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Ne faut-il pas exorciser l'Afrique noire ?

De
292 pages
Suite à une recrudescence des mentalités magico-religieuses en Afrique noire, malgré la baisse de l'analphabétisme et l'amélioration du niveau d'instruction, l'auteur s'interroge sur le bienfondé d'exorciser individuellement ou collectivement les populations et nation d'Afrique. La pratique de l'opéra rythmique et de sa musique sacrée, considérées comme des initiations rituelles pourraient-elles constituer un apport positif ?
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Ne faut-il pas exorciser l’Afrique noire ? André Mbeng
eEn ce début de xxi siècle, André Mbeng note une recrudescence
des mentalités magico-religieuses en Afrique noire, malgré la baisse de
l’analphabétisme, l’amélioration considérable du niveau d’instruction
et la conversion de la majorité de la population au christianisme et à Ne faut-il pas exorciser
l’islam. Il en veut pour preuve les récents crimes rituels du Gabon, du
Cameroun et de la Côte d’Ivoire de 2012, 2013 et 2015. l’Afrique noire ?Alors, il s’interroge : ne faut-il pas exorciser individuellement et
collectivement les populations et les nations d’Afrique noire ?
Au-delà de cette interrogation qui aborde ce qu’il y a de plus
fantastique dans la foi, à savoir la manifestation visible, physique et
instantanée des forces invisibles du Mal et du Bien et la domination in fne
du Bien sur le Mal lors d’une séance d’exorcisme, il est en réalité
question d’une double nécessité : la ré-évangélisation ou la ré-islamisation
de l’Afrique noire par une théologie de la libération, et une révision
des stratégies de gouvernance qui y sont actuellement appliquées afn
d’y insérer le déf éthique.
Dans cet ouvrage, la pratique de l’opéra rythmique et de sa
musique sacrée est alors considérée comme l’un des sacrifces, rituels
ou initiations que les Africains devraient réaliser, afn de vaincre ces
comportements, de se libérer de cette éternelle aventure ambiguë, et
de retrouver le sentier du développement durable et du progrès, au
regard de son important apport dans le processus d’internalisation
des pratiques éthiques.
André Mng , né le 27 juillet 1957 à Libamba (Makak), est pisciculteur. De
2002 à 2007, il a été maire de la commune de Makak (quartier latin de la
province Likol en pays bassa) au Cameroun.
Préface d’André Bekoume
En couverture : Interprétation d’une séance d’exorcisme individuel (Djingo) suivant la tradition
ancestrale bassa, lors de l’exécution de l’opéra Méfance aux totems de protection, par l’orchestre et
les bardes du Conservatoire de Yaoundé, Hilton Hôtel, Yaoundé, décembre 2010.
29,50 €
ISBN : 978-2-343-05056-0
HC_GF_MBENG_EXORCISER-AFRIQUE-NOIRE.indd 1 17/05/15 23:04
be
André Mbeng
Ne faut-il pas exorciser l’Afrique noire ?

















Ne faut-il pas exorciser
l’Afrique noire ?

















André MBENG






























Ne faut-il pas exorciser
l’Afrique noire ?





Préface d’André Bekoume















































































































Du même auteur


La Pratique de l’opéra en Afrique, l’Harmattan, 2010.
Recueil de chansons épiques d’Afrique, l’Harmattan, 2008.
Recueil de chansons épiques du peuple bassa du Cameroun,
l’Harmattan, 2006.




































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05056-0
EAN : 9782343050560
A Cheikh Hamidou Kane, écrivain sénégalais, pour son
important rôle joué, grâce à son roman à succès : L’aventure
ambiguë, dans l’identification et la vulgarisation de la compréhension
de l’aventure culturelle et spirituelle ambiguë que vivent l’Afrique
èmenoire et les Africains depuis leur colonisation à la fin du XIX siècle
jusqu’à ce jour ;


A Adamou Ndam Njoya, homme politique camerounais, ancien
ministre de l’Education du Cameroun(1977-1978), chez qui j’ai
entendu parler,de vive voix, pour la première fois de ma vie, lorsque
j’avais 21 ans, de l’éthique en tant que défi important à relever dans
tout programme de développement gouvernemental, à formuler ou à
mettre en œuvre en Afrique noire, afin d’envisager l’épilogue de
l’aventure ambiguë ;


Au Père Engelbert Mveng, prêtre camerounais, aujourd’hui
décédé, pour son action militante et son message poétique en faveur
de la libération de l’Afrique noire sur le plan moral et spirituel,
lesquels entrent en droite ligne dans le discours général de la
théologie de la libération que prône une partie de la chrétienté ;


Et aux pasteurs Pierre Mbenda (camerounais), Tsala Essomba
(camerounais), Christ Mabi (ivoirien), ainsi qu’à l’iman
Youenyouene Aliou de la Mosquée du Repentir à Yaoundé, pour leur
action dans la re-évangélisation et la re-islamisation de l’Afrique noire
depuis 2005, suivant la vision de la théologie de la libération, chacun
dans son style.
















































PREFACE

La lutte contre la pauvreté et le sous-développement en Afrique
noire, plus qu’ailleurs dans le monde, est une guerre impitoyable au
regard du nombre de morts que ces deux aspects du même phénomène
èmelaissent encore sur le carreau en plein XXI siècle dans cette partie
du monde.

L’un des classiques traitant des pré-requis indispensables pour
gagner une guerre, c’est le traité sur L’art de la guerre de Maître Sun
Tzu, dont une version fut traduite en français en 1772 par le Père
Amiot. Ces pré-requis ont été du reste transposés depuis plus d’un
siècle dans les techniques du management moderne des entreprises et
de l’économie du développement des nations.

D’après cet expert chinois, l’art de la guerre est dicté par cinq
principes essentiels. Le premier et le seul principe que je me permets
d’évoquer dans la préface du présent ouvrage est la croyance, la
doctrine ou la philosophie de la vie, étant donné qu’il va dans le sens
du thème que tente d’aborder l’auteur, et que le sujet me semble
subtil, sensible, délicat et difficile.

La doctrine, dit Sun Tzu, « fait naître l’unité de pensée ; elle nous
inspire une même manière de vivre et de mourir, et nous rend
intrépides et inébranlables dans les malheurs et dans la mort ». Cette
doctrine peut être négative, et entraîner votre perte à l’instar de la
doctrine nazie en Allemagne, ou positive comme celles de Martin
Luther, Martin Luther King, Ghandi ou Mandela, et contribuer au
progrès d’une grande partie de l’humanité.

Quelle est donc notre philosophie ambiante de la vie aujourd’hui
en Afrique noire au sud du Sahara? Nous permet-elle de gagner la
guerre de référence ? Nous rend-elle intrépide dans la lutte contre la
pauvreté et le sous- développement, ou alors aurait-elle tendance à
nous conduire à notre perte ?

Je sais qu’il y a actuellement en Afrique noire, depuis 2010, une
approche matérialiste des choses, qui nous a conduits vers un
frémissement positif dans le sens global de l’amélioration de la
croissance par rapport au reste du monde. Dès lors, on a vite fait de
9 conclure que l’Afrique noire n’est pas si mal partie que cela,
contrairemant à ce qu’affirmait déjà l’agronome Réné Dumond au
début des années 60, et qu’elle serait sur une bonne trajectoire. Soit !

Cependant, il n’en demeure pas moins que les indices de pauvreté
et de sous-développement restent fortement alarmants, nonobstant les
efforts fournis plus de 50 ans après les indépendances, en application
de l’approche susvisée. Pour s’en convaincre, il faut rappeler ici le
bilan lourd et meurtrier des attaques de l’ennemi de référence en
Afrique noire, qui tue encore aujourd’hui par jour, dans cette région
du monde, en moyenne 3000 personnes suivant les statistiques des
organes onusiens, réparties globalement ainsi:

- une femme des suites d’un accouchement ou de grossesse non
suivie par ignorance ou par manque de personnel de santé,
- 2 000 enfants de moins de cinq ans de malnutrition,
- 5 jeunes de moins de 30 ans dans le circuit de l’émigration
clandestine pour fuir la pauvreté dans leur pays,
- 500 personnes du paludisme,
- et 496 personnes pour les autres cas comme le VIH/SIDA,
l’Ebola, la sorcellerie, le grand banditisme et la guerre.

Alors, je dis que cette guerre demeure insidieuse, féroce et
impitoyable ! Aussi, l’approche multidimensionnelle que suggère
l’auteur, qui prend en compte l’Ethique et la spiritualité des Africains,
est aussi la bienvenue.

L’on ne peut aborder les sujets « éthique » et « spiritualité », sans
faire une modeste incursion dans le monde très complexe de Dieu et
de la religion.

C’est ainsi que, dans la plupart des langues parlées en Afrique
noire, et si je fais une traduction littérale en français, assez révélatrice,
Dieu s’appelle l’Ancêtre Primordial, c’est- à-dire le plus ancien de
tous, qui était là au commencement, et qui est par ailleurs au courant
de tout. Dieu s’appelle aussi l’Immanent, c'est-à-dire celui qui peut
tout créer, couvrir, guerir, embraser ou paralyser instantanément.
Même lorsque certaines communautés d’Afrique noire utilisent
l’appellation Soleil pour nommer Dieu, celle-ci est toujours doublée
d’un qualificatif comme « Soleil de vérité », « Soleil de lumière »,
10 « Soleil d’orientation », « Soleil de proprété », « Soleil de
connaissance », «Soleil de sagesse » ou « Soleil de vie », pour
souligner l’antériorité ou l’immanence de Dieu, et pour le différencier
de l’astre « soleil ».

Suivant la compréhension que ces mêmes communautés ont des
relations entre Dieu et elles, et des pratiques religieuses qui en
découlent, plusieurs esprits ou divinités servent d’intermédiaires entre
Lui et les êtres humains, contrairement à l’Islam qui n’a pas
d’intercesseur ou à la chrétienté qui n’en a qu’un seul : Jésus-Christ,
Fils de Dieu.

Dans cette même cosmogonie ambiante en Afrique noire au sud du
Sahara et s’agissant de la symbolique des chiffres, il est admis
qu’aucune science ne va au-delà du chiffre neuf dans ses principes de
base, théorèmes, étapes, niveaux ou axiomes. C’est la raison pour
laquelle le nombre de divinités dans toutes les communautés
d’Afrique noire est généralement inférieur ou égal à neuf. Très
souvent, c’est un multiple de trois : trois, six ou neuf.

Lorsque, dans une communauté donnée,le nombre de divinités
atteint le chiffre neuf, leur ensemble et leur cohérence intégrés
s’appellent l’ennéade. L’on parlera alors de triade lorsque ces divinités
sont au nombre de trois.

Toutefois, quand bien même un peuple donné d’Afrique noire se
reconnaîtrait dans une ennéade ou une triade, la plénitude divine dans
cette communauté ne se conçoit pas sans la dixième ou la quatrième
divinité, selon le cas,qu’est « l’ancêtre éthique », c'est-à-dire, le parent
proche ou éloigné,mort ou vivant, représentant l’idéal de
comportement éthique pour la communauté. D’où le culte des
ancêtres qui résume la réligion traditionnelle en Afrique noire. Cette
dixième ou quatrième divinité n’entre pas en concurrence avec les
neuf ou trois divinités de l’ennéade ou de la triade. Elle les résume.
Dans ce contexte, s’adresser à l’ancêtre éthique, ou s’adresser à une
divinité de l’ennéade ou de la triade, lorsqu’on veut par exemple
trouver une solution à un problème pratique, est une approche
identique pour l’Africain traditionnel.

11 C’est donc cette dixème ou quatrième divinité que célèbre
généralement le chant lyrique africain ou ce que l’auteur appelle dans
ses oeuvres et son champ d’investigation prioritaire : l’opéra
rythmique, lorsque le chant lyrique ancien (généralement épique),ou
une pièce théâtrale africaine contemporaine musicalisée, suit les
mutations qu’il suggère.

Une des dérivées du chant lyrique africain est le chant sacré
rythmique. Celui-ci respecte la même structuration musicale que
l’opéra rythmique et est davantage réservé à la sublimation des
divinités de l’ennéade ou de la triade, et, plus rarement, de l’Ancêtre
Primordial Lui-même. Le recours au chant sacré rythmique sert
généralement d’ingrédient essentiel au processus de purification du
sang, de l’âme et des relations entre le visible et l’invisible, afin de
permettre à un individu ou à une communauté de retrouver son
intégrité physique, morale ou spirituelle, en revenant vers la vision
orthodoxe de l’Ancêtre Primordial, la vision orthodoxe consistant
alors à faire la volonté de l’Ancêtre Primordial qui consiste à L’aimer
et conséquemment à aimer son semblable d’une part, et d’autre part à
avoir une relation saine avec l’argent en accomplissant d’abord la
permière fonction sociale de l’argent qui est de trouver du travail à ses
semblables. Le recours à la purification du sang, pour retrouver
l’intégrité de référence, est en général l’ultime solution dans les
communautés d’Afrique noire, lorsque toutes les autres thérapies
n’ont pas fonctionné ou donnent partiellement satisfaction.

Nous pouvons appeler ce processus de purification
« l’exorcisme », lorsque la manifestation démoniaque est visible sur
l’individu ou sur la communauté. On l’appelle par ailleurs
« délivrance », lorsque la communauté ou l’individu reste
apparemment normal, bien qu’empreint d’un dysfonctionnement
démoniaque non perceptible à première vue. Dans ce deuxième cas,
dans les communautés d’Afrique noire, l’on parle plus précisement de
« lavage » du corps ou du visage afin de le débarrasser de l’influence
négative ou démoniaque (une forme de malchance récurrente si l’on
veut rester dans une terminologie laïque) s’il s’agit d’un individu, et
de « bénédiction/délivrance », s’il s’agit d’une communauté.



12 L’exorcisation, le lavage ou la bénédiction d’un individu ou
d’une communauté en Afrique noire traditionnelle s’accompagne
toujours de l’exécution de chants sacrés rythmiques, lesquels sont par
ailleurs des sonorités multidimensionnelles.

Nous vient-il encore à l’esprit que « le lavage » ou « la
bénédiction/délivrance » est une des armes de cette guerre ?

A supposer que cette arme soit l’une des révélations de l’Ancêtre
Primordial aux peuples d’Afrique noire, la réligion traditionnelle
serait-elle encore orthodoxe et efficace pour en être le vecteur, au
moment même où sa musique sacrée tend à disparaître ?

Il se trouve néanmoins, qu’au fil du temps et des âges, l’Afrique
noire aurait tendance à déconnecter la vision de l’ancêtre humain
vénéré de celle de l’Ancêtre Primordial, et conséquemment celle des
divinités de celle de l’Ancêtre Primordial. Ce dernier est alors tenu à
l’écart des préoccupations quotidiennes de l’Africain, bien que les
sociétés africaines soient fondamentalement religieuses.

La Vision Primordiale que les Africains éloignent de leurs
pratiques et comportements quotidiens par ce fait se résume en
l’Amour Primordial, c’est-à-dire l’amour que l’être humain doit avoir
pour l’Ancêtre Primordial et pour ses semblables. L’amour pour ses
semblables n’étant alors compréhensible sur le plan humain que dans
l’application des valeurs éthiques universelles comme le respect de la
vie, la famille, la solidarité, l’honnêteté, l’honneur, la justice et le
respect des autres, lesquelles conduisent au respect du travail et de
l’intérêt général, assez absent dans les comportements des populations
de l’Afrique noire contemporaine.

Cet éloignement progressif des Africains des prescriptions de
l’Ancêtre Primordial fait que les rituels exécutés dans toutes les
cosmogonies ambiantes en Afrique noire, pour plaire aux divinités,ne
sont pas toujours conformes et cohérents avec les rituels originels
légués par l’Ancêtre Primordial, étant donné la prédominance de la
civilisation orale. En effet, du fait de l’oralité, chaque ancêtre humain
a introduit au fil du temps sa vision des commandements originels
révélés à l’être humain africain par l’Ancêtre Primordial, davantage
13 susurré par l’esprit du mal. D’où la prédominance du magico-occulte
et de la corruption.

Pourtant, le message de l’Ancêtre Primordial a toujours été
invariable, quelle que soit la religion, à savoir : « Cherchez
premièrement le royaume et la justice de l’Ancêtre Primordial, et
toutes ces choses vous seront données par-dessus ».

L’Afrique noire cherche désespérement « ces choses ». Ces choses
qu’on peut regrouper et résumer comme étant le progrès et le
développement durable.

La plupart des nations d’Afrique noire ont fêté le cinquantenaire de
leur indépendance en 2010. A cette occasion, des bilans ont été
dressés par rapport à la quête de ces choses. Dans l’ensemble des cas,
ces bilans sont mitigés. Des solutions ont alors été préconisées pour
que les fêtes du centenaire en 2060 soient plus entousiastes et
légitimes. Il se trouve que, parmi ces solutions, aucune ne s’appesantit
réellement sur l’additionnalité du message ci-dessus de l’Ancêtre
Primordial au discours officiel de développement, pourtant
inlassablement central dans la chrétienté, l’islam et le culte des
ancêtres, pratiqués en Afrique noire.

Le message de l’Ancêtre Primordial, suivant notre compréhension,
signifie que l’Afrique noire a le progrès et le développement durable
en elle-même et sous ses pieds.

La richesse, le progrès et le développement durable sont endogènes
aux communautés africaines et à leurs membres pris individuellement.

« Vous devez être le changement que vous voulez voir dans ce
monde », disait Gandhi.

En s’appropriant leur vraie culture, dépouillée de toute pesanteur
immorale et démoniaque (qui n’est que le signe de l’éloignement des
communautés africaines des prescriptions de l’Ancêtre Primordial),
ces communautés et leurs membres percevront et exploiteront enfin à
sa juste mesure ce qu’ils ont toujours eu sous leurs pieds : une
richesse naturelle et géologique abondante et incommensurable,
léguée par l’Ancêtre Primordial à leur continent, en récompense de
14 leur générosité, leur solidarité et leur amour naturels et désintéressés,
manifestés, à titre illustratif, en :

- accueillant en Afrique, Joseph, fils de Jacob (Israël), référence
fondatrice de la nation israélienne, lorsque ses frères le vendirent aux
marchands;
- donnant refuge, en Afrique, à l’enfant Jésus, lorsqu’Hérode le
recherchait pour l’exécuter;
- aidant Jésus-Christ adulte, sauveur de l’humanité, par
l’entremise du touriste lybien africain, Simon, à porter sa croix, au
moment où les Hébreux le conduisaient inexorablement vers la mort;
- honorant Salomon, fils de David, à travers la reine de Saba,
l’Ethiopienne;
- plusieurs autres autres occasions que pourraient trouver
personnellement le lecteur au vu des quatre revélations précédentes
dont il n’avait peut-être pas conscience jusqu’ici.

En effet, l’Ancêtre Primordial n’accorde la grâce du progrès et du
développement durable qu’à ceux qui sont préparés à les recevoir.Le
renouveau moral et spirituel de l’Afrique noire,lui permettant d’être
préparée à promouvoir ou à recevoir le progrès et le développement
durable, est de ce fait un vaste programme qui passe par la
redécouverte et la contextualisation de la révélation réelle de
l’Ancêtre Primordial à cette partie de l’humanité.

C’est ainsi que l’oeuvre générale d’André Mbeng sur la promotion
et la vulgarisation de l’opéra rythmique et du chant sacré rythmique en
Afrique noire en particulier, et dans le monde entier en général,
participe à sa manière à ce renouveau. De façon plus singulière, c’est
aussi le cas du présent essai sur l’exorcisation des démons africains
par le biais de la théologie de libération sur le plan religieux et par
celui de l’éthique sur un plan plus laïc.

André BEKOUME
Haut fonctionnaire camerounais de la « région » duMbam,retraité, catholique engagé et
militant convaincu de la théologie de la libération. Son point de vue sur la thématique de
l’ouvrage a été recueilli lors d’une conversation intime avec l’auteur à Yaoundé le jeudi 7
novembre 2013 à 22 heures au carrefour du Lycée bilingue, revenant ensemble d’une veillée
mortuaire.


15 INTRODUCTION

Le livre que vous venez d’ouvrir est le quatrième ouvrage que je
publie aux Editions l’Harmattan. Il est, comme les trois premiers,
globalement consacré à la promotion et à la vulgarisation de la
musique intellectuelle et spirituelle en Afrique noire où prédomine
encore aujourd’hui, dans le divertissement et les comportements,ce
qu’il est convenu d’appeler « la musique et la danse des reins et des
fesses » et sa suggestion à peine voilée sur le recours abusif au sexe, à
la drogue, l’alcool, l’argent facile et la paresse.Il s’agit de la
promotion de l’opéra, et plus singulièrement la forme d’opéra que je
qualifie d’africaine, à savoir,le genre musical africain,parfois épique
mais surtoutrythmique, préalablement modernisé suivant un itinéraire
technique en quatre phases :

- La transformation en une pièce théâtrale (interprétable par
plusieurs chanteurs et acteurs) d’un vieux chant lyrique, souvent
conté, suivant la tradition orale africaine, par un seul barde ou griot,
et dont la trame reste d’actualité. Cette transformation peut aussi être
le processus de sélection d’une pièce théâtrale contemporaine,
contextuellement africaine, à muer en chant lyrique. Il reste entendu
que certains poèmes purs, qui ne peuvent pas subir cette
transformation sans être galvaudés, garderont leur forme originelle et
seront alors exécutés en l’état;
- Une adaptation et un arrangement conséquents de la musique
originelle, en tenant compte de la multiplicité d’acteurs et de
chanteurs, ou la composition d’un rythme approprié pour toute pièce
contemporaine sélectionnée;
- Une mise en scène idoine dans un environnement orchestral
approprié ;
- La transcription en partitions musicales de chaque chant
lyrique ainsi adapté, afin de favoriser son interprétation dans l’avenir,
quel que soit l’univers culturel.

Dans cet exercice auquel se consacre encore ce nouveau livre,
plusieurs de ses développements traiteront d’une nouvelle singularité
musicale non encore abordée dans mes précédentes publications. Ces
inflexions permettront au lecteur de comprendre et de se familiariser
avec l’une des formes dérivées de cette musique rythmique
17 d’élévation qu’est la musique sacrée rythmique, propre à la culture
africaine.

Tout en ayant comme vocation principale de rapprocher l’être
humain de l’Ancêtre Primordial que nous convenons d’appeler
l’Eternel, cette dernière est également une musique qualifiée de
rythmique, à l’instar de sa musique- mère qu’est l’opéra rythmique.
C’est par ailleurs une musique multidimensionnelle qui porte en elle le
pouvoir de purification et de nettoyage du sang, et, conséquemment
de l’âme, étant donné qu’il est admis dans la spiritualité que l’âme
d’un individu est dans son sang. D’où la place qu’elle occupe dans
tous les rituels traditionnels d’exorcisme en Afrique noire.

Sur le sentier du progrès et du développement durable, je considère
l’opéra non seulement comme un art de divertissement des
populations, mais également et surtout comme un puissant support de
formation et une thérapie pouvant permettre à ces mêmes
populations et à leurs dirigeants de relever le défi éthique et spirituel
qui les interpelle aujourd’hui.

J’avais alors eu, en 2006, à baptiser cette forme d’opéra comme
étant un opéra rythmique, en référence à la particularité rythmique
des musiques africaines d’accompagnement dudit opéra, et aussi pour
le différencier des opéras classiques occidental, indien ou chinois.

La nécessité et l’urgence du retour aux pratiques éthiques dans les
nations d’Afrique noire, déclamées dans mes œuvres, se justifient par
le fait que le continent noir ayant pour priorité des priorités le
développement durable, j’essaye de rappeler, aux acteurs de ent du continent, le fait qu’il demeure constant sur le plan
théorique et même dans les faits, qu’il existe une forte corrélation
entre la culture dynamique et éthique,et le processus de
développement durable. Il en est de même du confort moral et
spirituel d’une nation donnée et de l’efficacité de son organisation
politique et sociale, ainsi que de la gestion qui en découle.

Ce retour tant souhaité des valeurs éthiques en Afrique noire peut
également permettre, de mon point de vue, d’entrevoir les
perspectives de la fin de l’aventure culturelle et spirituelle ambiguë
que vivent les Africains depuis le début de la colonisation de l’Afrique
18 èmenoire à la fin du 19 siècle, et qui se poursuit encore aujourd’hui, au
sens du célèbre romancier sénégalais Cheik Hamidou Kane.

L’un des candidats aux élections présidentielles du Cameroun de
2011, M. Olivier Bilé,très inquiet de la trajectoire peu éthique que
prend son pays depuis la fin des années 80 a, du reste,eu à formuler
son programme politique autour de cette nécessité d’un retour de ses
concitoyens et de sa nation vers la pratique et le respect des valeurs
éthiques. Il est à noter que plus de 35 ans auparavant, en 1978 plus
exactement, le ministre camerounais chargé de l’Education nationale
de cette époque, M. Adamou Ndam Njoya, aujourd’hui président d’un
parti politique d’opposition, l’Union Démocratique du Cameroun
(UDC), proposait déjà à M. Ayidjo, président du Cameroun pendant
plus de deux décennies (1960 à 1982), de tenir compte du défi éthique
dans la formulation et la mise en œuvre des différentes stratégies de
développement du Cameroun.

Le candidat Bilé avait alors eu à baptiser son programme
Le foyisme politique. Dans sa profession de foi de 2011, il définissait
le foyisme politique comme étant « un besoin ardent pour chaque
Africain (noir) de retrouver la foi en Dieu, la foi en soi et la foi en son
pays », en tant que l’un des principaux ressorts de la marche vers le
progrès dont l’Afrique noire a tant besoin.

ème èmeTrès célèbre en Afrique noire entre le 15 et le début du 20
siècle, le sublime divertissement et support spirituel des populations
qu’est le chant lyrique rythmique, ainsi que l’une de ses formes
dérivées, lamusique sacrée rythmique, sont aujourd’hui en perte de
vitesse dans le continent pour moult raisons évoquées dans mes trois
précédentes publications. Je me permets d’insister encore ici, à titre
de rappel, sur le fait qu’à mon sens, la raison principale de ce déclin
èmeest le « loupé » de la renaissance de cet opéra au début du 20
siècle, du fait, d’une part, de la colonisation de tous les pays d’Afrique
noire (à l’instar des cas du Mali et du Cameroun, sur lesquels le
présent essai va se focaliser)qui étaient aux avant-postes de la pratique
de cet art,et,d’autre part, du faitde la prédominance de la civilisation
orale dans les sociétés traditionnelles de ces pays.

Est-il alors encore besoin de rappeler ici au bon souvenir du
lecteur, s’agissant de la colonisation par exemple, du coup fatal porté
19 au mbogen en tant que système d’organisation traditionnel du peuple
bassa du Cameroun, substrat du chant lyrique rythmique et de sa
musique sacrée ? En effet, avec la mise en place, par les colons
èmeallemands et français pendant la première moitié du 20 siècle,
d’une nouvelle forme de chefferie traditionnelle afin d’encadrer et
administrer les villages du pays bassa -une organisation parallèle et
concurrente à celle des ba-mbombog (anciens chefs politiques et
spirituels traditionnels du mode d’organisation ancestral des Bassa) -
dirigée par les anciens garçons de course de ces derniers, érigés en
auxilliaires de l’administration coloniale, le glas sonna alors pour
l’organisation traditionnelle du peuple bassa, et par ricochet entraînera
la transformation du chant lyrique épique en opéra moderne.

Ma vocation, depuis l’année 2006, est alors de contribuer au
rattrapage, si possible, de ce rendez-vous manqué, en proposant le
schéma opérationnel susmentionné d’accouchement de ce bébé qu’est
l’opéra rythmique, ainsi que sa musique sacrée, tout en espérant que
d’autres artistes, chercheurs ou techniciens de la musique, plus
inspirés, ainsi que les gouvernants africains, les mécènes, les croyants
de toutes les réligions et les mélomanes de tout bord, participeront à
l’encadrement de ce « né de nouveau », si je me permets d’utiliser ici
une terminologie très usuelle chez les chrétiens pentecôtistes et
évangélistes, afin de le faire grandir et le conduire vers la maturité.

Pour cette gestation, je me consacre pour l’essentiel ces dernières
années, avec mes amis du Conservatoire de Yaoundé et l’appui dans
l’édition et la vulgarisation des Editions l’Harmattan, à la transcription
musicale des textes d’opéra rythmique du Cameroun et de l’Afrique
ème èmede l’Ouest, composés entre le 15 siècle et le milieu du 20 siècle,
répertoriés par mes soins ou par ceux du Centre d’Études et de
Recherche des Traditions Orales et des Langues Africaines
(CERDOTOLA). Ce travail est préparatoire à la création des grands
orchestres nationaux philarmoniques au sein des ministères en charge
de la culture en Afrique noire, ou privés à l’initiative de grands
mécènes.

C’est dans ce contexte que j’ai alors eu à adapter certains de ces
textes contés par les bardes ou les griots,en pièces théâtrales
dramatiques, afin qu’ils servent de déclencheurs à un opéra rythmique
plus contemporain.
20 C’est ainsi que, dans mon troisième ouvrage titré La pratique de
l’opéra en Afrique, publié en 2010 chez l’Harmattan, j’avais eu le
privilège de présenter au public la transcription musicale (assortie de
partitions) de l’opéra Les amants des veuves (Njap Makon), composé
en 1920 par le barde camerounais Joseph Mandeng (1895-2000) et
adapté par mes soins suivant l’itinéraire opérationnel et artistique
susmentionné, permettant son interprétation dans n’importe quelle
salle d’opéra dans le monde.

Dans le quatrième ouvrage que voici, je propose au public
l’examen de la thématique d’un autre opéra rythmique dont la
transcription musicale interesse actuellement le Conservatoire de
Yaoundé. Il s’agit de Méfiance aux totems de protection, composé à la
èmefin du 19 siècle par la chanteuse lyrique du pays bassa (Cameroun)
Ngo Um Manguèlè ma Ndoï (née vers 1830 et morte en 1920),
grandmère de la célèbre barde camerounaise Ngo Um Manguèlè Madeleine
(1932-1995). Le rythme musical d’accompagnement de cet opéra a été
modernisé en 2006 par le barde Mongo Mbéa, de son vrai nom Eloma
Eonè Lucas, né le 27 janvier 1959, et qui est encore vivant au moment
où j’écris ces lignes. Ce dernier, ingénieur de génie rural, travaille au
ministère camerounais en charge de l’Eau et de l’Energie, en tant que
délégué départemental à Mbalmayo, à quarante kilomètres de la ville
deYaoundé, dans la région du centre.

Contrairement à mon troisième ouvrage susmentionné, la
transcription musicale de l’opéra de référence ne se trouve pas en
annexe du livre parce que réservée aux professionnels de la
musique.Par contre, l’examen de la thématique de cet opéra s’adresse
à un public plus large à travers le présent essai en cinq chapitres titré
« Très sérieusement : Ne faut-il pas exorciser l’Afrique noire ?
(Musique sacrée et rituel d’exorcisme) », que je qualifie
d’anthropologique.L’ambition de l’essai est de permettre au lecteur de
mieux saisir non seulement la thématique de l’opéra, mais également
la place et le rôle de l’opéra en général et de la musique sacrée en
particulier dans le confort moral et spirituel d’un peuple donné.

En effet,il ne fait plus de doute que le développement économique,
social et culturel de l’Afrique noire sera toujours qualifié d’éphémère
par tout observateur averti, au regard des effets pervers (notamment la
pauvreté ambiante et les crimes) de la corruption, de la démocratie
21 tronquée et des formes anticonstitutionnelles de prise de pouvoir,
fruits entre autres, à y regarder de près,des déviances immorales et
démoniaques, si les gouvernants du continent ne replacent pas la
question éthique au centre de toutes les tentatives de formulation et de
mise en œuvre des stratégies y afférentes.

Les crises politiques et sociales en Côte d’Ivoire après les élections
présidentielles de 2010, et au Mali en 2012, avec la partition du pays
par les séparatistes touareg du MNLA et les intégristes islamistes de
tout acabit, sont assez illustratives et révélatrices à ce sujet. Il en est de
même des gâchis congolais (les deux Congo), des infantilismes
centrafricains, tchadiens et malgaches, de la barbarie somalienne,
libérienne ou sierra-léonaise, de l’intégrisme nigérian et des drames
burundais et rwandais. Les massacres barbares, que nous lisions dans
les récits historiques des décennies 50 et 60, pendant les luttes
d’indépendance, que nous croyions dernière nous, restent encore
d’actualité, comme dans un carnaval de démons et de vampires.
Suivez mon regard sur ce qui se passe en Centrafrique depuis 2013!

D’autres pays, comme le Cameroun et le Gabon, apparemment
stables, couvent encore leurs chaudrons, pourtant perceptibles à
travers des déviances immorales et démoniaques insidieuses que
côtoient leurs populations ces derniers temps. Le parlement gabonais
n’a-t-il pas récemment, en décembre 2012, levé l’immunité
parlementaire d’un sénateur, pour meurtre d’une jeune fille aux fins de
recherche de pouvoir, suivant un rituel de sacrifice humain ? Par
ailleurs, des associations humanitaires gabonaises, associées à la
première dame du Gabon, l’épouse du président Ali Bongo, ont eu à
défiler tout au long du mois d’avril 2013 dans plusieurs villes du pays
pour dénoncer la prolifération des crimes rituels dans la société
gabonaise.

Dans la ville de Yaoundé au Cameroun par exemple, et pour les
seuls mois de décembre 2012 et janvier 2013, sept crimes rituels
similaires, avec prélèvement d’organes (yeux, cœurs, mamelles et
sexes) ont été enregistrés par la police et confirmés par le ministre de
la Communication, porte-parole du gouvernement, lors d’un point de
presse le 23 janvier 2013 à la Télévision Nationale. Comme par
hasard, les crimes de Yaoundé ont été perpétrés à l’aune des élections
municipales, régionales, parlementaires et sénatoriales de 2013. Aïe !
22 Vingt quatre mois après Yaoundé, jour pour jour, c’est-à-dire en
janvier 2015, et comme si les massacres de la guerre de pouvoir
Ouattara-Gbagbo de 2013 ne suffisaient pas, la Côte d’Ivoire est une
fois de plus souillée du sang de sa population par le biais des crimes
rituels, avec la décapitation et l’extraction d’organes sur 20 enfants.
Evènements confirmés dans un article d’Agence France Presse posté
par Stéphane Bourgoin le 29 janvier 2015. Comme par extraordinaire,
cela se passe à la veille du scrutin présidentiel prévu en octobre 2015
dans le pays. Houlala !

Alors, je m’interroge dans le présent propos liminaire, si, au-delà
des causes matérielles de toute cette misère et cette boucherie, bien
perceptibles et identifiables par tout analyste, il n’y aurait pas une
forme de malédiction qui planerait sur l’Afrique noire.

Par rapport à ce questionnement, je me sens conforté par le fait que
je ne suis pas le premier à m’interroger sur l’existence probable de ce
mauvais sort qui planerait sur l’Afrique noire. Moussa Konaté, qui a
publié en février 2010 aux Editions Fayard un ouvrage titré
« L’Afrique noire est-elle maudite ? », a de très fortes présomptions
de repondre par l’affirmative.

Alors sur cette base, le développement des cinq chapitres de notre
ouvrage essaye de dire que la malédiction n’est pas une fatalité, à
condition qu’elle soit également combattue par des armes morales et
spirituelles, en complément à celles matérielles et éducatives que
proposent la plupart des stratégies de développement ambiantes en
Afrique noire. En effet, tous ceux qui suggèrent d’adjoindre aux
solutions matérielles de développement des solutions morales et
spiriruelles dans le redressement des nations et des populations savent
que, « les armes avec lesquelles… » il faut combattre la malédiction
« …ne sont pas charnelles. Mais elles sont si puissantes qu’elles
renversent les raisonnements et brisent les forteresses ».

S’il est bien admis que la bénédiction, le bonheur et la liberté se
provoquent et s’arrachent grâce aux trois types de foi auxquelles M.
Bilé fait allusion, alors, le chant lyrique et la musique sacrée font bien
partie des armes dont il est question ici.

23 A ce niveau, le lecteur peut déjà refermer le livre s’il ne croit pas
au vécu moral et spirituel de l’Afrique noire, celui de considérer que
ces populations côtoient ou entretiennent de manière permanente des
forces invisibles mues par l’esprit du Mal et l’esprit Humain, sans le
réconfort ou l’appui moral et spirituel de l’Esprit du Bien, lesquels les
rendent essentiellement contre-productives !

Au cas où vous y croyez « un tant soit peu » et que vous êtes donc
curieux d’en savoir un peu plus, c’est alors que le contenu éthique et
spirituel qu’offrent la pratique de l’opéra en Afrique en général, et
l’opéra rythmique d’Afrique en particulier, ainsi que la musique
sacrée dérivée correspondante, me semble être l’un des axes de travail
à approfondir dans le cadre de la recherche des solutions de délivrance
de l’Afrique noire de cette malédiction. Celui-ci est en même temps
une justification du soutien à la renaissance en Afrique de ce sublime
art que sont l’opéra en général et la musique sacrée rythmique en
particulier.

En tout état de cause, si notre lecteur est déjà sensible à n’importe
quelle forme de musique dans le monde, comment alors pourrait-il
penser qu’il n’existe pas des forces et des ressorts invisibles qui
justifient parfois le comportement des Africains?

Cheik Hamidou Kane, dans son roman à succès l’Aventure
ambiguë, constate avec amertume, dès les premières années de la
décennie (1958-1968) des indépendances des pays africains, en
particulier l’Afrique noire, que les peuples africains, dans leur
épanouissement, vivent une aventure culturelle et spirituelle ambiguë
dans l’expression de leur identité entre les valeurs traditionnelles, la
chrétienté, l’islam et la culture occidentale dominante, et
conséquemment dans la conduite de leur destinée.

Plus de cinquante ans après les indépendances - la plupart des Etats
d’Afrique noire ont fêté le cinquantenaire de leur indépendance en
2010 - l’aventure ambiguë semble se poursuivre, avec pour
conséquences la misère et les crimes sus-évoqués, des faits de
corruption effrénée, de démocratie tronquée, des changements de
constitution afin d’enlever dans celle-ci, par exemple,la clause de
limitation de mandat dans le seul but d’essayer de s’éterniser au
pouvoir, des prises de pouvoir anticonstitutionnelles avec les coups
24 d’Etat et les rebellions de tout acabit, de manque de fair-play à
l’instar du refus de reconnaissance par exemple d’une défaite après un
échec à une élection, autant de goulots qui ralentissent insidieusement
le progrès du continent.

Le présent ouvrage poursuit le plaidoyer du développement de la
pratique de l’opéra en Afrique, en particulier l’opéra rythmique propre
à l’Afrique et la musique sacrée dérivée correspondante, en tant que
l’un des antidotes pouvant concourir à terme à l’épilogue de l’aventure
ambiguë du continent.

Dans ce plaidoyer, je prends appui dans ma démonstration sur les
peuples mandingues du Mali et bassa du Cameroun, et
conséquemment sur les cas de ces deux pays(en tant qu’échantillons
représentatifs des populations et nations d’Afrique noire par rapport
au sujet éthique qui m’intéresse, et eu égard à leur rôle précurseur
dans la pratique de l’opéra et de la musique sacrée en Afrique) :

- le premier des cinq chapitres annoncés amène le lecteur à
redécouvrir l’omniprésence de la corruption, des déviances immorales
et démoniaques dans les sociétés contemporaines d’Afrique noire,
nonobstant l’identification sans équivoque, dans leurs pratiques
religieuses et leurs formes d’organisation politiques et sociales
traditionnelles, des valeurs et grands principes éthiques universels
comme la vie, la famille, la solidarité, l’honnêteté, l’honneur, la
justice et le respect des autres ;

- le deuxième chapitre essaye d’identifier à quel moment, de
mon point de vue, les valeurs éthiques auraient « foutu le camp » de
l’Afrique noire, pour laisser la place au Léviathan, à Abaddon,
Apollyon et Laboué, grands monstres et démons de la malédiction,
moteurs spirituels de la paresse, de la corruption, de la démocratie
tronquée et des prises de pouvoir anticonstitutionnelles. Ces maux
ainsi énumérés sont les conséquences des déviances immorales et
démoniaques qui étranglent aujourd’hui l’Afrique noire, lesquelles
sont de puissants freins au progrès du continent. Le lecteur pourrait
alors se forger un jugement sur le rôle négatif des pratiques comme le
culte aux esprits, le recours aux autels démoniaques et le sacrifice de
sang, générateurs de haine, de contre-valeurs à l’éthique et,
conséquemment, de la malédiction. Si l’Afrique noire croit au culte
25 des ancêtres, alors, l’on serait en droit de se demander si les valeurs africains seraient encore des valeurs authentiques léguées
par l’Ancêtre Primordial qu’est l’Eternel ;

- le troisième chapitre présente au lecteur mon point de vue sur
le titre et le questionnement de l’ouvrage : [Ne…] faut-il […pas alors]
exorciser l’Afrique noire ? Au-delà de cette interrogation qui aborde
ce qu’il y a de plus fantastique dans la foi, à savoir la manifestation
visible, physique et instantanée des forces invisibles du Mal et du
Bien, et la domination in fine du Bien sur le Mal lors d’une séance
d’exorcisme, il est en réalité question ici de la nécessité d’une
reévangélisation ou d’une re-islamisation de l’Afrique noire par une
théologie de la libération, ainsi que d’une révision des stratégies de
gouvernance qui y sont actuellement appliquées pour y insérer le défi
éthique. Cette théologie peut légitimement ambitionner de redécouvrir
la véritable révélation de l’Ancêtre Primordial pour l’Afrique noire.
Ce dernier ne déclare-Il pas fort opportunément dans sa Parole
que son peuple (d’Afrique noire) périt faute de connaissance, et que
lorque celui-ci connaîtra enfin la vérité, celle-ci l’affranchira ?

- le quatrième chapitre revient sur ce qui serait la contribution
de l’opéra rythmique d’Afrique et de sa musique sacrée dérivée dans
le rétablissement de l’éthique en Afrique, la rectitude de l’âme et des
comportements des Africains, et, conséquemment, la délivrance par
rapport à la malédiction susmentionnée. Mais avant cela, je prendrai le
soin de relever que le suivi obligatoire des cours d’opéra rythmique et
de sa variante musicale sacrée s’inscrivait, en Afrique noire
traditionnelle, dans le registre « des sanctions nécessaires » du
système d’inquisition traditionnel. Sans approuver l’inquisition et ses
tortures, le chapitre tentera de justifier « la mission nécessaire » de
l’opéra rythmique et de la musique sacrée dans les systèmes de
formation et de thérapie en Afrique noire;

- le cinquième chapitre esquisse la formulation d’une stratégie
sectorielle de développement de la culture, laquelle pourrait
contribuer au retour des pratiques éthiques en Afrique noire, additive
aux stratégies de gouvernance formulées et mises en oeuvre dans la
plupart des pays d’Afrique noire depuis le debut des années 2000;

26 - enfin, l’annexe de l’ouvrage présente, en supplément à
l’essai, un autre ancien chant lyrique du pays bassa au Cameroun : La
jalousie, tel que transformé en pièce théâtrale par mes soins, pour les
besoins de sa mutation ultérieure en pièce d’opéra suivant les quatre
étapes de transformation signalées plus haut.

Comme le lecteur aura certainement à le relever tout au long des
cinq chapitres annoncés, mon propos dans le présent ouvrage accrédite
la vieille thèse qui assigne au sein des peuples les valeurs éthiques en
général, l’opéra et la musique sacrée en particulier, dans l’ordre de la
Parole (c'est-à-dire de la spiritualité et du divin !).

Par cette thèse, la musique en général, l’opéra et la musique sacrée
en particulier, rejoignent fortement la théologie, en particulier la
théologie de la libération, chère à une partie de la chrétienté et de
l’islam, au regard de leur texture et de leur tessiture. Aussi, je me
réfèrerai de temps en temps, dans mon argumentaire, aux éléments
de cette sphère apparentée à la musique qu’est la théologie
(chrétienne, islamique ou ancestrale).

L’auteur



















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