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Quel avenir pour le judaïsme?

De
222 pages
Dans cet ouvrage, Elie Botbol dresse un constat saisissant : le judaïsme, qui a traversé plus de trois millénaires d'histoire, décline. Le peuple juif qui en a été le dépositaire historique diminue de 60000 âmes chaque année. Sa capacité d'adapter son éthique de vie à la modernité est mise à rude épreuve. En témoigne le grand nombre de juifs laïques ou agnostiques. Quel avenir réservent donc les juifs au judaïsme ? Une "synagogue vide" ? Un judaïsme sans Dieu. L'auteur propose une autre voie.
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JudaÏsmes Collection dirigée par Ariane Kalfa
Dernières parutions CLAP AREDE-ALBERNHE Brigitte, Amos Oz, une écriture de paix,2005. BAILLY Francis, Pouvoir et société, 2005. V ALDMAN Edouard, Dieu n'est pas mort. Le malentendu des Lumières,2003. STORPER PEREZ Danielle, Chronique du religieux à Jérusalem, 2002. PEREZ Felix, D'une sensibilité à l'autre dans la pensée d'Emmanuel Levinas, 2001. HANDELI Jack, De la tour Blanche aux portes d'Auschwitz, un Juif grec de Salonique se souvient, 2001. PEREZ Félix, En découvrant le quotidien avec Emmanuel Levinas. Ce n'est pas moi, c'est l'être. 2000. VIGÉE Claude, Vision et silence dans la poétique juive. Demain, ma seule demeure, 1999. GUETTA Alessandro, Philosophie et kabbale. Essai sur la pensée d'Elie Benamozegh, 1998. AYOUN Richard, Les Juifs de France. De l'émancipation à l'intégration (1787-1812),1997.

www.librairiehannattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ~ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00673-6 EAN : 9782296006737

Élie Botbol

Quel avenir

pour le judaïsme?
Avant-propos de jean Kahn Préface de benjamin Gross

L'Harmattan 5-7, rue de J'École-Polytechnique; FRANCE
L'Harmattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinshasa

75005 Paris

Kënyvesbolt

Fac. Sciences. BP243,

Soc, Pol. et Adm. KIN XI
-

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

Burkina }'aso L' Harmattan 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou FASO 12

Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

Université de Kinshasa

RDC

BURKINA

Publications du même auteur

Ethique juive et transplantations d'organes Prix Rambam médical, Ed. L'Arche du Livre, 1993. Le Judaïsme face aux biotechnologies médicales Prix spécial El rofé 1997, Ed. L'Arche du Livre, 1998. ln Les Dix Paroles, "Le respect de la vie dans l'éthique médicale juive", Ed. Cerf, 1995. ln L'Ultime Dialogue, CD du Colloque "Cancer, sida et qualité de vie", Unesco, Ed. Régimédia, 1996. Incidences météorologiques sur la santé et thérapeutique homéopathique, Ed. Boiron, 1989. Epuisé. Climat, santé et homéopathie Ed. Marco Pietteur, Collection Résurgence, 2003.

Travaux universitaires Faculté de médecine de Strasbourg Prévention et législation du rachitisme en France Strasbourg, 1979.
Exercice physique au 3èmeâge Strasbourg, 1987.

Diététique ou la place des lois alimentaires dans la tradition juive Strasbourg, 1991.

A la mémoire de ma mère. A la mémoire de notre maître R. Eliahou Ruimy. Et à celle de tous ceux qui nous ont tant aimés et tant donné. Que notre investissement dans cette mission de réflexion et de transmission soit l'expression de notre reconnaissance envers eux.

A mon père. Et à tous ceux qui nous sont chers et qui contribuent à œuvrer pour que le sens donné à leur vie illustre la grandeur potentielle et l'unicité de celle de tous les hommes.

Observez-les et pratiquez-les! Ce sera là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples qui prendront connaissance de toutes ces loi,. ils diront alors:« Elle ne peut être que sage et intelligente, cette grande nation! » En effet, quel est ce peuple assez grand dont le Dieu est proche comme l'est Yhvh notre Dieu toutes les fois que nous l'invoquons. Et quel est le grand peuple qui possède des décrets et des lois justes comme cette Loi que je place devant vous aujourd'hui! Seulement prends garde à toi et veille beaucoup à ta vie de peur que tu oublies les choses que tes yeux ont vues, de peur qu'elles soient écartées de ton cœur tous les jours de ta vie,. tu les feras savoir à tes enfants et à tes petits-enfants [.oo]. Existe-t- il un peuple qui a entendu la voix de Dieu parlant du sein du feu comme tu l'as entendue toi et qui est resté en vie! Ou, est-ce qu'un Dieu est déjà venu prendre un peuple du sein d'un autre peuple avec des épreuves, des signes, des prodiges, un combat, une main forte, un bras étendu et des grands faits redoutables, comme tout ce qu'a fait Yhvh votre Dieu pour vous en Egypte sous tes yeux. Tu as été initié pour savoir que Yhvh
est le Dieu,. il n y a rien d'autre que Lui.

Recommandations de Moïse à Israël Deutéronome (4, 6 - 9 et 33 - 36)

Sommaire

Avant-propos ... ...... ... Préface ...
Première partie: Être juif aujourd'hui Une main tendue Êtrejuifaprès la Shoah Les juifs, l'Etat d'Israël et la Shoah... ... ... Être juif en Occident au 21èmesiècle Où va lejudaïsme occidental? L'identité juive en questions Judaïsme et transmission Tu choisiras la vie... Deuxième partie: Modernité de Maïmonide

...9 13

... ...19 33 71 93 ...111 ...147 155 ...161

Le rationalisme philosophique de Maïmonide. 169 La résurrection des morts selon Maïmonide ....181 Le serment d'Hippocrate versus la Prière médicale de Maïmonide 201 Parcours et remerciements Glossaire et Abréviations
Table des matières

207 ...211 ...217

Avant-propos

Au moment d'introduire son nouvel ouvrage, je découvre le docteur Elie Botbol avec une grande admiration car derrière l'œuvre du penseur se trouve une personnalité aux multiples facettes. Dans cet essai, il prend acte du traumatisme considérable qu'a joué la Shoah sur notre peuple. Mais il ne s'arrête pas là. Il pense à l'avenir du peuple juif et à sa cohabitation pacifique au sein de la société humaine polyculturelle dans laquelle nous vivons. Il lie cet avenir à la nécessité d'une recherche permanente du sens que peut et que doit prendre l'existence juive. Pour lui, celle-ci est indissociable des textes sacrés qu'il nous fait partager tout au long de ses réflexions pour éclairer son propos. L'œuvre du docteur Elie Botbol est donc un vadeème mecum indispensable pour bâtir notre vie de juifs au 21 siècle. Constatant la place réservée par Elie Botbol à la Shoah et ayant moi-même beaucoup réfléchi à cette question, j'ai rédigé ces quelques lignes d'interrogation sur la raison de l'attente de la célébration de la mémoire de la Shoah après 60 ans alors qu'elle aurait pu intervenir plus tôt, après 50 ans. Je pense que cette réflexion peut servir d'introduction à l'ouvrage du docteur Botbol car elle montre l'actualité des questions évoquées dans cet essai. C'est le 27 janvier 1945 que les premières troupes russes atteignirent le camp d'Auschwitz - Birkenau. Et c'est donc le 27 janvier 1995 qu'aurait dû être célébré le 50ème anniversaire de la libération d'Auschwitz. Où était en 1995 la situation de la mémoire de la Déportation? 1. A Birkenau, à côté des chambres crématoires, se trouvaient apposées une vingtaine de plaques où figuraient: "Ici sont morts tant de milliers de Hongrois, de Roumains, de Tchèques, de Français, de Belges". Mais nulle part ne figurait la mention "juifs".

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2. Le président de la Pologne était Lech Walesa, qui, comme beaucoup de Polonais, ne cessait de proclamer: "Auschwitz est le symbole de la tragédie polonaise et de rien d'autre". Il est vrai que tout au début de la guerre 1939/1945, les nazis enfermèrent des Polonais à Auschwitz, en exterminèrent certains. Ce qui ne doit pas occulter ce qui suivit. L'affaire du "Couvent du Carmel" n'était pas achevée et les relations judéochrétiennes ne s'étaient pas encore améliorées. Lech Walesa, pour le 50èmeanniversaire, avait décidé que le mot "juifs" ne serait pas évoqué et qu'aucune prière juive ne serait prononcée. Elie Wiesel, qui était en 1995 le représentant personnel du Président des Etats-Unis, avait vainement tenté des interventions auprès de Walesa mais n'avait rien obtenu. C'est la raison pour laquelle les juifs européens, à mon initiative, se réunirent le 26 janvier, avec la présence de 3000 rescapés et de quelques personnalités dont le président allemand, Monsieur Roman Herzog, et le président de la Bulgarie, Monsieur Gelev. Des discours furent prononcés, des prières récitées. Le lendemain eut lieu une cérémonie officielle avec les représentants de tous les pays. Pas un mot sur les juifs, ni de prières juives. 3. En 1994, je rendis visite, avec une petite délégation, à Monsieur Roman Herzog, président de la république allemande nouvellement élu. Et au moment où je lui proposais de venir prendre part au 50ème anniversaire de la Libération des Camps, il me répondit: "Ce n'est pas possible, j'ai actuellement tellement d'évènements du 50èmeanniversaire, comme celui de la destruction de la ville de Dresden par les Alliés". Après cette réponse, je me levais comme mes amis, en disant: " Nous n'avons plus rien à dire" . De ce fait le président Herzog vint le 26 janvier à notre manifestation. Il resta même trois heures debout à mes côtés. Mi 1994, j'organisais une visite d'Auschwitz-Birkenau à l'intention de 150 Parlementaires européens, qui, pour la plupart, découvrirent pour la première fois l'horreur de la Shoah. 10

Au cours de la visite, prises de parole de Madame Simone Veil, d'un rabbin et de l'Evêque dont la circonscription était Auschwitz. Son discours était composé de deux parties parfaitement rédigées en français. La première partie: "Je m'incline devant la souffrance de tous ces hommes, femmes et enfants qui endurèrent des souffrances inégalées". Puis vint la deuxième partie de son discours: "Mais que sont toutes ces souffrances à côté de celles qu'endura le Christ". Voilà, pour l'essentiel, les raisons qui empêchèrent de célébrer en 1995 le 50ème anniversaire: Le révisionnisme des Etats voulant nier que c'était les juifs qui avaient été visés et atteints. L'antisémitisme du président Walesa et des polonais, qui ne s'est pas démenti depuis lors. Les responsables allemands qui n'avaient pas encore saisi la profondeur de leur responsabilité. L'Eglise qui n'avait pas encore pris la mesure de la tragédie. Mais au début du 21 èmesiècle apparurent les premiers signes d'un nouvel antisémitisme. Voilà ce qui incita les Chefs de gouvernement à reprendre le combat du racisme et de l'antisémitisme. C'est à ce moment qu'apparurent les différentes déclarations de repentance, la première venant du président Jacques Chirac, le 16 juillet 1995, suivies des déclarations de repentance des Eglises nationales, jusqu'à celle du Pape Jean-Paul II lors de son voyage à Jérusalem. Ainsi, avant janvier 1995, un texte fut rédigé par des membres laïcs des Eglises allemande et polonaise, pour être publié en janvier 1995. Ce texte excellent dit: "Les routes qui menaient à Auschwitz avaient été pavées par l'antisémitisme judéochrétien" . L'Eglise allemande publia ce texte en janvier 1995. Les polonais agirent différemment en modifiant sérieusement le texte de sorte qu'il devint méconnaissable. Il reste un dernier point à mentionner. De nombreux juifs furent exterminés dans nombre de pays d'Europe Centrale et de l'Est. Non pas par les nazis allemands mais par des nationaux de certains pays où ils résidaient tels la Pologne, la Roumanie, la 11

Tchéquie, la Lituanie. Le nombre des victimes doit se monter à plus d'un million de personnes. Ce problème doit être évoqué au moment où l'on met au point l'éducation dans les écoles pour enseigner aux enfants à rejeter toutes les formes de racisme et d'antisémitisme.

Jean Kahn Président du Consistoire central de France Président d'honneur de la Commission Nationale Consultative des droits de l'homme auprès du Premier Ministre

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Préface

L'ouvrage du docteur Elie Botbol est le témoignage d'un homme inquiet de la situation actuelle du judaïsme, à la recherche d'une solution qui tienne compte à la fois de l'héritage du passé sans pour autant se fermer aux acquis positifs de la modernité. Rédigé au gré des circonstances -

articles et exposés délivrés à des occasions diverses - il révèle
cependant une remarquable cohérence dans les idées. Il examine les problèmes à partir d'une tradition d'études talmudiques alimentée par une réflexion fondée sur les sciences humaines, la psychanalyse, la génétique; il aspire à une refonte des systèmes de valeurs qui régissent actuellement la vie juive en diaspora et en Israël. Il invite à une manière de penser plus audacieuse, plus ouverte et plus créatrice afin d'échapper à la tentation d'un repliement dogmatique, ou, au contraire, à l'oubli des exigences morales au profit du mode d'existence attractif mais permissif, de la société libérale. Sans être à proprement parler un ouvrage de philosophie religieuse ou de pensée juive, il laisse découvrir la force vive des textes bibliques et rabbiniques; il manifeste un souci permanent de l'autre, de ceux qui se trouvent éloignés de la tradition, comme des défavorisés du sort qui vivent en marge de la société. Fidélité et ouverture caractérisent cette réflexion d'un auteur attentif à la pointe aiguë des problèmes, se voulant responsable de son propre destin et désirant aider les autres à assumer, en connaissance de cause, le leur. Il dresse d'abord un bilan assez dramatique du déclin du judaïsme. Dans un laps de temps relativement restreint, et dans le contexte de ce qu'on nomme - à tort peut-être - la période d'émancipation, on assiste à un éclatement de toutes les normes qui ont assuré la vie et la survie des juifs et du judaïsme durant des siècles: relâchement de la pratique religieuse, mariages exogames, inquiétante baisse démographique, absence de 13

renouvellement culturel et faiblesse de l'énergie spirituelle réservée à la vie intérieure. Cependant, au lendemain des exterminations hitlériennes et de l'indéniable traumatisme qui ne cesse de marquer les esprits dans le souvenir des horreurs des chambres à gaz et des camps, face à la résurrection de l'Etat d'Israël et de l'indéniable espoir que soulève dans les cœurs ce retour sur la terre des ancêtres, force est de constater que beaucoup de juifs persistent à revendiquer leur judéité, sans pour autant pouvoir donner un contenu à cette étrange particularité. Y-a-t-il une identité juive? Y-a-t-il un homme juif? L'homme juif peut-il ajouter une qualité significative à la simplicité et à la singularité de la condition humaine? Est-ce l'homme persécuté? S'agit-il d'un mythe et faut-il retenir la définition de Sartre pour lequel est juif celui que les autres considèrent comme tel? Refusant toute définition accidentelle et fragmentaire, récusant toute explication raciale d'ordre biologique et génétique, Elie Botbol, en quête d'une définition essentielle, intérieure, s'attache à résoudre cette énigme en s'appuyant sur l'analyse d'un texte talmudique relatif à la Révélation du Sinaï, appréhendé à partir des théories de l'inconscient de la psychanalyse de Freud et de

Jung. Selon le midrash, la Torah fut imposéeà Israël:

n

Si vous

acceptez la Torah, tant mieux, sinon, ce sera ici votre tombeau n. Selon le commentaire de notre auteur, il s'agit d'une violence nécessaire: la liberté arbitraire des esclaves débarrassés du joug égyptien va déboucher sur une liberté de responsabilité devant la Loi. Celle-ci ne peut s'obtenir par le libre choix d'une personne qui ignore encore la Loi: l'antériorité de la Torah, imposée pour éveiller la liberté, découle de la nature même de la Torah dont les exigences relèvent d'un ordre extérieur et supérieur à l'humain. Ce serait l'acte de fondation du peuple juif, qui porte à travers l'histoire le plus souvent dans sa conscience, mais également dans son inconscience collective, cette vocation permanente à laquelle il lui est impossible de se soustraire. Aventure littéralement extraordinaire, qui situe celui qu'elle sur-prend à une place singulière et non sans dangers dans le monde, et à laquelle personne ne souscrirait s'il n'y était amené par une force supérieure. Ainsi s'explique, selon l'auteur, la revendication de judéité dont font 14

preuve même ceux qui ne conçoivent plus clairement le sens de cette "élection". "Facticité juive" certes, mais qui du point de vue de l'implacable poids de l'être ne diffère pas de la "facticité humaine", qu'elle pousse cependant à son ultime limite. Dans tous les cas la liberté commence par une contrainte. Mais ainsi s'exprime également, l'inépuisable possibilité de pouvoir toujours retrouver le sens de l'être, le sens de l'être juif, pour tous ceux qui, à un moment ou à un autre, se sont laissés entraîner sur la voie du non-être. C'est justement ce "frisson du retour" que l'auteur a perçu, dans les oeuvres de Rosenzweig et de Lévinas ainsi que dans l'enseignement de Benny Lévy. A l'instar de ces maîtres, il préconise un retour aux sources, et recommande la voie de l'étude pour redonner au judaïsme sa vigueur originelle en tant qu'éthique de vie. Seule une telle fidélité est susceptible de protéger l'aventure historique du peuple juif des corruptions de la mode et de la vanité destructrice de divertissements impropres à l'élever vers la transcendance. Ce niveau d'exigence s'impose évidemment à chaque juif soucieux de conserver dans le monde moderne la conscience de son être. Il s'impose, selon l'auteur, avec encore plus d'intensité pour l'Etat d'Israël, pour lequel le retour à une vie politique indépendante ne saurait garantir à lui seul, la persistance d'une existence culturelle autonome et authentique. A ce point de son parcours, Elie Botbol évoque la haute figure de Maïmonide, médecin, philosophe, décisionnaire, qui a su, pour son époque, confronter la sagesse du Talmud aux problèmes de son temps et s'ouvrir au dialogue mais aussi à la polémique, avec la civilisation du moment. Après la seconde guerre mondiale et la terrible tragédie de la Shoah, les juifs découvraient que le développement de la culture ne garantissait pas le progrès de la morale et que l'équilibre mental ne pouvait s'atteindre uniquement par l'investigation intellectuelle. S'il est bien vrai que l'étude a assuré dans le passé et est susceptible de renouveler pour l'avenir la persistance de la "facticité juive", on peut se demander cependant si dans la situation actuelle de la société, il est un facteur suffisant pour le maintien de la masse juive. Ne faut-il pas une base matérielle solide, que l'étude, comme la pratique d'ailleurs, suppose? La formation de l'individu, la 15

construction de sa personnalité, ne requiert-elle pas un cadre social adéquat, une conscience avertie de la dimension collective de la vocation du judaïsme? Le retour à la terre ancestrale n'est-il pas aussi un retour aux sources de l'existence hébraïque? La réflexion, sans concession, conduite par le docteur Elie Botbol, au-delà des thèses déterminées auxquelles elle aboutit, soulève des interrogations essentielles qui ne laisseront indifférent aucun lecteur de bonne foi. Elle témoigne d'un courage remarquable de la foi et de la pensée, d'une disponibilité envers l'autre, ainsi que d'un effort pour ouvrir les yeux et les âmes à une réalité vivante et spirituellement féconde.

Benjamin Gross

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Première partie: Être juif aujourd'hui

Une main tendue
Un homme le trouva alors qu'il errait dans le champs. L 'homme lui demanda: « Que cherches tu ? » Il lui répondit: « Je cherche mes frères. Dis moi, s'il te plait où sont-ils... ». Joseph et ses frères (Genèse 37, 15)

Le livre n'est pas une fin en soi, disait Franz Rosenzweig. Ce qui compte, ce n'est ni penser, ni parler, ni écrire; c'est agir. C'est faire avancer les choses. Mais pour ce faire, il faut penser, parler et écrire. Ce livre se veut comme une main tendue à tous ceux qui voudraient agir et faire avancer notre histoire commune dans un sens qui ne nous échappe pas. Mieux encore, dans un sens qui soit orienté par un projet de vie commun et par un souci d'authenticité par rapport au judaïsme du Sinaï. Quelles que soient nos options à titre personnel, il nous incombe, en tant que juifs, de ne pas subir les systèmes de pensée et les courants dominants du judaïsme sans les avoir pensés. C'est à une réflexion sur des questions inhérentes à la vie juive actuelle et à la communauté juive d'aujourd'hui que ce livre voudrait contribuer. Les sujets traités dans ce livre auraient mérité certainement des développements plus conséquents que ceux proposés ici mais nous avons préféré une présentation aisément accessible au lecteur tout venant. Notre réflexion est donc loin de brasser toute la science que chaque thème requiert surtout lorsqu'il s'agit de la Shoah, de l'Etat d'Israël et d'autres sujets encore abordés dans ce livre. Elle se limite donc à une simple approche de ces questions au regard d'une sensibilité juive inspirée de la tradition juive, et en particulier du Talmud. 1. Le déclin du judaïsme Le judaïsme a été considéré pendant des millénaires comme la seule référence de vie pour les juifs. Qu'ils l'aient beaucoup ou peu pratiqué, peu importe. Dans tous les cas, il constituait leur repère naturel. Mais le monde a changé durant ce dernier siècle plus que pendant des millénaires. Les juifs aussi ont été pris dans le tourbillon de la perte des valeurs et de la dilution de leur identité, comme les autres. Pourtant, ils 19

avaient l'air d'avoir traversé les siècles mieux que leurs voisins de culture et de religion. Ils ont dû même souvent payer le prix fort durant leur histoire tumultueuse pour ne pas renoncer à leur patrimoine et à leur identité. Aujourd'hui, hélas, ce n'est plus le cas. Le judaïsme est en panne pour une bonne partie du peuple juif. L'estimation quantitative de son déclin parle d'elle-même: chaque année le judaïsme perd près de 60.000 membres de son peuple. Par quel phénomène? Par celui de l'assimilation et des mariages exogames. Au-delà de ces chiffres, cela traduit de toute évidence une crise identitaire et culturelle. Le judaïsme n'a pas réussi à franchir les difficultés sur la voie de la modernité. Il faut réagir. Tout est à repenser et doit être repensé si nous tenons à vivre dans un monde encore porteur de sens. Ce qui nous importe dans cet ouvrage, c'est d'abord de partager avec d'autres notre conscience de l'ampleur du défi inhérent à ce sévère constat et de montrer que le judaïsme possède en lui les ressources nécessaires à sa ré-animation. Pour nous, la cause de cette érosion est claire: c'est parce que le judaïsme n'a pas été pris pour ce qu'il est - notamment par les adultes, qu'il ne signifie plus rien aux yeux des jeunes générations. Nous plaidons pour un judaïsme exigeant et plus vivant. Le Talmud doit revenir à I'honneur, dans sa forme classique, certes dans le texte de son oralité, mais aussi dans ses fonnes les plus modernes. Aussi bien dans les modes de pensée que dans celui de la pratique religieuse. Son ouverture d'esprit - pour ce qui

est de la pensée, et son esprit pratique - pour ce qui est de la
mise en œuvre dans le quotidien, ont de quoi laisser bouche-bée les grands pédagogues et éducateurs de notre époque. Il faudrait lui redonner la parole et la vie qui sont les siennes. Le judaïsme qui est censé s'en inspirer ne doit pas être figé dans une pensée unique et exclusive dans laquelle il n'est pas prêt à se reconnaître. Le Talmud, c'est l'esprit des hommes qui ne cesse de chercher pour saisir le vrai, contenu dans les principes de la Torah. Cela signifie que la Torah n'est pas un produit « prêt à penser », ni un « prêt à consommer ». C'est là toute la portée du sens de ce merveilleux verset de Josué (1, 8) qui recommande au juif de ne cesser de méditer ce que dit la Torah. C'est à nous, juifs éclairés par la Tradition, que revient le devoir de sortir du fonnalisme religieux auquel nous avons souvent réduit le judaïsme pour nous retrouver sur le terrain du sens de ce que 20

nous faisons. Car la lettre de la Torah doit nourrir l'esprit et vice versa, faute de quoi il n'y a ni esprit, ni lettre, ni alliance de Dieu avec Israël (Guitine 60b). L'expérience nous montre, aujourd'hui plus qu'hier, qu'un judaïsme ritualiste - déconnecté de l'étude et de la réflexion - finit par s'évanouir, puis par disparaître au bout de quelques générations. De même, à l'opposé, qu'un judaïsme intellectualiste qui s'éloignerait de la vocation de vie de la Torah est voué à l'échec. On ne peut communiquer sur le judaïsme avec les générations montantes que si nous leur montrons en quoi le mode de vie et de pensée que recommande la Torah est signifiant et en quoi il contribue à l'épanouissement et de l'être humain et de l'être juif. Méfionsnous d'un retour à la religion ou à la Communauté qui ne serait motivé que par la frilosité ou par la peur d'affronter les problèmes de société tels qu'ils se posent à nous. Il ne peut mener qu'au sectarisme et à l'étroitesse d'esprit. Il est temps que nous revenions à nous-mêmes, que notre combat soit d'abord celui de la ré-appropriation de notre être, de notre véritable identité et de notre patrimoine. Peut-être alors donnerions-nous une autre vision du judaïsme - une vision qui serait à la fois plus attrayante et plus proche de la réalité - à ceux qui sont tentés de le quitter par dépit. Cela relève de notre responsabilité à l'égard de nos frères qui n'attendent que ces signes de fraternité pour revenir s'abreuver à une source qui leur semblait tarie. Notre réhabilitation aux yeux des nations aussi, qui occupe tant et tant de notre énergie en ces temps difficiles et malgré toutes les épreuves passées, doit commencer par celle que nous devons opérer vis à vis de nous-mêmes. C'est par là que passe notre coexistence pacifique en tant que juifs au sein des nations et à leur côté, et c'est par là que passe notre salut en tant que peuple juif porteur d'un message éthique particulier susceptible d'inspirer les nations. 2. Le retour aux sources La vocation de notre ouvrage est de susciter le retour à soi, le retour à nos sources. Par quoi justifier la nécessité de ce retour? D'abord, pour que nous soyons éclairés et conscients de ce que nous sommes - et que notre détermination à être ou à ne pas être juif ne soit pas la conséquence d'une inconscience due à l'ignorance. Puis, pour que le nom de juif résonne en nous 21

pour ce qu'il est réellement et non pour ce qui lui est attaché comme charge historique négative et douloureuse. C'est ce qui a d'ailleurs justifié que le thème de "Etre juif après la Shoah" fasse l'objet de notre étude dès le début de cet essai. Mais aussi, pour que la vocation juive de l'Etat d'Israël qui nourrit tant d'espoir chez les juifs de tous horizons ne soit pas perdue de vue et qu'elle ne soit pas complètement occultée par le combat pour le soutien politique. Nous savons combien de sacrifices de jeunes vies humaines et combien de souffrance au quotidien ont été nécessaires - et le sont encore - pour l'établissement et la viabilité de cet Etat. Il est impératif que nous arrivions à lui conférer un autre sens et un autre rôle que celui de refuge pour les juifs et de protection contre l'antisémitisme. Nous sommes convaincus que cette justification ne se suffit pas à elle-même, même si elle est indispensable, et qu'elle est de surcroît en grande partie illusoire. Nous constatons, en effet, comme tout le monde, que l'antisionisme a pris le relais de l'antisémitisme et que les voies de l'antisémitisme trouvent toujours des failles dans les systèmes politique et juridique par lesquelles elles sont prêtes à s'engouffrer. L'Etat d'Israël doit devenir le terreau de l'expérience juive positive la plus noble. Il doit être le modèle social, éthique et, disons le, religieux aussi. Même si actuellement cet horizon s'éloigne à cause de la politisation de la religion et de son intrication avec les luttes d'influence partisanes. Le religieux, c'est l'amour d'autrui et l'adhésion aux valeurs éternelles. Le judaïsme a eu le génie de leur donner corps dans des conduites, dans des attitudes et dans des gestes de la vie quotidienne. L'Etat d'Israël doit favoriser et encourager cette démarche afin que l'expérience juive individuelle devienne expérience collective et sociétale. En cela, la création de l'Etat d'Israël aura répondu à l'attente messianique que beaucoup voient dans sa résurrection après deux mille ans de patience. C'est pour expliciter notre pensée sur cette question centrale que nous lui avons consacrée le second chapitre: "Les juifs, l'Etat d'Israël et la Shoah". Mais le peuple juif vit encore pour la moitié de sa population, et probablement pour de nombreuses années encore, parmi les nations, en particulier en Occident. Il était donc naturel que nous envisagions sa coexistence avec la culture occidentale dans laquelle nombre de juifs baignent. C'est ce que nous avons 22