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Saint Martin nous raconte...

De
177 pages
"Et si Saint Martin nous contait lui-même sa vie", voilà l'idée de l'auteur qui a imaginé une suite d'entretiens avec l'évêque de Tours. Il l'interroge à chaque étape de sa vie sur des points encore controversés tels que son année de naisance ou son temps passé dans l'armée. Il lui demande des explications sur son action en tant que moine, évêque, thaumaturge, évangélisateur et sur ses rencontres avec les notables, les femmes et même le diable. Ainsi se dégagent les raisons de la force, de la puissance et de la spiritualité de ce grand saint européen.
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Saint Martin nous raconte...

cg L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8034-2 E~:9782747580342

Jean MOREAU

Saint Martin nous raconte...

L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'HarmattanKonyvesbolt
1053 Budapest Kossuth L.u.14-16 HONG~E

FRANCE

L'Harmattan Italla Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

Du même auteur Aux Editions C.L. D. Chambray-les- Tours - Les noms de famille en Touraine (1992) - Correcteur de la traduction française de « Saint Martin dans

l'art en Europe» par Zoltan Lorincz - Editeurs: B.K.L. à Szombathely- Hongrie (2000) - C.L.D. (2001)
Publications martiniennes Bulletin de la Société Archéologique de Touraine (SAT) La Simarre -Joué-lès-Tours - Les autres saints Martin(1995-T.XLIV) - Rabelais et saint Martin, à propos de légendes (2003T.XLIX) - L'iconographie martinienne comparée entre l' Indre-etLoire, la France et l'étranger (2004) Mémoires SAT - La Simarre -Joué-lès-Tours - Approche médicale des guérisons miraculeuses attribuées à

saint Martin (T.XLII-Conférencesmartiniennes - 1997)

- La cinétique
1997)

du partage (T.XLIII - Colloque universitaire -

Archives Municipales de Tours - Les «Martin» et saint Martin (Conférence au Centre Généalogique de Touraine le 31 mai 1997) Mémoires de )' Académie des Sciences, Arts et BellesLettres de Touraine - C.L.D. - L'action sociale et politique d'un tourangeau du IVe siècle: saint Martin (1998 - T.XI)

A tous les blessés de la vie, qu'ils trouvent le réconfort auprès de saint Martin

INTRODUCTION

Encore un livre sur saint Martin! Mais pourquoi? De nombreux historiens, hautement qualifiés, ont dépouillé et commenté tous les documents découverts; les autorités religieuses ont adopté ce saint comme patron, en France, en Hongrie, dans beaucoup de diocèses européens et même en Argentine; les moines ont comparé la règle martinienne et la règle bénédictine; les artistes - peintres, sculpteurs, verriers les orfèvres, les brodeuses, les bateliers et autres artisans ont immortalisé dans leurs œuvres les scènes de la vie de saint Martin. Que dire de plus? Pourquoi copier la Vita de Sulpice Sévère, les lettres, les dialogues, qui sont les éléments fondamentaux pour étayer notre connaissance de l'évêque de Tours? Même en modifiant la présentation ou l'ordre établi par le biographe? Tout cela a été fait depuis Paulin de NoIe, Venance Fortunat et Grégoire de Tours. Les manifestations martiniennes fêtant les centenaires de sa mort chaque millésime 97 et les anniversaires chaque année le Il novembre, sont toujours l'occasion de rappels, de compléments d'information et surtout de vénération. De nombreuses associations ont contribué à la pérennisation du culte martinien. La dernière en date ad' abord pris le nom de « Mission Martin de Tours» avant de devenir, à cause de son succès et de son développement, « Centre Culturel Européen Saint-Martin de Tours, » son ambition étant de créer des itinéraires européens.

Pourquoi donc un livre sur saint Martin? Ce grand prédicateur a oublié d'écrire lui-même non seulement sa vie mais tous ses sermons qui semblaient fanatiser des foules de païens. Avait-il un secret pour les convaincre si facilement en apparence? La quasi-totalité des écrits sur saint Martin ne lui donnent pas la parole. Peut-être aurait-il aimé commenter luimême le texte que Sulpice Sévère lui a présenté peu de temps avant sa mort et qu'il a vraisemblablement approuvé? D'autre part, cette biographie n'est-elle pas un panégyrique, reflet d'éclat de cet évangélisateur des campagnes? A côté des miracles devant les païens, des succès auprès des empereurs, de son geste de charité vis à vis des miséreux, n'a-t-il pas dû surmonter des épreuves avec les uns ou les autres, des échecs dans ses interventions, des moments de désespoir? Avait-il d'autres problèmes? Où puisait-il sa force, sa virtus? Autant de questions parmi d'autres auxquelles tous les auteurs ont essayé de répondre eux-mêmes avec un souci d'objectivité qui est sûrement proche de la réalité. C'est alors que l'idée m'est venue: et si saint Martin nous contait lui-même sa vie! J'ai donc imaginé une suite d'entretiens avec lui qui ont donné naissance à cet ouvrage. La première concerne sa vie jusqu'à son élection à l'évêché de Tours et la construction de Marmoutier en respectant du mieux possible la chronologie. La seconde partie est consacrée au temps de l'épiscopat, en traitant par thèmes les faits ou les situations survenus au cours de ces 26 années. Quant à la dernière, elle est plutôt une conclusion spirituelle sur la personne même de saint Martin. Ce n'est pas à moi d'apporter un jugement sur la conception de cet ouvrage. Il mérite sûrement des critiques, dans la forme d'abord et aussi sur le fond. J'y ai exprimé, 8

bien sûr, mes propres idées et les réflexions que me suggéraient les différentes scènes de la vie de saint Martin. Je ne me suis jamais posé en savant pour discuter par exemple de l'année de sa naissance, tout en exposant les arguments avancés sur les deux chronologies courte et longue. J'ai évité les questions théologiques si ce n'est en esquissant ce que j'ai appris. Je me présente comme un quidam imprégné de logique, de morale et de foi, c'est-à-dire comme un simple chrétien qui a une profonde vénération pour le patron du diocèse de Tours, que j'ai qualifié plusieurs fois en public de l'Europe à pied ou sur son âne comme le Saint-Père parcourt le monde inlassablement en avion. Il fut le missionnaire imitant maintes fois le Christ par ses miracles, ses paraboles et son enseignement fructueux. Puisse ce modeste essai œuvrer dans le même sens pour que, dans ce XXI èrnesiècle, resurgissent les vocations et l'Amour de Dieu et du prochain.

Jean-Paul II du IV erne siècle. Il a parcouru toute une partie de

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PREMIÈRE PARTIE

UNE VOCATION

D'ERMITE

I

ENFANCE DE MARTIN

saint Martin, je te remercie d'abord d'avoir accepté cet entretien et je te prie également de transmettre ma plus filiale adoration à Dieu le Père qui t'a permis cette dérogation. En effet, ton rôle d'intercession, reconnu depuis toujours, ne te laisse sûrement pas beaucoup de disponibilités. Nous essaierons de faire au plus vite mais, sais-tu, les nombreuses questions que j'ai à te poser sont le reflet de la curiosité de tes admirateurs. Ceux-ci voudraient connaître les mobiles qui ont commandé tous tes actes, comprendre comment tu as pu faire face, en maintes circonstances, aux événements impromptus de ta vie et ainsi saisir le secret de ta sainteté. - Mon cher Jehan, dis-toi bien que c'est de tout cœur que je vais me livrer à l'exercice que tu me demandes. Rassure-toi en ce qui concerne Dieu le Père. Son infinie bonté et son immense pouvoir se manifestent continuellement pour accueillir ses enfants. Son plus grand souhait est d'accorder son pardon aux hommes de bonne volonté. En tout cas, je suis prêt à répondre le plus précisément possible à toutes tes questions et sur tous les sujets que tu voudras aborder. - Grand saint Martin, merci de tes paroles qui me mettent en confiance. Pour tout te dire, je suis particulièrement ému,

- Grand

même inquiet, en me trouvant devant toi pour parler de ta vie sur terre. Sulpice Sévère a remarquablement raconté les étapes de ton existence, identifié ta personnalité et mis en valeur les trois volets de ton œuvre: la prière, la charité, la mission évangélisatrice. Tous les historiens ont analysé la ferveur de ta Foi, la grandeur de ton humilité, la sagesse qui ne t'a jamais fait défaut, ta doctrine intransigeante sur les problèmes essentiels, ton attitude audacieuse auprès des grands de ce monde, tes interventions miraculeuses pour guérir les blessés de la vie et pour ressusciter des morts, tout cela pour la plus grande gloire de Dieu. - Mon cher Jehan,je suis très sensible à tes propos et j'ai hâte maintenant de répondre à tes interrogations. - Oui, grand saint Martin, permets-moi d'abord une remarque. Les biographes écrivent en général les faits et gestes de leurs héros quand ils sont morts. Ils racontent donc ce qu'ils ont fait à chaque âge d'un point de vue posthume. Autrement dit, ils voient par exemple la jeunesse de l'homme en étant influencés par ce que cet homme a fait par la suite, par ce qu'il a révélé de sa personnalité. Je voudrais donc que tu te mettes dans la condition où tu te trouvais à chaque moment de ton existence pour expliquer tes réactions immédiates et cela en fonction de tes souvenirs. - Je vois, mon cher Jehan, que, ancien médecin, tu voudrais disséquer mon être de l'intérieur alors que, jusqu'à maintenant, on s'est livré à des photographies qui n'ont donné qu'une vision extérieure.

- C'est exactement cela; je vais te « scannériser» ou, si tu préfères, te psychanalyser, mais, n'ayant aucune prétention dans ces domaines, je tiens à ce que ce soit toi, grand saint Martin, qui fasses tout seuil' examen de ta conscience. En un
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mot, confesse-toi. Commençons, si tu le veux bien, par ton enfance, c'est-à-dire de ta naissance à ton engagement dans l'armée. - Te parler de ma naissance est déjà une question embarrassante. Je suis, comme tout être humain, incapable de dire quand je suis né, à quel endroit et comment s'est déroulé cet événement. Je suis obligé de me référer à mes parents pour ce qui est de mes premières années jusqu'à l'époque où un enfant peut se remémorer quelques souvenirs. - Oui, mais déjà sur la date de ta naissance, exactement sur l'année, tous les historiens ne sont pas d'accord. Certains affinnent que tu es né en 316 et d'autres te rajeunissent de 20 ans en te déclarant né en 336. Tu devrais pouvoir trancher la question? de ces deux avis différents. A vrai dire, cette querelle m'importe peu. Sulpice Sévère, en écrivant ma biographie, a voulu raconter ce que j'étais et ce que j'avais fait. Tu noteras qu'il n'a jamais donné de date. Il a écrit qu'à dix ans je cherchais refuge dans une église, qu'à douze ans je désirais vivre au désert, qu'à quinze ans je fus arrêté puis lié par les serments militaires, que durant trois ans avant mon baptême je demeurai sous les armes, qu'à dix-huit ans je me fis baptiser et que, pendant les deux années suivantes, je continuai de servir dans l'armée de manière purement nominale. C'est à ce moment-là qu'il situe ma demande de congé à Worms. La date de cette rencontre avec les Alamans est admise par tout le monde comme étant 356. D'après les données précédentes, je devais avoir vingt ans. Donc, selon ce raisonnement, je serais né en 336. - Il faut bien reconnaître que cette argumentation est solide. Que disent ceux qui sont partisans de ta naissance en 316 ? 15

- Je suis au courant

- Ils admettent le même calendrier jusqu'à mon baptême à dix-huit ans, par conséquent en 334. A cause de l'amitié qui me liait à mon camarade, tribun militaire, je dus attendre deux ans pour qu'il soit au terme de son engagement. On arrive ainsi à 336. Par ailleurs, tu sais qu'il y a une plaque posée sur le Palais de Justice d'Amiens, à l'endroit où j'aurais partagé mon manteau. Au-dessous du panneau sculpté représentant ce que tu appelles « la Charité de saint Martin », une inscription précise la date où saint Martin divisa son manteau: «en l'an trois chent ajoutez trente sept». Ainsi, en 1880, on retenait une chronologie longue pour estimer ma naissance vers 319 (337-18). Ne chicanons pas sur une différence de trois ans ce qui ne joue pas sur cette discussion. Tu sais également que j'ai signé, contre mon gré, un engagement de 25 ans. Ayant prêté serment à 15 ans, soit en 331, j'aurais donc quitté l'armée en 356 (331+25). Crois-tu que j'aurais pu ne pas tenir parole? Quelle aurait été la réaction de mon père? Comment ce départ aurait-il pu être toléré par l'empereur ?
saint Martin, récapitulons les étapes: naissance en 316, engagement dans l'armée en 331, le partage du manteau à Amiens en 334, un supplément de 2 ans à cause de ton camarade, ceci nous amène en 336. Nous sommes d'accord. Que fais-tu ensuite? - Je voudrais d'abord que tu écoutes les deux autres arguments qui sont en faveur de ma naissance en 316. - J'attends cela avec impatience.

- Pardon,

- En 385, lors de mon séjour à Trèves auprès de Maxime, Sulpice Sévère a parlé de moi comme étant septuagénaire.A
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cette date, j'aurais eu effectivement 70 ans si j'étais né en 315-316 ou 50 ans si j'étais né en 335-336. Cette différence de 20 ans est-elle admissible? Ne crois-tu pas qu'il est difficile de donner 70 ans à quelqu'un de 50 ans ?

- C'est à voir. Il faut songer que tu as connu toutes les intempéries, les grands froids et la canicule, tu as parcouru les chemins de l'Europe à pied ou sur ton âne, tu as affronté toutes sortes de difficultés, tu as couché sur la dure et jeûné souvent. Ne crois-tu pas que la fatigue a pu user tes forces, buriner ton visage, en accentuer les traits au point qu'à 50 ans tu en paraisses 70 ?
pas impossible mais j'ai encore un autre argument. C'est le témoignage de Grégoire de Tours qui fait «mourir le moine-évêque dans sa 81èmeannée (397-81=316), la 26èmede son pontificat (tout le monde est d'accord sur mon arrivée à Tours en 371) et sa naissance dans la onzième année du règne de Constantin », lequel a succédé à son père mort en 306. - Vénérable saint Martin. Je m'aperçois que tu connais très bien le pour et le contre de ces deux éventualités. Ecoute-moi à ton tour. Tu n'es pas sans savoir la vérité. Que tu ignores les circonstances de ta naissance, je le comprends, c'est notre cas à tous. Mais, que tu ne saches pas ton âge, je n'y crois pas. Puisque tu as accepté cet entretien avec moi, je t'en supplie, dis-moi laquelle de ces deux explications, appuyées l'une comme l'autre sur de solides arguments, est la bonne. cher Jehan, au risque de te décevoir, je ne répondrai pas directement à ta question. Ceux qui plaident pour une chronologie courte - ma naissance en 336 - prétendent donc tout connaître de mon existence sans hiatus alors que dans la chronologie longue - naissance en 316 - Sulpice Sévère est accusé d'occulter 20 ans de ma vie, ce qui paraît louche! 17

- Ce n'est

- Mon