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PORTRAIT D'UN INCONNU

De
186 pages
L'Evangile a été récupéré, sanctifié, mis hors d'état de nuire parce qu'il est redoutable pour tout ordre social, quel qu'il soit. En l'enfermant dans un cadre religieux, nos aïeux l'ont figé dans l'irréel, ce qui rassure. L'auteur nous confie qu'il a été alerté par une phrase de Proudhon : " Jésus : une individualité à retrouver,, à résister, à refaire presque, tant il a été dissous, pulvérisé par la religion dont il est l'auteur. " Avec sa culture et sa délicatesse, Jean Onimus a parfaitement réussi l'opération de décrassage. Nous le découvrons, comme pour la première fois, reconstitué et tout neuf, le Portrait d'un inconnu, L'Homme de Nazareth.
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PORTRAIT D'UN INCONNU L'HOMME DE NAZARETH

Collection Chrétien Autrement
Dirigée par Pierre de Givenchy

Appel aux chrétiens: Croyons-nous comme avant? Croyons-nous tout ce qui est affirmé dans les Églises Que disons-nous ? Nous sommes nombreux à souhaiter nous exprimer en toute liberté, dans des groupes de réflexion, dans des associations diverses de chrétiens, mais aussi dans des revues et des livres. Beaucoup désirent aussi célébrer leur foi chrétienne dans des cérémonies qui tiennent compte de la culture moderne. Nous proposons à ceux qui le désirent d'écrire leur livre personnel, de participer à des livres collectifs pour dire publiquement une foi chrétienne du XXIè siècle. C'est le but de cette collection, laisser la liberté de parole à tous ces chrétiens en recherche.

Déjà parus
LUZSENSZKY Guy: Quand on afait tant de chemin... 2001 OGE Yvonne: Judaïsme, Christianisme, Islam,2001 BELLET Maurice: Les survivants, 2001 SOUBISE Louis et Geneviève: Le phénomène christique et sa rencontre
avec la sagesse d'Orient.

.., 2000

DOGNETON Pierre: Ambassadrice auprès des plus pauvres (entretiens avec Alwine de Vos van Steenwifk), 2000 RIOBE Guy Marie: Vivre l'Évangile d'abord, 1999 KABUNDI Muanga : Le fils du prêtre, 1999 BOISSON Albert: Provocation au goût de vivre: la résurrection de la chair, 1998 GUINOT Jean Louis: L'essentiel est d'être au rendez-vous, 1998 RIOBE Guy Marie: La passion de l'Évangile, écrits et paroles, 1998 THIVOLLIER Pierre: Nous croyons, mais plus comme avant TONUS Myriam: Miroir d'Ève OGE Yvonne: Et après?

Jean ONIMUS

PORTRAIT D'UN INCONNU

L'HOMME DE NAZARETH

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

~L'Hannattan,2002

ISBN: 2-7475-3136-8

PREFACE

Voici le livre qu'on attendait! Après lecture, on aimerait faire parvenir l'ouvrage à tel ou tel ami, étant sûr que la découverte de cet "inconnu" sera pour lui un grand plaisir. Jean ONIMUS aura 93 ans en septembre. Docteur ès lettres, professeur d'université, invité par les universités étrangères, il possède de nombreux dons manifestés dans ses multiples écrits. Il a l'expérience, la sagesse et la compétence. Son livre enchantement. sur l'Inconnu de Nazareth est un

Avec justesse et simplicité, Jean ONIMUS nous montre comment les évangiles ont été constitués. Tout de suite on comprend qu'il faut du flair pour parvenir aux véritables paroles prononcées par Jésus luimême.

Un portrait psychologique de Jésus nous est dressé. Nous comprenons vite pourquoi telle parole est de lui, telle autre du rédacteur. ''L'auteur, nous dit-il (p.22), s'est passionné pour le personnage exceptionnel que fut Jésus et cherche à comprendre comment son message a pu être si profondément défiguré. " Jean ONIMUS dit ce qu'il pense. Ce n'est pas toujours du bien à propos de St Paul ou de St Jean. Concernant le premier, il se refuse à "décrire Jésus comme la conséquence d'un gigantesque péché que Dieu lui-même ne pouvait pardonner et qui exigeait le supplice de son fils (idée atroce) fl. Dans l'Évangile de Jean qui "ravit les théologiens", il n'apprécie guère les "mystères qu'on pourra éternellement commenter, comme celui de la Trinité... De quoi enchanter l'esprit compliqué des Grecs, mais désespérer les Sémites si fiers de leur monothéisme". L'auteur ne cherche pas à appuyer la polémique "ce livre, nous dit-il, ne veut être ni érudit, ni exhaustif, seulement suggestif'. La force de Jean ONIMUS, c'est sa réserve. Il y a chez cet homme parvenu à la fin de son parcours une immense espérance. Il a devant lui les grandes religions, notamment le Judaïsme et l'Islam, et il se bat pour faire connaître le véritable visage de cet inconnu de Nazareth. Il est rafraîchissant de découvrir l'Évangile avec Jean ONIMUS pour guide. "Autant la théologie a vieilli, nous ditil, autant l'Évangile reste présent malgré les millénaires".

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L'auteur nous confie qu'il a été alerté par une phrase de Proudhon: ''Jésus: une individualité à retrouver, à resituer, à refaire presque, tant il a été dissout, pulvérisé par la religion dont il est l'auteur. Rétablir cette grande figure dans sa vérité humaine est aujourd'hui un travail de première nécessité. " Avec sa culture et sa délicatesse, Jean ONIMUS a parfaitement réussi l'opération de décrassage. Nous découvrons, comme la première fois, reconstitué et tout neuf, le Portrait d'un Inconnu, l'Homme de Nazareth.

Albert BOISSON Chrétiens Autrement.

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Chapitre I

UN PERSONNAGE HISTORIQUE

Jésus est né à Nazareth en l'an moins quatre de notre ère. Il est mort à Jérusalem dans les conditions que l'on sait: ce Jésus-là a été oblitéré par le nimbe aveuglant de la divinité. L'éclat absorbe en transfigurant, il brûle l'éphémère et ne laisse qu'un foyer d'éblouissement. Ce qui m'intéresse ici c'est l'homme qui arpentait la Galilée avant de devenir le Christ, l'Oint du Seigneur et, de proche en proche, Dieu luimême, seconde personne de la Trinité. Cette fabuleuse exaltation l'a en fait estompé dans nos consciences en le dépersonnalisant, en faisant de lui un "rouage central", articulation d'un Univers qu'il a lui-même créé et ne cesse de sauver du néant. Il s'agit donc d'une fonction, quelque chose d'indispensable donc construit sur la logique, donc abstrait. Les théologiens vont de siècle en siècle s'acharner à défmir, justifier, analyser cette inimaginable fonction. Après saint Paul, les Luthériens, pour qui l'essentiel n'est pas la réalité historique mais la foi gratuite, n'ont cessé de répéter que ce personnage historique est hors d'atteinte: qu'importe, s'il est vrai que ce qui compte c'est la grâce de croire et la manière dont chacun accueille cette grâce et lui répond: ''Nous ne pouvons pratiquement rien savoir de la vie et de la personnalité de Jésus, écrivait en 1965 Rudolf

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1 Bultmann , parce que les sources chrétiennes en notre

possession, très fragmentaires et envahies par la légende, n'ont manifestement aucun intérêt sur ce point et parce qu'il n'existe aucune autre source sur Jésus". Oui! Qu'importe! La théologie remplira le vide... Il est par ailleurs évident que nous ne pouvons connaître objectivement la très complexe expérience humaine de Jésus. Nous en sommes réduits à des hypothèses, mais elles valent d'être tentées. J'espère montrer qu'à l'aide d'une lecture attentive et décapante des Évangiles, on arrive à faire apparaître, comme sur un palimpseste, une réalité masquée mais encore vivante, voire impressionnante. Elle ressort sous des textes canoniques idéologiquement retravaillés. Il faut pour cela un peu plus que de l'érudition: une sorte de sympathie intuitive. Vous découvrirez ainsi (telle est du moins mon expérience), un être très proche de vous, très surprenant, très concret malgré l'érosion des siècles, dont la présence personnelle s'impose, requiert, accompagne. Car ce Jésus préchristique, j'allais dire 'préchrétien", est infmiment plus actuel pour nous que celui des théologiens qui, lui, est hors du temps. C'est le paradoxe du concret! Les théories, les spéculations, même puissamment rationalisées, vieillissent et végètent parce que, construites par et pour une époque donnée, elles ne s'adaptent plus aux mentalités changeantes des temps et des lieux. Par contre, vous pouvez aimer, haïr, fraterniser, communier quand vous rencontrez un être humain, quelle que soit l'époque où il a vécu. Vous devenez Don Quichotte, Hamlet ou le Père Goriot... Vous les sentez, vous les devinez, vous vous les incorporez, même s'il s'agit de
1 Rudolf BULTMANN: Seuil, 1968, p. 34. Jésus, mythologie et démythologisation, Ed.

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personnages de légende Andromaque.. .

comme

Ulysse,

Achille

ou

Qu'est-ce qu'être chrétien? Est-ce réciter une série de dogmes lissés et affadis par les siècles, qui prétendent rationaliser l'impensable mais ne font que sublimer nos anthropomorphismes ou bien n'est-ce pas plutôt tenter de vivre avec Jésus, avec ce qu'il a pu vivre, comme les lecteurs passionnés vivent en contact avec leur héros de roman ou d'épopée? Non plus une simple connaissance abstraite, pour ainsi dire plaquée sur l'événement, mais une absorption presque physiologique, comme ce livre ouvert que doit manger et digérer (malgré son amertume) le narrateur de l'Apocalypse (10/9). Excellente image d'une expérience littéraire réussie, où l'intelligence compte peutêtre moins que la participation, où l'imagination et les sympathies de l'âme peuvent, en soulevant l'érudition, jouer leur rôle créateur. Être chrétien, n'est-ce pas être avec Jésus, tenter de vivre ce qu'il a vécu plutôt que de se servir de lui pour construire un système de toute façon invérifiable? N'est-ce pas revenir directement à la source? Oui peut-être, me dites-vous, mais quels sont vos critères, sur quelles bases travaillez-vous? Il se trouve, je l'ai dit, que les Évangiles ne sont pas des traités philosophiques et ne mobilisent guère d'idées. C'est notre chance! On peut contester Platon ou Aristote et voir en eux les produits d'une idéologie localisée dans le temps. Par contre les paroles de Jésus ne se laissent pas discuter: il faut en écouter le retentissement. Quiconque s'est un peu familiarisé avec cette voix, qu'on entend encore dans les trois Évangiles synoptiques, peut reconnaître d'emblée ce qui est "signé Jésus" et ce qui n'est pas, ne peut être de lui, ce qui "en rajoute" et cherche à fonder une théologie 15

préconçue. Il n'est évidemment pas facile de détacher l'une de l'autre ces deux lectures, les discussions restent ouvertes, mais cet essai de remontée est devenu indispensable: remonter du stade "christique" qui, nous le verrons, s'est introduit tout de suite après la mort de Jésus, vers l'homme dont le souvenir s'était gravé dans les mémoires! Le stade christique est né d'une urgence: tenter d'expliquer, de justifier et même de glorifier le supplice honteux, supplice des esclaves, dont on avait accablé le "roi des juifs". Le bouleversement causé par le Golgotha et les récits de réapparition ont pour ainsi dire effacé ou dévalorisé les souvenirs d'une vie qui paraissait s'achever sur un échec. Saint Paul résume ainsi l'essentiel de sa foi: "Je vous ai enseigné avant tout, comme je l'avais moi-même reçu, que Christ est mort pour nos péchés, qu'il a été enseveli et qu'il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures, qu'il est alors apparu à Céphas puis aux douze (Cor. 15 3-5). Voilà le contenu du Credo: il ignore totalement les Évangiles! Événement certes fabuleux, mais sans grand impact sensible. Imaginez que nous ne possédions que ces quelques événements: que resterait-il du Christianisme? Et croyezvous que son retentissement dans le monde romain aurait dépassé les limites d'une secte? C'est pourtant là-dessus que se sont penchés les théologiens, donnant ainsi lieu à une structure risquée qui, sans l'attrait des Évangiles, n'aurait guère reçu créance. Au contraire, de nos jours, au lieu de "déduire Jésus" comme la conséquence dfun gigantesque péché que Dieu lui-même ne pouvait pardonner et qui exigeait le supplice de son fils (idée atroce), la recherche chrétienne tend plutôt à partir des sources premières, de ce Jésus historique dont la trace demeure pour nous si miraculeusement vivante. Inépuisable témoignage (j'espère le montrer !) qui nous 16

émeut, nous requiert et parfois nous transforme, alors que les théories du péché et de son rachat n'ont plus guère prise sur nos esprits. C'est dans cette direction, dans ce retour vers le Jésus concret, que s'exerce encore pleinement l'attrait qui a jadis mobilisé les foules. Ce Jésus-là est plus vivant que le Christ de saint Paul: il ressuscite sans cesse pour peu qu'on le laisse faire. C'est une voix que deux mille ans de redites n'ont pas usée et qui continue à nous toucher autant qu'aux premiers jours. Le Christ s'éloigne, Jésus s'approche, un Jésus qui n'était pas encore "chrétien"... D'une religion négative, pessimiste, fondée sur le péché et la grâce, nous passons alors à un attachement affectif, fascinés par un homme qui a affmné des valeurs méconnues et pourtant évidentes. Ces valeurs sommeillent dans la communauté humaine. Elles sont bafouées, peut-être plus que jamais, mais nous savons désormais que sans elles, nous ne serons jamais humains, qu'elles sont pour nous tous la voie, la vérité et la vie. C'est dans ce contact avec les formidables puissances en léthargie que sont l'amour, la bonté, la générosité, que consiste le "Feu" que Jésus voulait répandre dans le monde (OC 12/49 et Th 10). Qui ne serait d'accord avec lui? Qui ne voudrait être son disciple? Non pas un rédempteur, un libérateur d'esclaves, mais un modèle idéal pour devenir enfm des êtres vraiment humains et "être tant homme, que rien plus" comme disait Montaigne. Tout est là ! Qu'importe alors qu'il soit ressuscité? Au contraire, pour saint Paul, tout se ramenait à cela (1 Cor 15/14), c'était la clé de la vérité; pour nous il s'agit plutôt d'un éveil d'ordre existentiel: imiter Jésus est encore impossible et serait scandaleux - je vais y insister - mais c'est dans la direction qu'il nous montre que l'humanité a quelque chance d'atteindre un jour la plénitude - devenir enfm ce qu'elle est déjà, ce qu'elle voudrait être. La Résurrection est un 17

événement: mais l'appel de Jésus est bien plus qu'un événement, c'est une métamorphose. Au lieu de faire de l'existence une salle d'attente lugubre et ténébreuse, où seule la mort peut apporter quelque lumière, au lieu de s'appuyer sur la douleur des hommes pour les ouvrir à la transcendance, l'Évangile, à condition de s'en tenir au texte en éliminant les allusions idéologiques, nous invite à déployer le Royaume de Dieu qui est déjà en nous, autour de nous ("Le Royaume de Dieu est déjà répandu sur toute la terre mais personne ne le voit" Th 113, Lc 17/21, et Th 5 1 L'Évangile mérite son nom: Il est la meilleure nouvelle possible quand on se borne à ce qu'il a d'authentique: Les paroles de Jésus et rien d'autre. Faut-il que ces paroles aient marqué les gens pour qu'elles se soient conservées jusqu'à nous avec cette étonnante fraîcheur, leur étrangeté, leur audace! Nous allons tenter de les dégager de leur gangue et de les écouter: elles le méritent: "Jamais homme n'a parlé comme cet homme" murmurait bouche bée, émerveillé, un huissier du Temple.

1 Les références au Nouveau Testament sont évidentes: = Luc, Mt = Matthieu, Jn = Jean, Th = Thomas.

Mc = Marc, Le

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Chapitre II
, ,

GENESE DES EVANGILES