Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 7,54 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Pas d'paradis aux Caraïbes

De
160 pages

Situé en république dominicaine, ce récit de politique-fiction doublé d'une enquête policière a l'efficacité du suspense et le charme de l'exotisme.

Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 211
EAN13 : 9782296309821
Signaler un abus

Pas d'paradis aux Caraïbes

Photo de couverture: Maquette: Myline.

Pierrette Lembeye-Boy.

Carl Jackson

Pas d'paradis aux Caraïbes
(Roman politico-policier)

Traduction de Claude Fivel-Demoret

,ç::-

L'aribeennes

ditipns

S, rue Lallier 75009 Paris

Ce livre a été publié par les Editions New Beacon Books Londres - 1981 , sous le titre: East wind in paradise

@ Editions CARIBEENNES, 1981 Tous droits d'adaptation et de reproduction en français réservés pour tous pays. I.S.B.N. 2-903033-37-4

A ma mère et à mon père

CHAPITRE PREMIER
MORT DANS LA PLUIE

La porte de l'Eperon cassé s'ouvrit: un policier entra. 11fit un signe de tête au sen'eur et s'appuya au bar. Son regard passa sur les consommateUI"S de ce début d'aprèsmidi. Edward Longstreet vit le policieJ.; un petit souffle froid lui frôla la nuque. Les deux hommes, à la table devant lui, interrompirent ~eur conversation qui portait sur les Dallas Cowboys et les chances qu'avait cette équipe d'arriver au Super Bowl. Lougstreet se passa la main devant les yeux. Quand il regarda de nouveau, le policier était parti. - Quelque chose ne Via pas? C'était la femme assise avec lui. Longstreet leva le nez de sa bière. Il avait oublié. - Je pensais, dit-il. Je pensais, c'est tout. Il observa le visage de l'autre côté de la table. Il se demandait ce qu'il faisait, assis là, avec une pareille garce imbécile. Elle retroussa ses lèvres enduites d'une crème orange; il put vok ses dents tachées par le tabac. Elle fit bouger ses cils et rejeta la tête en arrière, faisant décrire une courbe à sa lourde chevelure blonde. «Une vache attendant la trayeuse électrique », pensa Longstreet. Elle lui jjaisait de la peine. Après un signe par-dessus la table, elle vint s'asseoir sur son genou.

-

Prêt à y aller, maintenant? demanda-t-elle.

9

- Tu vas faire quelque chose pour moi, chérie. Elle lui 'Souriaità nouveau. II se pencha et retira l'enveloppe coincée dans sa boue. Sa main remonta sous la robe de la fille. - Qu'est-ce que tu fais? Elle ne fit aucun mouvement pour l'arrêter. « Suppose
qu'elle ne porte pas de culotte », se dit Longstreet. Ses doigts touchèrent de la soie. II eut un /Soupir de soulagement et poussa l'enveloppe à l'intérieur jusqu'à ce qu'elle soit bien calée contre les poils pubiens de la femme. lIse demanda vaguement de quelle couleur ils étaient. II eut un sourire jaune. II ne le saurait jamais. - ,Poste ça pour moi, dit-il. Ne t'inquiète pas pour le timbre. Jette-la dans la premièœ boîte à lettres que tu vois, c'est tout. Moi qui peDJ~aisavoir déjà eu ma part de cinglés. Qu'est-ce qui ne va pas chez toi? - C'est important. Ne me laisse pas tomber. Je te l'Ietrouverai chez toi plus tard. Il lui remit vingt dollars. Elle mit l'argent dans son sac à main et quitta son genou.

-

- Très bien. Mais ne sois pas long. Elle l'embrassa. JJ1lui donna dix minutes, puis se leva et marcha lentement vers la porte de devant. II s'immobilisa juste avant de l'atteindre, se retourna rapidement, sortit par derrière. Personne ne le suivit. II s'engagea dans l'allée. En trébuchant sur un tas d'ordures, ,il fit s'élever un nuage de mouches et entendit des rats. Ç'aVlait été un boulot tout simple, un travail. de routine, du genre «observer-,et-faire-rapport ». II avait obtenu l'information que voulait l'Agence, mais à un moment ouà un autre, sa couverture avait sauté. On le cherchait. Personne ne lui avait dit. II le 'savait, c'était tout. II lui fallait vite se tirer. Le bled s"appelait iKingsville. Longstreet le haïssait. Sous le bruit et les néons, ce n'était rien d'autre qu'une petite vitllecradingue de plus, au Texas, qui retenait sa
10

respiration dans l'attente d'une découverte de pétrole ou d'un boom immobilier. Et ça faisait longtemps qu'elle se retenait de respirer. Il fit une grimace. Cinq ans comme chef de poste sur les Petites Antilles, trois mois derrière un bureau à Langley, Virginie, et maintenant... ça! «Je méritais une meilleure mission », pensa-t-il. Ils l'attendaient au coin. Il avait donc eu raison. Le policier l'avait désigné: ils avaient couvert les deux sorties. LI se demanda qui avait payé le policier. Il secoua la tête. Cela n'avait désormais plus d'importance.
« Des p'tits cons, pensa-t-il. J'ai fait tout ce chemin pour venir mourir sur le couteau d'un p'tit con. » Du tranchant

de la main, il frappa un des poings armés. Sa botte tapa dur dans un entre-jambe. Un couteau l'ouvrit de la boucle de sa ceinture jusqu'au sternum. Shannon Edge était étendu à plat ventre, scrutant la mer dans ses jumelles de nuit. Il balaya la surface de gauche à droite, de l'horizon à la côte, et revint à l'horizon. Il posa les jumelles à côté de son fusil automatique. Ils étaient trois, dans la petite anse, près de la falaise. Meyers surveillait l'autre bout de la plage. Greene attendait dans les rochem au pied de la falaise. Edge lui avait dit de ne pas lever la tête et d'appeler Hervey à la radio, si quelque chose tournait mal. Un coup de vent froid et soudain, venu du ,large, fouetta l'air. Edge remonta le col de sa veste. La pluie, qui avait menacé toute la nuit, se mit à tomber comme des cordes. Il essuya l'eau sur son visage, reprit les jumelles. Le bateau arriva lentement, serrant l'ombre plus épaisse de la côte. Edge compta cinq hommes. Il jura doucement. Ils ne s'attendaient qu'à un 'seul homme. Il posa les jumelles. Une poignée de gravillons tomba près de lui. Meyers les avait vus. Un homme était à genou à la proue du bateau, étudiant la rive dans des jumelles. Queilqu'un arrêta le moteur; le bateau dériva silen-

11

cieusement vers 1a côte. Les hommes en descendirent pour le tirer jusqu'au sablage. Edge attendit qu'ils soient sur la plage. , - Restez où vous êtes et levez les mains, cria-t-il calmement. Pendant peut-être quatre secondes, il n'y eut de bruit que le murmure de la mer, pruis la crique fut secouée par le tonnerre des armes automatiques: un flot de feu se déversa sur les rochers autour d'Edge. Le groupe se sépara en cinq ombres distinctes qui coururent vers le refuge qu'offrait la falaise. Edge entendait le rythme hargneux de la culasse de son M. 16 au-dessus des coups plus sourds des 'armes tchèques. Soudain, il n'y eut plus qu'une ombre à persister dans sa progression à travers le sable. Meyers descendit le type d'une dernière rafale. Les échos se pourchassèrent vers la mer. Le calme s'établit sur la plage. Edge fouilla la mer des yeux une fois de plus. Elle était vide. TI abaissa les jumeNes, marcha vers l'endroit où Meyers était agenouillé au-dessus d'un des hommes. Meyers dirigea sa torche sur lui, tamisant la lumière de sa main. Le type était mort. TI avait été coupé presque en deux. TIs s'approchèrent avec précaution des autres corps: on a déjà vu des morts qui tuent! Mais ils n'avaient pas de soucis à se faire. Les cinq corps étaient étalés sur le sable comme des marionnettes aux fÏils cassés. «Et Hervey qui les voulait vivantJs! », pensa Edge. Mais comment faire pour tirer en blessant seulement, quand on est en pleine nuit, inférieur en nombre, et que ceux d'en face ripostent, et qu'il pleut, et qu'on a une trouille du diable? TI jura. «Hervey ferait bien de les aimer morts », pensa-t-il avec lassitude.

- Celui-ci est vivant, dit Meyers. L'homme était étendu tout seul près des rochers. TI commença à se waîner sur le sable, la main tendue, cherchant à tâtons le flingue qùi lui avait échappé. TI les entendit venir, se laissa retomber sur le ventre. Sous 12

lui, le sable devint noir dans la lumière des étoiles, qu'une trouée de nuages laissait filtrer. Edge s'agenouilla à côté de lui et le retourna. Il avait pris une rafale le long de tout le côté droit. On vO)'laitses organes internes dans le rayon de la torche de Meyers. Il remua les lèvres. Edge se pencha plus près pour entendre ce qu'il disait. - Pluie, dit l'homme. Je me mouille en dedans. Edge avait ooblié la pluiie. Il se remit à la sentir. Ils s'accroupirent près du type en attendant qu'il meure. Meyers alluma une cigarette et la plaça au coin de la bouche de l'homme; elle pendait de ses lèvres, petit point de lumière dans l'obscurité battue par la pluie. - Je suis venu ici une fois quand j'étais gamin, fit le type. - Pourquoi eNu revenu? lui demanda Edge. - Quais. J'aurais dû rester lo1n. Mais je suis rentré. Pour la cause. - Quelle cause? Sa bouche se :remplit de sang. Il mourut. Edge se leva. La pluie s'était arrêtée. Les étoiles étaient revenues. - Au boulot, dit-il. - Greene, dit Meyers, où est Greene? Dis-Iui de sortir. Meyers mit ses mains en porte-voix devant sa bouche: - Eh! Greene, appela~t-il. Tu peux sortir, maintenant. La falaise lui renvoya un écho mou. Edge jura. Pourquoi diable Hervey avait-il envoyé un gosse aussi jeune pour un boulot comme ça ? Il jura encore.

-

Allez au diable.

-

C'est Meyers qui le trouva le premier. Il était adossé à un gros rocher rond, et regardait droit devant lui, un trou au milieu du front. - Nom de Dieu! dit Meyers. - Balle perdue, fit Edge. Le pauvre gosse doit s'être dressé pour voir comment les choses se passaient.

-

Allons le cherCher, dit-il.

13

Qu'est-ce qu'on fait maintenant 1 Essaye d'avoir Hervey à la radio. D resta debout, regardant Greene, et pensa:

-

-

«Bon

Dieu! Quel foutu vilain gâchis de merde! » Meyers mit la radio ,en marche. « Bouvreuil, ici Hache
d'Arme », dit-il. Hervey répondit immédiatement: Ici Bouvreuil. Allez-y.

- n y en avait cinq, dit Edge. D entendit Hervey pousser un lent 'Soupir. - Continuez, dit Hervey. - Ds ne nous ont pas fait de cadeau. Ds ne noU'Sont laissé aucun choix. - Bon Dieu, nous en avions besoin vivants. - J'ai pensé les encercler, mais ça n'a pas marché, dit-il. D respira profondément. Quand il se remit à parler, il avait dominé sa colère. - Je suis navré, dit-il. D pleuvait fort, l'obscurité était épouvantable et nous n'étions que deux. - Je comprends, dit Hervey. Je crois que je suis un peu nerveux. Je sais que vous avez fait de votre mieux. 11 demeura silencieux pendant quelques instants. - Avez-vous réussi à tirer quelque chose de l'un d'eux 1, ajouta-t-il. Il entendit Hervey soupirer de nouveau. D y a autre chose. Greene ne se sent pas trop bien. - Est-ce grave 1 - Très grave. - Je suis navré, dit Hervey. Sa voix était lointaine. Edge savait qu'il pensait déjà à autre chose. - Emportez vos amis au camion et laissez-les-y, dit Hervey. L'équipement aussi. Tout. J'enverrai quelqu'un prendre le camion. Servez-vous du bateau pour rentrer. Un moyen de locomotion vous attendra au point 1105 de la carte. Débarrassez-vous du bateau. Autre chose: c'était du bon boulot. Je vous verrai au matin.

-

- Rien, dit Edge.

-

14

Edge arrêta la radio et se tourna vers Meyers. - Tu as entendu Hervey, dit-il. Nous devons emmener les corps au camion. - Oui, j'ai entendu Hervey. Et je voudrais 'bien lui foutre mon pied au cul, à Hervey. Ce fils de pute est assis dans une chambre climatisée et nous, on est là dans cette foutue pluie, à tirer sur des gens et à traîner des corps au sommet de la falaise. Edge! sourit dans l'obscurité. - Je sais exactement comment tu te sens, dit-il. Donne-moi un coup de main. Th se mirent à travailler, tout nus. Le sentier qui menait au sommet de la failaiseétait raide; ils glissaient souvent. Us achevèrent enfin le boulot, s'a~irent et burent une bouteille de rhum. Edge passa du sable sur les taches de sang. - La marée du matin prendra soin de ce qui nous aura échappé, dit-il. Meyers approuva de la tête. LIss'avancèrent dans le ressac, se frottèrent avec du sable et de l'eau de met'. Ils mirent le bateau à flot et y montèrent. Meyers fit partir le moteur; il prit son cap en se repéI'lant sur le phare d'Harrison Point. Edge se coucha à la poupe, les mains sous la tête, regardant les étoiles; il voyait cinq types morts dans le sarbleet Greene adossé au rocher avec un trou au milieu du front. - On arrive sur Speightstown, dit Meyers. Edge Is'assit. Le point onze-zéro-cinq était rune petite baie à huit cents mètres au nord de Speightstown. Meyers coupa le moteur. Une lumière clignota à travers les arbres. U chercha la torche dans le fond du bateau et fit son appel: H-a-c-h-e-d'-a-r-m-e, au-dessus de l'eau. - Reçu, dit Meyers. - Emmène-Ie un peu plus loin, dit Edge. TIs plongèrent ensemble; le bateau rugit en filant dans l'obscurité, avec deux grenades dans le fond. Un 15

éclair illumina la surface. Ds entendirent le vacarme de l'explosion, et sentirent le passage de l'onde de choc. Une femme traversa la plage à leur rencontre. Elle leur tendit des serviettes. Ils se séchèrent vigoureusement, passèrent des vêtements secs, puis la suivirent à la voiture. Edge se laissa aller contre le dossier de son siège. TI pensait à ta femme. Il se demandait depuis combien de temps elle travaillait pour le Bureau. Il n'avait pas pu bien la voir sur la plage. Il faisait sombre dans la voiture. Il ferma les yeux. La voiture s'arrêta. Il descendit, remercia et vit l'éclair de ses dents quand elle sourit. Meyers dormait. Edge alla directement à la douche. Quand il sortit, il se mit à préparer un rhum à l'eau de coco qu'il but avant de quitter la cuisine. Il emmena la bouteille et le verre au salon. Il fit une pause devant une aquarelle: une rivière serpentait à travers une jungle verte et luxuriante. Il l'avait payée dix dollars chez un brocanteur. Chaque fois qu'il la regardait, il pouvait presque entendre les voix des piroguiers venant de l'amont, et le jeu des poissons qui faisaient des gerbes dans les trous d'eau en aval. Il alla au casier à disques pour en choisir trois. Il alluma l'électrophone qu'il régla sur sympatico-stéréo. La voix d'Ella Fitzgerald se répandit dans la pièce comme un vreuxmiel fin sur du pain de maïs brûlant. Edge se versa un autre verre et s'assit pour attendre l'aube.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin