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Les paroisses de Montréal en crise

De
202 pages
Montréal, un des plus puissants bastions catholiques au monde est-elle en train d'assister à la disparition de son patrimoine religieux. Après des mois d'enquête au coeur de la métropole du Québec, l'auteur propose un état des lieux précis de la menace qui pèse sur le catholicisme, ses paroisses et ses églises.
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Les paroisses de Mont
réal en crise
Religions et Spiritualité dirigée par  Richard Moreau, P rofesseur émérite à l'Université de Paris XII et André Thayse, P rofesseur émérite à l'Université de Louvain  La collection Religions et Spiritualité  rassemble divers types douvrages : des études et des débats sur les grandes questions fondamentales qui se posent à lhomme, des biographies, des textes inédits ou des réimpressions de livres anciens ou méconnus. La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au dialogue inter-religieux.  Dernières parutions  Philippe Beitia, Les reliques de la Passion du Christ, 2012. Matthieu Rouillé dOrfeuil, Histoire liturgique du XX e  siècle,  2012. Alain BARBARIN, Croire en Jésus peut être raisonnable. Et si de nombreux événements bibliques sétaient déroulés autrement , 2012. Jean FROIDURE, De Jésus à Constantin. Comment le christianisme est devenu une religion , 2012. Odile BEBIN-LANGROGNET, De Savoie en Comté. Saint Pierre de Tarentaise , 2012. Philippe BEITIA, Le Rosaire. Une grande prière de la spiritualité catholique , 2011. Bernard FELIX, Rencontres avec Jésus , 2011. André THAYSE, Regards sur la foi à lécoute de la science , 2011. Francis LAPIERRE, Saint Paul et les Evangiles , 2011. Maurice VERFAILLIE, LIdentité religieuse au sein de ladventisme (1850-2006) , 2011. Philippe BEITIA, Les traditions concernant les personnages de la Bible dans les martyrologes latins , 2011. Dr Francis WEILL, Dictionnaire alphabétique des psaumes , 2011. Céline COUCHOURON-GURUNG, Les Témoins de Jéhovah en France. Sociologie dune controverse , 2011.
Fabien Venon      Les paroisses de Montréal en crise    La fin d’un bastion catholique ?                    L’H ARMATTAN
         
 
   
    
            © L'H ARMATTAN , 2012 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris   http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-96346-5 EAN : 9782296964365
 
 Introduction générale  
 L’ouvrage que vous tenez dans vos mains pose trois questions sur l’avenir d’un des plus puissants bastions catholiques au monde : Montréal. Dans la métropole du Québec, le catholicisme va-t-il mourir ? Les paroisses vont-elles mourir ? Les églises vont-elles mourir ? Que vous soyez croyant ou amateur du patrimoine religieux, si l’une de ces interrogations vous interpelle, n’hésitez pas à poursuivre votre lecture. Après des mois d’enquête, l’auteur entend vous apporter non pas des réponses définitives mais des éléments d’information suffisamment nombreux et précis pour forger votre opinion. Pour cela, commençons par un rapide tableau des enjeux de cette recherche.   Vers la fin du catholicisme ?  L’histoire de la Belle Province confère une place éminente à l’Eglise catholique. Après les turbulences sociales de la conquête anglaise - crise de l’économie rurale, forte croissance démographique, vagues d’immigration britannique, détachement des rites religieux - l’Eglise retrouve une place prépondérante dans la vie des Canadiens français lorsque les Rébellions des Patriotes de 1837-1838, d’inspiration libérale, sont réprimées dans le sang. L’institution religieuse s’impose comme un solide rempart face au pouvoir anglo-protestant. A la suite d’une vaste campagne de mission populaire et à une réorganisation sur le modèle romain, la pratique cultuelle tend à devenir unanime dès les années 1870. Cette situation perdure durant un siècle. Montréal est l’épicentre de ce mouvement. En 1947 encore, Raoul Blanchard rappelle que la puissance des établissements ecclésiastiques fait de la métropole « le véritable centre religieux de la Province, pour la foi catholique comme pour les confessions protestantes ». Ainsi, « on prête à Mark Twain une boutade affirmant qu’à n’importe quel coin de rue à
 
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Montréal, si vous lancez une pierre, elle atteindra quelque église ; ce n’est pas si mal vu. La ville est toute baignée de foi, et le rayonnement de cette ferveur religieuse est à coup sûr considérable » (Blanchard R., 1947, 267-268).  Pourtant, l’année suivante, le manifeste Refus global, considéré comme l’acte de fondation du Québec moderne, lance un véritable cri de guerre : « Au diable le goupillon ! » Suit, au cours des années 1960, la mutation sociale considérable de la Révolution tranquille. A cette date, paraît le livre évènement, Les insolences du frère Untel. La critique de la religion est sévère et elle est d’autant plus provocante qu’elle vient, cette fois-ci, non pas d’un petit cercle d’intellectuels ou d’artistes, mais du cœur de l’institution. « Historiquement, notre  catholicisme est un catholicisme de contre-Réforme. Ajoutez la conquête (protestante). Vous avez notre catholicisme crispé, apeuré, ignorant, réduit à une morale, et à une morale sexuelle, et encore négative » (Desbiens J.-P., 2000, p.75). La sécularisation des institutions et la « déchristianisation » des masses sont en marche.  Le diocèse de Montréal, érigé en 1836, est au cœur de ces très violents changements qui, en quelques années seulement, bouleversent le paysage religieux. En 2001, les deux tiers de la population du diocèse de Montréal (île de Montréal et île Jésus à l’exclusion de l’extension de l’Assomption sur la rive nord) se reconnaissent toujours catholiques (1 416 095 individus sur une population totale de 2 121 830 ; figure 1, page 7). Toutefois, 191 975 habitants dans l’île de Montréal et l’île Jésus déclarent, à la même date, n’appartenir à aucune religion (9% de la population). L’athéisme rassemble désormais la deuxième plus grande communauté derrière le catholicisme.  Certes, cette crise de l’Eglise catholique appartient à un mouvement de fond de toute la société québécoise mais le contexte montréalais est très spécifique du fait de la coexistence de nombreuses communautés culturelles. Pour Lucia Ferretti, à la fin du XIX e siècle, « Irlandais et Canadiens français semblent fort peu se côtoyer. Dans le but d’éviter les frictions inutiles,
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            Figure 1 : Déclaration dappartenance religieuse Ile de Montréal et île Jésus - 2001 5% 4% Catholiques Aucune croyance Protestants Musulmans Orthodoxes Juifs Autres
7%
9%
4%
4%
67%
Source : Recensement 2001
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chaque groupe possède non seulement ses propres écoles mais aussi ses propres institutions de charité. Ce cloisonnement institutionnel, mis très sérieusement en vigueur partout dans la ville après les Rébellions, est doublé, dans chaque quartier, d’une très étanche ségrégation spatiale » (Ferretti L., 1992, p.34). Irlandais et Canadiens français, partageant les mêmes conditions sociales, la même foi, mais pas la même langue, sont ainsi séparés par leurs lieux d’habitation et leurs lieux de rassemblement. Des paroisses distinctes sont mises en place. D’autres communautés ethniques bénéficieront du même régime de faveur : Allemands, Italiens… Les circonscriptions francophones, anglophones et ethniques sont nettement séparées. Leurs territoires se chevauchent et se recoupent. Les communautés coexistent et ne se mélangent pas. Le maillage paroissial est donc extrêmement dense à Montréal.  Sa crise récente n’en est que plus marquante : les pratiquants réguliers de l’office dominical se font rares, les vocations de prêtres sont réduites à la portion congrue et la mobilité des fidèles d’un lieu de culte à un autre ne cesse de se développer. Les frontières ancestrales sont bafouées. Cet effondrement de la paroisse est d’autant plus impressionnant que ce découpage représente au Québec le territoire d’encadrement historique des populations depuis le Régime français. Il sera donc logiquement l’objet central de notre étude du déclin de l’Eglise catholique à Montréal. Comprendre la crise des paroisses, c’est comprendre l’état de santé précaire de l’Eglise d’aujourd’hui !   Vers la fin des paroisses ?  Lorsque les Français s’installent en Nouvelle-France, ils apportent avec eux l’organisation spatiale du vieux continent : seigneuries et paroisses. Un véritable maillage territorial se met en place. « Les frontières des paroisses canadiennes furent précisées et stabilisées : d’une quarantaine qu’il était en 1685 le nombre des districts paroissiaux de la colonie avait doublé en 1721 » (Falardeau J.-C., 1952, p.216). L’organisation spatiale assure la structuration sociale nécessaire autour du clocher et du prêtre pour conserver les traditions d’hommes, de femmes et
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d’enfants abandonnés à leur sort par le traité de Paris. Nul ne peut rester insensible devant ce découpage qui a pesé d’un poids si lourd dans le maintien du fait religieux et du fait français dans la Belle Province. Ainsi, le géographe québécois Emile Miller note qu’« au bord de cette avenue fluviale, la plus belle, la plus large qui soit ouverte à travers le Nouveau-Monde, le sens d’une vie communautaire et le génie chrétien de la France ont, de concert, institué la paroisse, cellule sociale dont un avenir prochain fera voir l’étonnante puissance pour le salut  d’une race » (Miller E., 1924, p.42).  Toutefois, dès l’après-guerre, les premières failles apparaissent dans le système paroissial, notamment en milieu urbain, ce qui n’échappe pas à quelques observateurs particulièrement éclairés. « Dans les villes, la paroisse ne constitue plus ni sur le plan social, ni sur le plan national une cellule organique liée aux réalités de la vie quotidienne, et même sur le plan religieux elle n’est plus qu’une unité administrative artificielle dont l’on ne se réclame que pour les fins des registres d’état civil » (Léger J.-M., 1952, p.275).  A cette date, la crise n’est cependant que sous-jacente. Pour Jean-Charles Falardeau, « malgré le développement intensif de la vie industrielle, l’émigration de populations vers des villes nouvelles, la diversification des occupations et des allégeances économiques et professionnelles, les Canadiens français sont des catholiques que M. Le Bras classerait comme « observants réguliers ». Sauf peut-être dans certains quartiers de l’île de Montréal et dans les zones bourgeoises de quelques villes, tous fréquentent massivement l’église, qui est le plus souvent l’église d’une paroisse donnée, de leur paroisse » (Falardeau J.-C., 1952, p.225). Il faut attendre dix années de plus pour que l’auteur prenne conscience de la réelle fragilité de la paroisse, dont il dira qu’elle tend à devenir un « cadre fictif » (Falardeau J.-C., 1962, p.221). L’Eglise ferme les yeux plus longtemps encore. Durant la Révolution tranquille, le nombre de paroisses
 
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et missions ne cesse d’augmenter 1 . On en recense 243 en 1962, 274 en 1972, 278 en 1977, soit une augmentation de près de 15%.  Cette divergence entre une fonction sociale affaiblie et un organe territorial toujours plus présent conduit à s’interroger sur l’avenir des maillages paroissiaux. Comment ont évolué, durant ces dernières décennies, les trois facteurs de la crise : diminution des fidèles, faiblesse des vocations sacerdotales, mobilité des populations ? Aujourd’hui, l’affaiblissement des pratiques religieuses traditionnelles, ancrées dans un territoire borné, conduit-il enfin à remettre en cause la carte des paroisses ? Comment l’institution religieuse parvient-elle à adapter son maillage territorial aux besoins de ses ouailles ? L’étude du diocèse de Montréal s’avère particulièrement intéressante car, ici, l’Eglise catholique s’empare de ce problème à l’occasion d’un synode (1995-1998). En 2000, on ne compte plus que 276 circonscriptions, 255 en 2004. Chaque nouvelle paroisse tend alors à regrouper plusieurs lieux de culte. La question du « blanc manteau » d’églises et de chapelles, à la charge des conseils de fabrique paroissiaux, représente donc un autre point essentiel à traiter.  Vers la fin des églises paroissiales ?   Incontestablement, la pratique religieuse traditionnelle décline. Selon Statistiques Canada, à Montréal, la participation hebdomadaire aux services religieux s’établit à 15% en 1999-2000 contre 20% en 1989-1993. Toutefois, le nombre de lieux de culte catholique ne suit pas l’évolution des pratiques. En effet, le bâti a été construit dans un contexte socioreligieux particulier et s’adapte difficilement à l’introduction de nouveautés. Il est un patrimoine, c'est-à-dire un héritage que l’Eglise et la société d’aujourd’hui doivent assumer en fonction                                                  1 Dans cette étude, paroisses et missions seront, la plupart du temps, étudiées ensemble, car la mission n’est désormais qu’un palliatif à la difficulté postconciliaire de donner aux communautés ethniques des paroisses. Elles ne diffèrent guère les unes des autres, puisqu’elles sont toutes les deux des communautés catholiques réparties sur un territoire borné.
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