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Philosophie et théologie en dialogue

194 pages
Philosophie et théologie : aujourd'hui les frontières semblent s'être déplacées. En effet, la philosophie française plus que jamais s'occupe de théologie, alors que la théologie cherche dans la pensée contemporaine les moyens de son propre renouvellement. Ancré dans une pratique commune de la philosophie et de la théologie, ce volume rassemble diverses contributions de philosophes et de théologiens d'une même génération, ayant tenté de réfléchir ensemble à la nouveauté de ce rapport.
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Philosophie

et théologie en dialogue

site: www.Iibrairieharrnattan.com diEEusion.harmattan@wanadoo.Er e.mail: harmattan1@wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9635-4 EAN: 9782747596350

Sous la direction de Etntnanuel Falque Agata Zielinski

Philosophie et théologie en dialogue 1996-2006 LIFT . Une trace

L'Harmattan

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

Ouverture Philosophique Collection dirigée par Dominique Château, Agnès Lontrade et Bruno Péquignot
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou... polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Déjà parus Augustin BESNIER, L'épreuve du regard, 2005. Xavier PIETROBON, La nuit de I (insomnie, 2005. Gustavo JUST, Interpréter les théories de l'interprétation, 2005. Jean C. BAUDET, Le signe de l'humain, 2005. Stéphane VINOLO, René Girard: Du mimétisme à l 'hominisation. « La violence différante », 2005. Howard HAIR, Qu'est-ce que la philosophie ?, 2005. Sylvie MULLIE-CHATARD, De Prométhée au mythe du progrès. Mythologie de l'idéal progressiste, 2005. Raymond PERROT, De la narrativité en peinture. Essai sur la Figuration Narrative et sur le figuration en général, 2005. Robert PUJADE, Art et photographie: la critique et la crise, 2005. Jean-Luc PÉRILLIÉ, Symmetria et rationalité harmonique, 2005. Benoît A W AZI MBAMBI KUNGUA, Donation, saturation et compréhension, 2005. Jean METAlS, Pour une poétique de la pensée: l'art du possible, 2005. José Thomaz BRUM, Schopenhauer et Nietzsche. Vouloir-vivre et volonté de puissance, 2005. Vladimir JANKELEVITCH, L'odyssée de la conscience dans

la dernière philosophie de Schelling, 2005.

Au docteur Barcat en remerciement de son hospitalité au Moulin de la Montcient

PREFACE
Emmanuel Falque Agata Zielinski
On trouvera dans ce volume la «trace» d'un travail commun effectué depuis exactement dix ans (1996-2006) entre philosophes et théologiens d'une même génération et venus d'horizons divers, au sein d'un lieu d'échange et de confrontation, nommé faute de mieux LIPT : Lien Inter Philosophie et Théologie. Au rythme annuel d'une rencontre au mois d'octobre et d'un week-end au mois de mars, nombreux sont ceux qui ont traversé, sont passés ou sont restés, au sein de ce groupe de travail aussi convivial dans les relations interpersonnelles que rigoureux dans l'expression des opinions. Les textes présentés ici n'ont d'autre but que d'en marquer la mémoire, faisant ainsi acte d'une certaine manière de confronter la philosophie et la théologie à une période donnée de la vie universitaire et ecclésiale en France. Non institutionnel, ce groupe s'est cependant rapidement déclaré confessionnel, mais au delà des frontières, et par delà les murailles, souvent érigées dans le passé entre courants divers dans l'Eglise (ad intra) ou entre manières différents d'être présents dans le monde (ad extra). Homme ou femme, prêtre, religieux ou laïc, chacun a tenté d'œuvrer, pour lui-même d'abord et dans le souci de l'écoute de l'autre ensuite, à un renouveau des relations entre philosophie et théologie aujourd'hui. C'est donc à une autre façon de pratiquer ensemble ce dialogue interdisciplinaire que cet ouvrage veut inviter. Ce livre collectif possède certes ses imperfections. À entreprise modeste, résultat modeste. Mais probablement est-ce toujours par les toutes petites choses que se disent aussi ce qui est du ressort des plus grandes. ***

PHILOSOPHIE

ET THEOLOGIE

EN DIALOGUE

Le sens du kairos ou du «temps opportun» relève de la figure du sage ou de l'homme prudent en philosophie. Il se donne également à voir dans la vie du croyant, dans sa figure prophétique, et en théologie: «ils recherchaient à quel temps et à quelle circonstances (kairos) se rapportaient les indications données par l'Esprit du Christ qui était présent en eux» (1 P 1, 8). Ce qui fut ainsi donné en d'autres temps - « cet Esprit qui parle à

notre esprit» (RIn 8, 16) - l'est aussi pour notre présent, à condition d'y
croire et de toujours y faire droit. Dieu ne manque pas en effet de « souffle» - aujourd'hui pas moins qu'hier - qu'il s'agisse de l'émergence de certains 'renouveaux spirituels', ou de la présence, plus discrète et cachée, du chrétien au monde. Reste que les intuitions demeurent aveugles de n'être pas conceptualisées, et les concepts vides de n'être pas vécus. Loi de l'histoire, la nécessaire conceptualisation d'une intuition pour sa pérennisation, l'est aussi de notre histoire. Les Bonaventure ou Thomas d'Aquin d'hier - l'un pour l'intuition franciscaine et l'autre pour l'inspiration dominicaine - ont frayé cette voie que l'on se gardera aujourd'hui d'oublier. Le renouvellement de la théologie s'est toujours nourri de son contact avec la philosophie, et la philosophie a aussi parfois trouvé sa fin dans la théologie. Les défis de la foi pour le philosophe qui fait œuvre de théologie, comme pour le théologien qui intègre la philosophie dans son propre parcours, ne sont donc pas moindres aujourd'hui qu'hier. Mieux, il sont maintenant plus complexes, en cela que les concepts, ou les frontières, ont nécessairement bougé, parce que le monde aussi a changé. Sans dire autre chose, il faudra bien dire autrement les mêmes choses, de «la façon qui réponde aux exigences de notre époque» (Ouverture du Concile Vatican II). La «manière de dialoguer ensemble» entre philosophes et théologiens d'une certaine génération, d'horizons pour le moins divers, témoigne ainsi de ce qu'il faut appeler ici un « changement de paradigme» dans l'articulation entre philosophie et théologie en France aujourd'hui. S'il est un point commun à retenir de tous ces textes, c'est en effet l'absence de frontière « totalement étanche» entre les disciplines, quand bien même leur distinction demeurerait pour le moins méthodologiquement nécessaire. Il est apparu a posteriori dans la communauté de cet ouvrage que l'on pouvait, voire que l'on devait, pratiquer la théologie en faisant œuvre de philosophe, et s'initier à la philosophie en formulant un discours de théologien. De cela aussi, il faudra probablement prendre acte à l'avenir. 10

PREFACE Mais l'enjeu de ce travail n'est pas seulement théorique, il s'enracine d'abord dans une praxis. Dix années de confrontation entre philosophes et théologiens, de familiarisation réciproque en même temps que de débats engagés, nous ont en effet montré que le campement sur des positions, dans l'Église peut-être plus gravement qu'ailleurs, stérilisait la pensée comme le christianisme lui-même. Loin des nouveaux « bastions à raser », un nouvel ethos commun se cherche entre les tenants de ces disciplines, comme entre l'Église et le monde. Parce que les modalités du dialogue aujourd'hui ont changé, la conviction est ici énoncée et expérimentée qu'au pluralisme des positions répond une possible et nécessaire diversité capable sinon de s'accorder, au moins de s'entendre. Chacun s'est donc efforcé, dans ces textes comme durant ces dix années de débats amicaux, d'exprimer pour luimême d'abord, et pour d'autres ensuite, le sens de cette relation entre philosophie et théologie. De multiples confrontations et discussions ont nourri nos convictions, sans cependant les détruire ni les dresser les unes contre les autres. La diversité des états de vie a montré qu'une nouvelle unité ad intra dans l'Église entre philosophes et théologiens tentait aujourd'hui de se définir, condition probablement sine qua non d'un nouveau mode de présence ad extra. L'appel à «la modestie et au recueillement », lancé par Freud aux sciences à venir (Introduction à la psychanalyse, Payot, p. 266), s'étend aujourd'hui à la philosophie comme à la théologie. Puissions-nous simplement ici en laisser la «trace », sachant que des entreprises de notre passé dépendent les horizons ouverts pour notre avenIr. ** * On remerciera chaleureusement, et amicalement, Jérôme de Gramont et Jérôme Alexandre pour le travail ici fourni. La collégialité dans la décision de publication et dans l'élaboration de ce volume appartient aussi à sa genèse. On souhaitera certes à tous les membres de LIPT de se retrouver dans cette œuvre commune et d'en faire la publicité. Mais on attendra aussi et surtout que d'autres puissent se reconnaître dans la démarche ici proposée - manière de contribuer, fût-ce par la simple lecture, à l'œuvre de ces dix années écoulées.

Il

GENESE

DE LA GENESE DE LIPT A AUJOURD'HUI
Yves Roullière
Ni manifeste ni charte commune, la lettre rédigée en vue de la première réunion du 5 octobre 1996 montre bien l'intention et l'état d'esprit de quelques jeunes philosophes et théologiens invitant leurs pairs à se réunir autour d'un projet commun encore à définir: Chers amis, Un certain nombre de jeunes philosophes et théologiens de différentes sensibilités spirituelles et de diverses appartenances ecclésiales se sont rencontrés il y a peu. Ils dressent ensemble un constat commun quant au paysage intellectuel catholique français: (a) nombre de questions de nature théologique (ou ayant une parenté avec elle) animent aujourd'hui l'université française, en particulier quant au rapport à établir entre phénoménologie et théologie. Le pamphlet de Dominique Janicaud Le tournant théologique de la phénoménologie française (1991) en est sinon la preuve, au moins le signe. Les théologiens eux-mêmes - ou ceux qui font profession de l'exercer - ne semblent pas ou peu prendre part à ce débat. Sans qu'il soit nécessaire pour chacun d'être phénoménologue patenté, il paraît aujourd'hui urgent que naisse aussi un tel débat au sein de l'Eglise elle-même. La phénoménologie indique peut-être au moins une autre manière de faire de la théologie, moins systématique et plus descriptive. De nombreux universitaires explicitement ou non chrétiens s'attellent aujourd'hui à la tâche (Emmanuel Lévinas, Jean-Luc Marion, Michel Henry, Jean-Louis Chrétien, Didier Franck...). Qu'en est-il des philosophes et des théologiens, en particulier au sein de l'Eglise de France?

PIllLOSOPIllE ET THEOLOGIE EN DIALOGUE (b) Cette absence d'un réel débat entre phénoménologie et théologie au sein de l'institution ecclésiale vient aussi probablement de la crise vécue en ses fondements par l'Eglise en France dans les années 1970. Diverses réactions se sont alors fait jour pour faire face à une telle crise: les unes plus intellectuelles (Communia), les autres plus expérientielles (Renouveau charismatique), les autres encore davantage en prise sur les questions du monde moderne (Études), etc. Sans faire ici l'inventaire des mouvements, des spiritualités, des centres de formations, voire des théologiens qui fixent ces diverses tendances, il nous paraît urgent aujourd'hui de faire éclater de tels cloisonnements - nécessaires certainement à l'ère de la « crise» mais encombrants dès lors que se cherche une « relève» concertée au sein de l'Eglise elle-même. Chacun de ces mouvements dans leur diversité ont certainement encore leur lieu d'être aujourd'hui, mais ils ne peuvent demeurer davantage extérieurs l'un à l'autre les uns ayant aussi probablement réciproquement besoin des autres. La diversité des horizons de ceux qui sont invités à cette rencontre devrait en ce sens au moins permettre une écoute mutuelle afin de sortir des vieilles querelles d'écoles passablement datées aujourd'hui. (c) Le débat entre phénoménologie et théologie n'est en ce sens que le symptôme d'une question plus profonde: une nouvelle génération de jeunes philosophes et théologiens est-elle prête aujourd'hui à prendre la relève de ses aînés? Parce que les forces en présence sont probablement moindres que par le passé, il paraît urgent de nous rencontrer au sein d'une Église plurielle pour concerter nos efforts. Loin de se cantonner au seul rapport phénoménologie et théologie, cette initiative se veut donc aussi
ouverte aux théologiens et aux exégètes

-

et non

pas aux

phénoménologues seuls. Le but n'est pas d'abord de faire de la phénoménologie (à chacun son domaine de travail et son champ d'investigation), mais d'étudier ensemble comment le rapport entre philosophie et théologie peut être à nouveau pensé aujourd'hui, à partir de sa propre spécialité. En raison de votre formation et/ou de votre appartenance ecclésiale, et de vos intérêts, vous êtes personnellement invité sur 16

GENESE DE LIPT

l'initiative de quelques-uns à venir faire connaître votre point de vue - et éventuellement vos projets - pour que puissent avancer de telles questions. Une «fourchette comprise entre 25 et 45 ans environ» fixe les bornes de la participation à un tel groupe de travail. Une pratique assidue de la théologie et de la philosophie y est aussi bien sûr nécessaire pour permettre un débat fécond. Notre réunion se tiendra le samedi 5 octobre 1996 de 9 heures à 17 heures à la maison des Lazaristes, 95 rue de Sèvres 75006 Paris (Métro Vaneau ou Sèvres Babylone). D'ici notre rencontre, chacun est invité à tenter de formuler pour son propre compte le lieu et le sens du débat entre philosophie et théologie pour lui aujourd'hui, ainsi que la manière dont il envisage une possible confrontation avec d'autres dans ce dialogue nécessaire. Emmanuel Falque Gérard Bailhache Agata Zielinski Vincent Holzer Olivier Boulnois Suite à cette première invitation, vingt-cinq étudiants ou jeunes professeurs venus effectivement d'horizons divers se sont réunis et ont établi ce constat commun: chacun pour soi, dans ses recherches, faisait spontanément le lien entre philosophie et théologie. Que l'on ait ou non suivi un cursus institutionnel dans chacune de ces disciplines, il est apparu avec évidence qu'il fallait vivre et pratiquer ensemble ces matières, plutôt que de s'en tenir à des positions séparées. C'est au fond pour susciter un débat en France entre théologiens et philosophes qu'est né LIPT. Sans dire le mot, les fondateurs de LIPT reconnaissent d'emblée la situation actuelle de pluralité de pensées auxquelles sont confrontés philosophes et théologiens - au risque d'entraîner un certain enfermement sur soi, la tentation stérile, inopérante, de I'hyperspécialisation. L'ouvrage de Dominique Janicaud (Le tournant théologique de la phénoménologie française, 1991) accusé à tort ou à raison de polémique, est probablement, sinon la source, du moins l'indice, d'une nouvelle prise de conscience par les participants de ce groupe. La théologie n'était plus l'affaire des seuls théologiens de profession, mais aussi l'objet des 17

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ET THEOLOGIE

EN DIALOGUE

philosophes, et notamment des phénoménologues français. A la même époque paraît le volume clôturant un long séminaire de travail mené à l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm, et intitulé: Phénoménologie et théologie (1992). La coïncidence de ces deux publications, dans deux perspectives différentes et réunissant les mêmes protagonistes (P. Ricœur, M. Henry, J.-L. Marion, J.-L. Chrétien), révèle a posteriori la raison d'être de ce groupe. Cependant, les participants de LIPT ont peu à peu adopté une attitude plus explicitement confessionnelle, au regard du nouveau paysage universitaire français qui s'ouvrait à eux. Loin de dénigrer ou de rejeter ce qui, sous leurs yeux, se produisait dans le cadre de la philosophie française, les participants de LIPT y ont vu rapidement une chance, et pour la philosophie, et pour la théologie. L'urgence n'était plus seulement aux seuls débats intra-universitaires entre des philosophes patentés sur la possibilité ou non de pratiquer ensemble philosophie et théologie; il s'agissait aussi et surtout de travailler, en tenant compte de la grande diversité du paysage ecclésial actuel, à une réception et à une écoute des modifications de la culture pour le message chrétien lui-même. Les quelques philosophes et théologiens réunis en cette année 1996 se sont donc mis à leur manière, et parfois à leur insu, «à l'écoute du Verbe ». Cheminement heuristique plutôt que didactique, la recherche, voire l'aventure, primera toujours sur les exposés dogmatiques au sein de ce travail commun, dont la succession des thèmes proposés relatera à la fois la diversité et la richesse. Dès la première séance, la décision fut prise collégialement de travailler autour du rapport de «Philosophie de la Révélation, et/ou théologie du rapport au monde» (mars 1997). Ce débat a manifesté, pour chacun et en chacun, l'écart entre une aspiration balthasarienne d'un côté et une visée rahnérienne de l'autre. Qu'il s'agisse de philosophie ou de théologie, les membres de ce groupe ont rapidement pris conscience qu'ils ne pouvaient ni ne devaient demeurer dans cette stricte alternative entre monde d'un côté et révélation de l'autre. Curieusement, ce débat qui traverse à la fois la philosophie et la théologie, et qui divise parfois les auteurs voire les doctrines, devait être traversé mais il est apparu progressivement aux uns et aux autres insuffisant, ou devant être dépassé. Le week-end de mars 2000, organisé autour de la question de la « kénose », a montré combien, en Dieu lui-même, monde et révélation ne faisaient qu'un. A trop opposer l'un à l'autre, on risque de perdre l'un et l'autre. Il 18

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n'y a, plus en ce sens, à choisir entre Hans Urs von Balthasar et Karl Rahner, ou entre Michel Henry et Maurice Merleau-Ponty. Le dévoilement théologique de la question de l'incarnation invite au contraire à penser ensemble ce qui souvent, et maladroitement, est traité de façon séparée. Les questions de l'Ecriture (week-end de mars 2005) et celle du politique (samedi d'octobre 2004) ont ainsi marqué de façon exemplaire cette tension. Il y a fort à parier qu'on ne pourra résoudre à si bon compte l'antagonisme entre révélation d'un côté et monde de l'autre. Or c'est le devoir éminent des penseurs chrétiens que de tenter de le résoudre. Ce qui a probablement le plus profondément marqué ces dix années écoulées des travaux de LIPT, c'est à la fois la diversité des opinions proposées, ainsi que la liberté avec laquelle elles ont été exposées. Finalement, l'aventure de LIPT - ou de ce Lien entre philosophie et théologie - n'a rien de spécifiquement générationnel, ne serait-ce que parce qu'elle essaie de répondre, pas à pas, à une exigence spirituelle qui s'est imposée de tout temps aux chercheurs de Dieu. En cela, elle témoigne simplement de ce que certains ont tenté de faire, et cherchent aujourd'hui à partager avec d'autres.

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RELECTURE D'UN PARCOURS Catherine Simon
Depuis une dizaine d'années les sessions de LIPT réunissent des philosophes et des théologiens, tous habités par ce même désir d'une saine confrontation entre le philosophique et le théologique en vue de mieux penser, avec le langage de notre culture, l'expérience chrétienne et de la rendre communicable aux hommes de notre temps. Il s'agissait donc, au-delà des lieux institutionnels, des appartenances ecclésiales et des sensibilités spirituelles très diverses que nous représentions, de nous engager personnellement dans un dialogue et dans une recherche commune. Et pour cela il fallait d'abord risquer la rencontre inter personnelle, il fallait oser confronter la diversité des points de vue, nous, écouter les uns les autres, échanger nos publications et avoir la simplicité de prier ensemble. Quelle que soit notre spécialité, philosophie médiévale, phénoménologie, patristique, théologie dogmatique, exégèse, littérature, histoire, nous étions appelés à travailler d'une manière plus collégiale, plus ecclésiale, en essayant de nous placer sous la mouvance de l'Esprit Saint. Nul doute que ce climat de convivialité, d'écoute, de confiance et d'ouverture ait imprégné l'esprit de ces sessions tout autant que la nature des débats. La méthode, quant à elle, fut propice à la discussion: des interventions sur un thème choisi par l'équipe de coordonnateurs après consultation du groupe, exposés précédés de l'envoi d'une bibliographie et suivis de tables rondes synthétisées ultérieurement dans un compte-rendu. Cette façon de procéder permettait de préserver un équilibre entre la spontanéité de la discussion et la rigueur de l'écrit et de conserver par le biais du compte-rendu une trace qui facilite les reprises et l'approfondissement des discussions. La trace écrite étant d'autant plus nécessaire avec la croissance du groupe et les inévitables empêchements des