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Réflexions sur l'Eglise catholique en Afrique

De
204 pages
"La force de la voix qui crie dans ce livre, c'est de considérer la nation ivoirienne, la société africaine et l'Eglise de Dieu, qui est en Afrique, du point de vue de la vérité de l'Evangile afin de parler comme devrait parler de nos jours tout vrai prophète: directement, fortement, rageusement, sans concession, mais toujours dans le but de montrer ce qui compte vraiment dans la vie". Kä mana
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Jean-Claude DjérékéRéfl exions sur l’Église catholique en Afrique
Il y a dans ce livre des accents des prophètes d’Israël, un ton d’orage
ravageur et une fureur des vagues dévastatrices, au nom d’une foi aux valeurs
transcendantes qui fondent une communauté humaine et la maintiennent
solidement comme force de destinée heureuse. À des siècles de distance et
dans le même courage de la vérité, de la justice et du bien, on sent, chez
Jean-Claude Djéréké, des cris, des passions et des vociférations semblables
aux fureurs des hommes comme Isaïe, Ézéchiel, Amos ou Osée. Comme
ces hommes qui surent, en des temps fort troublés, rappeler les repères
fondamentaux de la foi de leur peuple en Dieu pour promouvoir les valeurs qui
ont constitué l’identité historique d’Israël et sa substance d’humanité. La voix Réfl exions sur l’Église
qui parle dans les réfl exions rassemblées dans ce livre s’adresse directement à
un peuple, à une nation et à un continent. La nation, le peuple, c’est celui de
Côte d’Ivoire, meurtri ces décennies, par les puissances de l’inhumain dans
tout ce que la cruauté de l’homme peut libérer comme pouvoir de destruction catholique en Afrique
et de mort. Le continent, c’est l’Afrique livrée pieds et poings liés aux logiques
mortelles d’un ordre mondial dont la Françafrique est le visage horrible, féroce
et désespérant… La force de la voix qui crie dans ce livre, c’est de considérer la
nation ivoirienne, la société africaine et l’Église de Dieu, qui est en Afrique,
du point de vue de la vérité de l’Évangile afi n de parler comme devrait parler
de nos jours tout vrai prophète : directement, fortement, rageusement, sans
concession, mais toujours dans le but de montrer ce qui compte vraiment
dans la vie.
Kä Mana
Préface de Kä Mana
Jean-Claude Djéréké est né en 1962 en Côte d’Ivoire. Il a
étudié les lettres modernes (Abidjan), la philosophie (Kinshasa),
la théologie (Nairobi et Rome) et les sciences politiques (Paris).
Il a exercé dans l’éducation et le développement, au Tchad, au
Cameroun, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso. Docteur en
histoire et sociologie des religions (EPHE-Sorbonne/Paris) et
auteur de plusieurs articles et ouvrages, dont L’Engagement politique du clergé
catholique en Afrique noire (Paris, Karthala, 2001) et Abattre la Françafrique
ou périr. Le dilemme de l’Afrique francophone (Paris, L’Harmattan, 2014),
il enseigne à Drexel University (USA), tout en travaillant avec le Centre des
recherches pluridisciplinaires sur les communautés d’Afrique noire et des
diasporas, basé à Ottawa.
Collection
afrique liberté
afrique liberté
ISBN : 978-2-343-04580-1
20 €
Jean-Claude Djéréké
Réfl exions sur l’Église catholique en Afrique












Réflexions sur l’Église catholique
en Afrique



Afrique Liberté
Collection dirigée par Claude KOUDOU

Afrique Liberté est une collection qui accueille essais,
témoignages et toutes œuvres qui permettent de faire
connaître l’Afrique dans toute sa diversité et toute sa
profondeur. Cette collection qui reste ouverte se veut
pluridisciplinaire. Son orientation sera essentiellement
axée sur les rapports entre l’Afrique et l’Occident. Elle
refuse l’afro-pessimisme et se range résolument dans un
afro-optimisme réaliste. Sur quels repères fonder l’Afrique
d’aujourd’hui ? Telle est une des questions majeures à
laquelle cette collection tentera de répondre. Afrique
Liberté se veut un espace qui doit explorer l’attitude de
l’Africain ou des africanistes dans ses dimensions mentale,
scientifique, culturelle, psychologique et sociologique.
Dans un monde en proie à de graves crises, un des enjeux
majeurs de cette plate-forme serait de voir comment faire
converger les différents pôles de compétences pour hisser
l’Afrique à la place qui doit être véritablement la sienne.

Déjà parus

Raphaël Dagbo, Laurent Gbagbo : la passion d’une
espérance démocratique, 2014.
Lazare Koffi Koffi, Expression de combat, 2014.
Jean-Claude Djéréké, Abattre la Françafrique ou périr. Le
dilemme de l’Afrique francophone, 2014.
Bédi Holy, Côte d’Ivoire. Sous le règne du faux, 2014.
Lazare Koffi Koffi, Côte d’Ivoire ma passion. Une
expérience de foi en politique, 2014.
Les états généraux, sous la dir. de Claude Koudou, Motif
de la résistance ivoirienne. Repenser l’Afrique pour une
même Côte d’Ivoire du Sud, du Nord, de l’Ouest, de l’Est
et du Centre, 2014.
Jean-Claude Djéréké














Réflexions sur l’Église catholique
en Afrique


Préface de de Kä Mana



















































































Du même auteur

Abattre la Françafrique ou périr : le dilemme de l’Afrique
francophone, Paris, L’Harmattan, 2014.
L’Afrique et le défi de la seconde indépendance, Paris, L’Harmattan,
2012.
Les évêques et les événements politiques en Côte d’Ivoire (2000-2005),
Tome III, Paris, L’Harmattan, 2009.
Les évêques et les événements politiques en Côte d’Ivoire (1990-1999),
Tome II, Paris, L’Harmattan, 2009.
Les évêque politiques en Côte d’Ivoire (1980-1989),
Tome I, Paris, L’Harmattan, 2009.
Les hommes d’Église et le pouvoir politique en Afrique noire.
grL’exemple de M Bernard Yago (Côte d’Ivoire), Paris, L’Harmattan,
2009.
L’Afrique refuse-t-elle vraiment le développement ?, Paris,
L’Harmattan, 2007.
Rome et les Églises d’Afrique. Propositions pour aujourd’hui et
demain, Paris, L’Harmattan, 2005.
Changer de politique vis-à-vis du Sud Une critique de l’impérialisme
occidental, Paris, L’Harmattan, 2004.
Fallait-il prendre les armes en Côte d’Ivoire?, Paris, L’Harmattan,
2003.
Être chrétien en Afrique aujourd’hui, Cipcre, Bafoussam, 2002.
L’engagement politique du clergé catholique en Afrique noire, Paris,
Karthala, 2001.
En collaboration
Association des théologiens du Bénin, Christianisme et humanisme en
Afrique, Paris, Karthala, coll. « Mémoires d’Églises, 2003.
Ambroise Kom (dir.), Fabien Eboussi Boulaga, la philosophie du
Muntu, Paris, Karthala, 2009.































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04580-1
EAN : 9782343045801
SOMMAIRE
SOMMAIRE ............................................................................... 7
DÉDICACE ................................................................................ 9
PRÉFACE ................................................................................. 13
INTRODUCTION .................................................................... 19

CHAPITRE 1
Mission du prêtre dans l’Afrique d’aujourd’hui ....................... 23

CHAPITRE 2
Les dérives de l’abbé Norbert Abekan ..................................... 29

CHAPITRE 3
Le pontificat de Benoît XVI ..................................................... 39

CHAPITRE 4
L’Église et la dignité de la personne humaine .......................... 47

CHAPITRE 5
François attaquera-t-il l’impérialisme occidental ? .................. 59

CHAPITRE 6
Lettre au cardinal Bernard Agré ............................................... 71

CHAPITRE 7
L’Église et les marches de protestation .................................... 81

CHAPITRE 8
Cesser d’infantiliser les laïcs .................................................... 89
7 CHAPITRE 9
Les folles dépenses de Mgr Tebartz ......................................... 95

CHAPITRE 10
Contre la “dictature pastorale” ............................................... 101

CHAPITRE 11
François : une nouvelle manière d’être pape .......................... 115

CHAPITRE 12
La jeunesse chrétienne et le défi de la paix ............................ 125

CHAPITRE 13
L’Église doit-elle siéger dans une commission électorale ? ... 129

CHAPITRE 14
L’épiscopat burkinabè : courageux et visionnaire .................. 137

CHAPITRE 15
L’Église et la démocratisation de l’Afrique............................ 145

CHAPITRE 16
Il y a quelque chose à dire ...................................................... 155

CHAPITRE 17
Le militant Nabila ................................................................... 163

CHAPITRE 18
Le ponce-pilatisme des évêques ivoiriens .............................. 171

CHAPITRE 19
Que disent-ils aujourd’hui ? ................................................... 177

CHAPITRE 20
Le fou du roi ........................................................................... 181

CONCLUSION ...................................................................... 187
SIGLES ET ABRÉVIATIONS .............................................. 191
BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE ........................................... 193
8 DÉDICACE
Au pape François. Je veux lui dire merci d’être simple et
ouvert, de nous rappeler que le célibat sacerdotal n’est pas
un dogme mais une question dont on peut débattre. Je le
remercie surtout d’appeler constamment l’Église
catholique à devenir pauvre et à sortir d’elle-même pour
aller vers les périphéries.

À tous les théologiens dont les réflexions ont changé ma
façon de voir l’Église : François Varillon, Leonardo Boff,
Jon Sobrino, Joe Mattam, Jean-Marc Ela, Gustavo
Guttierez, Engelbert Mveng, Meinrad Hebga, Fabien
Eboussi, Bernard Sesboüé, Benezet Bujo, Kä Mana, le
cardinal Joseph Malula, Mgr Eugène Kabanga (ancien
archevêque de Lubumbashi), René Luneau, Jean-Yves
Calvez, Paul Valadier, Hans Küng, Joseph Moingt,
Christian Duquoc, Carlo Maria Martini, l’abbé Pierre,
Gustave Martelet, Helder Camara, Bruno Chenu, Hervé
Legrand, Johann Baptist Metz, Jacques Ellul.

À Mgr Boniface Ziri (Abengourou), Marc Adoux-Papé,
Viviane Bokra, Denise et Faustin Zabo ; à Carl Condé,
Franck Ahiva, Aline Compaoré, Émilie et Aimé Amako,
Florence et Hyacinthe Brou, Christine et Charles Behiri,
Estelle Yessoh et leurs amis du chœur « Magnificat » ! À
Stanislas Moussa-Kembe, ambassadeur de Centrafrique
aux États-Unis, et à Hubert-Rémi Ngueha ! « Petits » ou
9 « grands », ils furent des Simon de Cyrène pour moi,
étaient là pour m’aider à porter ma croix. Ce qu’ils ont
fait, individuellement ou collectivement, est inestimable et
me conforte dans l’idée qu’il y a quelquefois plus
d’humanité et de vérité chez les fidèles laïcs que chez
certains « hommes de Dieu ».
10
« L’Église entrera dans le débat qui a cours dans le monde,
entrera en débat avec lui, par l’intermédiaire des fidèles
qui vivent dans le monde et en parlent le langage… À
cette condition seulement, elle gardera sa place dans
l’Histoire, sinon, elle ne survivra plus qu’à l’état de secte »

1 (Joseph Moingt )



« Une foi authentique implique toujours un désir profond
de changer le monde »

2 (Pape Francois )


1 Croire quand même. Libres entretiens sur le présent et le futur du
catholicisme, Paris, TempsPrésent, 2010, p. 69.
2 Dans son homélie pour la canonisation du premier prêtre jésuite, le
français Pierre Favre, en l’église du Gesù à Rome, le vendredi 3
janvier 2014, fête du Saint Nom de Jésus, titre de la Compagnie de
Jésus. Lire aussi Vincent Cosmao, Changer le monde. Une tâche pour
l’Église, Paris, Cerf, 1979.
11 PRÉFACE
3Par Kä Mana

Il y a dans ce livre des accents des prophètes d’Israël :
un ton d’orage ravageur et une fureur des vagues
dévastatrices au nom d’une foi aux valeurs transcendantes
qui fondent une communauté humaine et la maintiennent
solidement comme force de destinée heureuse. À des
siècles de distance et dans le même courage de la vérité,
de la justice et du bien, on sent chez Jean-Claude Djéréké
des cris, des passions et des vociférations semblables aux
fureurs des hommes comme Isaïe, Ézéchiel, Amos ou
Osée. Comme ces hommes qui surent, en des temps fort
troublés, rappeler les repères fondamentaux de la foi de
leur peuple en Dieu pour promouvoir les valeurs qui ont
constitué l’identité historique d’Israël et sa substance
d’humanité, la voix qui parle dans les réflexions
rassemblées dans ce livre s’adresse directement à un
peuple, à une nation et à un continent. La nation, le
peuple, c’est celui de Côte d’Ivoire meurtri ces décennies
par les puissances de l’inhumain dans tout ce que la
cruauté de l’homme peut libérer comme pouvoir de
destruction et de mort. Le continent, c’est l’Afrique livrée
pieds et poings liés aux logiques mortelles d’un ordre

3 Secrétaire général de l’Association œcuménique des Théologiens
africains
13 mondial dont la Françafrique est le visage horrible, féroce
et désespérant.
Que dit Jean-Claude Djéréké à ce peuple ravagé dans
son âme et à ce continent déboussolé dans son énergie de
vie ? Il met devant leurs yeux ce que François Varillon a
appelé l’essentiel de l’essentiel : ce sans quoi une
communauté se délite, s’effondre et perd tout sens de
l’avenir.
Aux temps des prophètes d’Israël, cet essentiel de
l’essentiel consistait à tenir fermement à la force et à la
présence de Yahvé : à son alliance, à son projet et à ses
grandes utopies d’accomplissement de toutes ses
promesses.
En Afrique et dans la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui, du
point de vue spirituel et sociopolitique auquel se situe
Jean-Claude Djéréké, le souffle du message est le même,
et il est repris à la vigueur humanisante de Jésus de
Nazareth : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa
justice. » C’est une voie qui s’ouvre pour mettre en relief
les réalités les plus fondamentales de l’existence
individuelle et communautaire : la solidité d’attachement à
ce qui, par Dieu, avec lui et en lui, indique à l’humanité sa
vérité profonde, surtout en des temps troublés comme
ceux que nous vivons aujourd’hui dans nos pays africains.
Cette vérité n’est pas dans les violences politiques et
leurs férocités. Elle n’est pas dans les fragmentations
sociales et les déchirures ethniques ou religieuses. Elle
n’est pas dans les mensonges sociaux ni dans les
falsifications des réalités par les puissances d’argent et les
toutes-puissances militaires qui dominent le monde
actuellement. Elle n’est pas dans l’inhumanité où l’ordre
néolibéral complètement dévoyé a plongé l’économie
mondiale au point d’en faire essentiellement une économie
de l’inhumain.
14 La vérité dont il est question, chez Jean-Claude
Djéréké, c’est la vérité de l’Évangile et ses exigences dans
un monde qui a besoin que la bonne nouvelle de
JésusChrist lui soit annoncée par des témoins fermes et des
institutions ecclésiales solides dans leur foi et dans leur
choix de civilisation.
La force de la voix qui crie dans ce livre, c’est de
considérer la nation ivoirienne, la société africaine et
l’Église de Dieu qui est en Afrique du point de vue de
cette vérité afin de parler comme devrait parler de nos
jours tout vrai prophète : directement, fortement,
rageusement, sans concession, mais toujours dans le but de
montrer ce qui compte vraiment dans la vie. Cela peut
conduire sans doute à des paroles outrancières ou à des
appréciations partielles ou partiales des réalités, mais c’est
toujours avec la recherche de la vérité en point de mire.
Les pages de colère, facilement repérables dans les accents
que Djéréké reprend à Jean-Baptiste ou à Jésus s’adressant
à l’engeance des vipères et à une génération adultère,
prennent sens comme grand souffle pour faire entendre
Dieu dans son amour qui convertit et humanise. On ne
peut pas ne pas entendre dans les paroles de Djéréké les
terribles paroles bibliques : “Convertissez-vous ou vous
périrez”.
Ce message aux accents des prophéties vigoureuses est
fécondé par une autre tonalité, d’autres harmoniques et
une autre rythmique qui donnent à ce livre un visage de
sagesse lucide et de volonté d’espérance. La manière dont
la figure du pape François rayonne ici donne un espoir et
un souffle de vie pour conduire l’Église à faire le choix du
« Royaume de Dieu et sa justice. » De même, le rappel de
ce que Dieu a comme projet pour la Côte d’Ivoire et pour
l’Afrique est éclairé par une lumière de douceur et porté
par une brise légère qui dévoile un christianisme de la
transformation profonde du monde, grâce à une
15 évangélisation centrée sur l’homme debout, créateur de
richesses communautaires et dispensateur d’utopies qui
valorisent l’humanité en lui, envers et contre tout. On a le
sentiment que Jean-Claude Djéréké quitte à ce moment les
rives des événements tragiques de son pays et des
meurtrissures du continent africain pour voir loin, viser
haut et ouvrir l’horizon pour offrir Dieu au monde, dans
toute la profondeur de son amour pour l’humanité.
L’Église est alors fortement et tranquillement
interpellée pour qu’elle assume sa tâche la plus décisive :
changer le monde, comme disait le père Vincent Cosmao.
Il s’agit certes de l’Église de Côte d’Ivoire qui est
fortement critiquée dans son corps épiscopal et dans
certaines de ses brebis égarées au fond des ténèbres
politiciennes, de l’Église d’Afrique dont la vocation est
rappelée sur les questions essentielles de société, mais
l’élan lancé vise l’Église universelle, afin qu’elle fasse
rayonner la lumière de Dieu dans les turbulences et le
chaos de l’actuel ordre néolibéral dont la Côte d’Ivoire et
l’Afrique souffrent profondément.
Le message concerne alors le projet politique,
économique, culturel de transformation de l’esprit actuel
de la civilisation mondiale. Le ton n’est plus celui de la
fureur, mais celui de la douceur et de la tendresse pour
l’Homme et pour les populations dans leurs quêtes de vie
pleine et dans leurs aspirations au bonheur
communautaire, à la prospérité partagée, au pouvoir de
s’épanouir à la hauteur du projet de Dieu pour le monde.
Selon cette perspective de transfiguration de l’Homme
et du monde tout comme au cœur des fureurs de ses
paroles contre les mensonges des idéologies et les cruautés
des pouvoirs politiques, Jean-Claude Djéréké me fait
penser au prophète Élie dans son côté fureur contre les
prêtres de Baal et dans son côté amour quand Dieu se
16 découvre à lui dans une brise légère, quelque part dans un
coin caché de la terre de Palestine.
Il faut savoir entendre ces deux tonalités, ces deux
rythmiques profondes de la parole du théologien politique
ivoirien. Elles sont intimement unies au cœur de ce livre et
elles dévoilent une vérité profonde que nos sociétés
doivent entendre : “Cherchez d’abord le royaume de Dieu
et sa justice.” Cette parole qu’elles portent est essentielle
dans un monde qui a besoin d’entendre l’Évangile comme
souffle de transformation du monde.
17 INTRODUCTION
Il est certes nécessaire que les dirigeants de l’Église
catholique en Afrique prévoient à court et long terme,
qu’ils se soucient des conditions de vie et de travail des
ouvriers apostoliques que sont les laïcs et les clercs, qu’ils
disposent de quelques moyens matériels écoles, terrains,
plantations, immeubles, etc. car, si l’Église n’est pas
financièrement autonome, il lui sera difficile de dénoncer
les dérives et abus de la société dans laquelle elle vit. Mais
il est aussi vrai que, de l’avis de Jésus, les vêtements, la
nourriture et l’argent ne sont pas le but premier de notre
vie. Ce qui est premier, pour lui, c’est le Royaume de Dieu
et sa justice (Mt 6, 33). Le juste, dans la Bible, est celui
qui s’efforce de faire la volonté de Dieu ou de respecter
ses commandements. Or Dieu recommande de l’aimer
plus que tout et d’aimer nos semblables comme
nousmêmes. C’est pourquoi on peut dire, sans risque de se
tromper, que l’amour de l’homme n’est jamais isolable de
4l’amour de Dieu . Aux yeux du Christ, c’est cet amour du
prochain qui fait la valeur d’une vie, qui lui donne du
poids ou de la consistance. Les langues, les prophéties, la
connaissance et autres charismes disparaîtront ; l’amour,
lui, ne passe pas, ne meurt pas, assure saint Paul dans sa
première lettre aux Corinthiens. Et aimer signifie avoir du
respect et de la considération pour toute personne, partager

4 Joseph Moingt, Croire quand même, op. cit., p. 77.
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