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Les Sanctuaires de Rome

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JEAN-MARIE MASTAÏ, aujourd’hui glorieusement régnant sous le nom de Pie IX, est né le 13 mai 1792, à Sinigaglia, ville des États romains, dans la légation d’Urbino-el-Pesaro. La famille des comtes Mastaï était une des plus anciennes et des plus estimées de la province ; c’était incontestablement la première de la ville de Sinigaglia. Les Mastaï étaient de père en fils gonfaloniers. Cet honneur était devenu presque une propriété de famille.

Il est rare qu’un grand homme ou un saint n’ait pas eu près de son berceau une femme choisie ; c’est par les secrètes influences de l’apostolat de la mère que Dieu éveille dans le cœur de l’enfant les premières révélations de sa vie morale, et qu’il lui communique ce mélange de douceur et de force qui compose les âmes d’élite.

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Jean Luquet, Anselme Tilloy

Les Sanctuaires de Rome

AU LECTEUR

Rome chrétienne, par ses monuments et ses souvenirs, fait une profession de foi permanente. Elle est, par ses ruines, le plus grand arc de triomphe ; par ses catacombes, ses tombeaux, ses reliques, elle est le plus grand mausolée ; par ses édifices, le plus grand palais ; par ses diverses liturgies, la plus grande chaire pastorale de l’univers.

 (MGR GERBET.)

LE culte que l’Église catholique rend aux reliques de ses saints n’est pas, comme l’hérésie le prétend, quelque chose d’accessoire ou d’accidentel dans le christianisme, mais il tient à son essence même, parce qu’il se produit sous l’influence de la révélation et qu’il satisfait d’ailleurs les instincts les plus intimes de la nature humaine. Toute famille vénère le tombeau de ses pères ; elle aime à les immortaliser dans son souvenir en conservant quelque chose d’eux-mêmes. Toute nation honore les tombeaux de ses grands hommes ; elle a ses musées où elle recueille et conserve avec un religieux respect les différents objets qui ont servi à leur usage. Jadis l’ancienne Égypte ne croyait pas que ses Pyramides fussent des demeures trop fastueuses pour renfermer dans leurs flancs de granit les ossements de ses souverains. La France a ses Saint-Denis, ses Sainte-Geneviève, dont elle a fait les nécropoles séculaires de la souveraineté, de la science et du génie. Bien plus, non contents de recueillir les restes de nos souverains ou de nos grands hommes sous les voûtes et dans les caveaux de nos plus belles basiliques, nous rassemblons dans nos palais jusqu’aux objets qui ont touché leurs corps, ou qu’ont maniés leurs mains : un vêtement, une armure, etc. Un livre d’heures fait revivre devant nous ce saint roi qui sut porter sur le trône de France l’héroïsme de la vertu. A celui qui nous dirait que ce livre n’est pourtant qu’un livre, nous répondrions qu’il faut avoir l’âme pétrifiée pour n’y sentir que cela. Le caractère propre de l’individualité, c’est de faire reporter sur les objets qu’elle s’est appropriés, et qui demeurent après elle, quelque chose des sentiments qui se rapportent à elle-même. On conçoit que ce culte rendu par la famille aux reliques des ancêtres et par la société aux reliques de ses grands hommes, n’a rien que de légitime, et qu’il correspond aux instincts les plus intimes de la nature. C’est la religion du souvenir, de l’admiration, de la reconnaissance et de l’amour ; c’est la piété filiale et le patriotisme élevés à la hauteur d’un culte. Malheur à une famille, malheur à une nation, si la passion du lucre ou dés jouissances étouffait en elles ce noble sentiment de la piété filiale, si le théâtre ou la bourse leur faisaient oublier le culte des vieilles tombes !

Le culte rendu par l’Église aux reliques de l’élite de ses fils, qui sont les saints, n’est que l’expression de ce sentiment : l’Église est la famille de Dieu, la nation sainte1. Donc, comme famille et comme nation, l’Église obéit au sentiment le plus élevé de la nature humaine en vénérant les restes mortels de ses enfants. Or, comme les reliques des saints sont non-seulement de vénérables débris du temps, mais des membres augustes auxquels la grâce divine a communiqué un caractère de grandeur surnaturelle, et qu’ils sont d’ailleurs marqués du sceau de la résurrection glorieuse, on conçoit dès lors que l’Église donne un caractère religieux à son culte. On conçoit qu’elle les place sur ses autels, qu’elle transforme les tombes de ses saints en glorieux reliquaires, qu’elle les couvre de fleurs, qu’elle y fasse brûler l’encens, qu’elle les entoure des symboles de la résurrection, et que ses chants, enfin, soient, non des gémissements mêlés de regrets et de larmes, mais des chants de triomphe et d’allégresse.

Remarquons encore que, par ce culte public et universel rendu aux saints et à leurs reliques, l’Église affirme son immortelle fécondité et, par là même, sa divinité. Elle peut dire à ceux que les clartés admirables de sa foi ne peuvent convaincre : Si vous ne croyez pas au témoignage de ma doctrine, croyez du moins à mes œuvres. Mes œuvres, ce sont mes saints. Partout où je passe, partout où je plante ma croix, je fais croître des vertus que le monde avant moi ne connaissait pas. Je crée des cœurs nouveaux ; d’un enfant d’Adam, je fais un saint. Donc, si je fais les œuvres de Dieu, croyez que je suis de Dieu.

Enfin, par le culte des reliques, l’Église satisfait un besoin de la piété que la religion ne doit pas négliger. Elle nous rappelle les exemples des saints et nous les rend pour ainsi dire présents. Pouvons-nous voir d’un œil indifférent les restes de ces anges qui ont passé en ce monde ? N’est-ce pas un spectacle empreint d’une beauté touchante et toute chrétienne que celui de l’Église catholique agenouillée en tous lieux sur les tombeaux de ses héros, reliant ainsi, par un mutuel échange de service et d’amour, ceux qui ont atteint le port et ceux qui luttent contre les flots de celte mer si agitée du monde, et encourageant ceux-ci par l’exemple de leurs glorieux devanciers ? Comment ne pas voir une institution profondément morale dans cette communion journalière des vivants au souvenir des vertus et aux leçons de sainteté de ceux qui se sont endormis du sommeil des justes ?

Que certains esprits, atteints d’une frivolité incurable, n’entendent rien sous ce rapport au culte des reliques, cela est dans l’ordre. Pour comprendre tout ce qui touche à l’ordre surnaturel, il faut du sérieux dans la tête et surtout dans le cœur. Mais quiconque voudra y réfléchir, je ne dis pas avec le sentiment de la piété, mais avec les simples données de la philosophie chrétienne, rendra justice à l’Église.

Ces hauts et féconds enseignements renfermés dans le culte des reliques, ne se manifestent nulle part avec une plus grande richesse d’expression que dans la capitale du monde chrétien. On en conçoit la raison. S’il est un lieu dans le monde où la sainteté doive exercer son empire et manifester ses prodiges d’abnégation et de charité, c’est évidemment la ville qui a été choisie par Dieu pour être le centre de la chrétienté. Rome qui possède dans son sein le chef de l’Église, et avec lui la chaire indéfectible de la vérité, doit être le foyer de la vie chrétienne. Mère de la vérité, elle doit être aussi la mère de la sainteté. Depuis dix-huit siècles, la ville des papes offre au monde ce divin témoignage de sa prédestination et s’affirme la ville sainte. Elle nous apparaît comme le Campo Santo du monde chrétien le plus complet qui existe. Ce que les caveaux de Saint-Denis furent autrefois pour les races royales de France, les temples et les plus humbles chapelles de Rome le sont pour une grande partie de cette dynastie de héros chrétiens qui se sont transmis, de siècle en siècle, la croix et la charité de l’Homme-Dieu. Les plus grands saints qui aient honoré le christianisme ont vécu à Rome et y ont laissé des souvenirs de leur passage. La plupart de ces hommes, qui ont été martyrs par le sang ou par la charité, ont voulu que quelque chose d’eux-mêmes allât rejoindre le grand concile des catacombes. Les voyageurs qui font le pèlerinage de Rome, ne se doutent pas des glorieux et pieux souvenirs renfermés dans la capitale du monde chrétien. Exclusivement préoccupés des souvenirs païens de leur éducation, dirigés par des Guides destinés à des voyageurs de toutes les sectes, et dont le moindre défaut est de laisser dans l’ombre le point de vue religieux, ils ne connaissent de Rome que ses ruines, la face artistique de ses monuments et le côté purement humain de ses institutions. Ils admirent le Forum où parlait Cicéron, le Théâtre de Pompée où périt César, la Voie sacrée que parcouraient les triomphateurs, le Capitole d’où partaient les édits du peuple-roi, le Panthéon d’Agrippa, les Thermes somptueux de Caracalla et l’Amphithéâtre monumental du Colisée. Les ruines de Rome païenne fixent surtout leur attention, et ils n’admirent de Rome chrétienne que les richesses artistiques de ses basiliques, de son Vatican, et l’imposante majesté des cérémonies papales. Il résulte de là que Rome chrétienne est peu connue. La ville des Papes est sans doute la ville des arts, pleine de chefs-d’œuvre incomparables qui font sa gloire, et de ruines monumentales qui rappellent les grands épisodes de l’histoire du peuple-roi ; mais elle est plus que cela : elle est encore, elle est surtout pour le catholique la grande nécropole du christianisme, le reliquaire le plus complet de la sainteté. Gardienne immortelle de tout ce qui est grand, de tout ce qui est saint, elle conserve religieusement les reliques précieuses des saints qu’elle a produits, l’école où ils ont enseigné, la cellule où ils ont prié, les lieux qu’ils ont sanctifiés, et jusqu’aux objets qui ont servi à leur usage.

Ces monuments de la sainteté sont autant de foyers d’intéressants souvenirs, qui font revivre les glorieux triomphes de la grâce.

Quel vaste champ de méditation offre au chrétien la prison Mamertine, d’où saint Pierre et saint Paul ont été conduits au martyre ! Quels exemples d’héroïsme nous rappellent les lieux témoins du martyre des jeunes vierges romaines, Cécile et Agnès ! On aime à rêver sur les ruines d’un temple, d’une statue antique, ou d’un tombeau ; mais il semble que, toute idée de culte mise à part, l’imagination et le cœur devraient être plus vivement frappés devant ces glorieux trophées de la sainteté. Les mausolées d’Adrien et de Cécilia Métella ne sont, après tout, que de magnifiques monuments, qui semblent élever jusqu’au ciel le témoignage du néant de la gloire humaine. Les tombeaux de saint Pierre et de saint Paul, et de cette dynastie de héros chrétiens qui se sont donné rendez-vous à Rome, parlent plus éloquemment à l’imagination et au cœur. Ils rappellent au chrétien les plus glorieux souvenirs des triomphes de l’âme, la victoire de l’esprit sur la chair, de la vie sur la mort. Ces tombes glorieuses, transformées en brillants reliquaires, parlent d’espérance ; tout y respire la résurrection de la vie. Tombes prophétiques qui, au rebours de toutes les autres, font penser surtout à l’avenir et qui parlent bien moins du néant de l’homme que de son immortalité.

La pensée fondamentale de ce livre est de mettre en lumière ces glorieuses reliques de Rome chrétienne. Comme j’étais forcé de m’imposer des limites, j’ai dû me borner à faire connaître les lieux sanctifiés par la présence et par les prières des principaux saints qui ont habité la ville éternelle.

Les saints dont je donne la notice offrent un ensemble de vertus qui réalise, dans les plus grandes proportions, cette image de Jésus-Christ que chaque saint, suivant le mot de l’Apôtre, a portée dans son âme et dans sa chair. La charité, qui constitue l’unité fondamentale de la sainteté, produit sans doute dans tous les serviteurs de Dieu un même portrait du Sauveur. Mais, dans cette unité même, la sainteté individuelle prend une forme différente, selon le tempérament de chaque saint. Il existe divers ordres parmi les anges de la terre, comme il y a divers chœurs parmi les anges des cieux. Chacun de ces ordres reproduit d’une manière plus saillante quelque caractère particulier de l’Homme-Dieu, de telle sorte que les traits partiels qui constituent la physionomie spirituelle de ces différents ordres, étant réunis et fondus ensemble, retracent la figure du divin Exemplaire aussi complétement qu’ils peuvent l’être dans des copies terrestres. Le choix que j’ai fait parmi les saints qui ont vécu à Rome reproduit ces différents ordres de la sainteté. Le sénat apostolique est représenté dans saint Pierre et saint Paul. L’armée des confesseurs et des martyrs y compte ses héros les plus célèbres et les plus anciens. Sans parler des saints apôtres Pierre et Paul, quels noms que ceux de Cécile et d’Agnès ! Ces deux jeunes vierges nous offrent le témoignage le plus saisissant du triomphe de la faiblesse sur la force. Le collége des docteurs est représenté par saint Grégoire le Grand ; le chœur des vierges, par la séraphique Catherine de Sienne ; enfin, les noms qui sont devenus les glorieux synonymes de l’humilité, de la pauvreté volontaire, de la subjugation des sens, de la mansuétude du martyre, de la charité, du zèle apostolique, se retrouvent dans cette galerie. Qu’il nous suffise d’indiquer, pour les fondateurs d’ordre, saint Ignace de Loyola, saint François d’Assise, saint Dominique, Paul de la Croix ; pour les œuvres de bienfaisance, saint Philippe de Néri, saint Camille de Lellis et le pieux fondateur de l’instruction primaire gratuite à Rome, saint Joseph de Calasanz ; pour les veuves, sainte Brigitte de Suède et sainte Françoise Romaine ; pour les missionnaires évangéliques, Léonard de Port-Maurice ; pour la jeunesse, saint Louis de Gonzague et saint Stanislas Kostka ; pour les pauvres, l’humble Félix de Cantalice et le bienheureux Labre.

Il suffira au lecteur de rapprocher par la pensée les vertus principales que chacun de ces saints représente spécialement, pour obtenir un ensemble de traits reproduisant la copie la moins imparfaite de la perfection de l’Homme-Dieu. C’est, j’oserai le dire, comme une mosaïque, formée, non avec des couleurs ou des morceaux de marbre, mais avec les vertus de ceux qui vécurent de la vie même de Jésus-Christ ; mosaïque doublement sacrée, et par l’objet qu’elle représente, et par les matériaux dont elle est composée. Tous les siècles chrétiens ont travaillé à cette œuvre, depuis saint Pierre qui l’a commencée jusqu’au bienheureux Joseph-Benoît Labre, qui la termine.

Quiconque se placera à ce point de vue en étudiant Rome, y admirera autre chose que l’agencement artistique de quelques pierres ; il verra les merveilles de la Rome païenne s’effacer devant les merveilles de Rome chrétienne, et jetant un regard de pitié sur le Forum, il s’écriera avec le Tasse : « O Rome, ce ne sont pas tes colonnes, tes arcs de triomphe, tes thermes que je recherche en toi, mais le sang répandu pour le Christ et les os dispersés dans cette terre maintenant consacrée. Oh ! puissé-je lui donner autant de baisers et de larmes que je puis faire de pas en traînant mes membres infirmes ! »

Que les lecteurs bienveillants me permettent de leur indiquer un motif particulier d’indulgence pour un livre qui en a tant besoin. J’ai dû me borner à remplir un cadre qui m’était tracé, à collationner, à mettre en ordre des docun ts qui m’étaient fournis, et à les compléter par ceux que j’ai recueillis moi-même pendant le séjour de deux années que j’ai fait à Rome. L’initiative de ce livre-album est dué à Mgr Luquet, évêque d’Hésebon, de sainte et vénérable mémoire. Il avait désigné lui-même les saints qui figurent dans cette galerre. La mort nous l’a enlevé avant qu’il ait pu même ébaucher l’œuvre qu’il avait conçue. J’ai tenu à respecter le cadre que le vénérable prélat s’était tracé, et à n’être que l’exécuteur d’une œuvre dont il avait posé les premières assises.

Uni avec lui dans un même sentiment de dévouement et d’amour envers le Vicaire de Jésus-Christ, je dépose humblement ce livre aux pieds de Sa Sainteté Pie IX. Daigne son regard paternel s’abaisser sur les auteurs et sur l’éditeur des Sanctuaires de Rome, et agréer l’hommage qu’ils Lui offrent comme l’expression de leur soumission à l’Église mère et maîtresse, et de leur vénération pour la personne auguste du glorieux Pontife qui la gouverne.

 

L’ABBÉ ANSELME TILLOY,

Docteur en théologie et en droit canon, aumônier du Collége Rollin.

Paris, 21 avril 1863,

Fête de saint Anselme, archevêque de Cantorbéry.

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SA SAINTETÉ

LE PAPE PIE IX

JEAN-MARIE MASTAÏ, aujourd’hui glorieusement régnant sous le nom de Pie IX, est né le 13 mai 1792, à Sinigaglia, ville des États romains, dans la légation d’Urbino-el-Pesaro. La famille des comtes Mastaï était une des plus anciennes et des plus estimées de la province ; c’était incontestablement la première de la ville de Sinigaglia. Les Mastaï étaient de père en fils gonfaloniers. Cet honneur était devenu presque une propriété de famille.

Il est rare qu’un grand homme ou un saint n’ait pas eu près de son berceau une femme choisie ; c’est par les secrètes influences de l’apostolat de la mère que Dieu éveille dans le cœur de l’enfant les premières révélations de sa vie morale, et qu’il lui communique ce mélange de douceur et de force qui compose les âmes d’élite. La comtesse Mastaï fut pour Jean-Marie cette femme choisie de Dieu. Unissant à un grand caractère une haute piété, elle n’avait pas les sottes complaisances des grandes dames de nos jours, qui, obéissant à une aveugle et coupable tendresse, entourent leurs enfants de soins amollissants. Elle s’attacha avant tout à inspirer à ses enfants une tendre et solide piété, un grand zèle pour la cause de l’Église, et une ardente charité pour les pauvres.

Le jeune Jean-Marie montra de bonne heure une vive intelligence et une vivacité extraordinaire qui se révélaient sur une figure ouverte, belle et toute pétillante d’esprit. Les premières prières qu’il apprit de sa mère demandaient à Dieu d’assister le pape Pie VI, qui était alors prisonnier de la république française.

A douze ans, Jean-Marie entra au collége de Volterra, dirigé par les religieux scolopies. Il s’y fit remarquer par une application heureuse, par la sûreté de l’esprit, la finesse du bon sens, si rare à cet âge, et enfin par cette candeur d’âme, par cette piété affectueuse et éclairée qui caractérisent les âmes prédestinées. En le voyant on pouvait toujours dire de lui ce que, dans sa charmante naïveté, le père La Rivière a écrit de saint François de Sales : « Ce béni enfant portait dans toute sa personne le caractère de la bonté ; son visage était gracieux, ses yeux doux, son regard aimant et son petit maintien si modeste que rien plus. Il semblait un petit ange. » Jean-Marie s’attacha à développer ce bonheur d’organisation. Comme il se sentait intérieurement appelé à l’état ecclésiastique, il vint à Rome pour se former à la science et aux vertus du sacerdoce auprès d’un de ses oncles qui était chanoine de Saint-Pierre. Après le retour de Pie VII, il entra à l’Académie ecclésiastique. où il passa trois ans. On raconte que le célèbre théologien Graziosi, son professeur, s’écria un jour, ému de sa charité, de sa douceur et de sa piété, que Mastaï avait le cœur d’un pape.

Jean - Marie reçut les ordres mineurs en 4818. Dès ce moment, nous le voyons se dévouer aux labeurs de l’apostolat. Il suivit d’abord, en qualité de catéchiste, des missionnaires qui se rendaient à Sinigaglia. Le 18 décembre 1818. il fut ordonné sous-diacre, et enfin promu au sacerdoce en 1819. Il célébra pour la première fois la sainte messe, le jour de Pâques, à Rome, dans le petit sanctuaire de Santa-Anna del Falegnami, sanctuaire qui servait d’église aux enfants pauvres de l’hospice de Tala-Giovanni. Ce sanctuaire lui était plus cher que toutes les basiliques : c’était la basilique de l’indigence. Il entrait dans les desseins de Dieu que l’abbé Mastaï préludât par le service volontaire des pauvres aux grandeurs de sa destinée. Nommé directeur de l’hospice par Pie VII, l’abbé Mastaï consacra sa fortune, ses soins et ses forces à la prospérité spirituelle et matérielle de cet établissement, dont il fit une institution toute nouvelle par les réformes qu’il y introduisit. Il ne tarda pas à gagner l’affection des jeunes enfants, dont il était bien moins le maître que le père. Il vivait avec eux, les connaissant tous par leur nom, les suivant tous, même après leur sortie de l’hospice, dans les diverses carrières qu’ils embrassaient. Il employait jusqu’au dernier bajocco de sa pension à procurer à ses orphelins des vêtements plus chauds, une nourriture plus saine. Sa miséricordieuse et délicate charité, non contente de nourrir ces pauvres enfants, voulait encore les dédommager de la privation des caresses maternelles en leur procurant les distractions et les plaisirs innocents que l’indigence leur refusait.

L’abbé Mastaï garda sept ans la direction de l’hospice Tata-Giovanni. A trente et un ans, il fut appelé à une autre œuvre beaucoup plus importante qui l’obligea de quitter sa famille adoptive. Mgr Muzi, envoyé au Chili par Pie VII comme vicaire apostolique, demanda l’abbé Mastaï pour auditeur. Pie VII agréa ce choix. La nouvelle de ce départ retentit comme un coup de foudre dans les salles de l’hospice. Les orphelins de Tata-Giovanni allaient perdre leur second père. Ce fut un deuil universel.

Pendant le séjour qu’il fit en Amérique, l’abbé Mastaï en visita les nombreuses missions. Il se mit ainsi d’avance en contact avec ces peuples dont il devait un jour devenir le pasteur suprême, et il apprit par lui-même à connaître les besoins des âmes dans les diverses parties du monde.

Le pape Léon XII, qui avait été singulièrement frappé de l’esprit pénétrant et du bon sens dont le jeune auditeur avait donné des preuves dans sa mission, le nomma chanoine de Sainte-Marie in Via lata ; puis, voulant mettre à profit cette activité infatigable, cet esprit d’ordre et cette générosité de dévouement que l’on avait admirés en lui dans la direction de l’hospice Tata-Giovanni, il le nomma président de la commission directrice du grand hospice de Saint-Michel à Ripa Grande.

Cet hospice est un des plus beaux et des plus grands établissements de charité que possèdent Rome et le monde. C’est à la fois une maison de retraite pour les vieillards et les infirmes, une immense école professionnelle pour les jeunes filles pauvres, et une sorte d’atelier gigantesque pour les enfants abandonnés. A l’époque ou l’abbé Mastaï fut nommé à sa direction, la situation financière de l’hospice réclamait une infatigable vigilance et une sage économie. En deux ans les déficits furent comblés, et le jeune prélat s’était acquis la considération d’un administrateur émérite. Lorsque l’ordre fut rétabli dans l’administration de l’hospice Saint-Michel, le pape Léon XII jugea que l’abbé Mastaï pouvait gouverner un diocèse ; il le nomma à l’archevêché de Spolète dans le Consistoire du 21 mai 1827. La direction de Saint-Michel n’avait pas enrichi le diligent et charitable prélat, car, pour payer ses bulles, il dut vendre une petite propriété qui lui restait.

A cette époque, Spolète nourrissait les feux de la guerre civile. La division était dans les esprits avant de descendre dans les carrefours. Elle n’y descendit pas, grâce à son nouvel archevêque. Spolète peut se rappeler tout ce que Mgr Mastaï déploya de pieuse diplomatie pour l’apaisement des passions, tout ce qu’il fit d’efforts délicats et persévérants pour amener ces haines italiennes à fraterniser, à s’amnistier entre elles, et à s’éteindre dans un universel pardon. Un jour, un seul jour, à l’époque des émeutes sanglantes de 1831, l’insurrection parut devant Spolète, mais vaincue et poursuivie par les Autrichiens. L’archevêque alla trouver le général autrichien, demanda la grâce des vaincus et l’obtint ; puis. revenant aux insurgés, il les harangua, et fit tomber à ses pieds ces armes que les Autrichiens n’auraient pu ravir qu’à des cadavres. Il désarma les rebelles et les sauva.

Lorsque Mgr Mastaï fut transféré en 1832 à l’évêché plus important d’Imola, Spolète lui témoigna des regrets unanimes. La ville envoya au pape une députation pour le conjurer de laisser son archevêque à l’amour de son diocèse.

A Imola, Monseigneur Mastaï continua ses œuvres de zèle et de dévouement. Il trouva des réformes à faire dans son diocèse ; il les fit, et, ce qui est rare, il sut faire aimer les réformes et le réformateur. Il fonda et dota une maison de retraite où chaque année il retrempait l’âme de son clergé. Il s’occupa d’étendre la sphère de l’enseignement dans son séminaire ; il établit dans son propre palais une académie biblique pour les prêtres de son diocèse. Il les réunissait une fois par mois pour traiter en commun un sujet tiré des livres sacrés. Ces conférences, qu’il présidait et dirigeait lui-même, entretenaient dans son clergé l’amour des fortes études, et mettaient en honneur dans son diocèse la haute théologie.

Grégoire XVI, qui appréciait le mérite et les vertus de Mgr Mastaï, le désigna cardinal in petto dans le Consistoire du 23 décembre 1839, et le proclama dans celui du 14 décembre 1840. Cette haute dignité ne changea rien aux habitudes de l’archevêque d’Imola. Il continua à dépenser sa personne et ses revenus au profit des pauvres. Il fonda deux maisons de refuge pour les orphelins des deux sexes ; une école gratuite fut ouverte à la classe pauvre ; il établit un collége pour les étudiants sans fortune, qui suivaient comme externes les cours du séminaire ; il confia aux sœurs de Saint-Vincent de Paul la direction de l’hospice d’Imola augmenté d’un asile pour les femmes aliénées ; il fonda de ses propres deniers un refuge pour les filles repenties, et il en confia la direction à des religieuses du Bon-Pasteur, qu’il fit venir d’Angers, en France ; enfin, il répara le tombeau de saint Cassien et décora à ses frais la chapelle de Notre-Dame des Douleurs, dans l’église des Servites. Le diocèse d’Imola admirait la charité inépuisable de son pasteur. Un seul homme y trouvait à redire : c’était Baladetti, son majordome, qui, voyant chaque jour le palais épiscopal se dégarnir de quelque objet précieux, s’indignait, en bon intendant, des folles prodigalités de la bienfaisance de son maître.

Mgr Mastaï gouvernait l’église d’Imola depuis quatorze ans. lorsque la mort du pape Grégoire XVI l’appela à Rome pour prendre part à l’élection de son successeur. Il entra au Conclave le 15 juin. Dès le premier tour du scrutin, ses craintes furent vives ; son nom avait réuni plus de voix que celui du cardinal Lambruschini, dont on regardait l’élection comme probable. Le lendemain, deux scrutins se succédèrent. La candidature du cardinal Mastaï recrutait chaque fois tous les suffrages qui désertaient le cardinal Lambruschini. Le 16 juin eut lieu le scrutin définitif. Le cardinal Mastaï fut chargé de lire tout haut les suffrages que le premier scrutateur déployait et que le second inscrivait. Il lut dix-huit fois de suite son nom. Il fallait trente-quatre voix pour atteindre la majorité canonique. Le pieux cardinal, voyant que la majorité se prononçait pour lui, voulut s’arrêter. Cette épreuve était trop forte pour sa modestie ; il conjura ses confrères de remettre à un autre le soin de lire le reste des votes. C’eût été annuler l’élection. On lui permit seulement d’interrompre la lecture : il profita de ce moment de répit pour tremper son âme dans la volonté de Dieu. Le dépouillement du scrutin s’acheva sans trouble ; trente-six voix proclamèrent le cardinal Mastaï. L’élection faite par les suffrages fut ratifiée par l’acclamation. Rome avait un souverain, et le monde catholique un pontife. Il emprunta son nom à Pie VII, son glorieux prédécesseur sur le siége d’Imola, et le lendemain, le camerlingue annonça, du haut du balcon du Quirinal, la nouvelle de l’élection au peuple romain qui remplissait la place : Annuntio vobis gaudium magnum. Papam habemus eminentissimum ac reverendissimum dominum Joannem-Mariam Mastai Ferretti, S.R.E. presbyterum cardinalem, qui sibi nomen imposuit Pius IX. « Je vous annonce une grande joie. Nous avons pour pape l’éminentissime et révérendissime seigneur Jean-Marie Mastaï Ferretti, cardinal-prêtre de la sainte Église romaine, qui a pris le nom de Pie IX. »

Le couronnement du pontife eut lieu le 21 juin, dans la basilique de Saint-Pierre. Après la messe, le nouveau pape se rendit avec son cortége sur le grand balcon, et là, en présence de Rome, de l’Italie et du monde, le camerlingue plaça la tiare sur la tête de Pie IX en prononçant la formule sacramentelle : « Recevez la tiare aux trois couronnes, et souvenez-vous que vous êtes le père des princes et le guide des rois sur la terre, le vicaire de notre Sauveur Jésus-Christ, à qui est l’honneur et la gloire dans les siècles des siècles. »

Le peuple de Rome accueillit l’élection de Pie IX par un délire d’amour et d’enthousiasme. Il n’avait pas oublié le pieux aumônier de Tata-Giovanni ; il savait qu’il était bon, que chaque douleur accueillie par lui s’en allait consolée, et qu’il avait été le père de toute une génération d’orphelins. Ainsi, les bonnes œuvres des premières années de l’abbé Mastaï revenaient au nouveau pontife en touchants souvenirs et en reconnaissance populaire. « Nous avons un pape à nous, se disait-on ; il nous aime, c’est notre père. »

L’enthousiasme fut universel à Rome, et il se traduisit pendant plus d’une année par des fêtes et des scènes populaires attendrissantes de confiance et d’amour. L’Italie et l’Europe tressaillirent au nom de Pie IX, dont on connaissait l’esprit éclairé et le grand cœur. Chacun avait comme un pressentiment que le pontificat qui commençait serait glorieux entre tous.

Le nouveau pontife voulut informer lui-même ses frères qui étaient à Sinigaglia de son élévation sur le siége de Saint-Pierre. Cette lettre peint l’âme de Pie IX :

« Rome, 16 juin, 11 heures 3/4 après midi.

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