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DE L’AMOUR EN ÉCLATS, Ad Solem, 2003

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POUR L’AMOUR DE L’AMOUR, 2009

UNE IDÉE FOLLE, CORPS ET ÂME, 2011

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À tous ceux qui espèrent
que Dieu a plus d’un tour dans son sac

« C’est la bonté qui rend Dieu populaire. »

HENRI-DOMINIQUE LACORDAIRE

Chère Madame,

 

Par un coup de grâce ou du hasard intelligent – pardonnez ce pléonasme – j’eus le bonheur dès mon enfance, et je m’en juge sacrément chanceux, de faire votre connaissance. Ce sont mes parents qui m’ont présenté à vous. Il paraît d’ailleurs que ce jour-là, en vous penchant sur mon berceau, vous avez caressé mon front avec une délicatesse et une classe inouïes tout en prononçant des formules d’amour très antiques et pourtant fraîches comme une eau pure.

Sur les années qui suivirent, à travers l’un de vos enfants prêtres, je devais apprendre que vous aviez été créée de toutes pièces par le Fils de Dieu lui-même, et que malgré vos deux mille ans d’existence, malgré les tempêtes essuyées et les chocs reçus de tous côtés et par tous les temps, vous vous étiez maintenue dans le monde, plus ou moins discrète ou incisive selon les siècles, mais toujours pimpante bien que sans fard. Interloqué, je demandai à votre prêtre la raison de ce miracle, et il me répondit que l’Esprit de Dieu vous rajeunissait continuellement sous l’influence des papes, des saints et des saintes, mais aussi des braves gens fidèles aux idées du bon Jésus auquel tout ce beau monde avait cru et croyait encore dur comme fer. C’était donc à l’Esprit de Dieu que nous devions le maintien de l’Église et peut-être même sa survie. La leçon était reçue.

Par la suite, je devais apprendre sous les rebonds de l’expérience, et souvent à mes dépens, que cet Esprit divin, dont la nature était de prendre feu et de s’étendre, n’éprouvait qu’un seul désir, pour ne pas dire qu’une envie pressante, celle d’envahir de lumière et de force l’intelligence, la volonté, la mémoire et l’imagination de l’homme, mais aussi son corps, autant dire tout son être. Dès lors, croire en cette action intérieure, revenait à reconnaître qu’une idée qui surgissait en moi, qu’une intuition qui me poursuivait, qu’une action qu’il me semblait devoir accomplir, pouvaient être l’expression de la volonté de Dieu, celle-ci ne descendant plus d’en haut pour contrecarrer mon propre désir dont j’étais porté à me méfier, mais passant désormais par lui, pour se révéler. Cette vérité qui touche au gouvernement divin des âmes, je la reçus en plein cœur juste avant que le sacerdoce me fut accordé. Cependant, je la gardais dans l’intelligence ou plus précisément dans la raison sans qu’elle ne parvînt à irriguer mes jugements sur les êtres et sur les choses. Nouveau prêtre, pris dans les mailles d’une obéissance à la lettre plus qu’à l’esprit de la Loi, j’avançais en légionnaire, et je croyais bien vous servir, certes, sourire aux lèvres, mais arme au poing, décidé à convertir la terre, qu’elle le veuille ou non. En vérité, cet élan primordial qui appartient à mon tempérament aussi passionné que combatif m’habite encore, mais avec l’âge et surtout grâce aux secousses infligées par l’Esprit de Dieu à mon prunier, j’ai fini par comprendre – oh ! mon Dieu merci – que chaque homme naissait au monde avec ses gènes, ses grâces propres et ses limites sales, que chacun sortait à l’endroit ou à l’envers d’un ventre toujours particulier et pas toujours à la page, violet ou rose poupon selon son cordon, muni en tout cas de traits uniques et inexpugnables, beau, laid, tordu, droit, et que, par conséquent, chacun méritait un traitement personnel et adapté.