeErasmus Mundus Master of Cultural Landscapes, un programme de 3
cycle commun aux Universités de Stuttgart, Naples et Saint-Étienne.
14 judiciaires et administratives. Conformément aux règles
régissant l’accès aux dossiers généraux pour les tierces
personnes, il a pris alors le temps de procéder à un
examen préalable de ces dossiers qui m’ont été, par la
suite, communiqués par Karl-Heinz Weisshaupt et, en
l’absence de celui-ci, par Ruth Hanußek, respectivement,
directeur administratif et fonctionnaire de la Justice de la
Zentrale Stelle. Là encore, cela a constitué, pour eux, un
travail supplémentaire qu’ils ont néanmoins accompli
avec la plus grande des bienveillances. Je profite de
l’occasion, d’ailleurs, ici, de les remercier tous, en
espérant qu’ils considéreront mes quelques critiques
concernant la communication des dossiers généraux aux
visiteurs de l’institution comme le point de vue d’une
historienne pour laquelle les archives revêtent une
importance d’ordre capital.
S’il ne m’a pas été possible de consulter les dossiers
administratifs des anciens membres de la Zentrale Stelle,
j’ai découvert, en revanche, une vaste documentation
comprenant diverses catégories de correspondances, de
rapports, de procès-verbaux de réunions et de notes
14explicatives rédigées pour différents dossiers . Cette
documentation exposait clairement l’évolution
progressive de la signification de la mission
exclusivement judiciaire de la Zentrale Stelle. En même
temps, elle exposait les premiers contacts de l’institution
avec les différentes initiatives –civique, archivistique,
pédagogique, historienne – qui avaient commencé à gérer
son héritage à la fois documentaire et symbolique. Cette
lecture m’a alors conduite à revoir la problématique

14 Pour une brève présentation des sources utilisées dans la rédaction
de ce livre, se rendre à la page 210.
15 centrale de mon étude qui s’est, finalement, centrée sur le
rapport particulier que la Zentrale Stelle entretient avec
l’histoire et les historiens. Autrement dit, les dix chapitres
qui composent cet ouvrage tenteront de répondre à la
question suivante : la Zentrale Stelle qui a noué un lien
privilégié avec l’histoire dès le début de son activité
judiciaire et tout au long de son existence de plus de cinq
décennies, accorde-t-elle, aujourd’hui, une place
suffisante à la dimension historienne dans la gestion de
son héritage documentaire et symbolique ?

La rédaction de ce travail n’aurait guère été possible
sans le soutien et l’encouragement que m’ont prodiguée
plusieurs collègues et amis. Le fait de pouvoir leur
témoigner, ici, de ma reconnaissance, est un grand
bonheur pour moi.
Je voudrais commencer par exprimer ma gratitude au
Professeur Wolfram Pyta de l’Université de Stuttgart pour
m’avoir guidée et soutenue dans mes recherches
postdoctorales en Allemagne. Ce livre doit beaucoup à
nos discussions auxquelles il a bien voulu accorder de son
temps, malgré un agenda chargé.
L’équipe du Bureau externe du Bundesarchiv de
Ludwigsburg, sous la direction du Dr. Tobias Herrmann,
occupe une place tout particulière dans cette partie du
livre, pour l’accueil cordial et hautement professionnel
qu’elle réserve à tous ses visiteurs, sans distinction
aucune. À l’occasion, je tiens à remercier aussi Sidar
Toptancı et Rainer Juchheim pour l’aide qu’ils m’ont
apportée lors de mes nombreux séjours au Bundesarchiv.
Sidar Toptancı, un archiviste de l’équipe de
Ludwigsburg, m’a assurée, non seulement, un soutien
documentaire professionnel et efficace permanent tout au
16 long de ma recherche dans les locaux du Bureau externe,
lui et son épouse Esra, sans oublier leurs enfants Robin et
Lorin, m’ont toujours donnée le sentiment d’être chez moi
15à Ludwigsburg. Ji bo wî gelek spas dikim !
Mes remerciements vont aussi à Gertraud Braun et à
Hedi Schwoebel, ainsi qu’à toute l’équipe du Café Ennui
où j’ai travaillé toutes les après-midi de mon séjour de
cinq mois à Ludwigsburg, devant une Latte Macchiatto,
sur les premières ébauches de ce livre.
Comme toujours, mon texte est passé par la relecture
critique de Jean-François Forges, historien français
spécialiste d’Auschwitz-Birkenau qui, cette fois, a bien
voulu revoir un travail portant sur l’Allemagne
contemporaine.
À l’époque où je m’apprêtais à partir en Allemagne,
j’étais encore une assistante de recherche, en charge de
l’exécution de plusieurs tâches administratives. Mon
départ a coïncidé, de surcroît, avec une période difficile
au département. C’est pourquoi, il me tient
particulièrement à cœur de remercier l’équipe des
assistants du Département francophone de Sciences
politiques et administratives de l’Université de Marmara,
et, en particulier, mes amis et collègues Ebru Bulut et
Hakan Arıdemir, pour leur soutien amical.
Je voudrais, également, remercier les " Tarabiennes et
16Tarabiens " qui ont suivi les cours d’Histoire politique
(printemps 2011) et de Droits de l’homme (automne 2011)

15 Expression en kurmandji / kurde qui signifie : " je vous remercie
beaucoup pour cela ".
16 Mot inventé et utilisé par les étudiants du Département francophone
de Sciences politiques et administratives de l’Université de Marmara,
dont le campus se trouvait jusqu’en septembre 2012 à Tarabya, un
district d’Istanbul situé sur la côte européenne de la ville.
17 pour avoir partagé avec moi mon enthousiasme
concernant mes projets sur le " modèle de Ludwigsburg ".
Merci beaucoup encore une fois pour votre participation !
Comme toujours, mes parents et ma sœur Beliz m’ont
encouragée, tout au long du processus d’élaboration de ce
livre, depuis la recherche jusqu’à la rédaction. Leur
17soutien m’est d’une valeur inestimable. İyi ki varsınız !
Enfin, je souhaiterais exprimer ma reconnaissance à
Peter et Andreas Zeug pour avoir accepté de répondre à
mes questions sur Dietrich Zeug, le magistrat de la
Zentrale Stelle qui a conduit les enquêtes préliminaires sur
les crimes perpétrés dans les centres de mise à mort nazis.
Ce livre est dédié, en premier lieu, à leur père ; c’est grâce
à son travail que je n’ai pas été obligée de modifier mon
sujet de thèse.
Istanbul,
décembre 2011














17 Une expression turque qui peut se traduire par « merci pour votre
présence ».
18 Chapitre 1

La mise en place d’une institution judiciaire "
temporaire "

L’histoire – officielle - de la Zentrale Stelle commence
au lendemain de l’arrêt rendu, le 29 août 1958, au Procès
18du Einsatzkommando Tilsit devant la Cour d’assises
19d’Ulm contre Bernhard Fischer-Schweder et neuf autres
20accusés . Déjà, une correspondance, échangée à la fin du
mois d’août 1958, entre un magistrat de Stuttgart et son
collègue de Karlsruhe, évoquait la déposition de
nouvelles plaintes grâce aux données recueillies durant ce
procès. Celle-ci insistait aussi sur la nécessité de fonder
un établissement central d’enquêtes préliminaires qui

18 L’Einsatzkommando Tilsit avait exécuté, en 1941, par fusillades
systématiques, la population juive dans différentes localités situées à
proximité de la frontière germano-lituanienne.
19 Bernhard Fischer-Schweder, un ancien SS-Oberführer, a exercé en
1941 la fonction de directeur de la police de Memel dans le cadre de
l’Opération Barbarossa, l’invasion de l’Union soviétique. Il dirigea
après la guerre, sous une fausse identité, un camp de réfugiés près
d’Ulm. Il est connu pour avoir intenté un procès afin d’être réintégré
dans la fonction publique, bien que son implication dans la politique
génocidaire sous le régime national-socialiste ait été établie. Ce fut à
l’occasion de la parution d’un article de presse mentionnant ce procès
qu’un lecteur reconnut Bernhard Fischer-Schweder et déposa une
plainte contre lui, à la suite de quoi, il fut arrêté en 1956. Voir, sur ce
sujet, Rückerl Adalbert, NS-Verbrechen vor Gericht. Versuch einer
Vergangenheitsbewältigung (Les crimes nationaux-socialistes devant le
Tribunal. Tentative d’une confrontation au passé), Heidelberg, C.F.
Müller Verlag, 1982, p. 140.
20 Lettre adressée, le 5 septembre 1958, par le Ministère de la Justice du
Bade-Wurtemberg au Ministère de la Justice de la Rhénanie-du-Nord-
Westphalie. [Dossiers généraux, Classeur 41-1, Instauration et
compétence de la Zentrale Stelle, Volume 1.]
19 serait chargé d’examiner spécifiquement les crimes
21nationaux-socialistes . Quelques semaines plus tard, une
autre lettre attestait clairement du soutien manifesté par
le magistrat de Karlsruhe à cette idée précise. De peur de
heurter la sensibilité de certains Länder (États fédérés),
celui-ci a préféré, néanmoins, attendre le moment propice
22pour exprimer publiquement ce soutien . L’ensemble de
cette correspondance inclut, par ailleurs, un brouillon de
quatre pages esquissant les grandes lignes de la future
23instance judiciaire . Cette première ébauche, qui figure
dans les Dossiers généraux de la Zentrale Stelle, ressemble,
24à quelques exceptions près , au statut administratif final
qui a été adopté, pour l’institution judiciaire, le 6
novembre 1958, par les ministres de la Justice des Länder.
Il s’agit de l’accord administratif portant instauration
d’une Zentrale Stelle, un texte qui avait été soumis aux
administrations de la Justice des Länder pour approbation
25jusqu’au 30 novembre 1958 .

21 Lettre adressée, le 21 août 1958, par le parquet près du Tribunal
régional supérieur de Stuttgart au procureur général de la République
près de la Cour suprême fédérale à Karlsruhe. [ZSL, Dossiers
généraux, Classeur 41-1, Instauration, compétence et dissolution de la
Zentrale Stelle, Volume III.]
22 Lettre adressée, le 12 septembre 1958, par le procureur général de la
République près de la Cour suprême fédérale de Karlsruhe au
procureur général près du Tribunal régional supérieur de Stuttgart.
[ZSL, Dossiers généraux, Classeur 41-1, Instauration, compétence et
dissolution de la Zentrale Stelle, Volume III.]
23 Voir le document intitulé Zentrale Ermittlungsstelle (Un bureau
central d’enquête judiciaire), 4 p ; désormais l’ébauche de projet de
1958. [ZSL, Dossiers généraux, Classeur 41-1, Instauration, compétence
et dissolution de la Zentrale Stelle, Volume III.]
24 Voir ultérieurement dans ce même chapitre.
25 Écrit adressé, le 22 novembre 1958, par le Ministère de la Justice du
Bade-Wurtemberg au Ministère d’État du Bade-Wurtemberg, 2 p.
20 Nous retrouvons aussi dans la plupart des travaux
constituant l’historiographie émergeante de cette
institution judiciaire, l’argument selon lequel la justice
ouest-allemande aurait réellement pris conscience, à
partir du Procès emblématique d’Ulm, de l’existence de
graves crimes impunis qui avaient été perpétrés sous
e 26l’autorité du III Reich en Europe de l’Est . Les juristes
ont repris ensuite cet argument dans les discours qu’ils
ont prononcés à différentes occasions, que ce soit lors de
conférences ou de cérémonies d’anniversaire de la
27Zentrale Stelle .
À l’encontre de l’historiographie de la Shoah qui a
mis en avant la complicité, ou du moins le silence, de la
epopulation allemande face aux atrocités du III Reich,
Erwin Schüle ne manqua pas, non plus, de souligner que
cette institution judiciaire n’avait pas été créée en raison

[ZSL, Dossiers généraux, Classeur 41-1, Instauration et compétence de
la Zentrale Stelle, Volume I.] Ce document, qui a été signé par le Dr.
Wolfgang Haußmann, incluait une ébauche de l’accord administratif
portant instauration d’une Zentrale Stelle ; désormais l’ébauche du
projet d’accord administratif.
26À titre d’exemple, se reporter à Streim Alfred, « Der Umgang mit der
Vergangenheit am Bespiel der Zentralen Stelle der
Landesjustizverwaltungen zur Aufklärung nationalsozialistischer
Verbrechen in Ludwigsburg (L’approche du passé à travers l’exemple
de l’Office central des administrations de la justice du Land pour
l’élucidation des crimes nationaux-socialistes à Ludwigsburg) » in
Schnabel Thomas (dir.), Formen des Widerstandes im Südwesten 1933-
1945. Scheitern und Nachwirken (Des formes de résistance dans le Sud-
Ouest 1933-1945. L’échec et l’impact), Ulm, Süddeutsche
Verlagsgesellschaft, 1994, p. 322.
27 Cf. notamment, l’allocution pour l’ouverture du symposium
international prononcée par le Dr. Heinz Eyrich au nom du Ministère
pour la Justice, des Affaires du Bund et d’Europe du Bade-
Wurtemberg. [ZSL, Dossiers généraux, Classeur 41-90, Les 30 ans
d’existence de la Zentrale Stelle de Ludwigsburg, Volume 1.]
21