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ORALITÉ ET SOUVERAINETÉ POLITIQUE EN AFRIQUE Claver BOUNDJA
Oralité et souveraineté politique en Afrique
Collection « Croire et savoir en Afrique » dirigée par Benjamin SOMBEL SARR et Claver BOUNDJA Cette collection veut être un lieu d’analyse du phénomène religieux en Afrique dans ses articulations avec le social, le politique et l’économique. L’analyse du phénomène religieux, ne saurait occulter les impacts des conflits religieux dans la désarticulation des sociétés africaines, ni ignorer par ailleurs l’implication des religions dans la résolution des conflits sociaux et politiques. L’approche religieuse plurielle de cette collection a comme objectif d’une part, d’étudier les phénomènes religieux à l’œuvre dans les sociétés africaines dans leurs articulations avec les grandes questions de société, et d’autre part de procéder à une étude scientifique et critique de la religion dans le contexte africain. Elle essaiera de déceler dans la religion non ce qui endort le peuple, mais les énergies créatrices et novatrices capables de mettre l’Afrique debout. Ainsi veut-elle montrer que si la religion peut être un frein au développement, elle est aussi acteur de développement. Le relèvement de l’Afrique doit se fonder sur des valeurs, et la religion est créatrice et fondatrice de valeurs. Dernières parutions Emmanuel MBOUA,Le déterminisme génétique et la liberté humaine. Bioéthique, 2015. Augustin KOUAME,Restauration des fondements ancestraux face aux défis de la vie,2014. Richard APPORA-NGALANIBE,L’Eglise et la démocratie en Centrafrique, 2014. Emmanuel MBOUA,Ethique du développement pour le progrès en Afrique,2014. Pierre-Paul MISSEHOUNGBE,Médias et laïcité au Sénégal, 2014. Père Constant Atta KOUADIO,Foi chrétienne et souffrance humaine. Santé, guérison et prospérité,2014. Jean-Népomucène BUNOKO,Et ce cadavre !,2014.
Claver BOUNDJA
Oralité et souveraineté politique en Afrique
© L'HARM ATTAN, 2015 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06958-6 EAN : 9782343069586
Avant-propos Du 5 au 7 décembre 2013 ont eu lieu à Abidjan, en Côte d’Ivoire, les premières journées scientifiques du Conseil Africain et Malgache de l’Enseignement Supérieur (C.A.M.E.S). Douze programmes thématiques ont été mis en place, avec des réseaux transversaux, qui regroupent des chercheurs des universités africaines de l’espace C.A.M.E.S. Notre communication orale lors de ces journées scientifiques a porté sur le thème de la recherche scientifique et de l’innovation technologique en 1 Afrique , insérée dans le neuvième programme intitulé « Gouvernance et Développement (GD) », et dans le réseau transversal « politique et gouvernance ». Les réflexions que nous présentons dans cet ouvrage sont une première contribution de philosophie fondamentale (métaphysique), sur la politique et la gouvernance en Afrique. Elles sont une pensée politique, basée sur l’imaginaire du pouvoir des peuples africains, couplé aux principes de la modernité du pouvoir venant de l’Occident. Il s’agit de penser une souveraineté, à la fois nationale et populaire, fondée sur la parole ou l’expression orale. La place centrale de l’oralité dans les traditions africaines montre que la souveraineté ou le pouvoir absolu est dans un certain « dire » de celui qui est l’origine et le détenteur légitime du pouvoir politique. La souveraineté est examinée, ici, dans la perspective de l’imaginaire politique, loin du reportage journalistique sur les faits du pouvoir en Afrique. L’imaginaire du pouvoir interroge les rapports qui lient les peuples africains, consciemment et inconsciemment, au
1  Cf. Claver BOUNDJA,« Recherche scientifique et innovation technologique en Afrique : une approche systémique »,Revue er C.A.M.E.S. Nouvelle série, Sciences Humaines, N° 002- 1 semestre 2014, p. 173-183.
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souverain ou à l’autorité politique. Ces rapports sont fondés sur un accueil affectif, par les Africains, de l’oralité des autorités, sans une prise en compte consciente de leur action politique et des résultats de leur gouvernance. L’importance de la parole en Afrique, dans sa version orale, et l’oubli des textes rédigés, ont une signification particulière. De manière symbolique, l’attachement à la parole, expression de la bouche qui parle, traduit une phase orale dans le développement de l’imaginaire collectif, tandis que l’importance donnée aux textes écrits, œuvre du travail d’une main, correspond à un imaginaire habité par le sens du travail manuel. Le développement d’un tel imaginaire vient sans doute de l’insertion brutale de l’Afrique dans la politique du monde contemporain, sans passer par un sevrage des pratiques claniques. De manière formelle, les peuples colonisés d’Afrique ont recouvré leur souveraineté depuis plus d’un demi-siècle. Ils sont des sujets autonomes du droit international. Mais un regard attentif sur le fonctionnement actuel des États africains montre que la souveraineté prêt-à-porter, venant de l’Occident moderne, n’est pas à la taille des peuples africains. Faute d’enracinement dans le sol de l’histoire et des cultures africaines, les rênes de la souveraineté démocratique sont tenues par une minorité des dirigeants arrivistes de la onzième heure, désormais ballotés dans l’entre-deux des sollicitations économiques de l’Occident et de l’Asie. Il faut donc penser la souveraineté en Afrique, en vue de la rendre présente à elle-même, dans une attention au sens qu’elle exprime dans les particularités des pouvoirs étatiques et leurs relations avec les peuples africains. Le sens de la souveraineté en Afrique apparaît en des lieux où les peuples africains organisent la vie sociale, selon les ressources propres à leurs situations. Contrainte
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historiquement, par la colonisation, au rejet du sens de sa propre souveraineté, à l’interdiction d’organiser la vie politique et sociale selon sa vision du monde, l’Afrique doit désormais faire surgir à partir d’elle-même un sens du pouvoir, capable de la reconduire à ce qui se pose comme l’universel de tous les humains, à savoir la parole : parler rassemble les humains dans l’Un. Mais dans le domaine politique, la parole, en tant que promesse électorale, est chaque fois évaluée par le bilan d’une action politique, action politique qui est une inscription sociale et historique de l’idéal collectif du vivre ensemble. Du point de vue philosophique, ce travail s’inscrit à l’intérieur du mouvement phénoménologique. Analyser la question de la souveraineté politique implique une relecture de l’histoire vécue par celui qui pense, à la lumière de son phénomène propre, par une réduction ou retour à sa compréhension authentique. Est phénoménologique, la démarche philosophique qui se réalise sous la forme d’une compréhension de l’histoire, à partir de la réduction que le phénoménologue entend proposer. L’entrée en phénoménologie requiert la mise en suspens de toutes les conceptions reçues, pour ne retenir que la vie intentionnelle (Sache selbst), et son apparaître, reconnu comme phénomène véritable, et décrite telle qu’elle se donne à voir, car la phénoménologie est un pur regard. Il s’agit donc de regarder la souveraineté politique telle qu’elle se laisse voir aux yeux de la conscience, et de la décrire, en montrant son sens ou sa compréhension.
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